‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 49 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aMK · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aMK

ne: elle a parfaitement la conscience qu'elle est toujours identique à elle-même ; elle ne répond donc jim.s à la définition de Littré qui dit: < la double conscience est un état dans lequel le patient, ou bien a la sensation qu'il est double, ou bien sans avoir connaissance de sa duplicité a deux existences qui n'ont aucun souvenir l'une de l'autre et s'ignorent respectivement (1). »

« Féli la, observe le même docteur, n'a pas cette sensation, et, dans l'une de ses deux existences, elle aie souvenir parfait de ses deux vies ». — Et il conclut :

< On peut soutenir que chez Félida la mémoire seule est atteinte et que tous les autres phénomènes ne sont que la conséquence de l'altération de cette faculté. »

L'altération de la mémoire suffit en effet à expliquer l'illusion de Félida.

Dans le second état, toutes les périodes de sa vie sans exception sont reliées par le souvenir ; dans le premier, au contraire, il y a des lacunes, et les seules périodes de l'état normal, étant reliées entre elles, lui donnent comme l'apparence d'une vie différente, malgré le sentiment intime qu'elle conserve toujours de son identité, et qui proteste contre cette erreur de jugement.

Cette explication si naturelle et si claire suffira, croyons-nous, aux yeux de tous les philosophes sans préjugés, à dissiper l'équivoque sur laquelle est construit tout l'échaffaudage des systèmes matérialistes, et à montrer une fois de plus que Tunité simple du moi humain, si hautement attesté parla conscience du genre humain, n'a rien à redouter des faits scientifiques lesplus obscurs ou les plus merveilleux, pourvu qu'ils

(1) Jtievue de philosophie positive, 1875. Le cerveau

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soient étudiés avec sincérité, et analysés avec une rigoureuse exactitude.

Une autre explication de ces illusions sur l'identité «MJiV'-a- du moi a été donnée par cerlains spiritualistes contemporains. Gommeelle est assez à la mode, et qu'elle nous paraît fausse et dangereuse, nous voulons la réfuter ici ; ce qui nous donnera l'occasion de mettre dans tout son jour la véritable théorie surlaperception du moi et de son identité.

D'après ces philosophes, « si les illusions du moi sont possibles, si l'on peut ainsi se tromper sur soimême et son identité, c'est que l'idée du moi n'est nullement due à une perception immédiate et infaillible du fond substantiel de notre être, mais qu'elle n'est qu'une construction de notre esprit... >.

Déjà Locke et Kant avaient soutenu que l'idée du moi était une construction a priori de notre esprit ou de notreimagination, et nullement la perception d'un fait. Il est clair que, s'il en était ainsi, tous les arguments de la spiritualité de l'âme fondés sur la conscience crouleraient par leur base.

Voici la théorie de Kant : « L'expérience, dit-il, nous montre la continuité de la même pensée et non la continuité du même être pensant. Or la continuité de la même pensée pourrait exister à travers plusieurs êtres successifs, comme le mouvement se propage d'une molécule à l'autre (?). En supposant que le premier transmit au second la pensée aveclaconsciencc qui l'accompagne (!!), que le second fît la même transmission au troisième, en y joignant les deux actes de conscience (!!!), et ainsi de suite, on s'expliquerait la continuité non seulement de la même pensée, mais de la même conscience ».

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