‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 42 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME llo · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME llo

stance eau était une illusion ; le moi de Veau (!!) est une résultante.

« Il en est du moi humain ce qu'il en est de l'eau et de la lumière; son unité simple est une illusion ; le moi humain est une résultante. Ce que le prisme a fait pourlalumière.etl'électricitévoltaïque pour Teau, ce sont les maladies nerveuses et les accidents qui le font pour le moi humain. Les maladies nerveuses font l'analyse du moi ; la guérison le recompose (1) ».

Voilà certes un langage plus surprenant et plus capable d'ébranler nos convictions que l'analyse sèche et froide d'un jugement — sujet, verbe et attribut — imaginée par M. Taine. La chimie, dans le fond de ses cornues si mystérieuses pour le vulgaire, les sciences physiologiques, embryologiques, pathologiques, tératologiques et autres non moins ignorées du public, auraient-elles au fond de leurs sombres arcanes découvert quelque procédé merveilleux, quelque réactif chimique, ou quelque nouveau fluide impondérable capable du faire l'analyse et la synthèse du moi humain? De grâce, hâtez-vous de nous révéler le secret !

La révélation se fait attendre : le docte écrivain ne consacre pas moins de trente pages à disposer graduellement nos regards à ces éblouissantes clartés.

Nous ne le suivrons pas dans tous ces préambules un peu trop longs. Qu'il nous sutfisede constater que Efi"il'auteur s'y applique de son mieux à jeter la confusion signaler. sur la notion du moi, et à créer une équivoque sur les deux sens que nous donnons ordinairement à ce mot.

Le vieillard, qui se souvient avec mélancolie des années de sa jeunesse, s'écrie : Oh ! que j'ai changé, jt» ne suis plus le même ! — Et cependant il a conscience de son identité personnelle ; il est toujours le même

(I) Perrière, La vie et l'âme, p. 266.

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individu. Le moi a donc deux sens fort dillérents : il signifie tantôt le moi-sujet qui demeure identique, et tantôt les états du moi qui changent à chaque instant.

Il est clair que les états du moi ne sont qu'un ensemble de manières d'être et une résultante. C'est seulement au moi-sujet, toujours identique à lui-môme, que notre conscience attribue la permanence et l'unité. Cette distinction si élémentaire du moi-sujet et du moi-phénomène nous suffit provisoirement pour apprécier la portée des révélations scientifiques que nous venons d'annoncer, et que l'on désigne assez souvent par le nom très impropre de < dédoublement de la conscience ».

Ecoutons le récit de ces curieux phénomènes et les réflexions qu'ils suggèrent aux matérialistes.

Premier Histoive de Mlle R. L... — Cette jeune personne didou- très nerveuse, somnambule depuis son enfance, fut soignée vers 1845 et pendant une douzaine d'années par le D' Dufay, qui nous a rapporté les faits suivants attestés et vérifiés par plusieurs de ses confrères et entr'autres M. le D' Lunier, directeur-médecin en chef de l'asile d'aliénés à Blois (1).

1° Première forme de V accès hystérique. — Mlle R. L... avait alors 18 ans environ. Durant la nuit elle voit sa mère en rêve : aussitôt elle veut partir pour son pays, pour la revoir ; elle fait ses paquets en grande hâte, court faire ses adieux aux personnes de la maison, s'étonne de les trouver au lit, descend rapidement l'escalier et ne s'arrête qu'à la porte de la rue dont on a eu soin de cacher la clef, et près de laquelle elle s'affaisse désolée et se plaignant « de la tyrannie dont

(l) Cf. Revue scienlifiq. 1876, tome II, p. 69.

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