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L'IDÉE DE DIEU DANS ARISTOTE

Inutile de revenir sur l'idée de Dieu dans S. Thomas. Notre ouvrage étant, pour ainsi dire, tout émaillé des pensées et même des textes de l'angélique Docteur, sa doctrine nous paraît suffisamment exposée. Il n'en est pas de même de la doctrine d'Aristote. A dessein, nous l'avons cité rarement, pour ne pas embarrasser la marche de nos démonstrations par les digressions et les controverses que l'étude des textes aristotéliques aurait forcément entraînées.

Nous serons plus libre dans ce chapitre complémentaire de dire toute notre pensée, et encore n'userons-nous de cette liberté qu'avec réserve, pour mettre seulement en relief les grandes lignes de la théodicée péripatéticienne, sans avoir la prétention d'en faire une étude très détaillée et complète : étude qui à elle seule demanderait tout un volume.

Puisque le Stagirite, avant d'exposer ses opinions, commence toujours par étudier celles de ses devanciers — témoignant en cela d'une prudence et d'une sagesse que Descartes aurait mieux fait d'imiter — nous allons voir tout d'abord ce qu'il a pensé de ces premières ébauches de théodicée.

« Les premiers philosophes, dit Aristote, n'ont, pour la plupart, reconnu que la matière comme principe des êtres; mais la nature des choses les mit bientôt sur la voie pour trouver la vérité (1). » Au premier rang de ces philosophes plus heureux, Aristote place sans hésiter .\naxagore.

Quelle était donc la doctrine d'Anaxagore? La voici textuellement reproduite : « Tout ce qui sera, tout ce qui est, tout

(l) Meta., I, c. 3, § 2, 21, 22 ; c. 7, § 1. (B. S. H.) S. Thomas, Jn Ueta., I, lec. 4.

ce qui a été dans l'immensité des cieux, l'Intelligence l'a ordonné avec soin. Toutes les autres choses sont des parties du tout, tandis que l'Intelligence est infinie, indépendante, sans mélange, seule en elle-même et par elle-même. Si elle n'était indépendante, mais unie aux choses, mêlée à une seule, elle le serait à toutes ; car toute partie est dans toute partie. Ce mélange l'empêcherait de dominer et de voir indépendamment, comme elle le fait étant en elle-même. Elle est la plus subtile et la plus pure des choses, sa pensée contient tout, et sa force est immense (1). »

Certes, pour un premier essai de Théodicée spiritualiste, celui-là n'est pas mal réussi. Non seulement j'y trouve nettement exprimé le dogme fondamental d'une Intelligence infinie, indépendante, sans mélange, sous une formule qui exclut toute tendance au matérialisme, au panthéisme ou au polythéisme ; mais encore j'y rencontre — mérite peut-être supérieur — la première découverte du procédé scientifique qui seul peut nous conduire sûrement à Dieu, en nous élevant de l'effet à la cause première, du monde à son auteur, du spectacle merveilleux de Tordre à l'Intelligence ordonnatrice : car c'est l'Intelligence qui a tout ordonné, 6 Se Nôoj Trôvra

St£ZÔ(Tpir)(T£.

Eh bien ! devant cette première ébauche du vrai spiritualisme, que va dire Aristote ? Après avoir déploré les égarements des anciens matérialistes il ajoute : « Survint un homme (Anaxagore) qui, ayant attribué à l'Intelligence la cause de la beauté et de l'ordre qui régnent dans la nature, comme dans les êtres vivants, fit l'effet Td'avoir seul sa raison, et] d'être en quelque sorte à jeun après les ivresses extravagantes de ses devanciers (2). »

Comparer l'athéisme et le matérialisme au délire de l'ivresse, est une métaphore hardie, qui tranche complètement, on en conviendra sans peine, avec le style habituellement sobre et sévère d'Aristote, et qui n'en marque que

(1) Anaxagorse Fragmenta, Frag. 12 et 6 (Ed. Didot, p. 249, 250).

(2) Noûv Sri TLç ELKÙ-j îi'JXL, -KoâxKsp iv Totç Çwotç, xat hi ~r, yjTei ri atrtov ToO xoTaou xai rÂç tx^îmç TraT/i; oiov iiYifCtiv k-^xjrt kolo etx Jiyov- ^aç Toù,- Kfji-jzîpo-j . Meta., I, c. 3, § 13 (Didot).

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mieux la profonde aversion de son génie pour des théories si grossières.

