‹ Etudes philosophiques (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · I ■ - — -- ^ — - ^ III I · texte numérisé non relu

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parties distinctes, il suffit d'observer toutes les circonstances par lesquelles nous avons passé pour arriver à la perception des phénomènes distincts. Il faut faire renaître ces circonstances. Nous connaîtrons en même temps quelle est la partie constitutive du tout. Mais il ne faut pas oublier qu'il n'y a rien autre chose dans la perception primitive qu'elle-même. C'est seulement dans une opération de comparaison du semblable au semblable que nous rapprochons certains éléments donnés comme distincts dans de nouvelles perceptions du tout. Nous constatons alors que le tout est constitué par des éléments semblables à ceux de ces perceptions nouvelles.

L'analyse nous es$t enseignée par la nature. — Rôle qui reste à Fesprit de l'homme.

Saint-Julien, 29 octobre 1878.

La nature nous offre la synthèse des éléments simples des sciences morales. Nous apprenons d'abord à résoudre en des éléments simples les phénomènes composés. Nous réunissons ensuite les éléments simples dans l'ordre où la nature nous les présente associés. Mais c'est notre industrie et non plus directement la nature (bien que nous n'ayons rien fait qu'à l'exemple et sur le modèle fourni par la nature) qui a réduit les phénomènes composés à des éléments simples. Opérant sur les phénomènes composés offerts par la nature, nous produisons à la suite, en vertu de notre industrie, des éléments simples, et c'est encore en vertu de notre industrie que nous pouvons associer des éléments simples pour former des composés, et que nous associons des éléments simples que la nature n'avait pas associés.

Dans la synthèse que la nature nous offre, nous n'apercevons pas, avant toute expérience, les éléments distincts dont se compose cette synthèse. Il faut Texpérience, il faut la science, pour nous apprendre qu'une association existe, qu'un rapport entre deux ou plusieurs phénomènes distincts a été établi. C'est la nature elle-même qui nous enseigne l'analyse pai* celle qu'elle opère à portée de nos sens. Tous les éléments colorés sont confondus dans ce spectacle que j'aperçofe dans ma promenade. Ma main touche un objet. Le contact et la couleur de cet objet se trouvent associés. Le toucher seul évoquera la couleur qui lui a été associée, et rien que cette couleur. Cette couleur poindra ensuite évoquer les autres couleurs, auxquelles elle était jointe dans le milieu, mais quoi qu'il en soit, elle est désormais distincte. Voilà une des premières analyses que nous enseigne la nature.

Je suis la ligne d'une branche avec la main; en même temps, je vois la branche que je touche. L'impression de la vue de cette branche verte coïncide exactement avec l'impression de la résistance rugueuse ou lisse de cette branche. Puis mon doigt ne touche plus que le vide ou l'air ambiant; au même instant l'impression de vue se transforme et ne nous donne plus que l'impression d'une couleur ou lumière claire. Une impression de vue spéciale est chose liée à une impression de toucher spéciale, et l'une évoque l'autre en dehors du contact de la réaUté.

Par un regard jeté sur la campagne, j'obtiens l'idée de couleurs différentes ; mais je n'ai pas encore l'idée qu'elles peuvent être séparées les unes des autres. Surtout je n'ai pas encore la notion d'objets distincts. Nous avons vu comment naît la notion de corps dis-

IIO F. DURAND DKSORMEAUX.

tinct. A la vue de cette couleur s'ajoute un contact, le contact est associé immédiatement à la vue de ma main, comme la vue de ma main est associée étroitement à la vue de la couleur. Désormais la vue de la couleur et le contact sont associés. Comme ils s'arrêtent quand l'un s'arrête, ils forment un môme corps.

Si, ne connaissant nullement les objets au milieu desquels nous serions placés, nous pouvions voir une couleur et sentir une résistance, couleur et résistance formeraient pour nous le même corps ou objet, bien que plus tard l'expérience nous apprenne que cette couleur appartient à un corps, et cette résistance à un autre corps.

Toute connaissance a son origine dans une impression.

Saint-Julien, 27 juin 1877.

