‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 61 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET LAME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET LAME

ble que Descartes avait rêvé : ils forment un tout naturel.

En terminant cette étude sur la folie naturelle, on 3«ai-

. . roolisme.

nous reprocherait de ne pas dire au moins quelques mots de la folie artificielle provoquée par l'introduction dans les tissus organiques de certaines substances telles que le haschish, l'opium, la morphine et surtout l'alcool, qui est le plus tristement célèbre, par le nombre toujours croissant de ses malheureuses victimes. Les ravages de l'alcoolisme pourraient nous fournir le sujet d'une étude morale du plus haut intérêt, ou de considérations bien graves sur les réformes économiques et sociales qui deviennent chaque jour plus urgentes. Mais ces points de vue sont en dehors de notre but et de notre plan. Nous devons nous borner strictement à décrire les phénomènes alcooliques, à exposer l'objection que les matérialistes ont coutume d'en tirer contre les théories spiritualistes, et à indiquer la solution qu'elle comporte.

Après avoir ingéré dans l'estomac une grande quantité d'alcool, l'ivrogne passe successivement par deux périodes distinctes. D'abord une exaltation anormale des organes cérébraux et des facultés correspondantes, puis une réaction en sens inverse, caractérisée par la paralysie et le sommeil des mêmes organes.

Dans la période de stimulation, on remarque des troubles dans la sensibilité et la motilité. La vue, Louïe, tous les sens perdent leur lucidité habituelle, et, dans les cas d'alcoolisme aigu, ils sont sujets à d'étranges hallucinations ; le malade croit entendre des bruits divers, des sons musicaux, des voix mystérieuses, il voit apparaître des fantômes, tels que des animaux, des rats ou des souris qui le poursuivent ou le dévorent.

Le cLnvEAO iS

ÉTUDES PUILOSOPHIQUES

Les facultés inotiices sont pareillement atteintes ; la tête (lu pauvre alcoolique est incertaine, ses jambes titubent ou tlécbissent, ses membres éprouvent des fourmillements, desdoulcurs fulgurantes; un tremblement nerveux agite sa langue, ses lèvres, ses mains, ses doigts, etc.

Le contre-coup ne tarde pas à se faire sentir dans les facultés supérieures ; en état d'ivresse, la raison perd son empire, les idées se brouillent, lamémoires'éteint, les passions se révoltent; l'homme le plus doux devient colère, méchant, frappant brutalement et sans raison sa femme et ses entants, etc. : il devient sujet parfois à un délire impulsif qui le provoque au meurtre, à l'incendie, au suicide... en un mot, il éprouve une aliénation véritable, quoique passagère, et peut devenir aussi dangereux qu'un fou furieux.

L'ivresse se termine par une grande prostration et un sommeil très profond et très long, car il se prolonge quelquefois 16, 24, et même 48 heures, au bout desquelles les organes ont retrouvé leur état normal. Mais si l'abus des boissons alcooliques devient une habitude, il survient peu à peu un affaiblissement général ; les fourmillements dans les membres, les illusions et hallucinations des sens deviennent plus fréquentes, et le délire, d'abord accidentel, passe à l'état permanent et finit par êtreincurable. ATautopsie, on retrouve l'alcool en nature dans le sang et dans tous les tissus, mais principalement dans le tissu nerveux et cérébral qui en contient une quantité à peu près double. D'où l'on peut conclure que ce liquide, en s'emmagasinant dans la substance cérébrale, la paralyse par une véritable intoxication. Tel est le tableau abrégé des phénomènes alcooliques qui inspirent aux matérialistes les réflexions suivantes :

€ Les faits que fournit l'alcoolisme peuvent être

PREMIÈHK l'AlillK. — LR CERVEAU ET L'aME IIU

comptés parmi les plus nets et les plus décisifs relativement au problème de l'âme fonction du cerveau. Voici un homme possédant dans leur plénitude toutes ses facultés intellectuelles etraorales. Il introduitdans son estomac quelques centaines de grammes d'alcool ; l'alcool congestionne d'abord le cerveau, puis imprègne la substance cérébrale elle-même. Au furet à mesure que les perturbations envahissent l'organe, les fonctions psychiques se troublent ; la mémoire diminue et s'éteint, la raison s'éclipse, les sens perçoivent des choses qui n'existent pas; le caractère moral change; sensibilité, intelligence, volonté, moralité, en un seul mot, l'âme est troublée. — Au fur et à mesure ({ue l'alcool s'élimine et laisse le cerveau revenir à son état normal, les hallucinations disparaissent, la mémoire et la conscience reviennent, les qualités morales et la raison sont recouvrées, en un seul mot l'âme a repris son état normal (1) ».

Notre adversaire joue ici sur le mot âme, comme il soimion le fait d'ailleurs dans tout son ouvrage. Nous lui ac- .limcuite cordons volontiers que les facultés motrices et sensibles sont des facultés organiques ou des fonctions cérébrales, dont le trouble organique suffit à expliquer le trouble conséquent dans les facultés supérieures inorganiques. Mais ce que nous refusons d'admettre — et qu'il ne prouvera jamais — c'est que :

l» Toutes nos facultés soient pareillement organiques ; 2° queles facultés cérébrales elles-mêmes n'aient pas besoin d'un principe actif et simple qui les coordonne et les unifie, et d'où elles découlent dans la matière, comme de leur source. Toute action suppose ■ un agent ; et toute action synthétique, telle que la sensation, suppose nu agent unique et indivisible, comme nous l'avons longuement démontré.

(1) Perrière, La vie et l'âme, p. i>2.!.

IS!) KTLDES l'UlLOSOPIlIQUES

Eh Lieu, l'agent, qui a pétri et façonné les organes matériels de l'embryon, y compris son cerveau, ([ui a été « l'idée directrice >, de cette admirable évolution embryonnaire ; l'agent qui s'est exprimé dans la matière et a réalisé ses puissances dans ses organes ; cet agent qui plonge dans la matière pour la rendre vivante et sensible, et qui pourtant la dépasse de toute la hauteur de sa Raison, nous l'appelons notre Ame.

C'est mystérieux, sans doute, mais ce n'est i)as absurde et contradictoire comme l'hypothèse des attributs sans substance, des facultés sans principe, des actions sans agent, et surtout des actions coordonnées vers un même but, sans un agent unique et coordonnateur. D'ailleurs cet agent est-il si mystérieux, puisqu'il se révèle à lui-même dans la conscience humaine et prend possession réfléchie de son existence, de son individualité propre et de ses opérations supérieures en s'écriant : je pense, donc je suis ! Imaginez au contraire des myriades de molécules cérébrales, possédant une myriade de vies particulières et d'individualités propres, je vous défie de leur faire pousser ce cri unique et indivisible de la conscience humaine et de leur faire dire « Moi ! »

L'alcoolisme aussi bien que la folie prouvent donc que nous avons des facultés organiques propres au 11

composé humain, mais elles ne contredisent nulle- '■

ment l'existence des facultés inorganiques liées sans doute aux premières, mais pourtant spirituelles, appartenant à l'âme seule. Elles prouvent que c'est le |j cerveau animé qui sent, elles ne prouvent nullement que ce soit lui qui pense.

Les arguments du matérialisme (suite).

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