Mais ne croyez pas que l'enthousiasme — ce mot n'est pas trop fort après la parole que nous venons de citer — que l'enthousiasme d'Aristote pour Anaxagore soit sentimental et aveugle ; il s'en faut de beaucoup. Aristote critiquera impitoyablement la physique d'Anaxagore, qui est, il est vrai, fort singulière, car elle va jusqu'à affirmer que rien ne naît ou ne périt, que tout n'est qu'agrégation et désagrégation de parties déjà existantes (1).

Sa théodicée elle-même, si vraie pour le fond et si belle, sera aussi l'objet de sa critique, mais d'un ou deux reproches seulement.

Anaxagore semblerait, en effet, ne pas assez tenir compte des causes secondes, comme si les créatures n'étaient que des instruments passifs entre les mains de la Cause première. Dans l'explication des phénomènes, la causalité propre de la nature se trouve ainsi trop souvent supprimée et remplacée par le Deus ex machina. P^'am Anaxagora, dit Aristote, tanguam machina utilur Intellectu ad mundi gubernationem : «Chaque fois, ajoute-t-il, qu'il est embarrassé, pour expliquer la cause d'un phénomène, il fait sortir l'Intelligence juste à point (2). » Critique fort sensée, que nos spiritualistes cartésiens, défenseurs des causes occasionnelles ou de l'harmonie préétablie, ont plus d'une fois méritée. Cependant Anaxagore n'encourt pas toujours ce reproche, et Aristote reconnaît loyalement qu'il recourt aussi souvent à l'efficacité des causes secondes.

La seconde critique d'Aristote porte sur certaines tendances d'Anaxagore vers le dualisme. « Anaxagore, dit-il, affirme qu'au commencement tout était confondu [dans un chaos indéterminé], sauf l'Intelligence, qui seule était en dehors du mélange et parfaitement pure. De tout cela on pourrait conclure que, d'après Anaxagore, il y a deux principes : un premier qui est l'Unité simple et sans aucun mélange (l'Intelligence) ; et un second qui est l'Autre, ou cette sorte d'èln; que

(1) Cf. Ibid., Frag. 1.

{;i)Meta., 1, c. 4, g 7. (B. S. H.)

nous appelons l'Indéterminé, avant qu'il n'ait reçu aucune détermination ni l'empreinte d'aucune forme. On le voit donc, conclut Aristote, Anaxagore n'est dans tout ceci ni fort exact, ni fort clair (l). » Peut-être n'y avait-il là, en effet, de la part d'Anaxagore, que des expressions inexactes ou obscures, trahissant sa pensée. Il n'en est pas moins intéressant de constater combien ces expressions dualistes sonnaient mal aux oreilles du Philosophe.

D'autres auteurs, comme Empédocle et les Platoniciens, avaient plus nettement admis la dualité des principes. Aristote les réfute avec autant de force que de finesse, en leur faisant observer que deux principes ne sauraient leur suffire : « U leur en faut nécessairement un troisième, dit-il, qui soit plus puissant que les deux autres. Les partisans même des idées (platoniciennes) doivent supposer un autre principe qui leur soit supérieur ; car d'où vient que les réalités ont participé aux idées ou qu'elles y participent? (2) » Argument aussi solide que profond, auquel les dualistes n'ont jamais répondu.

Les erreurs panthéistiques des Pythagoriciens (3) ou des Eléates, tels que Parménide, Zenon, Mélissus, Gorgias, et surtout Xénophane qui prétendait que l'être est un et tout, *Ev TÔ ov xai TÔ Trâv (4), sont aussi habilement démasquées, et nous aurions plaisir et profit à parcourir toute la série de ces observations critiques, que l'on croirait parfois adressées aux disciples de Spinosa, de Schelling ou de Hegel. Mais il faut nous hâter et arriver aux opinions personnelles d'Aristote luimême sur la Divinité.

Il est impossible d'avoir parcouru tous les ouvrages d'Aristote, sans être Prappé de la grande place que l'idée de Dieu occupe dans sa pensée. On peut dire qu'il en parle dans tousses traités: la Politique, la Logique, l'Ame et ses Opuscules psychologiques, la grande Morale, la Morale à Nicomaque et à

(1) Meta., I, c. 7, §17.

(2) Meta., XII, c. lO, § 10. (B. S. H.)

(3) Meta., Y ; Phys., 111.

