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tualiste ? S. riiomas nous 1 explique d une manière un peu abstraite et subtile, il est vrai, mais non moins profonde, lorsqu'il compare le Créateur et la créature à V agent et au patient. On connaît sa belle théorie de l'agent et du patient. L'un donne, l'autre reçoit, mais c'est la même chose que l'un donne et que l'autre reçoit ; par conséquent, dit-il, leur fin est la même, mais à des points de vue différents. La fin de l'acte créateur c'est de se donner ; la fin de la créature c'est de le recevoir. Est autem idem finis agentis et patientisjn quantum hujusmodi, sed aliter et aliter ; uniim enim et idem est quod agens intendit im,pririiere et quod patiens intendit recipere.
Et comme la conservation delà créaturen'est qu'une création continuée, toute la fin de la créature, qui grandit et se développe, doit être de recevoir de plus en plus le don divin, jusqu'à ce qu'elle atteigne cette plénitude de l'être parfait, c'est-à-dire ce degré d'être assigné dans le plan divin à chaque nature, dans cette vie ou dans l'autre.
Continuant sa belle comparaison, le saint Docteur ajoute cette remarque profonde que les agents imparfaits, étant capables de recevoir en même temps qu'ils donnent, et d'être à leur tour patients, peuvent aussi se proposer comme fin l'intérêt personnel. Mais il ne saurait en être ainsi de l'être parfait qui, étant tout en acte et rien en puissance, ne saurait devenir patient et perfectible. Ce qu'il se propose uniquement n'est donc pas d'augmenter ses perfections mais de les communiquer : et c'est ainsi que la bonté divine est
538 ETUDES PniLOSOPHIOUES
la fin de toute chose : intendit solum communicare suam perfectionem, quœ est ejus boniias ; sic erg o divina bonitas est finis rerum omnium (1).
Rien de moins égoïste, on le voit ; rien de plus généreux et désintéressé qu'un si noble motif. La Cependant Dieu ne se communique pas à toutes ses
hierar-
«i.iedes créatures de la même manière, ni au même degré ; et,
eues. O ' »
s'il est vrai qu'il est la fin dernière pour toutes sans exception, il ne le serait plus de dire qu'il l'est immédiatement et sans aucune fin intermédiaire.
Expliquons-nous.
Un regard d'ensemble jeté sur la scène du monde nous découvre bientôt, parmi les êtres qui le composent, un ordre et une hiérarchie admirables. Le minéral est fait pour le végétal, le végétal est fait pour l'animal; tous les règnes inférieurs sont faits pour l'homme ; l'homme, et par lui tout le reste, est fait pour Dieu.
Tous ces êtres créés sont autant de prismes, qui
manifestent, en les réfractant chacun à leur manière,
quelques rayons de la puissance, de la beauté, de la
sagesse divine.
Le La matière inorganique, — qui forme notre terre,
minéral i i •. i ^^
pour le nos planètes, le soleil, les étoiles, et ces multitudes de nébuleuses en voie d évolution ou de dissolution qui remplissent l'immensité des cieux, — imite soit par sa masse gigantesque, soit par ses mouvements giratoires ou ses vibrations caloriques, lumineuses, électriques, et publie à sa façon la puissance et l'immensité de Dieu. Mais c'est la plus imparfaite et la plus subordonnée de ses créatures. Elle fournit à tous les êtres supérieurs, végétaux et animaux, leurs conditions nécessaires d'existence, et jusqu'aux éléments qui doi-
(1) s. Thomas, 1», q. ii, a. 4.
l'idée de dieu. — III. RAPPORTS DE DIEU ET DU MONDE ?39
vent constituer la trame savante de leurs tissus organiques. La terre est la < mère nourricière », nous dirions presque la « mère » de tous les vivants» Tous vivent d'elle, et viennent d'elle en quelque sorte. Elle est donc faite pour eux.
Le végétal, à son tour, exprime encore la puissance Le et la grandeur de Dieu, si on le considère dans ces fo- \o«t'
.'aoiuial.
rets immenses qui couvrent les contrées vierges, ou dans la ramure puissante et gigantesque de certaines espèces; mais c'est surtout la beauté qn' il exprime dans tout ce qu'elle a de plus délicat et de plus gracieux. Botanistes et poètes se sont complus à l'envi dans un sujet qu'ils n'épuiseront jamais : nombrer les variétés infinies des espèces, décrire leurs formes si élégantes et si riches, chanter la beauté éclatante et le parfum des fleurs : que dis-je? nous initier au muet langage des fleurs, car elles ont un langage, bien plus expressif et plus varié que tout le reste de la nature inanimée.
