PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET LAME
Les localisations cérébrales, quelque multiples qu'on les suppose, bien loin de contredire l'unité de l'àme, en sont donc une des preuves les plus frappantes ; voyons maintenant en quoi elles pourraient contredire ou ébranler le dogme de sa spiritualité.
Une suffit pas qu'un principe dynamique ou psy- 2'Oi.j. chique soit un et simple pour qu'il soit aussi spirituel, la spir)- II faut en outre qu'il puisse exister et agir en dehors de la matière. Le principe dynamique d'un atome de matière minérale est simple, mais il est loin d'être spirituel, car les opérations physico-chimiques dont il est doué ne sauraient s'exercer en dehors de la matière quMl informe. On ne concevrait pas la gravité, ni l'attraction, ni les mouvements, eu dehors de certaines masses quantitatives. De même en est-il pour les âmes des plantes et des animaux ; quoique simples elles ne sont pas spirituelles, et pour les mêmes raisons, la nutrition, la locomotion, la sensibilité ellemême sont des opérations organiques et inséparables de l'organe.
Au contraire nous disons que l'âme humaine est spirituelle, parce qu'elle a certaines opérations supérieures qui n'impliquent dans leur essence aucun élément matériel ni organique; telles sont la pensée pure ou abstraite, le jugement, le doute, l'affirmation, la négation, le raisonnement, le choix libre, etc.. Il est vrai
peu lumineuse du même auteur : « nos éléments sensiiil's se condensent, se fusionnent et s'anastomosent en une inextricable unité, unité qui n'est elle-même que l'expression de la solidarité des réseaux nerveux sous-jacents » ; et c'est là ce qui fait l'unité de la personne "humaine ! (p. 84). Impossible d'exprimer plus clairement « l'inextricable » embarras de leurs idées. — A son tour le D"" Beaunis [Nouveaux éléments de physiologie, p. 1023) invoque « la cohésion » de nos étals de conscience par la mémoiremais qui donc produira l'unité et < la cohésion d de la ipémoire ellemême ?...
que ces opérations peuvent aussi s'exercer sur des données matérielles, et par conséquent être liées, dans l'état présent, aux facultés organiques, mais en ellesmêmes elles sont indépendantes.
Si l'âme humaine a des opérations propres et spirituelles, c'est-à-dire si elle peut opérer seule, à plus forte raison pourra-t-elle opérer avec le corps. Qui peut plus peut moins. Dans la hiérarchie des êtres les degrés supérieurs contiennent tous les degrés inférieurs; en sorte que lame spirituelle tout en ayant des opérations inorganiques peut avoir, et doit avoir, des opérations organiques ; plongée dans la matière par sa partie inférieure elle la dépasse seulement par ses puissances propres et spécitiques (1). Ce Donc, pour prouver que l'àme n'est pas spirituelle,
fa2"r'ait il ne suffit nullement aux physiologistes de nous dé- 'ire""" montrer que certaines facultés sont organiques; il faut encore et surtout nous donner la preuve qu'elles le sont toutes, et que les facultés supérieures, de l'ordre raisonnable, sont organiques comme les autres.
C'est ainsi que doit se poser le problème philosophique de la spiritualité de Tâme en présence des sciences expérimentales.
(1) « Perfectissima forinarum, id est anima hiimana, quoe est finis omnium formarum naturalium, habet operationem oiimem excedentem materiam, quae non fit per organum corporale, scilicet intelligere. Et quia esse rei proportionatur ejus operationi. . ., cum unumquodque operetur secundum quod est ens, oportet quod esse animœ humanœ superexcedat materiam corporalem, et non sit totaliter comprehonsiim ab ipsa ; sed tamen aiiquo modo atlingatur ab ea. In quantum igitur supergreditur osse materiae eorporalis, potens perse subsistere et operari, anima humana est substantia spiritualis ; in quantum vero attingitur a materia, et esse suum communicat illi est corporis forma. — Attingitur autem a maleria corporali, ea ratione quod semper supremum in/imi ordinis attingit infimum supremi ; et fdeo, anima humana, quod est infima in ordine substantiarum spiritualium, esse suum commuuicarepotestcorpoiihumano, quod est dignissimum... Unde anima, cum sit pars naturae humanae, non habet perfeetionem suae naturae hîsi in unione ad corpus... licet possit esse et intelligere, a corpore separata »tS. Tliomas, Q. Q. disp. de spir. créai., ■4. 2, c. et ad 5).