(4) Phys., I, c. 4 , Meta., I, c. 6. — Voyez aussi les fragments qu'il ftous reste de l'opuscule intitulé : De Xénophane, Zenone et Goryta.

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Eudème, la Physique, la Métaphysique, la Météorologie, le Ciel et le traité du Monde, la Rhétorique, la Poétique, l'Histoirtnaturelle, la Génération des animaux, la Production et la Destruction des choses, et jusque dans les Problèmes.

Mais ce qui est encore plus remarquable, c'est de voir toute sa Métaphysique converger graduellement vers l'idée de Dieu, au point qu'il pourra l'appeler une théodicée (1), et de voir ensuite toute sa Physique étudiée en vue de la Métaphysique, car « il importe — comme il a pris soin de nous en avertir — d'étudier ces matières (de la Physique) non pas seulement pour Tétude de la nature, mais en outre pour la science du premier Principe des choses » (2).

Certes, il n'y avait dans l'âme de ce grand savant que de l'admiration passionnée pour cette étude de la nature, et cependant il a su reconnaître et proclamer que si « la science de la nature est une sagesse, elle n'est pourtant pas la première sagesse » (3).

Pour professer une telle estime de cette « science du premier Principe des choses », et de la « première sagesse », il faut qu'Aristote se soit fait une idée bien haute et bien pure de la Divinité. Examinons en détail s'il en est ainsi.

Le premier aspect sous lequel Aristote nous montre le Divinité est celui de Moteur premier et universel.

Commençant l'étude de la nature par la théorie du mouvement, qui est à ses yeux le phénomène le plus général et le plus important, à ce point « qu'ignorer le mouvement ce serait ignorer la nature entière », cette marche pour arriver à Dieu était en effet la plus naturelle.

Or ce qui le frappe, tout d'abord, dans les mouvements et les changements de l'univers, c'est leur ordre et leur régularité parfaite, en un mot leur finalité. Car la nature ne fait rien

(1) Meta.. VI, c. 1, § 13.

(21 Phys., Vlll, c. 1, §5.

(3) "Etti Sa (TOfiu Ttf x«t r, pTtxÂ, «)). oj ttocÔt/j. Meta., III, c. 3 §4 (Didot).

ETUDES PHILOSOPUIQUES

envain{l); eWe recherche toujours, autantque possible, le meilleur rh éÛTtov (2), et le plus beau rh xâ»to-Tov (3) ; en sorte que tous ses ouvrages, et surtout l'âme humaine, portent l'empreinte plus ou moins éclatante d'une bonté et d'une beauté divines (4). Aussi, reprenant pour lui-même la thèse d'Anaxagore, Aristote conclut: « Il faut nécessairement qu'il y ait un principe premier de production ; ce principe est certainement unique, et c'est ce qu'Anaxagore appelle l'Intelligence (o). » — « Le hasard et le spontané ne viennent qu'après l'Intelligence et la nature, de telle sorte que, si le spontané était à toute force la cause du ciel [comme on l'imagine], il n'en faudrait pas moins nécessairement que l'Intelligence et la nature fussent les causes antérieures de bien d'autres choses et même de tout cet univers (6). » Les causes accidentelles présupposent, en effet, les causes essentielles.

Aristote consacre un livre entier de sa Physique (L. II) à la réfutation des partisans du hasard et à la démonstration de la finalité dans la nature (7). On voit que cette thèse lui tient à cœur, car il l'expose avec une force et une insistance remarqua-

(1) '0 §£ Bthç xaî ■}) fôcri^ oùSâv (/ârviv ttoio-jijiv. De Cœlo, I, c. 4, § 8. 'Ev aTraatv àsi toO SsItlo-joç ôpéyeaQai fc/.iiev rviv çiùatv. De Gêner., II, c. 10, § 7.

(2) Phys., VIII, 7, § 5 ; Z)e General., II, 10, § 7 ; De cœlo, If, 9.

(3) De Juvent., 4.

(4) IlâvTK "yap rfixrti e^zt Tt Qeîov. Eth. à Nic.,\]l, c.l4 ; — voO;... Etre T&jv £v Tiiilv TÔ ÔEioTaTov. Ibid.; De cœlo, I, c. 9 ; De General., II, c. 3.

(5) Kat Ttva à.pyj'iTJ Scî eivat r/jî 7ev£a£ws * auTv) S'Èo-Tt pia, 8v êxeïvoç xa^Et voùv. Phys., lll, c. 4, §5.

