PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'AME
constaté au contraire que la folie de l'esprit commence par quelque désordre de la mémoire, de l'imagination ou des sens : elle n'en est jamais séparée.
Et alors votre espoir de surprendre un jour la raison isolée, et de la blesser ensuite dans son organe, est un espoir chimérique, une menace vaine et puérile qui ne saurait nous effrayer.
Et lorsque, victime de je ne sais quel mirage, vous prenez ce fantôme lointain pour une réalité présente ; lorsque vous affirmez triomphalement que la localisation des facultés supérieures est une des conquêtes futurespromisesàlascience, qu'elle vase faire, ouqu'elle est déjà faite, tous ces efforts sont vains : vous partez d'un principe faux, et vous n'enlacez le spiritualisme que de chaînes imaginaires, car, selon le joli mot de M.Taine, k un CYOchei peint sur un mur, on ne saurait suspendre qu'une chaîne de fer également peinte et sans réalité.
Nous nous sommes tenus sur la défensive jusqu'ici, ,PfX» nous contentant de répondre à nos adversaires. Nous ri"iiM«. aurions pu choisir un plus beau rôle, depuis que les dernières découvertes des localisations cérébrales ont infligé au matérialisme un échec dont il ne se relèvera point.
Où plaçaient-ils l'organe des facultés supérieures ou intellectuelles ? N'était-ce pas dans la partie la plus élevée et la plus importante du système cérébro-spinal, dans les hémisphères et les cellules de l'écorce grise? La couche corticale est le terme où aboutissent les filets nerveux; il n'y a pas d'organe d'élaboration supérieur à celui-là où l'on puisse localiser l'intelligence. Laphysiologieclassiqueétaitunanimesurcepoint; Les autres parties inférieures, surtout la moelle épi-
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iiière, la moelle allongée, la protubérance, etc. étaient assez connues delasciencepourqu'on ne songeàtniênie pasàleurattribuer ce privilège, Au contraire le cerveau était tout à fait inconnu, son étude n'était pas même ébauchée : il était donc tout désigné pour jouer ce rôle mystérieux. L'importance physiologique de cet organe semblait d'ailleurs justifié son choix pour de si importantes fonctions. « On lui imposa d'office l'intelligence, nous dit très bien le D"" Surbled. Il devint le temple de la pensée et le sanctuaire de l'âme. Savants etphilosopheslecontemplaientdeloin, avec vénération même. Mais ils se gardaient bien d'y porter la main pour l'étudier et le connaître {!).»
Cependant cette ignorance ne pouvait toujours durer. En 1861, survinrent les essais et les découvertes de Broca,puis se multiplièrent les autres découvertes ({ue nous avons exposées sur les lésions cérébrales d'où proviennent l'aphémisme, l'agraphie, la surdité, la cécité verbale et les paralysies musculaires.
Malgré la surprise et l'étonnement que causèrent ces révélations, il n'y a plus lieu d'en douter : la substance corticale du cerveau se subdivise en centres très nombreux de mouvement et de mémoire ; elle est l'organe de ces facultés motrices et sensibles, mais elle n'est nullement l'organe de la pensée pure.
Ainsi le matérialisme se trouve délogé de ses derniers retranchements où il n'avait pu s'embusquer qu'à lafaveur des ténèbres. Sa déception et sa déroute sont complètes. Désormais, pour la vraie science, le cerveau sera un organe de mouvement et de sensibilité, mais il ny a plus déplace pour y localiser les facultés intellectuelles. Il faut donc renoncer à y chercher leur
(1) U' Surbled, Le cerveau, p. 165.