PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'AME
Nous essayerons de Texpliquer brièvement à nos lecteurs.
La psycho-physique ou esthésimétrie a pour objet ^^'^\^'?l la mesure des actes psychi([ues. — Les actes psychiques sont-ils donc mesurables? De la réponse à cette question préliminaire dépend évidemment Texistence même de cette nouvelle science. Or la plupart des spiritualistes contemporains, surtout ceux qui ont confondu la sensation avec les phénomènes purement spirituels, répondent qu'ils ne sont pas mesurables ; tandis que Wundt, Weber, Fechner, Morselli, Ribot et presque tous les physiologistes soutiennent qu'ils le sont.
Il est important de connaître au plus tôt lequel des deux partis a raison, et si chacun des partis extrêmes possédait une part de vérité, comme il arrive souvent, de la dégager avec toute la précision désirable.
Tout d'abord, la question générale étant fort complexe, nous la diviserons en deux questions subsidiaires. Unobjetpouvantêtre mesuré dans le ^em/;s ou dans Vespace, nous nous demanderons en premier lieu si les actes psychiques sont successifs et mesurables parleur durée. Et comme les actes psychiques se divisent pour nous en deux groupes essentiellement différents, les sensations et les pensées pures, nous répéterons la même question pour ces deux ordres de phénomènes.
Mesure par
Une opération peut être mesurée par le temps de trois manières différentes :
a) Ou bien parce qu'elle se compose de plusieurs ac- '*'®'"^ tions successives :
b) Ou bien parce que la même action se prolonge et dure plus ou moins ;
c) Ou bien enfin parce que cette action a dû naître ou
Le csrveau 4i
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se produire progressivement, et que le sujet pour passer delà puissance à l'acte complet a exigé un certain temps.
Or rien n'empêche qu'une opération purement spirituelle ne soit mesurable des deux premières manières. Un raisonnement syllogistique ne s'opère pas dans un instant indivisible ; il serait impossible de poser à la fois la majeure, la mineure et la conclusion. Quelque rapide que soit l'esprit du logicien, il y mettra sûrement un temps très appréciable. De même pour un acte de choix et de volonté libre. Chacun sait que la comparaison des motifs pour et contre est parfois laborieuse, et que la délibération exige toujours un certain temps. Il y a là une série d'actes qui ne peut se dérouler que dans le temps.
Un seul acte peut aussi avoir une durée très appréciable ; par exemple la contemplation d'un objet aimé peut se prolonger longuement. Ce sont là des principes y
élémentaires que l'on retrouve identiques dans toutes V
les écoles et nous n'insisterons pas davantage.
Quant à la troisième espèce de durée, il en est tout autrement. Un phénomène purement spirituel, doit passer de la puissance à l'acte d'un seul coup, précisément parce qu'il est supposé simple et qu'il n'y a pas de parties. Une traînée de poudre, au contraire, met un certain temps pour prendre feu ; chaque molécule communique l'incendie à la suivante, et ainsi peu à peu, de proche en proche, la charge de poudre tout entière a terminé son explosion. Cette succession de phénomènes est impossible dans un être simple où l'action ne saurait se communiquer de proche en proche, puisqu'on le suppose inétendu et inorganique.
Mais s'il s'agissait d'un phénomène organique et corporel comme la sensation, notre réponse serait bien différente. Non seulement une série de sensations