‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 63 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME 1H · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME 1H

lèbre : « la propriété c'est le vol ! > — Etradmiralioii ne fut pas moindre, lorsqu'on apprit que la bosse de la musique, chez l'àne, le loup <?t le mouton, était beaucoup plus développée que chez l'alouette et le rossignol, etc., etc.

Ces faits, que nous croyons inutile de multiplier, justifient surabondamment Toubli profond où est tombé le système phrénologique de Gall, après avoir fait tant de bruit et avoir tant excité la curiosité, voire mêmerengoùment des imaginations populaires toujours si avides de merveilleux. Tous les physiologistes redisent aujourd'hui avec le D' MuUer « qu'on ne peut s^empécher de repousser du sanctuaire de la science ce tissu d'assertions arbitraires qui ne repose sur aucun fondement (1) ».

Cependant il ne faudrait pas en conclure que le prin- u cipe lui-même des localisations, compromis par les .lemeure suppositions chimériques et les témérités frivoles de Gall, ait fait naufrage et disparu avec lui. Ce serait une grave erreur. La question demeure tout cntièi-e.

Il suffit d'avoir une fois considéré attentivement un cerveau humain pour avoir été frappé delà complexité de cet organe. Or, cette complexité doit avoir sa raison d'être. Comment admettre, redirons-nous avec le D"" Broca, « que la complication des hémisphères cérébraux soit un simple jeu de la nature, que la scissure de Sylvius ait été faite uniquement pour donner passage à une artère, que la fixité du sillon de Rolando soit un pur eftet du hasard, et que les lobes occipitaux aient été séparés des lobes temporaux et pariétaires, à cette seule fin d'embarrasser les anatomisles. On trouve par l'embryogénie que les cinq lobes de chaque ■ hémisphère (le frontal, le pariétal, le temporal, l'oc-

(1) J. Muller, Hystèmc nerveux, I, \>. 417.

cipital, l'insula) sont des organes distincts et indépen* dants. Or je ne puis me défendre de croire que des organes distincts ont des fonctions distinctes (1) >.

Cette conclusion nous semble très juste et très frappante. La science ne saurait échapper à cette question que se pose invinciblement tout observateur attentif: ces organes, distincts en apparence, ont-ils des fonctions réellement distinctes ? Et s'ils sontdistincts physiologiquement, quel est leur nombre total, à quoi servent-ils ? Sont-ils les organes de la vie nutritive, de la sensibilité, de la motilité, de la raison ?

Cette grande tentative de localisation, où (jall a échoué, reprise en sous-œuvre par des méthodes vraiment scientifiques, devait tôt ou tard porter ses fruits, et aboutir à des conclusions de la plus haute importance.

Nouveai ■ Le premier résultat daus cettc nouvelle volc ouvertc dH^caii- à la science, vers 1830, par les essais du D^ Bouillaud, ne fut obtenu qu'en 1861 par le D' Broca, qui put déterminer avec précision la localisation du centre moteur du langage articulé. Sur tous les malades atteints d'aphasie motrice ou de privation de la parole, il constata une lésion de la troisième circonvolution frontale, à la partie postérieure, dans le pli sourciller, au voisinage de la scissure de Sylvius et de l'insula de Reil. (Voy. Planche anal . fig. IV.)

Cette découverte d"abord vivement controversée, ayant été confirmée depuis cette époque par une multitude d'expériences, et la fonction motrice de cet organe cérébral étant désormais bien établie, nous croyons utile d'entrer dans quelques détails (jui pourront nous donner une idée des découvertes futures et des progrès à réaliser dans ce genre de recherches.

(1) BuUetinde la Société d'anthropologie, t. II, p. 195.

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