Là OÙ se produit originairement l'impression intellectuelle, là elle se renouvelle. Il n'y a rien, il ne peut rien y avoir dans l'intelligence qui n'ait été, ne soit ou ne puisse être dans cette impression, puisque c'est à cette impression originaire que se ramène toute connaissance, et qu'il n'y a aucune connaissance en dehors de cette impression, qu'elle soit déterminée par un phénomène externe ou par un phénomène interne. Le souvenir n'est, en réalité, que l'impression prolongée en l'absence du phénomène qui a déterminé l'idée à laquelle il correspond.

CONNAISSANCE ÉLÉMENTAIKK. 117

Non seulement l'impression, mais Tordre et le lien des impressions viennent du milieu.

En outre du mouvement, il peut se faire que la même impression organique, que nous observons au moment de la perception de deux objets internes distincts, serve à former l'association entre ces deux objets.

Il n'y a d'associé, dans l'intelligence, que ce qui a été associé dans le milieu. Ici les deux objets sont reliés l'un à l'autre par l'impression oi^anique. La succession se compose de l'objet A, de l'impression organique B et de l'objet C. Cette impression organique est désignée par les mots moi, je. Ce que nous appelions autrefois la propriété commune, est probablement constitué la plupart du temps par cette impression organique — phénomène qui ressemble à tous ceux qui sont recueillis dans l'intelligence. Jamais un phénomène intellectuel n'est évoqué par un autre, si le milieu ne les a préalablement réunis. Bien entendu, il peut se faire que cette association n'existe plus dans le milieu; mais elle doit toujours avoir existé.

Les mots qui peuvent être associés à des objets très divers, les mots abstraits servent aussi habituellement à associer les phénomènes intellectuels. — J'aperçois Pierre qui évoque dans mon esprit l'idée de Paul, avec lequel il offre une ressemblance. L'idée de la ressemblance nsut de l'association établie entre l'image de Pierre et celle de Paul ; mais elle ne détermine pas cette association. La vue de Pierre est liée à une impression organique, laquelle impression, toujours persistante,

se trouve par là même associée à une infinité de phénomènes, parmi lesquels Fimage de Paul, par exemple.

Origine de la connaissance. Le déterminisme, objet d'expérience comme le détail des causes.

Saint-Julien, 21 juin 1877.

Ce que nous appelons en nous la connaissance, est formé par l'association des phénomènes associés dans le cerveau. Les phénomènes constitutifs de la connaissance sont recueillis dans les sens; ils s'y déposent; ils sont transmis du milieu extérieur à Torçanisme, et c'est cette transmission qui constitue pour nous l'impression, la conscience ou, ce qui revient au même, l'existence. Si ces phénomènes se produisent dans les sens, ils sont associés dans l'appareil cérébral; c'est dans l'appareil cérébral que se trouve la conscience, ou, ce qui revient au même, l'existence de cette association ; mais on doit peut-être dire qu'au point de vue de la conscience ou de l'existence il n'y a rien d'autre que des rapports avec les phénomènes recueillis dans les sens. J'étudie le cerveau comme j'étudie les organes des sens, pour connaître le mécanisme de l'un et des autres. Relativement à l'ai'bre, dont l'image est déposée dans mon œil, cette étude ne m'apprend rien de plus que ce qui est contenu dans l'impression originaire de l'arbre et de l'œil ; mais elle me procure des impressions différentes et nouvelles, impressions que je lie, à l'aide d'un souvenir, à l'impression originaire.

— Le miheu externe détermine, dans notre organisme, l'idée du mouvement. Cette idée, renaissant en nous, détermine, par réaction, des mouvements dans l'oi^anisme. Tous les phénomènes qui offrent avec eux

le caractère commun d'être mus, d'obéir d'une manière permanente aux idées de mouvement déposées dans l'organisme par le milieu, paraissent servir à constituer ridée du moi.

— Tout effet a une cause ; la partie est plus grande que le tout : idées que le milieu externe a déposées dans mon intelligence et auxquelles je ne puis pas supposer d'exception, parce que le milieu externe ne m'a jamais montré une seule exception. Un mouvement engendre un autre mouvement, et ainsi de suite. Cela est sans * exception dans le milieu. Je ne puis imaginer cette exception, et cette unité de mouvements auxquels je n'aperçois pas de bornes constitue pour moi le mouvement étemel.