Et cependant les végétaux ne nous charment pas seulement de leur beauté éphémère, mais ils nous nourrissent et sont indispensables à mille usages de la vie animale. Ils sont donc faits pour le règne animal.
Celui-ci exprime encore la beauté idéale, par l'élé- L'an.mai gance des formes de certaines espèces, 1 éclat et la ri- rhoujm«. chasse incomparables de leurs plumages ou de leurs fourrures, mais c'est surtout par la connaissance et la sagesse de leurs instincts, que les animaux se distinguent du monde végétal, et commencent à imiter quelque degré lointain de V intelligence et de la sagesse infinies. Il suffit de voir ces républiques d'abeilles ou de fourmis, et en général ces sociétés ou ces groupes d'êtres animés et sensibles, peuplant la terre et les airs qu'ils remplissent de leurs cris ou de leurs chants, pour se sentir en présence d'un langage au-
ôiO
ÉTUDES rniLOSOrDIQLIiS
L'Iiomn'e roi (Je la Uciluro,
Objpciion de M.
Taiiie.
trement expressif que celui de la plante. Ici la nature a déjà des sensations et une voix ; elle n'attend plus qu'une Ame intelligente qui ait des idées et la parole.
L'homme est venu remplir cette lacune. En le pétrissant du limon de la terre et en l'animant d'un souffle divin, le Créateur a voulu donner au monde une image de son Esprit, intelligent et immortel, et non plus un simple vestige comme dans le reste des créatures. « Faisons l'iiomme, a-t-il dit, à notre image et ressemblance, et donnons-lui l'empire sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux et les reptiles qui se meuvent sur toute la terre » (1). Et voici que l'homme fidèle à sa mission royale, par son art, son industrie, sa science, et surtout par l'énergie soutenue de sa volonté, a étendu autour de lui son influence dominatrice sur le règne animal, sur le règne végétal, et par eux sur la nature entière, dont il discipline et domestique les forces les plus puissantes, qui désormais conduisent nos chars de feu, et transportent comme l'éclair nos pensées et nos paroles aux quatre coins du monde.
Sans doute, l'homme dépend aussi de toute la nature, puisqu'il est, comme les autres êtres, une partie d'un tout. Mais l'homme seul est un centre dans la nature, puisque seul il se connait, connaît sa force, et en dispose efficacement pour régner sur tout le reste : il est vraiment le roi de la nature, et sa royauté est la fin inimédiate de toute la création.
A ce mot de royauté, j'entends (juelques murmures. Quoi ! nous dit-on, vous osez appeler roi de la nature un être que sa petitesse et sa durée éphémère, aux yeux de la science moderne, rendent plutôt insigni-
(1) « Faciamus bominem ad imaginem et similitudinem nostram : i-t prsesit piscibiis maris, et volatilibus cœli, et bestiis, universaeque terrae, omnique reptili quod niovetur in terra, n Gen.,I, 26.
l'idée de dieu. — ni. rapports de dieu et du monde 541
fiant dans la nature ! « Quel grain de sable que la terre ! au milieu de ces effroyables espaces, et de ces
milliers d'archipels solaires, s'écrie M. Taine
Une mite serait grotesque si elle se considérait comme le centre des choses, et il ne faut pas qu'un insecte presque infiniment petit montre un orgueil presque infiniment grand > (1).
Qu'on nous permette d'emprunter à M. l'abbé de Répons». Broglie sa magistrale réplique : <( Qu'importe au point de vue de la dignité de l'homme, la dimension physique de son corps... Pourquoi serait-il plus digne des regards du Créateur, si son corps était construit sur une plus grande échelle ?
< La vie de Thomme, la durée de l'humanité entière, sont sans, doute très courtes par rapport aux immenses périodes de la géologie... Mais qui ne sait que la valeur des intervalles de temps dépend de l'importance des événements qu'ils contiennent ?
« D'où vient donc la dignité de l'homme ? Elle vient de ce que seul parmi les êtres connus, il possède la raison, la conscience, la vertu, choses qui ne se mesurent par aucune des trois mesures scientifiques : le centimètre, le gramme et la seconde, mais qui valent plus que l'étendue des cieux, que la masse totale des nébuleuses et des planètes qui s'y meuvent, que les périodes indéfinies de leurs rotations et de leurs translations ; elle vient de ce que l'homme seul connaît le monde, de ce que seul il peut en faire la description et l'histoire, de ce qu'il découvre les secrets de la nature, de ce que, malgré sa petitesse physique, il commande à cette puissante nature, qu'il en tire les merveilles de l'industrie, la magie des couleurs et des sons, qu'il s'en sert pour animer et colorer sa pensée,
(1) Taine, Origines de la France co)itemp., t. I, p. •2'22,
L'homme
542 ÉTUDES PDILOSOPBIOUES
pour créer en lui-même et chez ses semblables de ravissantes ou poignantes émotions.
