PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aME
accordons volontiers qu'elles sont multiples, qu'il y en a autant que d'organes, peut-être même autant de mémoires que de cellules cérébrales. Mais plus nous multiplions les variétés et les sous- variétés des puissances, plus la nécessité s'impose, pour les coordonner vers une seule fin, d'admettre une source unique d'où elles dérivent, un principe actif unique dont elles ne sontqueles expressions variéesetquilesanime toutes. Ce principe nous l'appelons Aine. L'âme n'est donc pas une fonction, ni une collection de fonctions, mais le principe dynamique d'où dérivent ces fonctions, et qui fait leur unité.
Cette équivoque dissipée, voyons par quoi M. Ferrière va remplacer l'Ame, principe d'unité. Cette unité des fonctions, nous dit-il « vient de l'associa/ ion, du confia, et de la combinaison des fonctions ». Voilà une réponse bien commode. Mais si l'unité vient de l'association, d'où vient cette merveilleuse association elle-même ? Du hasard, ou bien d'un principe coordonnateur ?
Notre question est, paraît-il, indiscrète : M. Ferrière trouve que nous sommes trop curieux, et il nous réplique qu'il ne veut et ne peut nous donner aucune explication. .
€. Toute fonction, considérée en elle-même, est inexplicable, nous dit-il, à plus forte raison Iharmonie et la coordination vers un même but de toutes les fonctions, est-elle encore plus inexplicable ».
Nous retenons cet aveu, et lorsque cet auteur viendra nous dire à la page suivante : « le spiritualisme ignore tout et n'explique rien (1 », nous aurons droit de nous étonner, et de lui rappeler que son matérialisme vient de se déclarer incapable d'expliquer le
(1) Perrière, La vie et l'âme, p. 466.
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fait fondamontal, celui qu'il importe le plus de nous expliquer : l'unité ds l'être vivant et pensant ; tandis qu'en admettant l'existence d'un double principe, d'unité et de multiplicité, l'âme elle corps, le sjiiritualisme a expliqué naturellement et sans eiïort la multiplicité prodigieuse et l'unité non moins certaine de nos fonctions.
N'invoque/ plus «l'association, le conflit et la combinaison » des parties : ces mots sont vides de sens, s'il n'y a pas un principe produisant « l'association, le conflit et la combinaison », c'est-à-dire un principe produisant l'unité dans la multiplicité. Voici par exemple les trois propositions d'un bon syllogisme. Essayez de nous dire que ce syllogisme est un résultat de « ^association, du conflit et de la combinaison » de la conclusion, avec la majeure et la mineure, vous aurez dit vrai sans doute, mais vous n'aurez pas dit grand chose. Votre explication demeure insuffisante et puérile, tant que vous n'aurez pas ajouté que « l'association, le conflit et la combinaison » de ces trois propositions en un seul syllogisme vient, en dernière analyse, de ce qu'elles ont été conçues et combinées par un seul et unique penseur.
De même en est-il pour la coordination de nos facultés et de leurs organes. Il y a, en chacun de nous, dès l'origine un principe organisateur qui a formé l'embryon, qui forme et reforme encore le corps à chaque instant, et qui en lui et par lui, vit, sent, pense et agit; et ce principe qui, dans ses degrés supérieurs, prend conscience de lui-même et qui dit moi, nous l'appelons notre Ame (1).
(1) Le D' Luys invoque « la combinaison, la participation incessante (?) et la totalisation (!!) de toutes les énergies vraiment spécifiques ». {Le cerveau, p. VIII.) — Notez qu'il nous reproche avec insistance de nous payer de mots (pp. 45, 48, 171, 253), et d'exprimer notre ignorance en < pliraséologie sonore » (p. 254). Voici un autre échantillon de la phra idéologie