‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 45 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L*AME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L*AME

Réflexion de M. Perrière: — «: Ainsi Mlle R. L. a tellement la conscience de l'existence distincte des deux moi (étrangers l'un à Tautre), ainsi que de la supériorité du moi accidentel sur le moi normal, qu'elle se chagrine et s'irrite à la seule perspective que le moi

normal remplacera le moi accidentel Or le grand

argument de l'école spirilualiste en faveur de l'unité simple du moi est que le moi se sent identique à luimême à travers les phénomènes successifs ».

Réponse : Notre adversaire confond ici deux choses hien distinctes: 1° le fait de l'identité personnelle; 2° Vidée que nous nous faisons de cette identité. Le grand argument de l'école spiritualiste repose sur le fait de cette identité que perçoit notre conscience aidée de la mémoire, lorsque nous les interrogeons dans les conditions normales, et nullement sur l'idée que peuvent s'en faire les malades et les fous.

Quant à Vidée de notre identité, nous reconnaissons qu'elle peut être altérée et pervertie dans certains cas pathologiques. Par exemple, que la mémoire disparaisse, nous perdrons nécessairement l'idée de notre identité, sans cesser pourtant d'être identiques. Que la maladie nous fasse passer périodiquement par des états de corps et d'esprit très dissemblables et même opposés, notre jugement pourra s'égarer, croire à des métamorphoses et pousser la folie jusqu'à jouer sérieusement deux personnages.

Cependant malgré ces incertitudes et même ces erreurs positives de jugement, dont nous accordons la possibilité, il est certain que le malade garde au fond de sa couscience, et comme au plus intime de luimême, le sentiment de son identité. C'est là un fait bien constaté que M. Perrière est obligé de reconnaître. « Mlle R. L., nous dit-il, a conscience de son identité personnelle, car elle a conscience de n'avoir, soit

ÉTUDES PUILOSOPUIQUES

à l'état iionnal, soit à l'état hystériqui' qu'un seul et même corps (1) >. La raison alléguée est sans doute mauvaise; le corps, qui est dans un renouvellement perpétuel et qui ne demeure jamais identique à luimême, est complètement insuffisant à nous expliquer l'identité personnelle ; mais le fait est certain ; les médecins ont constaté que, dans l'un et l'autre état, le malade garde au fond de sa conscience le sentiment de son identité. Il n"y a donc pas deux moi-sujets, il n'y en a (ju'un seul, quoi qu'il y ait deux éfa!s du moi.

Second Un autre cas de « double conscience » qui fit beau-

CclS d6

didou- coup de bruit en 1876, lorsque le D"" Azam en donna communication à l'Académie des sciences morales (2), et que les matérialistes ne cessent depuis cette époque de nous objecter dans leurs revues et leurs livres, est celui de Félida X..., jeune femme hystérique, née à Bordeaux en 1843.

Son existence, nous dit le D"" Azam, est tourmentée par une altération de la mémoire qui n'offre pas d'analogie dans la science ; cette altération est telle qu'il est permis de se demander si cette femme n'a pas deux vies.

Vers l'âge de quatorze ans et demi ont commencé à paraître les phénomènes extraordinaires dont voici quelques exemples :

Félida X... est assise, un ouvrage quelconque de couture sur les genoux ; tout d'un coup, sans que rien le puisse faire prévoir, et après une douleur aux tempes plus violente que d'habitude, sa tête tombe sur sa poitrine, ses mains deviennent inactives et descen-

(1) Perrière, La vie et l'âme, p. !298.

(2) Voy. ce compte leudii dans la Revue scientifique, 20 mai 1876 et sept. 1877.

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