PREMIÈKE PARTIE. — LE CERVEAU ET LAME U
tre exemple ou i)lutôt de rectifier celui qu'il vient de nous donner. Comparons le moi, dans le cours de ses opérations successives et de ses transformations si variées, à une planche malléable ou à un morceau de cire qui se transformerait elle-même successivement en boule ronde, en demi-sphère, en cube, en pyramide, etc.. Direz-vous que la cire n'est pas autre chose que la collection ou la série continue de ces figures géométriques? et que la cire en soi est une substance vide/
Il est vrai que M. Taine ne recule pas devant cette conséquence qui nous paraît dépasser toutes les hardiesses permises à un penseur raisonnable. Après avoir détruit le moi et la substance spirituelle, il pré- masion tend du même coup détruire la substance matérielle inomphe et nous l'avons entendu, embouchant la trompette, sonner triomphalement l'hallali.
«La destruction du moi, s'écrie-t-il, la destruction de ce fantôme métaphysique, abat l'un des chefs survivants de cette armée d'entités verbales qui jadis avaient envahi toutes les provinces de la nature, et que, depuis trois cents ans, le progrès des sciences renverse une à une. Il n'y en a plus que deux aujourd'hui: le moi et la matière... Or l'analyse qui montre dans la substance et dans la force des entités verbales s'applique à la matière aussi bien qu'à l'esprit (1) •».
Ces airs de triomphe, et ces évocations du progrès et de la science, ne parviendront pas à dissimuler le vice radical de son analyse, et la faiblesse de ses raisonnements. Ce sont là, si l'on veut, des exercices de prestidigitation plus ou moins habiles qui peuvent susciter les applaudissements des curieux; mais gagner les convictions, jamais! La raison humaine cou-
(1) Taine, De l'intellirjence, I, 3i7-349. Le cerveau
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tiniiora à croire aux substances et aux causes ; le jour ou elle n'y croirait plus, elle aurait signé l'acte de son abdication et de sa décliéauce.
Appareil Lcs matériallstes purs se sont empressés d'amputer ûflque'. l'argument à deux cornes de l'école positiviste. Au risque d'être inconséquents et illogiques, ils appliquent le raisonnement de M. Taine à l'esprit seulement, et ils exemptent la matière. Gomme lui, ils soutiennent que l'unité du moi est une résultante; mais ils donnent d'ordinaire à leur argumentation, une tournure et un appareil scientifiques qui sont de nature à faire une dangereuse impression sur les esprits de nos contemporains, toujours prêts à s'incliner lorsqu'on parle au nom de la science. Il sera bon de faire connaître à nos lecteurs ce nouveau genre de littérature scientifique.
« Pendant de longs siècles, écrit M. Perrière, la lumière blanche a été considérée comme étant une et simple. Avec le prisme on l'a décomposée en sept couleurs; puis, faisant passer les sept couleurs par une lentille convergente, on a recomposé la lumière blanche. Preuve et contre-épreuve, la démonstration est complète. L'unité simple de la lumière était une illusion; le moi lummeux est une résultante.
« Pendant de longs siècles, l'eau a été considérée comme une substance une et simple. Après la décou- ; verte de l'électricité voltaïque, au commencement du
XIX* siècle, l'eau, placée dans un voltamètre, a été décomposée en hydrogène et en oxygène ; puis, recueil- Ifint cet hydrogène et cet oxygène dans un tube de verre épais, on a fait jaillir l'étincelle électrique, et l'eau a été recomposée. Preuve et contre-épreuve, la démonstration est complète. L'unité simple de la sub-