PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME
Et comment la science pourrait-elle nous démontrer que les facultés raisonnables sont organiques et localisées ? Ce serait en appliquant à ces facultés la métliode qui lui a réussi pour localiser les facultés inférieures.
1° Elle suppose que la faculté en question peut être isolée (les autres et localisée à part.
2° Elle le démontre, si, par une lésion organique, elle réussit à supprimer son opération propre, en respectant toutes les autres facultés.
3" Enfin, c'est la contre-épreuve, elle rétablit cette même opération, en guérissant la lésion.
Ainsi nous avons \u que, par une incision à la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale, le physiologiste supprime la mémoire motrice de la parole, en laissant intactes toutes les autres mémoires et toutes les autres facultés; — puis il constate qu'avec la guérison de la blessure, la mémoire motrice de la parole reparait. La démonst^ration est ainsi complète. Cette faculté est bien organique et nettement localisée.
Eh bien ! pareille démonstration a-t-elle été faite pour les facultés raisonnables ?
Nous avons vu certaines facultés motrices localisées; nous avons vu pareillement localisées certaines facultés sensibles : la mémoire auditive et visuelle. Admettons que la localisation soit vérifiée, — et nous en sommes loin, — pour toutes les autres facultés sensibles qui produisent images, sensations, et mouvements.
Il reste — et c'est là le problème — à. démontrer la localisation de l'idée abstraite, du jugement, de l'affirmation, du doute, du raisonnement, du choix libre et de toutes les opérations intellectuelles.
Pour procéder rigoureusement à cette démonstration, pian il faut d'abord 1° supposer que ces opérations supé- démoDs-
rieures peuvent être isolées de toutes les opérations inférieures et sensilîles ;
2° Il faut ensuite montrer qu'une blessure au cerveau les fait disparaître une à une, en laissant intactes les opérations inférieures ;
3° Enfin que la guérison de la blessure ramène Topération supprimée.
Tels sont les termes du problème ; tel serait le plan d'une démonstration scientifique.
Eh bien ! nous le demandons à tout savant impartial et sincère, une telle démonstration est-elle — nous ne dirons pas, faite et achevée, — est-elle seulement commencée ? A-t-on jamais eu l'idée même de l'entreprendre? Nous ne le croyons pas ; et nous ajoutons avec confiance que celui qui oserait l'entreprendre irait au-devant d'un échec certain, la tentative étant tout à fait chimérique.
Et pourquoi déclarons-nous cette démonstration impossible à la science humaine, à la physiologie la mieux outillée et la plus perfectionnée qu'on puisse imaginer pour les siècles futurs? C'est qu'elle poserait comme principe qu'on peut isoler la pensée abstraite des données sensibles, blesser et supprimer la raison sans avoir préalablement blessé et atteint les facultés sensibles. Or cette séparation est évidemment impossible — au moins dans cette vie — puisqu'elle est contraire à l'état présent de notre nature humaine.
Avez-vous jamais rencontré dans vos cliniques un malade qui, possédant l'usage complet et normal de sa mémoire sensible, de son imagination, de tous ses sens externes et internes, déraisonnât cependant et fût atteint d'une folie purement intellectuelle, sans aucun désordre des autres facultés?
Non, vous ne l'avez jamais rencontré ce cas chimérique, parce qu'il est contre iieiture. Vous avez toujours