La sdence, en me montrant que jamais un atome de matière, jamais un atome de force ne disparaissent, ne me permet pas de ne pas croire à l'éternité de la force et à rétemité de la matière. De même pour l'éternité des lois qui règlent les combinaisons de la force et de la matière. — Je cherche toujours le comment, parce que l'expérience m'a fait voir que tout phénomène est lié à son déterminisme, a sa raison d'être dans d'autres phénomènes. Je ne puis imaginer rien de contraire à Texpérience, puisque l'expérience est la base de toutes nos connaissances.

Toute idée ou image vient des sens.

28 novembre 1877.

Si Ton va au fond des notions qui éclairent notre intelligence elle-même, sur sa nature propre, sur ce qu'il y a de plus essentiel, en quelque sorte dans

rintelligence, sur la distinction de l'image qui occupe la pensée et Tobjet représenté par cette image, on est forcé de reconnaître que toutes ces notions correspondent à des phénomènes du milieu externe ou de Torganisme, et nous ont été apportées par la voie des sens. On nous répondra que cette manière de voir peut s'appliquer, quand il s'agit de la distinction entre les phénomènes organiques et les phénomènes du milieu externe. A la rigueur, nous dira-t-on, nous pouvons voir, dans les phénomènes des sens, une sorte de pensée qui reflète le milieu externe, pensée que nous pouvons distinguer des objets externes; mais quant à ces phénomènes organiques eux-mêmes, par exemple la douleur que j'éprouve dans un pied, nous les distinguons de l'image qui les recueille dans l'intelligence, puisque nous pouvons avoir l'idée de cette douleur sans qu'elle existe réellement dans notre membre, puisque le membre peut disparaître et que nous avons encore l'idée des sensations dont il a été le théâtre. Eh bien! dans ce cas comme dans celui où j'ai l'idée d'un arbre, tout en ayant conscience que l'arbre n'agit plus directement sur mes sens, l'image ne contient absolument que les notions apportées par les sens. En particulier, cette distinction entre l'image et l'objet eoo terne arbre, ou la sensation de douleur dans un mewr bre, cette distinction résulte d'une série d'expériences et d' observations qui nous ont montré que si l'arbre, si le membre viennent à disparaître, l'image de ces phénomènes subsiste. Par conséquent : 1° cette image, phénomène de conscience obtenu par les sens, est associée aux autres images, phénomènes de conscience au même titre, qui nous montrent dans le milieu l'arbre abattu ou le membre amputé (si je ferme simplement les

yeux pour ne plus voir l'arbre, j'ai conscience du mouvement interne qui m'empêche de considérer l'arbre externe et j'associe l'idée de ces mouvements à celle de l'image de l'arbre). Nous avons exposé cette théorie à propos de la distinction entre les phénomènes internes et les phénomènes externes ; 2® l'image de l'arbre abattu ou du membre supprimé est associée encore aux images fournies par les expériences successives qui nous ont montré le phénomène de conscience lié, pour de certaines portions, à l'existence du cerveau (dont nous avons la connaissance au moyen des organes des sens), de telle sorte que nous associons l'image de l'arbre ou du membre (phénomène de conscience qui se rapporte à des phénomènes que nous ne percevons plus en ce moment), à l'idée des portions cliniques dont nous avons obtenu la conscience en même temps que nous obtenions la conscience des portions cérébrales dont l'image est liée à l'image de l'arbre. Tous ces phénomènes s'enchaînent dans le milieu externe, et nous ne les connaissons que par l'intermédiaire des sens. Ce sont les sens, les sens seuls, qui nous révèlent l'association entre les images et certaines portions du cerveau. Quand nous pensons, nous plaçons notre pensée dans le cerveau, parce que nous associons notre idée aux expériences (aux images des expériences) qui nous ont montré que toute pensée, toute idée, tout phénomène de conscience est lié à l'existence d'un organisme cérébral, organisme dont l'image, phénomène de conscience, se trouve associé à nos autres images, autres phénomènes de conscience.

Tant que les sens ne nous l'ont pas montré, l'intelligence ne nous apprend rien de plus sur la constitution du cerveau, que la digestion ne nous renseigne sur la

constitution de Testomac, tant que l'analyse et le scalpel ne l'ont pas mis à nu.

L'image et la réalité ne sont pas distinctes à Torigine. — L'ordre qui règne dans nos pensées est celui qui règne dans les choses.

30 novembre 1877.

