‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 55 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aMK · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aMK

bardés de fer, qui ornent nos musées d'antiques et qui ne font peur que de Join.

Les mots de délire et de folie, que nous venons de prononcer, évoquent à notre esprit toute une série de faits pathologiques allégués de préférence contre l'immatérialité de l'âme : hallucinations, aliénation mentale, alcoolisme, idiotisme, crétinisme, etc..

Ici nos matérialistes semblentavoir beau jeu etleurs objeeobjections prennent volontiers des airs de triomphe, de m.

Kerrièie*

« Voici un homme, écrit M. Ferrière (1), qui, étant constipé, a des hallucinations : comment expliquer ou même comprendre que l'âme, substance spirituelle logée (?) dans le cerveau, ait le délire et voie des fantômes, en un mot qu'elle perde son essence (!!), à savoir, la raison, parce que certains résidus de la digestion séjourneni dans le tube intestinal ? Cela est absolument incompréhensible ; c'est le comble de l'absurdité. — Cinquante grammes de sulfate de magnésie ou de quelqu'autre purge sont introduits dans l'intesliu ; et voilà la substance spirituelle logée dans le cerveau qui recouvre ses perceptions exactes, ses idées raisonnables, en un seul mot, son essence (!!). Nouveau phénomène non moins étrange que le premier, aussi incompréhensible et aussi absurde ».

<c Autre exemple : un œuf de ténia se développe dans l'intestin d'un malade soigné par le D"" Ferrus: voilà lame du malade atteinte d'aliénation mentale! Une décoction de racine de grenadier expulse le ténia de l'intestin ; et voilà l'âme qui recouvre le jugement, la raison, les qualités morales >.

< En un mot, il est inexplicable et incompréhensible que l'âme, substance spirituelle logée dans le cer- veau, soit frappée de manie aiguë par un afflux de

(1} Ferrière, La vie et l'âme, p. 214-217.

générale.

sang; puis, (|ue cette même substance immatérielle et sans parties soit nettoyée de sa manie aiguë par des purgatifs, par de l'opium, du (juinquina et du fer introduit dans l'estomac et dans l'intestin ; enfin par des bains tièdes où le corps sauf la tête, est plongé tout entier ».

Réponse Telle est l'objection des matérialistes dans toute sa force et parée de toutes les séductions de leur bel esprit. Nous ne nous arrêterons pas longtemps à relever certains détails qui portent à faux, puisciu'ils travestissent notre théorie spiritualiste.

a) Ainsi la raison n'est pas la substance de l'âme mais une de ses facultés. Ce n'est donc pas l'âme ni même ses facultés raisonnables que la folie nous fait perdre, mais seulement l'usage de la raison.

b) Ce n'est pas l'âme, mais l'organe animé que l'on purge, que l'on saigne ou que l'on nettoie, et cette supposition de notre adversaire n'est que puérile.

c) Enfin l'âme n^est pas logée dans le cerv.eau, ni comme locataire, ni comme prisonnière. Nos lecteurs savent assez que cette vieille opinion ultra-spiritualiste n'est plus en question et que nous admettons l'union substantielle de l'âme avec ses organes.

Après ces remarques, nous pourrions pour toute réponse nous contenter de répéter que les facultés sensibles étant, comme les facultés nutritives, incarnées dans des organes corporels, il est naturel que toute atteinte portée à ces organes soit une atteinte directe à ces facultés. Que l'on blesse le tissu organique ou que l'on gêne son fonctionnement, v. g. en obstruant les voies de la circulation nutritive, il importe peu, la sensibilité suit les vicissitudes de l'organe sensible dont elle n'est jamais séparée.

Quelque bonne que soit cette réponse, il nous semble qu'il vaut mieux élargir le débat, pour faire une

fulie.

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lumière plus complète, et traiter plus à fond ce problème si triste et si mystérieux qu'on appelle l'aliénation mentale.

Les phénomènes pathologiques compris sous le nom j. générique d'aliénation mentale sont si variés et si dlTiîf complexes, que la science médicale n'est pas encore parvenue à les classer méthodiquement. Du moins, aucune des nombreuses classifications proposées jusqu'à ce jour n'a paru rigoureuse et détinitive, aux yeux des juges les plus autorisés. La plus commode, sinon la plus usitée, serait peut-être celle des docteurs Esquirol et Pinel qui distinguent la monomanie ou délire partiel, iQmanieou. délire total, \di démence ou affaiblissement des facultés mentales, et V idiotisme qui suit leur développement incomplet.

Quoi qu'il en soit de ces incertitudes, il nous paraît possible, en nous plaçant au point de vue qui nous intéresse dans cette étude, de ramener tous les phénomènes psychologiques de Taliénation mentale à deux classes principales :

1" Les aberrations de la sensibilité et des facultés motrices ;

2° Les aberrations de la raison et de la moralité.

Ces deux groupes de facultés peuvent ne pas être atteints à la fois ; mais les troubles de la raison sont toujours précédés de ceux de la sensibilité.

Les aberrations des sens sont donc les premiers symptômes et les plus généraux de la folie. Elles consistent principalement en illusions et en hallucinations, jy hallucination consiste à prendre pour des réalités extérieures les fictions de son imagination. L'ivrogne, par exemple, croit voir courir autour de lui des rats ou des animaux dont il n'y a pas la moindre apparence à l'extérieur. L'illusion, au contraire,

Le cerveau U

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suppose toujours (juelque réalité exl('iieure ou quelque impression véritable ({u'on interprète mal. Ainsi, dans le délire de la persécution, le malade prendra son ombre pour un agent de la police secrète qui le poursuit partout.

Les aberrations de la motîlllé, plus connues soas le nom de paralysie générale des aliénés, ont pour caractère le tremblement nerveux, l'embarras, raffaiblissement et linalement la privation de certains mouvements. La paralysie de la langue et l'impuissance dans la coordination des mouvements et des s nsations, sont un prélude certain d'un affaiblissement des facultés et d"une démence prochaine.

Les aberrations des facultés raisonnables et de la moralité n'apparaissent qu'en dernier lieu. Lorsque la sensibilité est seule atteinte, les malades raisonnent encore très juste, mais comme ils partent de données sensibles fausses, leurs conclusions sont nécessairement erronées. Lorsque la raison elle-même est troublée, le malade déraisonne, soit qu'il parte de principes faux, soit qu'il déduise de principes vnvis les conséquences les plus incohérentes. Gepemlant ce trouble est rarement complet. A côté d'une faculté sensible pervertie se montrent parfois d'autres facultés intactes, v. g., une mémoire très bonne, une volonté droite, un cœur excellent. De même pour le trouble de Tesprit. Il ne porte, le plus souvent, que sur un petit nombre d'objets, parfois sur une seule « idée fixe ». Tant que vous ne touchez pas à cette idée, le malade vous étonne par la lucidité de son esprit, son calme et sa tranquillité ; mais si par hasard voue y touchez, la détente est partie, la divagation commence, et la conversation devient extravagante. De la perversion de la raison, à celle de la moralité, il n'y a qu'un pas à franchir. L'égoïsme, la sensualité, la ruse et la duplicité,

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