‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 30 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME

étendu ne serait plus une sensation: elle suppose donc un sujet étendu.

Nous voici donc anlvés, avec les matérialistes, à soimioo une conclusion qui semble diamétralement opposée Thomai. à celle des spiritiialistes modernes. Ceux-ci nous avaient prouvé que le sujet sentant doit être un et indivisible ; ceux-là viennent de nous démontrer, avec non moins de force, qu'il doit être étendu.

Avouons sincèrement que, des deux côtés, l'argumentation nous semble également claire ot décisive... et c'est là précisément ce qui parait le plus étrange et le plus embarrassant. Les premiers s'appuient principalement sur l'évidence du sens intime qui nous révèle l'unité indivisible du moi sentant; les seconds s'appuient également sur le sens intime qui nous montre, avec non moins d'évidence, la forme extensive de notre sensation.

Eh ! comment faire un choix raisonnable entre ces deux évidences ? Les spiritualistes modernes acceptent la première comme sûre ; ils proclament l'unité du moi . humain, et rejettent la seconde comme une illusion naturelle de l'esprit humain. Les matérialistes, au contraire, ne veulent se fier qu'à la seconde et dédaignent la première, l'unité du moi humain, comme une «illusion métaphysique». Mais de quel droit atfirmer que telle évidence est sûre, et telle autre illusoire ? Nous n'avons aucun critérium pour choisir entre deux évidences ; et ce choix, bien loin d'être une question de logique, ne saurait plus être qu'une question de goût et de tempérament.

Tandis qu'en présence de cette énigme notre esprit hésite et se sent défaillir, le besoin l'aiguillonne, la nécessité d'une solution à la nnloutable question de

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l'âme limiinine le presse davnnta;,'e, et avec une insis lance d'autant i)lns grande qu'elle est indispensable à la direction de notre vie. Qutd parli allons-nous prendre ? Faut-il tenter un dernier ellbrt pour concilier les termes de l'antinomie? ou bien, désespérant de la raison humaine, vaut-il mieux l'abandonner à elle-même et la laisser s'épuiser dans les convulsionspériodiqucs d'un spiritualisme outré ou d'un matérialisme al)jecl? Heureusement pour nous, le remède d'un si grand mal n'est plus à inventer. La solution d'une énigme si insoluble en apparence est depuis longtemps découverte, croyons-nous. Il suffit de l'allei- chercher dans les trésors un peu trop oubliés des vieilles traditions de l'École.

Avec Aristote et S. Thomas, nous répondrons aux spiritualistes cartésiens : Vous venez de soutenir la nécessité d'un principe simple, pour opérer la sensation, et vous avez mille fois raison : il faut un principe simple pour unifier le sujet sentant.

Puis, nous tournant vers les matérialistes : Vous soutenez la nécessité d'un principe étendu pour sentir l'étendue, d'une manière étendue, et vous avez encore raison.

Mais vous avez grand tort, les uns et les autres, — et c'est le seul reproche que nous ayons à vous faire sur cette question, — d'être trop absolus et exclusifs. mmt Quelle nécessité d'affirmer que le sujet sentant ne doit Xv\. être que simple ou qu'étendu ? Pourquoi ne pas vous contenter de dire : il doit avoir un élément simple : il doit avoir un élément étendu?

Encelarien de contradictoire ni d'inconciliable, surtout pour ceux qui ont admis avec nous ladualitésubstantiellede l'être matériel. Cette dualité de l'être, mais nous l'avons déjà constatée partout : dans l'animal, dans la plante, dans la cellulevivante, jusque dans la

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molécule chimique ; quoi d'étonnant si nous la retrouvons encore dans le sujet sentant ? C'est la théorie fondamentale de Vacte et de la puissance, de la matière et de la /orme qui nous a expliqué les mystères et les antinomies de tous les êtres sensi!)les de la création, également composés d'unité et d'étendue : pourquoi ne nous expliquerait-elle pas les contradictions apparentes de l'être qui sent et qui, nn témoignage de notre conscience, nous offre en mêmetjmpsdesphénomènes d'nnité et d'extension ? Et si cette théorie nous donnait la clef de cette seconde énigme, ne serait-ce pas une confirmation nouvelle et une preuve éclatante qu^elle est la vraie, puisqu'elle serait universelle et féconde comme la vérité ?

Mais je vous entends déjà vous plaindre et vous récrier :< L'homme formerait donc un seul tout, à la fois étendu et inétendu, corps et âme, matière et esprit ! Quel triste assemblage d'éléments coutradioloires ! >

Silemême élément était à la fois étendu et inétendu, simple et multiple, la contradiction serait flagrante, et vous auriez droit de protester. Mais pourquoi deux éléments de qualités et d'aptitudes contraires ne pourraient-ils pas se compléter mutuellement, s'équilibrer, pourainsi dire — précisément parce qu^ils ont des aptitudesdifférentes et des directions contraires — , de manière à former un tout vraiment complet et harmonique? Tout être matériel, s'il n'est pas un agrégat, doit être à la fois multiple et étendu, et pourtant un et indivis. S'il n'était pas étendu en acte ou en puissance, il ne serait pas matériel ; s'il n'était pas indivisible, il ne serait plus un seul être. L'existence même d^un être matériel serait devenue impossible. Cela est vrar de tous les êtres.

L'atome d'hydrogène, comme celui d'uranium, est onaiité donc à la lois étendu et indivisible — ainsi que le léire.

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supposentd'ailleurslaiiluijart des savants. Etcomme réteiuine, par elle-même, n'est pas une raison siilfisanted'in(livisil)ilité,il nous faut sui)poser que iesparties matériellts de chaque atome sont ramenées à l'unité par une force unique et simple. Cette force pourra exiger plus ou moins de matière suivant sa nature différente pour chaque espèce de substances. Voilà pourquoi l'atome d'uranium a 240 fois plus de matière (jue l'atome d'hydrogène, quoiqu'ils soient pareillement indivisibles.

Ces considérations d'ordre scientifique ayant été développées très longuement dans un ouvrage spécial, le lecteur n'attend pas que nous y revenions ici ; qu'il nous permette d'ajouter une seule considération.

Toute matière vivante est étendue comme le bon sens et l'observation universelle nous l'affirment. D'autre part, elle est active. Or toute force active est essentiellement simple ; et notre raison se refuse à comprendre qu'elle soitcomposée.EnelFet,uneforce active doit être capable d'opérer une action. Or une même action ne saurait procéder de plusieurs agents. Deux agents pourront bien produire deux actions semblables, tendant au même résultat, mais ils sont incapables de produire la même action.

La force active est donc simple et indivisible, ce qui ne l'empêche nullement d'opérer dans la matière et par la matière étendue. L'activité physico-chimique n'existe et n'agit que par les masses atomiques ou moléculaires ; l'activité vitale n'existe et n'agit que dans les organes et par eux ; il ne serait donc pas impossible que l'activité du sujet sentant fût soumise à la même loi, de ne pouvoir ni exister ni agir sans les organes matériels du système nerveux (1).

(1) c La faculté sensible de l'âine, comme celle qui est la cause de la vie végétative, doit résider dans un certain principe de leurs oiganes et de

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