« Elle vient de ce que l'homme seul se pose le problème des origines et s'élève jusqu'au Créateur. Elle vient de ce qu'il est maître de ses actes, de ce qu'il dispose de ses facultés et de ses forces pour un but qu'il a librement choisi. Elle vient de ces luttes morales, oùl'héroïsnie se développe, où la justice combat contre la force, et la conscience contre la passion.
« M. Taine ignore-t-il ces attributs de l'homme ? Alors sa psychologie est bien aveugle. Estime-t-il que la masse et la grandeur physique vaudraient mieux? Croit-il qu'un hercule de foire est supérieur à un homme de génie, parce que son corps pèsequatre fois plus ? Est-ce ainsi qu'il entend la hiérarchie des êtres? (1) »
Pourresterdanslevrai, reconnaissons quel'homme est à la fois très petit et très grand. Plus petit que la nature matérielle qui l'écrase de sa masse ; plus grand qu'elle par son esprit, puisqu'il la connaît et qu'eue s'ignore, qu'il lui commande par son génie et qu'elle le sert. Il n'est donc plus indigne d'en être dit le Roi.
Mais, si toutes les créatures ont été faites pour
est pour l'homme, l'homme à son tour a été fait pour Dieu ; et
Dieu.
c'est ce que nous allons établir en montrant rapidement que l'homme a été créé pour le devoir, pour le bonheur, et par suite pour la gloire de Dieu. 4) 11 est II suffit à tout homme honnête et loyal de descen- L'te?! dre au fond de sa conscience, pour voir avec quel empire souverain s'impose à nous cette loi du devoir, que Kant supiteMtiusiementl impéraiifcatégoi-ique.
(1) De Broglie, Le présent et l'avenir du catholicisme, p. 143.
l'idée de dieu. — m. rapports de dieu et du monde 343
Qu'est-ce donc que cette loi, sinon une ligne de conduite raisonnable imposée à une créature libre par son créateur ? C'est la sagesse de Dieu qui s'impose à la sagesse de l'homme, lui ordonnant de conformer ses pensées à ses pensées, ses jugements à ses jugements, sa volonté à sa volonté très sainte. Le devoir est donc quelque chose de Dieu, c'est un moule divin où l'âme de la créature doit se transfigurer et se diviniser, atteindre sa perfection et sa fin dernière, par une similitude de plus en plus grande avec Dieu (1).
Sans doute, il y a aussi dans cette idée du devoir quelque chose qui ne sourit pas à la nature. Mais nous sommes bien forcés d'avouer que le devoir n'effraye pas ce qu'il y a en nous de noble, de généreux, d'élevé ; il n'effraye que cette partie de nous-mêmes que nous traînons avec nous et malgré nous, ce qu'il y a de vulgaire, de bas ou de déréglé dans notre nature déchue, et que parfois nous n'oserions avouer sans rougir.
Quoi qu'il en soit, Dieu est notre Seigneur et maître, et il a bien eu le droit de nous l'imposer. Chaque instant de notre vie, chaque pulsation de notre cœur vient de lui et lui appartient ; en sorte qu'il serait impossible d'imaginer qu'il puisse avoir des titres plus nombreux et plus décisifs à revendiquer un domaine plus absolu sur tout notre être, et sur notre vie tout entière.
Nous sommes donc faits pour le devoir ; en même *) " "t
. . crée pour
temps nous sommes taits pour le bonheur. Le vrai 'ç tonbonheur consiste, en effet, dans le développement de nos facultés et la satisfaction de toutes les aspirations légitimes et élevées de nos puissances.
Assurément, Dieu pouvait nous créer, non seule-
(1) « Sua perfeetio est similitudo perfectionis et bonilatis divinœ. » S. Thomas, la, q. 44, a. 4.
itcur.
ment pour un bonheur incomplet, mais encore pour un bonheur parfait. Si les biens de la terre ne suffisent pas, Dieu possède assez de biens en lui-même pour rassasier pleinement tous nos désirs ; d'autre part, il ne répugnait nullement que le créateur invitât des créatures indigentes et misérables sans doute, mais après tout capables d'amour et de reconnaissance, à partager son bonheur et sa béatitude. Or, s'il le pouvait, ne craignons pas d'ajouter qu'il le devait à sa sagesse et à sa Ijonté.
