‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 31 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET I'aME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET I'aME

Nous voyons donc que l'élément actif et simple bien loin d'être incompatible avec l'élément passif et étendu, le désire, rappelle, l'exige, comme un complément naturel. La matière devient forte, et la force devient ainsi matérielle. De l'union, ou pour mieux dire, de l'adaptation de ces deux co-éléments résulte une seule et unique substance complète. Ils s'unissent en un seul tout, comme l'endroit et l'envers, l'intérieur et rextérieur,leconcaveet]econvexed'unemêmesphère; et s'ils s'unissent dans un seul être complet, c'est précisément parce qu'ils sont des éléments contraires ; de même que l'action et la passion se confondent dans un seul acte, tandis qu'avec deux actions semblables, il nous serait impossible de ne faire qu'une seule action.

Le reproche adressé à l'antique théorie de la dualité de l'être n'est donc fondé qu'en apparence. Sa conception n'est nullement contradictoire, mais elle est profonde puisqu'elle pénètre jusqu'aux éléments les plus intimes de cette sublime synthèse qu'on appelle l'être matériel.

On lui reproche aussi d'être obscure. Il est vrai qu'elle serre de plus près le mystère de l'être, mais nous la croyons encore la plus lumineuse, puisqu'elle seule parvient sans effort à nous expliquer l'antinomie apparente de la sensation une et pourtant extensive, en découvrant à nos regards la dualité du sujet sentant composé à la fois de matière et de forme, de corps et d'âme, dans l'unité d'une même substance.

leurs corps, chez tous les animaux sans exception » : Tô yip oùaBriTixo-j i|a»j^^î xat z6 7TJÇ ÇwÂî «iVtov ypyrTj rtvi Ttôv uo^îcov xai Toû (rûaxToi \mipyit n<z<Tt Toiç Ç'ôotî. (Xrisiote, De partibus, 1. IV, c. 5). — « Ces facultés (sensibles et végétatives) de l'àme sont inséparables des organes» : Ta Se ^topia. rriç i|a»;^r)ç. .. oùx SffTt ^utpiTTx. {De anima, 1. II,c. 2, ^\0). — « Elles n'appaitipiinpiit pasà l'àm" mais au composé liumaiu » : Où y/o jxct'vou viv, aUà ToO xojvov. {De anima, l. 1, c. 4, §14).

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Solution Pour échapper à cette conséquence, encore trop spiw. l'aine, rïtualiste à son gré, un pliilosophe contemporain, ]\I. Taine, a essayé un autre système de conciliation, ou plutôt de syncrétisme, dont il nous faut dire quel ques mots.

Le célèbre académicien constate tout d'abord avec nous l'antinomie contre laquelle semble se tieurter et se briser la raison humaine. L'expérience la plus vulgaire lui montre dans la sensation deux faits comme intimement liés et cependant comme absolument irréductibles l'un à l'autre. Il y a un phénomène physique et un fait mental, des vibrations cérébrales et une perception consciente. Les physiologistes se contentent de fermer les yeux sur le second phénomène ; les cartésiens à leur tour ferment les yeux sur le premier ; les sceptiques de leur côté se croisent les bras et se résignent à l'ignorance. A travers celte obscurité, M. Taine essaye timidement de faire un pas dans une voie nouvelle. « Ala vérité, nous dit-il, nous ne pouvons concevoir les deux événements que comme irréductibles l'un à l'autre; mais cela peut tenir à la manière dont nous les connaissons, et non aux qualités qu'ilsont; leurincompatibilité estpeut-être apparente, non réelle ; elle vient de nous et non pas d'eux. Une pareille illusion n'au raitrien d'extraordinaire. » — Ce mot <vmu- ^'illusion m'arrête et me donne à penser. L'illusion est une réponse facile dont on abuse un peu trop, à mon gré. Traiter d'illusoire quelque donnéedu problème, c'est s'exposer témérairement à une solution inexacte. Pour les matérialistes, c'est l'élément simple de la sensation qui est une illusion ; pour les cartésiens, c'est l'élément étendu ; M. Taine essayerait-il de traiter d'illusion l'opposition irréductible entre le simple et l'étendu? — Mais poursuivons.

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