L'idée que nos perceptions ne sont que des images ne naît que très postérieurement, quand nous avons fait Vexpérience que la perception subsiste après que l'objet perçu n'agit plus directement sur nos sens. Les images fournies par cette expérience s'associent directement à l'objet perçu, à un arbre par exemple; nous voyons dans cet arbre une simple image. Mais au moment où l'arbre agit sur nos sens, nous ne le r^ardons pas comme une image, c'est pour nous la réalité elle-même. Plus tard encore, quand nous serons parvenus à la notion d'image, nous pourrons rapporter cette image à une réalité, nous dirons qu'elle correspond à une réalité parce que nous saisirons le lien mental (avec l'image, nous aurons l'image de ce lien) existant entre l'état dans lequel un phénomène a été perçu comme une réalité et celui où il n'est plus perçu que comme une image. Nous dirons, dans ce dernier cas, que notre perception, l'action spéciale exercée par la réalité ne se faisant plus sentir, est une simple image, une représentation, parce que nous comparons cet état avec celui dans lequel plus tard notre industrie, notre art manifeste extérieurement les phénomènes internes dont notre intelligence est le théâtre. Le dessin que je trjace n'est que l'image du personnage que j'ai dans l'esprit.

L'ordre et la classification que nous recherchons

dans l'étude des phénomènes intellectuels est celui-là même que nos observations, qus nos eocpériences sur les phénomènes externes déterminent ' stLccessivement dans les phénomènes de l'intelligence. Par phénomènes de rintelligence, nous entendons ceux qui subsistent en nous alors même que le milieu cesse d'agir et que nous rapportons au cerveau, parce que Texpérience nous fait voir le lien existant entre l'existence de ces phénomènes et l'existence de Torçane cérébral. L'ordre dans lequel se font nos observations détermine l'ordre dans lequel naissent nos pensées; l'ordre dans lequel nous apparaissent les phénomènes externes détermine l'ordre dans lequel apparaissent nos pensées. Quand nous avons discerné la correspondance exacte entre nos idées et les phénomènes qu'elle représente, quand nous avons saisi l'ordre dans lequel naissent ces idées, étroitement lié à l'ordre dans lequel se manifestent à nous les phénomènes externes, nous savons tout ce que nous pouvons connaître de l'intelligence ; en découvrant cet ordre dans l'intelligence nous l'y faisons r^er. Si cet ordre était décrit exactement, la science de l'intelligence serait faite. Il s'en faut qu'au premier abord nous saisissions exactement cette correspondance des phénomènes intellectuels avec les phénomènes externes, et l'ordre dans lequel les phénomènes internes se développent sous l'empire de l'ordre dans lequel apparaissent les phénomènes du milieu. La première fois que nous voulons classer les phénomènes intellectuels, nous nous trouvons en face d'une masse d'idées parmi lesquelles nous ne distinguons pas celles dont l'acquisition est primitive de celles dont l'acquisition est toute récente, les simples des complexes, celles qui correspondent à des réalités externes de

celles qui n'y correspondent pas. Elles sont classées au point de vue des exigences de la vie, et non au point de vue de celles de la science. Il faut commencer par décomposer les phénomènes intellectuels. Tel phénomène qui nous paraît total, exprimé par un seul nom, a été composé par l'association d'un nombre plus ou moins grand de perceptions d'abord distinctes. C'est cette décomposition ou analyse qui nous conduit à reconnaître l'ordre dans lequel apparaissent les phénomènes intellectuels dans l'individu et dans la race.

L'attentioDi la tendance à concevoir le général, etc., sont des effets du milieu.

Saint-Julien, 21 octobre 1877.

Il semble qu'au moment où nous voulons fortement une chose, qu'au moment où nous fixons ce qu'on appelle le regard de l'intelligence sur une de nos pensées dans un mouvement d'attention interne, la force qui agit soit tirée de notre propre fonds et ne doive rien au milieu extérieur. Dans l'attention que nous prêtons à nos propres pensées il y a pourtant un acte déterminé encore par le milieu externe, comme dans toutes les autres opérations de l'intelligence. En effet, si nous remarquons que dans certaines circonstances, le milieu sollicite vivement nos regards et les fixe sur un objet de préférence à tous les autres, qu'il nous met par un concours de circonstances externes agissant à la fois sur nous dans une situation telle que toutes les forces sensitives et morales se trouvent concentrées sur un seul objet, nous comprenons tout de suite que la situation obtenue sous l'impulsion du milieu externe, conservée dans l'idée localisée, correspondante à cette