(6) Phys., II. c. 6, § 12. (B. S. H.)

(7) Dans sa Métaph. il a aussi de très beaux passages, entr'autres celui où il compare l'organisation du monde à celle d'une armée. « Pour une armée, en eSet, le bien consiste dans le bon ordre. Mais le bien pour elle c'est aussi son Général ; et même son Général est son bien plus que tout le reste, attendu que ce n'est pas l'ordre qui fait le Général, mais au contraire le Général qui constitue l'ordre. Tout dans l'univers est soumis à un ordre certain, bien que cet ordre ne soit pas semblable pour tous les êtres : poissons, volatiles, plantes... C'est qu'il en est de l'univers comme d'une maison bien conduite... Mais les chos-^s ne veulent pas être mal gouvernées: plusieurs chefs sont un mal, il ne faut qu'un seul chef! » Meta., XII, c. 10, § 1, 2, 14. (B. S. H.) — "Voyez encore le beau fragment que nous a conservé Cicéron, De natura Deorutn, II, c. 37.

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blés, « Si les choses de Fart ont un pourquoi et une fin, il est de toute évidence que les choses de la nature doivent en avoir une également, car dans les produits de l'art et les produits de la nature les faits postérieurs sont avec les faits antérieurs dans une relation toute pareille. Ceci est surtout manifeste dans rinstinct des animaux... et môme dans les plantes, où se produisent les conditions qui concourent à leur fin ; ainsi, par exemple, les feuilles sont faites pour garantir le fruit Soutenir le contraire..., c'est nier absolument la nature, car on entend par choses naturelles toutes celles qui, mues continuellement par un principe qui leur est intime, arrivent à une certaine fin (1). »

Le Philosophe termine cette démonstration fort remarquable, en nous montrant tous les êtres de la nature pourvus comme d'un ressort intime ou d'une force plastique orientée d'avance vers leur fin individuelle. Usant d'une comparaison qui lui sera familière, c'est, nous dit-il, comme si l'art des constructions navales était dans l'intérieur des matériaux d'un navire qui se construirait tout seul (2). Tous ces ressorts de la finalité n'attendent plus que l'impulsion de la cause motrice, comme nous le dirons bientôt.

Mais si l'ordre et la finalité dans les mouvements de la nature y révèlent une Intelligence, comme première cause motrice et ordonnatrice, tôv NoOv xtvVjTcwç à/>x^v (3), l'étude seule du mouvement, par une analyse plus profonde va conduire Aristote à la même conclusion. C'est ici, à proprement parler, la fameuse preuve du premier moteur qui occupe le dernier livre de sa Physique. Il est facile de la ramener à six propositions fondamentales.

lo Tout ce qui est mû, est mû par un autre (4). La raison le démontre, car le même ne saurait être à la fuis, sous le même rapport, moteur et mobile, actif et passif, acte et puis-

(1) Phys., II, c. 8, § 6, 7, 13. (B. S. H.)

(V>j Phys., [[, c. 8, § 15. (B. S. H.)

{',f) Phys., VllI, C. 5, § 5. — « C'est le principe moteur qui fait l'unité des choses. » Mêla., XII, c. 10, § 14. (B. S. H.)

(4) 'ATrav tô xtvoùpievov àvâ-yz-/) iinô rivoç xivelTBcii. Phys., VII, c. l, § 1. — 'ATravTK àv rà ztvoOu.eva 'jttÔ tivo; xtvoÎTO. Phys.f VllI, c. 4, § 7 ; etc., etc. (Dido

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sance. L'expérience le vérifie jusque dans les êtres vivants. qui se meuvent eux-mêmes, et où nous trouvons toujours une distinction entre l'organe moteur et l'organe mû (1).

2° Il fout s'arrêter à un premier moteur (2). Si la pierre est mue par le bâton — c'est l'exemple choisi parAristote — et le bâton par la main, et la main par le bras..., « il faut nécessairement s'arrêter; on ne peut remonter à l'indéfini, puisque dans l'indéfini il y a pas de premier (3) », et que « sans le premier moteur le dernier reste incapable de mouvoir (4) ».

Aristote admet toutefois la série indéfinie du temps et des phénomènes indépendants les uns des autres, mais non pas la série indéfinie des causes se conditionnant Tune l'autre. Si l'on peut supposer qu'une ligne, prolongée indéfiniment par les deux bouts, soit sans commencement, on ne peut supposer que le cours, même éternel, d'un fleuve soit sans une source. Le mouvement, serait-il éternel, comme le soutient Aristote, suppose donc un premier moteur éternel.