Il le devait à sa sagesse. Dieu en effet nous a créés pour le devoir. Mais, s'il n'avait pas attaché à l'accomplissement toujours pénible du devoir la récompense et le bonheur ; si le bonheur n'eût pas été le fruit savoureux du devoir accompli, ce devoir serait devenu pour l'homme un labeur pénible et stérile, qu'il eût été déraisonnable de lui imposer. Le devoir en elfet n'est qu'un moyen ; prétendre en faire une fin, avec l'école stoïque, ne sera jamais qu'un rêve d'une philosophie plus superbe qu'humaine (1).
Il le devait surtout à sa bonté. Pouvant nous créer pour le bonheur, il y aurait eu, ce me semble, une sorte de cruauté à nous créer pour un labeur stérile et pour les larmes. Nous aurions pu lui dire avec raison : Pourquoi avoir mis en nous tous ces nobles désirs, cette soif ardente de bonheur, etnouslaisserconsumer en vains et stériles elforts ? Pourquoi avoir creusé dans nos cœurs un abîme insondable, que le philosophe païen lui-même reconnaissait infini (2), si vous n'aviez pas l'intention de le combler vous-même, un jour, ô mon Dieu ? Il valait mieux ne pas nous montrer la lumière, ne pas nous tirer du néant ; du moins
(1) Cf. s. Thomas, 1., 2», q. 2, aa. 1, 2, 3. 4, ô, 6. 7. 8 ; q. H, a, 6.
(2) « Infinito coiicupiscentife existente, houiines infinitadesiderant,* Aristote, Politiq., L. 1, c. VI.
l'idée de dieu. — m. rapports de dieu et du monde 545
nous n'aurions jamais connu le supplice des larmes et du malheur sans espérances I
Non, Dieu est trop bon et trop sage pour nous avoir traités de la sorte. En nous créant pour le devoir, il nous a créés pour le bonheur. Si nous sommes fidèles au devoir, le bonheur nous sera fidèle ; les biens éphémères d'ici-bas ne seront pas le dernier mot des communications divines ; tôt ou tard, quelles que soient les épreuves et les amertumes de cette vie, la récompense viendra, et avec elle, toutes les aspirations légitimes de notre être seront rassasiées pour des jours éternels.
Ainsi le bonheur est finalement lié au devoir. Du reste, rien de plus raisonnable, carie devoir c'est l'ordre, et l'ordre c'est la paix et le bonheur : yax est tranquillitas ordinis.
Tout en nous promettant le bonheur et en nous im- c) n e»t posant le devoir, Dieu a eu pour fin dernière de glori- hXre fier son saint nom (1). Cette fin dernière, Dieu ne pouvait la chercher hors de lui, dans les êtres inférieurs, sans se subordonner à la créature et cesser d'être Dieu ; d'ailleurs il serait contradictoire que la créature qui n'a pas en elle-même sa raison d'être et son premier principe, put trouver en elle-même sa fin dernière qui est un premier principe.
Dieu a donc tout créé pour lui ; c'était justice et nécessité. Mais admirez le procédé merveilleux par lequel il atteint son but.
La gloire de Dieu sera le résultat nécessaire du devoir imposé à l'homme. Celui qui se soumet au devoir honore la supériorité du Maître qui l'impose, recon-
(1) Il est bien entendu que cette gloire tout extrinsèque à la divinitô n'ajoute rien à son être, ni à sa gloire intrinsèque résullant de l'accord éternel, du concert parfait des trois personnes divines, qui est incompara 1)1p.
l'idée de dieu 35
naît sa propre dépendance, incline tout son être devant la sagesse des jugements et des volontés de son souverain Seigneur. Or c'est là précisément glorifier Dieu. Rien ne peut le glorifier autant en ce monde que de voir un être intelligent et libre humilier devant lui son orgueilleuse raison et sa fière liberté. Il régnera donc sur nous par l'amour libre, et au besoin par sa justice.
La gloire de Dieu sera aussi le résultat nécessaire du bonheur de l'homme.
En eff'et, notrebonheur, notre béatitude, consistera à connaître, aimer, louer ses divinesperfections, selon toute la force et la capacité de nos puissances. Or n'est-ce pas là le plus haut degré de gloire que nous puissions lui rendre?
Mais Dieu trouvera surtout son bonheur et sa gloire
dans notre propre bonheur, parce qu'un cœur noble
trouve son bonheur et sa gloire à faire des heureux.
