‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 44 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aME

et que la fille somnambule m'avait fait connaître.

Réflexion de M. Perrière: « Ainsi le moi hystérique connaît tous les faits et gestes du moi normal aussi bien que les siens propres ; mais le moi normal ignore les faits et gestes du moi hystérique ».

Réponse : Si le svjet hystérique connaît tout ce qu'il opère et tout ce qu'il a opéré aussi bien à l'état normal qu'à l'état hystérique, c'est une preuve qu'il est le même sujet sous deux états différents. Ce premier fait, bien loin d'être une objection, est pour nous un argument réel. Quant au second fait, celui de l'oubli, pendant l'état normal, des actions faites pendant lé rêve ou le somnambulisme, il est expliqué tout naturellement par la théorie de la mémoire qui exige, pour la reviviscence des images enregistrées dans les cellules cérébrales, un certain degré d'intensité dans les fonctions de cet organe : or cette intensité requise manque à l'état normal, qui est un état très calme relativement à l'état de surexcitation et de sensibilité excessive qui caractérise le somnambule ; ces souvenirs restent donc à l'état latent et voilà pourquoi le même sujet à l'état normal les ignore, ou du moins est impuissant à les faire revivre.

3° Suite du récit de V accès hystérique. — Il est certains objets dont Mlle R. L. cause le plus naturellement du monde, pendant l'état hystérique, et dont elle supplie qu'on ne parle pas « à l'autre >, parce que, dit-elle : « Moi sais qu'elle ne veut pas confier cela à vous; elle en serait trop malheureuse ».

Ainsi d'un côté, excès de confiance et de franchise, aucune dissimulation ; de l'autre, la retenue et la réserve inspirées soit par l'intérêt personnel, soit par la timidité, soit par les convenances. La diff"érence de ces deux manières d'être est on ne peut plus tranchée.

Mlle R. L. . . a parfaitement conscience de sa supério-

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rite intelleotiiollodans l'un de ces doux états, et de l'acuité remaniual)le que ses sens acquièrent durant l'état second. Myope dans l'état normal, elle a une vue merveilleuse pendant l'état hystérique. Ses yeux évitent le grand jour, sans doute à cause d'une exagération de sensibilité dans la rétine ; ils y voient très bien dans l'obscurité. L'ouïe acquiert aussi une grande délicatesse ; le goût, l'odorat et le toucher ne semblent pourtant pas modifiés.

Ri^fïexion de M. Ferrière : « Il n'est pas possible d'avoir une preuve i)lus nette de l'existence de deux moi dans le même individu ».

Réponse : Cette réflexion est très juste. Il y a vraiment deux manières d'être successives ou deux moiphénomènes dans le même individu, c'est-à-dire dans le môme moi-sujet. Mais qui ne voit précisément que cette conclusion est le renversement de la théorie de M. Ferrière, puisqu'elle est l'aflirmation de l'unité du sujet sous la diversité et l'opposition très réelles de ses états successifs ?

4° Suite du même récit. — Il y a, pendant l'accès, anesthésie générale du tégument cutané, même pour l'électricité. La sensibilité ne persiste qu'en deux points : à la région latérale moyenne du cou, de chaque côté, et au même niveau dans la gorge, c'est-à-dire sur le trajet de nerfs importants. Le contact sur une de ces régions, avec le doigt ou quelqu'autre objet, provoque le réveil subit ou le retour à l'état normal avec une sensation douloureuse, accompagnée du dépit d'être ramenée « à l'état bête ».

On ne peut atteindre ces points que par ruse, car Mlle R. L. se défend tant qu'elle peut contre ces attouchements, non seulement à cause de l'ébranlement nerveux qui en résulte, mais parce qu'elle voudrait rester toujours dans l'état hystérique.

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