PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME
bien conformé. L'atrophie du cerveau attaque donc directement les facultés organiques, et indirectement les facultés inorganiques et spirituelles liées aux premières, comme nous l'avons démontré, soit dans leur développement, soit dans leur exercice.
L'objection de M. Ferrière ne saurait donc nous atteindre ou nous troubler un instant. S'il y a quelques spiritualistes-ultra , de l'école cartésienne , qu'elle puisse gêner, c'est leur affaire de se défendre, s'ils le peuvent, ce n'est pas la nôtre de les aider. Si les facultés sensibles ne sont pas des facultés cérébrales, mais des facultés spirituelles logées dans un cerveau, nous avouons ne pas comprendre comment elles pourraient être influencées par le volume ou la maladie de l'organe qui leur est étranger. Ce n'est plus là qu'une harmonie préétablie réglée par le bon plaisir de Dieu : sitpro rationevoluntas ! C'est un fait sans explication naturelle. Or nous avons dit ailleurs combien un tel système est artificiel et peu philosophique.
Nous aimons mieux penser qu'il n'y a pas une simple coïncidence, établie par Dieu, entre la grosseur des organes et le bon fonctionnement des facultés sensibles, mais un lien véritable de causalité. Pour achever de nous en convaincre il suffirait d'observer comment s'opère la guérison du crétinisme. Voici par exemple un village malsain de la vallée d'Aost, ou bâti dans quelque gorge profonde et humide du Valais ou de la Maurienne.
Le climat est insalubre, les eaux sorties des terrains comremagnésiens sont malsaines, les chaumières pauvres et malpropres; les cas de crétinisme augmentent dans des proportions effrayantes. Mais voici qu'un ingénieurest envoyé dans ce pays; il creuse des routes, établit (les drainages dans le sol et des canaux d'écoulement ; il perce des fenêtres aux maisons, pour leur donner à
la fois l'air et la lumière qui leur manque ; dans •tps infectes chaumières il fait n'gner l'ordre et la propreté inconnus jusque là, ensei},'ne les principes de l'hygiène, améliore la nourriture, amène de loin des eaux potables et salubres. Eh bien 1 on constate qu'au bout d'un certain temps, le nouveau régime a produit des effets inespérés. Les nouvelles générations qui grandissent paraissent mieuxcontituées, mieux portantes ; le nombre des crétins diminue sensiblement, et le niveau moral de la paroisse se relève.
(Jue s'est-il donc passé? Les mauvaises conditions hygiéniques étant peu à peu supprimées, le cor[;s entier, y compris les organes cérébraux, a recouvré la santé, et de la santé de l'organe est résulté naturellement le bon état des facultés organiques. Celles-ci rétablies, les facultés raisonnables n'ont plus trouvé d'obstacle à leur développement. L'âme humaine, quoicjue spirituelle par ses facultés supérieures, a donc des facultés inférieures plongées dans la matière ; s'il est excessif do conclure avec les matérialistes que toutes ses facultés sont organiques et corporelles, il serait contraire aux faits de les supposer toutes également inorganiques et spirituelles. Gela nous prouve une fois de plus que, dans la hiérarchie des êtres, il y a une gradation merveilleuse, etque les plus élevés possèdent éminemment toutes les perfections des êtres inférieurs ; l'âme humaine résume en elle-même toutes les activités des formes animales, végétatives et minérales (1) ; et elle a de plus ses activités propres et spécifiques. C'est elle qui donne au corps toutes ses activités corporelles, végétatives et animales ou sensibles. Entre le corps et l'âme n'existe donc nullement cet abîme infranchissa-
(1) « Corpus per aiiiinam et est corpus, et t^t organicum, et est vivent » (S. Thomas, 1«, q. 75, a 4. ad. 1"»).