‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 72 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME

peut se dérouler dans le temps ; non seulement la même sensation, la même douleur par exemple, peut être plus ou moins prolongée, mais encore elle peut naître progressivement et envahir par exemple, l'index, puis le pouce, et enfin toute la main. Elle est comparable à la traînée de poudre, à cette exception près que les molécules de poudre sont isolées et ne s'unissent que par le contact, tandis que toutes les parties du système nerveux et du corps humain sont animées par un seul principe d'opération et de connaissance synthétique.

Donc, les opérations sensitives, comme toutes les opérations organiques et corporelles, sont mesurables dans le temps par les trois modes indiqués, et les opérations de la pensée pure par les deux premiers seulement.

Après cette simple explication, nous serions en droit de conclure que la prétention de certains matérialistes, qui, de ce que certaines opérations psychiques ont une durée, osent conclure à la matérialité de l'âme et à l'identification de la pensée avec un mouvement moléculaire, est une prétention insoutenable produite par l'ignorance des lois les plus élémentaires de la pensée.

Nous n'insisterions même pas sur ce fait, si certains physiologistes n'y attachaient de nos jours une importance capitale, au point d'y voir 1' «unique preuve directe » des hypothèses matérialistes. Du moins, cette digression aura-t-elle l'avantage de nous faire voir de plus près les méthodes hasardées et le pe'j de rigueur scientifique dont se contente parfois la nouvelle école. Nous allons suivre d'aussi près que possible les développements que le D'' Herzen donne à cette fameuse preuve directe.

Il nous rappelle, tout d'abord, que vers la fin du siè- Precle passé. Maskelyn, directeur de l'Observatoire de "Vé^'

rieuces.

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Greenwich, s'aperçut que son aide, chargé de marquer le passage des étoiles sur le méridien de la lunette, commettait un retard énorme (de 0,5 à 0,8 de seconde) et, le croyant coupable de négligence, il le congédia.

Plus tard les observations du même fait se multiplièrent. Entre le passage réel d'un astre devant le lil de la lunette et l'indication de ce passage par l'astronome, il y a toujours un écart que Ton a nommé équation personnelle, et que l'on désigne plus souvent aujourd'hui sous le ïiomàe temps de réaction. Ce retard est plus ou moins grand, suivant le tempérament des individus, leur âge et leur sexe : il peut être réduit à un minimum, par l'habitude et l'exercice, mais il ne peut jamais être complètement supprimé.

MM. Wolf, Hirsch, et Donders continuèrent leurs expériences et remarquèrent que le temps de réaction n'est pas le même pour tous les sens. Le retard serait en moyenne de 1/7 de seconde pour le toucher, de 1/6 pour l'ouïe, et de 1/5 pour la vue. Voici par exemple comment M. Donders expérimentaitpour l'ouïe. Il prononçait un son que la personne en expérience devait répéter aussitôt qu'elle l'aurait entendu ; et les deux sons étaient enregistrés au moyen de la méthode graphique, indiquant l'intervalle de temps qui les sépare. Dirn- Mais il est clair que ces expériences sont encore bien grossières. La durée totale, qui s'écoule entre le son émis par l'opérateur et le son répété par l'autre personne, comprend non seulement la durée de l'acte psychique de perception — supposé qu'il ait une durée — mai^ encore celle d'une série très complexe de phénomènes physiques, physiologiques et mentaux qui précèdent ou qui suivent cet acte de perception et qu'il nous faut énumérer, ne serait-ce que pour donner au lecteur une idée de la complexité du problème.

1*^ Durée du trajet de la voix à l'oreille du patient,

cuiiés.

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