3° Ce premier moteur est immobile ou plutôt ac<e/:;wr; c'està-dire « qu'il meut sans être mû par un autre moteur (5) », sans cela, en effet, il ne serait plus le premier moteur. En outre ((il n'est pas nécessaire que tout moteur soit mùàson tour (6) » . En voici la raison : comme Vaction de l'agent est dans le patient et le mouvement dans le mobile (7), suivant la grande théorie aristotélique, le moteur ne saurait être affecté par le mouvement qu'il donne. Aussi serait-il (( tout à fait absurde de dire que tout ce qui donne le mouvement le reçoit (8) ». D'ail-

(1) Phys., VIII, c. 6, § 3. 5. 11, 13, etc. (B. S. H.)

(2) 'AvÔTXï) (TTYivat xaî pv? sic ôinîipov iévai. Phys., VIII, c. 5, § 8 ; VII, c. 1, § 9; Vlll, c. 9, § G(Didot).

(3) ASûvarov yip sic aTrstoov iévxt rh xtvoûv xa'^ to xtvovpr^ov Û7r'a/./ov uvrô ' T(âv yip xmîpMv oùx ïTTtv otîSiv ttomtov. Phys., VIII, c. 5, § 2 Meta., X, c. 12, 5^ 5 (Didot) (B. S. II., XI. c. 12, § 7).

(4) "Aveu fj-kv ToO npdrov rh TÙ.i'JTulo-n où xtvviTet. Phys., VIII, c. 5, § 1. — Cf. Meta., II, c. 3 (Didot).

(5) "E(7Tt tô ttûwtgjç xtvovv àxivcTov. — Tô Sî 7r//wTov "ni'jo'j-j y.t'jii'y.i

liév, ov'X, ^^ «^'''•°^ ^^- ^^^y^-' VI^I- <^- ^- § ^^' ~ (Didot).

(6j "Ert oùx xviyxv tô xaoïtv àvTixtvêÎTÔat. Phys., VIII, c. 5, § 9 (Didot).

(';) 'E(TTÎv il xt'vyîfftç èv Tw xtvwTÔ). Phys., III, c. 3, § 1 (Didot).

(8) *Eti Si pà),Xov TOVTwv alojo-j, ôri t-j'j.Ç(xl'JzI ttôv tÔ x£vv;T£xÔv xjv/;tÔv. Phys., VIII, c. 5, § 6 (Didot). — Cf. De àniinà, III, c. 2, § 5.

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leurs il n'y a que les moteurs matériels qui peuvent éprouver la réaction des mobiles matériels et devenir mobiles à leur tour. Or tel n'est pas notre cas,

4" En effet, le premier moteur est immatériel ei pur esprit. «Aussi, remarque Aristote, Anaxagore a-t-il bien raison quand il dit que l'Intelligence est à l'abri de toute affection et de tout mélange, du moment qu'il fait de l'Intelligence le principe du mouvement ; car c'est seulement ainsi qu'étant immobile elle peut créer le mouvement, et qu'elle peut dominer le reste du monde en ne s'y mêlant point (1). » — « Le premier moteur est donc une substance éternelle immobile, séparée de toutes les choses sensibles (2). « — Il est incorporel et transcendant, «Twp«Toç (3), en un mot esprit pur, voOç (4). « Aussi n'est-il plus du domaine de la Physique, mais de la Métaphysique ou Philosophie première, quoique la Physique nous ait conduit jusqu'à lui lo). »

o° Le premier moteur est éternel, infini et unique ; il est Dieu même. Puisque le mouvement est éternel, dit Aristote, le premier moteur doit être pareillement éternel (6). Il doit être aussi infini et en dehors de toute quantité, soitfinie, soit indéfinie. Car, d'une part, la grandeur indéfinie n'est jamais réelle ; d'autre part, il serait impossible à une grandeur finie de mouvoir pendant un temps infini. <( Il est donc clair que le moteur premier et éternel ne peut avoir de grandeur quelconque..., qu'il est indivisible, sans parties, et qu'il n'a absolument aucune espèce de grandeur (7). » Il est donc en dehors du temps et de l'espace, enveloppant dans son sein et l'espace et le temps, comme le contenant enveloppe le contenu.

