‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 47 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME

poir. Sa situation est en effet fort triste, et chacun de nous faisant un retour sur lui-même, peut aisément le comprendre, en s'imaginant qu'il vient de perdre tout à coup le souvenir des trois ou quatre mois qui précèdent. Tout est oublié ou plutôt rien n'existe : alïaires, circonstances importantes, connaissances faites, renseignements donnés : c'est un feuillet, un chapitre violemment arraché, c'est une lacune impossible à combler ! Des absences de mémoire si graves font commettre àFélida mille bévues avec les personnes de la famille, avec les amis et les clients de son magasin, et l'exposent à des humiliations où à des erreurs perpétuelles qui la font passer pour folle. Son désespoir fut si grand, dans une période de l'année 1876, qu'elle a même cherché à se suicider.

En résumé, les faits concernant Félida peuvent se Résumé ramener à trois groupes principaux :

1° Félida a deux caractères très différents qui alternent chez elle avec ses deux états, et la rendent malheureuse.

2° Dans l'état premier, Félida n'a aucune mémoire des actes accomplis durant l'état second ; au contraire dans l'état second, elle se souvient également des faits accomplis dans ses deux états.

3" Quel que soit son état, Félida ne cesse jamais de se rappeler une foule de choses communes : lire, écrire, compter, tailler, coudre... etc. et d'avoir conscience de son identité personnelle.

Examinons maintenant si chacun de ces faits est aussi incompatible avec les théories spiritualistes, que nos adversaires se l'imaginent.

«Si le moi est une substance spirituelle, écrit M. Ferrière, une et simple, logée (??) dans le cerveau, ces trois groupes de faits qui composent la vie de Félida sont inexplicables et incompréhensibles. En effet:

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F.emiére < 1" Le ^101, substaiice spirituelle, se manifeste exdifflcoiié. j.^j.jgm.einent par cet ensemble de sentiments, de jugements et de volitions qu'on appelle un caractère. En naissant, Frlida avait un moi particulier et bien défini, œuvre de la nature, bref un moi naturel; à quinze ans un autre moi, œuvre de l'hystérie, se manifeste en elle. A partir de cetâgejusqu'en 1887, c'est-à-dire durant trente années, les deux moi se chassent réciproquement et régnent l'un après l'autre avec des alternances variées. Gomment un moi peut-il expulser un autre moi? Où le moi chassé va-t-il se réfugier en attendant qu'à son tour il détrône son heureux rival? » i^^2^owsc: Notre adversaire persiste dans sa confusion première du moi-sujet, substance spirituelle, avec le moi état ou caractère. Félida n'a qu'un seul moi-sujet, qu'une seule àme, et nous n'avons jamais supposé qu'elle en eût deux qui se chasseraient réciproquement. Cette supposition est si ridicule qu'on s'étonne d'entendre un philosophe sérieux nous demander gravement : Où va se réfugier la première àme lorsqu'elle est détrônée parla seconde?

Il est vrai que le même moi-sujet change de caractère et de manière d'être. Est-ce bien étonnant ? Ne changeons-nous pas nous-mêmes de caractère et d'humeur, suivant notre état de santé ou de maladie, suivant notre âge d'enfant, de jeune homme ou de vieillard, suivant les milieux où nous vivons, en un mot suivant notre état physique et moral? La présence ou l'absence d'un rayon de soleil suffit parfois à nous rendre gais ou tristes. Il est donc tout naturel de voir une maladie nerveuse, qui affecte si brusquement et si profondément la mémoire et les organes de la sensibilité, changer aussi profondément le caractère de notre pauvre amnésique, au point de la rendre triste, morose,

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