situation, pourra se retroaver sans le concours du milieu lorsque cette idée reparaîtra. Voilà le germe de Tattention et de tous les mouyements par lesquels nous agissons sur nos idées. L'attention de nos sens portée sur un objet et accompagnée d'un mouvement des organes, ce mouvement se conserve dans une idée correspondante; il suffit que cette idée soit évoquée pour que le mouvement repai*aisse et pour qu'il maintienne dans le champ de l'activité cérébrale le phénomène intellectuel auquel il a été primitivement associé. Ce n'est pas tout ; nos idées, idées de mouvement ou autres, peuvent s'associer avec elles, sans même que cette association se soit opérée dans le milieu externe. Nous pourrons, en vertu de ce principe, associer le mouvement qui obtient l'attention à des objets auxquels le milieu externe ne l'a pas associé. Les mouvements s'associent à nos autres idées comme les paroles, par exemple, s'associent aussi à tous les autres phénomènes inteQectuels.

Une des circonstances dans lesquelles l'intelligence nous paraissait avoir un pouvoir propre, où l'idée semblait n'être plus qu'un simple reflet, était celle dans laquelle les phénomènes s'associent en vertu de leurs propriétés communes. En effet, dans nombre de cas, cette association pouvait se produire sans qu'une association correspondante existât dans le milieu externe.

Peut-être faut-il cesser de regarder cette circonstance comme dérogeant à la règle générale qui nous montre des images dans toutes nos idées. En effet, l'association interne en vertu des propriétés communes ne se produit sans doute que parce que le milieu nous montre toujours des phénomènes associés en vertu de leurs propriétés communes. Lorsque l'association se

produit dans Tintelligence avec des éléments que le milieu n'a pas présentés associés, l'intelligence imite sans doute le milieu externe, comme dans nombre de cas. Ainsi, dans l'association, en vertu des propriétés communes, l'intelligence reflète le milieu externe, elle obéit à une impulsion du dehors. L'enfant n'opère pas tout de suite des associations qui ne lui ont pas été procurées par le milieu. Expliquer, c'est ramener aux combinaisons que le milieu externe nous présente sans cesse comme irréductibles.

La causalité, produit de l'association empirique.

Saint-Julien, 16 décembra 1878.

L'opération par laquelle je détermine le lieu de ma douleur est semblable à celle par laquelle je détermine le lieu d'un son, d'une lumière. Un lieu déterminé est assigné à un phénomène, est associé à un phénomène quand nous ne pouvons plus percevoir entre ce phénomène et ce lieu aucun intermédiaire. Si j'entends un son, ce son, si je n'ai jamais déterminé le lieu d'un son, n'apporte avec lui aucune idée de lieu. En outre si je perçois, au moment où j'entends ce son, un certain lieu, ce son fait partie de ce lieu, ce lieu se l'apporte au son, si éloigné qu'il nous apparaisse d'ailleurs du lieu véritable de ce son, quand des expériences ultérieures auront déterminé ce lieu. Au moment où j'ai entendu ce son j'ai perçu un lieu; le temps de ce lieu, le temps de ce son étant les mêmes, j'associe le même temps au même temps, et par l'intermédiaire de ces deux temps qui sont les mêmes, le son au lieu.

Remarquons en outre qu'entre la perception de

rélément de temps et de rélément de son, enti'e la perception de Télément de temps et de l'élément de Ueu, il n'est pas possible de percevoir ou d'imaginer un seul phénomène intermédiaire; le milieu, avant toute analyse, ou nos sens ne nous en offrent aucun, et par suite nous avons là une association aussi intime que nous puissions la concevoir entre deux phénomènes (qui peuvent plus tard être distingués).