(l)P/tys., VIII, c. 5, §13. (B.S. H.)

(2) "Ettw oùfft'a Tiç ôi't^io- xai i./.if/]To<; xai 5t£;^W|0£Tfi£Vfl twv «io-Qyjtwv. Meta., Xl.c. 7, § 10.— Cf. Phys., VI, c. 10; VllI, c. 10; III, c. 5. (îfl De cœlo, II, 6.

(4^ fhys., VIII, c. 5 ; Meta., XII, c. 7. {b)Plujs., II, c. 7, §6 ; c. 2, § 15; c. 3, § 1. (B. S. H.)

(6) Phys., VIII, c. 7, § 1. (li. S. H.) Il ne s'agit pas du mouvement vital, qui a eu un commencement d'après Aristote. Phys., VIII, c. 12, §46; c. 10, g 8.

(7) <I>c.v£|ûôv OTt àSOvarov TÔ nprhrov xtvoûv xai «xt'v/jTov ïyjv)t xi uéyBBo;. . . àStaîjOETOv £(JTt xai u^i^i; xcct oOSèv i/oy u.î'^iQoç. Phys., VIII, C. 10, § 9 (Didol).

ETUDES PDILOSOPÛIQUES

Mais une telle substance ne saurait être multiple. Il faut donc conclure qu'elle est unique; suit parce que « l'unité du moteur vaut mieux que sa pluralité » ; — soit parce qu'il « suffit d'un seul principe primitif et éternel, parmi les immobiles pour produire le mouvement et en être la cause dans tout le reste des choses (1) » ; — soit enfin parce que s'il y avait plusieurs mondes et « plusieurs mouvements circulaires (car ils pourraient être plusieurs) tous devraient nécessairement être soumis à un seul et unique principe (2) ». Or ce premier principe est Dieu lui-même, O 0EOS(3).

6° Le premier moteur est cause motrice non seulement des mouvements corporels, mais encore des mouvements spirituels. En effet, le passage de la puissance à l'acte, sans un premier moteur, est aussi impossible dans les deux cas et pour les mêmes raisons. Sans doute, on peut dire (|ue l'âme intelligente est mue d'une certaine manière par {'intelligible et le désirable ; mais cet idéal ne saurait agir sur elle avant d'avoir été conçu par elle. La première conception, la première pensée a donc besoin d'un moteur extérieur autre que l'intelligible et le désirable Aristote Ta enseigné formellement dans un passage admirable que nous avons déjà cité ailleurs : « Quel est donc dans l'âme le principe du muuvement qui la fait agir '? 11 est parfaitement évident que Dieu est dans l'àme humaine, comme il est dans l'univers entier. Or toutes les choses sont mues par la divinité qui habite en nous. Le principe moteur de la raison ne peut être la raison elle-même ; c'est quelque chose de supérieur. Mais que peut-il y avoir de supérieur à la science et à la raison si ce n'est Dieu lui-môme ? (4) ».

L'immensité divine, si bien exprimée dans ce passage et plusieurs autres, que nous aurions pu citer, n'empêche pourtant pas Aristote, suivant en cela « la coutume de tous les peuples Grecs ou Barbares », dit-i! (5), de localiser, pour ainsi dire, Dieu dans la [lartie de l'Univers où >on action paraît

(\)Phys., VIII, c. 7, § «. (B. S. H.)

(2) De la Production, II, c. 10, § 10. (B. S. H.)

(3) De General., II, c. 10, § 7; De cœlo, II, c. à. Cf. Meta., XU, c. 7 ; Ethic. ad Mco»i.,VII, c . 15.

(4) Moral. Eud.. VII, c. 14, § 21, 22. (ù) De cœlo, I, c. 4.

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davantage : à peu près comme l'âme humaine, quoiqu'elle soit tout entière dans tout le corps, localise ses facultés dans tel ou tel organe. Mais avec cette différence essentielle toutefois, qu'entre l'âme et le corps il y a action réciproque, dépendance mutuelle ; elle souffre et se meut avec lui, se fatigue avec lui, tandis que le premier moteur est absolument indépendant et impassible, ne tourne pas avec la sphère du ciel et ne se fatigue jamais. Le premier moteur n'est pas une âme, mais un pur esprit ou acte pur (1).

