PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aME
variable suivant la distance (340 mètres par seconde).
2" Durée de l'excitation latente de l'appareil sensitif qui ne s'ébranle que lorsque l'excitation, accumulée dans le nerf, a atteint un certain degré minimum. — D'après Beaunis, auquel nous empruntons tous ces chilfres, elle serait de 0,02 à 0,04 de seconde pour les sensations visuelles.
3° Durée de la transmission sensitive à la moelle: cette du rée et d'environ 0,1749 de seconde pour les excitations tactiles partant du pied, ou de 0,1283 pour la main, ce qui donne, pour la vilesse de la transmission sensitive dans la moelle, 8 mètres environ par seconde, par conséquent une vitesse bien moindre que pour les nerfs.
4° Durée de chaque acte psychique — si elle existe'^ et, en tout cas, durée de la série successive de ces actes, tels sont dans le cas présent : conscience de la perception d'un son, appréciation de ce son, de sa direction, de sa nature, de sa signification ; actes de la mémoire qui nous rappelle notre promesse de répondre immédiatement à ce son, et réveille l'image subjective du signal convenu et de tous les mouvements pour l'exécuter ; actes de désir ou tendance à l'exécuter ; actes de délibération; peut-être hésitations plus ou moins involontaires; enfin acte de commandement définitif pour son exécution.
5° Durée de l'accommodation de l'appareil vocal ou de tout autre appareil musculaire; accommodation différente suivant le son à émettre ou le signe conventionnel qui doit être produit en réponse à l'excitation. Cette durée est plus ou moins longue suivant la disposition actuelle de l'organe, suivant son état de vigueur ou de fatigue, suivant qu'il a acquis plus ou moins de facilité par la répétition et l'iiabitiulc ; elle varie aussi suivant l'âge, le sexe et le tempéra aent.
e** Dnri^e de la transmission motrice dans la moelle, du côté de l'organe qui doit répondre par un signe ; si c'est le pied, il faut 0,l'^''iO de seconde; si c'est la main, 0,1506 seulement, soit une vitesse de transmission de 11 à 12 mètres par seconde.
1'^ Durée de la transmission motrice depuis la moelle jusqu'à J'organe ; elle est aussi connue et elle varie suivant les distances.
8° Durée de Texcitation latente du muscle qui ne peutfaire mouvoir l'organe quelorsqu'elleaatteint, par accumulation, un degré minimum d'intensité.
9° Enfin durée pour le mouvement progressif de l'organe qui doit répondre par un signal convenu.
Or, dans la durée totale d'un processus si complexe, comment dégager la durée des opérations psychiques successives énumérées au 4° ; comment surtout dégager chaque acte psychique pris isolément et reconnaître s'ils ont chacun une durée pour passer de la puissance àTacte ?Les difficultés du problème ne sont-elles pas inextricables et les matérialistes ne jouent-ils pas gros jeu en faisant reposer sur la solution favorable de ce problème, comme sur Vunique preuve directe, toute la solidité de leur édifice philosophique? Noavpiies Voici Ic procédé imaginé par Donders pour résoudre rituces. la difficulté : Il s'agit de répéter les mêmes expériences, en influençant seulement V acte psychique, de manière à le faire varier, tout en maintenant invariables les autres conditions de l'expérience ; alors les variations du résultat ne pourront être attribuées qu'aux variations dans la durée des opérations psychiques.
Citons quelques exemples : Donders appliquait aux deux pieds d'un aide des fils de cuivre, par lesquels il pouvait taire passer un courant électrique, frappant àvolonté l'un ou l'autre pied. Le courant avant de frapper, s'inscrivait lui-même au moment de son passage
sur le cylindre d'un chronographe. Il était convenu que, lorsque le pied droit était frappé, l'aide devait faire de la main droite un mouvement qui s'enregistrait luimême sur le même cylindre; et, lorsque le courant frappait le pied gauche, le signal convenu devait être fait de la main gauche. Dans une première série d'expériences, l'aide savait sur lequel des deux pieds agirait la secousse ; il connaissait donc à l'avance laquelle des deux mains devait se préparer adonner le signal. Dans une seconde série d'expériences, l'aide n'était pas prévenu par lequel des deux pieds passerait la secousse électrique. Il devait par conséquent, de plus que dansl'expérienceprécédente.jw^erd'abord quel côté venait d'être frappé, et puis, c/îomr la main qui devaitdonner le signal, ^oîi^es les autres conditions de l'expérience demeurant exactement les mêmes. « Eh bien, conclut Herzen, ces expériences donnèrent comme résultat constant une augmentation du temps de réaction de 1/10 de seconde en moyenne. Ce 1/10 de seconde exprimait donc le surplus de temps employé par le jugement et par le choix, c'est-à-dire par un acte purement psychique (1) ».
Voilà qui s'appelle un triomphe ! mais un triomphe Leur facile qui consiste, je ne veux pas dire à escamoter les difficultés, mais à les passer sous silence, pour se donner l'illusion de les avoir anéanties.
Est-il bien vrai d'abord que dans le second cas « toutes les autres conditions de Texpérience demeurent exactement les mêmes », et que l'on n'ait fait varier que les conditions psychiques ? M. Herzen l'affirme, parce qu'il oublie une de ces conditions qui est la cinquième de notre énumération ; il s'agit de V accommodation de l'organe qui doit répondre par le signal
'1> Herzen,. Le cerveau et Vactivité cérébrale, [ . 77.
discussion.
210 ÉTUDES PUILOSOPDIQUES
convenu. Lorsque le patient est averti à l'avance qu'il doit répondre parle bras droit ou le bras gauche, qu'il tient ce membre dans l'attente, prêt à réagir au premier signal, l'eflort nécessaire à raccommodation des musclesdu bras est fait à l'avance, dansle premier cas, et sa durée est retranchée au processus total des premières expériences, tandis qu'elle est ajoutée au processus des secondes ; et vous affirmez quand même que les conditions sont identiques? Evidemment c'est un oubli de votre part. Vous ne pouvez pas exiger que celui qui est pris à l'improviste agisse aussi promptemeutque celui qui se tient prêt à agir au signal convenu.
Mais votre solution contient encore une erreur non moins surprenante que nous devons vous signaler. Vous ajoutez deux actes psychiques, dites-vous, à la série précédente des actes psychiques requis pour produire l'effet, vous ajoutez un jugement et un choix ; vous compliquez ainsi de deux données nouvelles le calcul que le patient doit faire avant de vous répondre, et vous vous étonnez qu'un calcul plus compliqué exige plus de temps que lorsqu'il est plus simple ? En vérité, c'est nous qui avons le droit de nous étonner de votre étonnement.
Une équation à plusieurs inconnues est d'ordinaire plus longue à résoudre qu'une équation à une seule inconnue ; et si tous les savants calculs de la psychophysique n'aboutissent qu'à révéler au monde ce principe d'ailleurs incontestable, nous doutons que ce résultat soit « du plus haut intérêt », comme vous voulez bien nous le dire.
Donders n'en a pas moins multiplié ses expériences avec une patience, un dévouement pour la science, qui l'honorent, et qui seraient dignes de succès mieux marqués. Il a expérimenté sur les impressions audi-