‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 36 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME

intellectuelles. N'est-ce pas le vrai, le bien, le beau, la justice, le devoir, l'honneur, la verlu, rhéroïsine, la vérité, l'absolu, l'inlini ? Mais tous ces concepts, dont rénumération complète est inutile, sont-ils matériels ou immatériels? Le droit, la vertu, le devoir, l'honnenr, sont-ce des corps, des êtres à trois dimensions? Ont-ils longueur, largeur, profondeur, poids et volume ? Avez-vous jamais pu les voir de vos yeux, ou les palper sous vos doigts ? Il est clair que non. De telles pensées n'ayant aucune des propriétés essentielles à la matière, l'opération qui les produit est donc tout à fait immatérielle. Et si cette opération est dégagée de la matière et la dépasse, si elle est transcendante ou spirituelle, la cause qui opère en nous, pour être proportionnée à son effet, doit être pareillement transcendante et spirituelle. Nous l'appelons l'âme humaine; et l'ensemble de ces facultés supérieures par lesquelles elle se dégage de la matière et la domine, nous l'appelons Raison (1).

L'immatériel est tellement la sphère naturelle et le domaine propre de la raison, que tous les objets matériels perçus par les sens ne peuvent être perçus par elle que sous une forme abstraite et ])artant immatérielle : le sens perçoit tel être, telle matière, tel animal, tel homme ; la raison perçoit l'être, la matérialité, l'animalité, la rationalité, etc.

Concluons donc que, la pensée pure étant une opération simple et immatérielle, puisqu'elle nepeut avoir aucun objet matériel et étendu, ni affecter aucune for-

(1) s. Augustin dans son livre Dequantilate animse, c. XIII, insiste très heureusement sur celte considération : — « Aiujustiniis : Uiiquamne i^i-, tur oculis istis corporeis vel taie puiicturn, vei talein Imeam, vel talein lalitudinem (uti a mathematico puncto ponitur) vidisti ? — Evodius : Omnino nunquain. Non enim sunt isia corporea. — Aug. Atqui si corporea corporeis oculis mira quadam reruin cognatioiie cernuntur, oportet animum quo videmus illa incorporalia, corporeum corpusve non esse »,

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me extensive, elle ne saurait être qu'un mode de notre âme, et nullement un mode du cerveau ni d'aucun organe matériel (1).

Il est donc faux aussi que la pensée puisse être identiqueàun mouvement cérébral; etnouspourrionsnous dispenser désormais de réfuter cette nouvelle forme de la même erreur. Mais comme cette affirmation est répétée avec complaisance dans certaines écoles , et qu'elle a fini par jouir d'une certaine popularité, le lecteur trouvera bon que nous insistions davantage sur ce point capital : la pensée n'est pas un mouvement de la matière cérébrale.

vcuiio Le mouvement peut être entendu au sens moderne L^rn"" — et signifier simplement un changement de lieu ; — ou bien au sens aristotélique, et alors il désigne tout passage de la puissance à l'acte dans la matière, c'està-dire tout changement de lieu, de qualité on de quantité; le changement de lieu étant le moyen et le signe des autres changements plus intimes dans la quantité ou dans la qualité des substances corporelles.

Par métaphore , cette notion peut être étendue au monde des esprits où nous retrouvons aussi des changements ou des passages de la puissance à l'acte. En ce sens, on parle des mouvements de l'âme, et nous I)Ourrions admettre que la pensée est un mouvement (2). Mais nous devons nous placer ici au même point de vue que les matérialistes, prendre le mouvement dans l'acception moderne, et nous demander si la pensée peut être identifiée à un transport matériel et

(1) « L'action du vojç n'a rien de commun avec l'action du corps » : OJÔàv yip aÙTOû t7i î-j-pysix xotvwvEt (jwuaTtxv) è-jépynx. (Aristote, Dj generatione, 1. II, c '3i.

(•2) « Dolere, vil ^'.luJere, vel laliociuari motus suqt » (Arislole, Du Hnima, 1. 1, c. 4, §11).

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