Or, d'après Aristote, c'est bien le premier ciel et l'éther qui sont mus le plus puissamment et le plus directement par le premier moteur. « Le mouvement d'une sphère est en effet beaucoup plus rapide à la circonférence que vers le centre '2). » Du reste, le mouvement circulaire, aux yeux du Philosophe, est le seul qui puisse être éternel, un. continu, absolument parfait, tel qu'il convient à la perfection du premier moteur. Ce mouvement giratoire des sphères célestes suffit k provoquer toutes les autres espèces de mouvements ou de changements, même ceux de génération ou de destruction, et à faire jouer tous les ressorts de la finalité préparés dans le cosmos. Quelle que soit la probabilité d'une telle hypothèse, on ne saurait nier que ce ne soit là une grande idée, de rattacher ainsi tous les phénomènes cosmiques, sans excepter les phénomènes vitaux, à la cause générale qui met l'Univers en mouvement circulaire.

Mais voici qui est encore plus ingénieux.

Suivant la grande théorie aristotélique, il faut quatre causes pour expliquer l'Univers. Deux causes intrinsèques à chaque être sensible : la matière et la forme. Elles sont les deux éléments qui constituent la nature (3). Et deux causes extrinsèques à chaque être, pour lui donner à la fois limpulsion et la direction : lacau.se motrice et la cause finale. Sans la direction delà cause finale, firapulsion serait aveugle; et sans l'impul-

(1) Cf. Phys., Vllt, c. 8, § 7 ; c. 15, § 23. - De cœlo, II, c. 1, § 6, etc.

(2) Phys., Vill, c. 15, § 'U. (B. S. H.)

(3) 'Eîrei o'vi fûiriç 5i;^(Ûî, tô te siÔoî xui r, û).m. Phys., II, c. 2, § 6 (Didot).

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sion de la cause motrice, la direction de la cause finale serait inefficace et inutile. En outre, les causes secondes, motrices ou finales, qu'étudie le physicien, se confondent souvent avec la forme, qui est à sa manière un principe de mouvement et une fin (1). Ainsi dans la génération, l'âme est à la fois moteur et idée directrice, cause motrice et cause finale de l'organisme animal (2). Mais la première cause motrice et la fin dernière sont l'une et l'autre immobiles et distinctes en cela des causes intermédiaires.

Il nous faut donc, pour être d'accord avec cette théorie fondamentale, retrouver en Dieu, non seulement le premier moteur, mais encore la fin dernière. Non seulement le premier moteur doit pousser, mais encore attirer à lui tout lUnivers (3).

Or c'est précisément dans le mouvement circulaire des sphères célestes que nous trouvons le symbole, pour ainsi dire, de cette double fonêtion. « En effet, nous dit Aristote, il faut nécessairement que le moteur qui fait tourner attire et pousse tout ensemble ; l'une de ces actions éloigne de lui, et l'autre \ ramène (A). » — « Le mouvement circulaire est celui qui part de soi pour revenir à soi-même, tandis que le mouvement direct part de soi pour aller à un autre (o). » Et c'est sur cette ingénieuse idée qu'il termine sa Physique (6), se réservant de nous montrer ensuite dans la Métaphysique, qai seule a le droit de traiter des principes immobiles, le premier ciel, et par suite l'Univers entier, attirés vers Dieu, comme à leur cause finale. « 11 meut, dit Aristote, comme l'intelliijible et le Désirable meuvent sans être mus » (7), c'est-à-dire comme fin dernièic

Mais, comme l'a remarqué S. Thomas, ce n'est qu'en les poussant, qu'il peut attirer ainsi vers lui et vers leur souverain

(1) Phys., II, c. 7, § 3 (Didot). — Cf. S. Tliomas, De Principiis naturœ, 4» part. — De Régnon, Métaph. des causes, 1. 7, c. '1.

(2) "Ett£v ri ^^X^ z«t Mç ri xivûJTa xui û; rb tî/o;. De l'artib. animal.,1, c. 1; Cf. P/v^s., II, c. 7.

(3) P/k/s., VIII. c. 5, § 5.

lA) Phys., VII, c. 3, §9 (B. S. H.).

(0) Phys., VIII, c. 13, § 42 (B. S. H.).

(6) Phrjs., VIII, c. lô. § 25 iB. S. H.).

(7) Kivsî §£ wOt TÔ OjCr/Tov, y.xi TÔ jo/îtôv rtivti ov xvovar^ov. .l/e<a., XI, c. 7, § 2 (Uidot). — (B. S. H., XIJ, c. 7, § 52).

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