PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME
fres, d'autres encore ne peuvent plus lire les chiffres arabes, mais les chilTres romains seulement, etc..
4° Les cas dicigraphie partielle sont encore très variés et très curieux. Tel malade ne sait plus écrire qu'un petitnombre de mots, et même un seul, son nom, par exemple : Jacques. On lui demande d'écrire le nom de sa femme, et il écrit : Jacques ; le nom du mois, le quantième, et il écrit toujours : Jacques. — Tel autre malade, signalé par le D' Bouillaud, ne pouvait plus écrire que de la musique. Quelquefois cette singulière agraphie n^atfecte qu'une seule main ; la gauche peut remplacer la droite, mais elle a une écriture spéculaire c'est-à-dire renversée comme dans un miroir.
Nous n'insisterons pas davantage, ne voulant pas multiplier indéfiniment ces exemples. Arrivons plutôt aux réflexions que ces faits nous inspirent.
Jusqu'ici nous avions admis l'existence de quatre H^ie organes dont la lésion correspondrait aux quatre types ''"dT d'aphasie que nous avions observés ; c'est-à-dire autant d'organes que d'espèces d'aphasie. Mais, sice principe est vrai, ce n'est plus désormais quatre organes seulement, mais une quantité prodigieuse qu'il en faudrait supposer, puisqu'il existe, nous venons de le voir, un nombre presque infini de variétés d'aphasiques. Il faudrait donc admettre que les quatre départements de l'écorce cérébrale, indiqués par les récentes découvertes, se subdivisent en un nombre prodigieux de circonscriptions et de centres partiels ou secondaires, dont la science n'a pas encore précisé la topographie.
Et poussant la logique de ce principe jusqu'à ses dernières limites, peut-être devrions-nous supposer ■ que chaque image sensorielle ou motrice est emmagasinée par la mémoire dans une cellule cérébrale distincte, ce qui nous expliquerait pourquoi l'une peut se paralyser ou s'etfacer sans l'autre, comme nous
198 ÉTUDES PHlLOSOPniOL'ES
l'ont révélé les cas pathologiques si curieux d'aphasie l)ai'tielle.
Voilà, j'en conviens, une conception peu familière à certains psychologistes et qui ne manquera pas de provoquer leur étonnement. Nous la croyons cependant très vraisemblable, et en harmonie parfaite avec les faits scientifiques.
Quoi qu'il en soit d'une foule de détails encore inexplorés ou très obscurs, le principe lui-même des localisations cérébrales nous semble se dégager assez nettement de ce que nous venons d'exposer, pour croire, sans une trop grande témérité, qu'il est définitivement acquis à la science. Il nous reste à voir s'il est aussi contraire à la vraie doctrine spiritualiste, que nos adversaires se l'imaginent.
»'Oi)j. De cette multiplicité de facultés et d'organes céré-
conlre
bsimpii- braux il résulterait, d'après M. Ferrière
cite
« Que la fonction générale du cerveau n'a pas pour caractère essentiel l'unité simple ; l'unité de la fonction générale du cerveau provient de Vassociation, du cuitflU et de la combinaison d'un certain nombre de fonctions particulières, qui sont les unités composantes de la fonction générale ; par conséquent cette unité est une résultante. La conclusion définitive est donc la suivante : La fonction générale du cerveau ou, en langage philosophique (?), l'Ame est unerésultante(l)».
Nous avons déjà observé que M. Ferrière jouait à plaisir sur les mots d'Ame et de Fonction. C'est le double sens de ces mots qui donne toujours à son syllogisme un quatrième terme. Si par fonctions il entend les puissances ou les facultés cérébrales, nous lui
(1) Ferrière, La vie et l'âme, p. 243.