Devoir et Qh ! comuic cettc mission de «glorifier Dieu relève à
bonheur "
transfi- nQs vcux le devoir ; comme elle embellit le bonheur !
gures. •' '
comme elle rehausse et embellit notre vie dans le temps et dans l'éternité !
Le devoir n'est plus un abaissement pénible et humiliant de notre être ; il est un acte de respect et d'amour, un hymne de louange dont rien n'égale l'expression et la beauté.
Le bonheur à son tour en est transfiguré. S'il n'eût tourné qu'à notre profit égoïste et nullement à l'honneur de Dieu, il eût vraiment perdu de ses charmes ; il eût été découronné et fiétri. En vérité, ce n'eût pas été la peine de travailler uniquement pour des êtres misérables tels que nous. Mais en travaillant pour nous, pour notre bonheur, nous travaillons pour l'honneur etlagloire de Dieu,quiveut bien trouver son honneur et sa gloire à faire des saints et des bienheu-
l'idée de dieu. — m. rapports de dieu et du monde 547
reux, à associer d'indigentes créatures au festin de sa béatitude éternelle.
AdmiraMe sagesse des conseils divins! Elle con- Admi-
" raille
cilié aisément ce qui paraissait inconciliable : l'amour sagesse. désintéressé du Créateur qui le porterait a s'oublier lui-même, et sa dignité qui l'oblige à ne pas déchoir. La gloire de Dieu, fin de toute la création, oonsiste à faire du bien à ses créatures, et à les conduire par les épreuves à la béatitude. Ainsi le bien du Créateur devient le bien de la créature, comme le bien de la créature devient le bien du Créateur. Les intérêts de Dieu et ceux de l'homme semblent confondus ou étroitement unis, au point que l'homme pourra dire à son gré, qu'il est créé pour le devoU% ou pour lebonheur, ou pour la gloire de Dieu ; ces trois mots devenant synonymes ou exprimant trois aspects différents de la même réalité : Dieu se communiquant à l'homme dans le temps et dans l'éternité-
Voudriez-vous qu'il en fût autrement; qu'après Pas de nous avoir créés. Dieu s éloignât fièrement de nous en exren-
"^ ti'ique.
nous jetant dans l'espace et nous disant: Va, laissemoi tranquille; n'attends plus rien de moi; je ne te dois rien et tu ne me dois rien ; nous sommes quittes ; et surtout garde-toi bien d'espérer que pour toi je ferai davantage ! — Mais une telle création, si excentrique, serait, comme l'a si bien dit le P. Monsabrë, à la fois un désordre et une barbarie. « Un désordre parce que la perfection des êtres ne serait commencée qu-e pour n'obtenir jamais sa plénitude ; une barbarie, parce que les créatures intelligentes, que tourmente le désir d'être achevées parla béatitude, seraient condamnées à un éternel martyre. Songez-y bien, ajoutait le grand orateur, en suspectant les intentions de Dieu, en lui reprochant d'avoir agi pour lui-même dans la création, vous réduisez l'auteur de tout bien
548 ÉTUDEB PHILOSOPniQUES
à la condition du plus insigne des malfaiteurs, car ce n'est pas pour nous, mais contre nous qu'il nous aurait faits, s'il ne nous a pas faits pour lui-même. Cette fausse générosité du Créateur pèserait sur nous comme une malédiction » (1). Atlrac- Ne dites donc plus, philosophes pessimistes, qu'en Soleil me créant Dieu m'a chassé de son sein ; au contraire
diviu.
il a orienté toutes mes puissances vers Lui. Si mon intelligence a besoin d'être éclairée, c'est par sa divine lumière, qui seule rassasiera pleinement ma faim et ma soif de connaître. Si ma volonté est bonne, c'est par sa bonté divine, et c'est encore par elle et en elle que j'aspire à devenir meilleur, à atteindre ma perfection, ma plénitude d'être et ma béatitude.
Vos théories sont aussi désespérantes que fausses.
Laissez-nous croire, avec les plus grands génies, avec Aristote et S. Thomas, que dans le monde moral, comme dans le monde physique, tous les êtres gravitent autour de ce divin Soleil, qui les attire et les tient suspendus à ses rayons de lumière et de vie.
Et dans cette ferme espérance, ancrée au plus profond de nos âmes, laissez-nous redire le cri sublime du grand Augustin : Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur sera tourmenté jusqu'à ce qu'il se repose en Toi : Fecisti nos ad Te, Deus, et irrequietum est cor nostrum^ donec requiescat in Te (2).
Sï
\) Monsabré, Conf. 1874, p. 291.
) S. Augustin, Confess., L. I, c. 1.