‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 57 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME

Une (les plus grandes autorités en ces matières, le D' Esquirol, dans son traité des Maladies mentales (1), nous avait déjà enseigné : !•* que dans un grand nombre de cas le cerveau des aliénés ne présente aucune altération appréciable, alors même que leur folie aurait duré un grand nombred"années;2°que toutes les lésions observées chez les aliénés se retrouvent souvent dans les cerveaux les plus sains d'esprit ; 3° que les lésions cérébrales ne coïncident ordinairement qu'avec les affections nerveuses qui compliquent la folie ou la masquent (telles que paralysie, convulsion, épilepsie), et jamais, ou très rarement, avec la folie proprement dite.

Un grand nombre d'autres médecins éminents, choisis dans toutes les écoles, même parmi les plus attachés à l'organicisme, confirment pareillement les mêmes faits. Tels sont les D'* Georget, Pinel, Lélut, Leuret, Maudsley, etc. (2). Ce dernier auteur, pour soutenir qu'il y a un rapport nécessaire entre la folie et une lésion organique, est obligé de supposer des « lésions invisibles, ascopiqiies ou intramoléculaires », qu'il est impossible de constater.

Nonseulementlacoïncidencehabituelled'unelésion quelconque cérébrale avec la folie, encore moins de telle espèce de lésion avec telle espèce de folie, n'a jamais été prouvée, mais elle paraît invraisemblable à la plupart des savants (3).

(1) Ch. I, p. no.

(2) Georget, De la folie, ch. VI, § 14. — Pinel, De la tnanie, sect. IH, S 15. — Lelut, Inductions sur les altérations de l'encéphale duns la folie. — Leuret, Traitement moral de la folie. — II. MuuJsIey, Paihologie de l'esprit, ch. X.

(3) On voit parla combien il faut en raljattre des alfirmations tranchantes de certains écrivains matérialistes qui osent affirmer que « la netteté et la clarté des faits montrent d'une manière sai.sissante la dégradation croissante de l'âme (chez les aliénés) accompagnant constamment la dégradation croissante du cerveau, et rendent inutile toute discussion ».(l'"er-| rière, La vie et l'âme, p. 220.)

IfiO

NVx-

|ilii|ue pas la folie.

La lésion organique en eiïet serait constante, e! alors comment comprendre rinterniittence Irt-quente des accès de folie, comment admettre la possibilité d'intervalles lucides ? Comment expliquer les guérisons subites et instantanées de la lolie, alors que la physiologie ne saurait admettre la guérison instantanée d'une lésion quelconque ?

Nous ne voyons pas comment on pourrait répondre à ces difficultés. Mais lors même que nous aurions admis qu'elles peuvent être résolues ; lors même que nous aurions accordé aux matérialistes, que la science de l'avenir réussira peut-être à constater quelque lésion organique dans tous les cas de folie, et une espèce de lésion pour chaque espèce de folie ; lors même que nous aurions fait ces concessions qu'on pourra trouver excessives, mais qui ne nous coûtent nullement, car elles s'accordent très bien avec la théorie scolastique, qu'en résulterait-il?

Un caillot de sang ou de graisse dans un tube capillaire, un exsudât séreux dans ce même tube, peuventils nous expliquer l'erreur de jugement ou de raisonnement qui constitue la folie? Quel rapport y a-t-il, entre la position de ce caillot de sang ou de eette mo-, lécule de graisse, et l'aberration de la raison ? Le premier phénomène peut-il nous expliquer le second ? Ne sont-ils pas irréductibles ?

Et alors l'explication des matérialistes n'est plus une explication ; ce serait la constatation d'une coïncidence de deux faits étroitement liés, ce ne serait plus l'explication attendue et promise de leur nature. Et la même question se pose toujours : qu'est-ce que la folie ? Est-ce simplement un désordre organique, ou bien un désordre de l'esprit précédé ou provoqué par quelque désordre organique ?

Page 1