Il y a, du reste, une seconde remarque à faire, c'est que le temps, qui a été le même pour les deux phénomènes, peut ne pas rester le même pendant longtemps. Ainsi, toutes choses restant égales d'ailleurs, nous pouvons cesser d'avoir la perception du son avant de cesser d'avoir la perception du lieu. Cet écart entre les deux phénomènes de temps, sans que nous ayons toutefois modifié les conditions des deux perceptions, est tout un indice que les deux phénomènes ne sont pas intimement associés et que l'expérience pourra introduire entre eux des phénomènes intermédiaires. Plus tard, entendant le même son, je perçois en outre ^t au même moment une vibration dans un objet dont je détermine le lieu. Cette fois la perception du lieu succède immédiatement, sans interaiédiaire, à la vibration de l'objet. Rapproché d'une cloche, je pose le doigt sur cette cloche, je perçois le lieu de cette cloche en même temps que je perçois sa vibration; en outre, en même temps que je perçois la vibration, je perçois le son, et de plus j'observe que si la vibration cesse, le son cesse et que dans les deux cas le temps est le même, la durée de la vibration est exactement la même que la durée du son. J'en conclus qu'aucun phénomène intermédiaire ne pourra sans doute être perçu entre la vibration et le son, et que ces deux

phénomènes, dont le temps est toujours le même, sont des phénomènes faisant corps ensemble; et comme d'autre part la vibration et le lieu sont perçus intimement associés, par Tintermédiaire de la vibration, nous déterminons le lieu du son.

Maintenant, je perçois une douleur et je vois une boursouflure rouge se produire sur ma peau. En même temps que je vois la boursouflure, le frottement d'une partie de mon corps, de mon doigt sur cette boursouflure détermine son lieu. Le lieu de cette boursouflure est intimement associé à la perception de sa rondeur et de son inégalité, car la boursouflure venant à disparaiti'e, je n'ai plus la perception du lieu. Le temps est le même pour la boursouflure et pour le lieu, ce qui me fait les associer intimement et me fait conclure qu'aucun phénomène intermédiaire ne peut se produire entre la perception de ce lieu déterminé et de cette boursouflure. D'autre part, la douleur et l'enflure sont associées dans les mêmes conditions; l'enflure venant à diminuer, à disparaître, à se modifier, la douleur diminue, disparait, se modifie. En un mot, toutes les modifications de la douleur se produisent en même temps (ou peu d'instants après, mais il y a un lien évident), en même temps que les modifications de l'enflure. La douleur étant liée à l'enflure, l'enflure au lieu, par l'intermédiaire de l'enflure j'obtiens le lieu de la douleur. — Ou bien, il n'y a pas d'enflure, mais portant la main sur une certaine partie du corps, la douleur que j'éprouve se modifie avec toutes les modifications de la pression. Ainsi je perçois un lieu déterminé, puis je fais une pression, et la douleur varie en même temps que cette pression, soit qu'elle cède, soit qu'elle s'exagère; dans les deux cas il y a

entre la douleur et la pression des phénomènes de temps qui sont les mêmes ; la douleur est intimement associée à la pression, la pression au lieu, et la douleui* au lieu par l'intermédiaire de la pi'ession.

C'est après beaucoup de tâtonnements qu'un enfant détermine le lieu de ses douleurs.

Dernièrement notre fille M... mangeait un mets dans lequel il y avait un excès de vinaigre. Nous la vîmes frotter son nez, comme le fait une personne qui ressent vraiment dans le nez une vive piqûi*e. M... ne déterminait pas exactement le lieu de la douleur, elle tournait autour pour ainsi dire, car les lèvi'es seules, sur lesquelles il y avait quelques petites gerçures, avaient éprouvé une souffrance. Souvent les enfants crient, même avancés déjà en âge, sans pouvoir indiquer très exactement l'endroit où ils souffrent. Ils ne savent pas encore dans quelle partie du corps le froid, par exemple, les atteint. Ils ne savent pas indiquer qu'ils souffrent surtout dans la région des mains ou des pieds. Il faut tout un apprentissage pour qu'ils arrivent à déterminer le lieu de leurs douleui-s.

Je perçois le parfum d'une rose avec sa couleur. Si je me borne à cette perception, le parfum est associé à la couleur d'une manière si intime, que l'un reparaissant dans l'esprit, l'autre se montrera immédiatement. Le parfum et la couleur sont associés, dans ce cas, comme les diverses parties d'un paysage que j'embrasse d'un seul coup d'œil sont associées entre elles, comme le sont les couleurs rouge et verte de mon tapis que je regarde en ce moment. C'est dans les opérations et les expériences ultérieures que le rouge est distingué du vert, le parfum de la couleur. C'est l'expérience qui ajoute aux notions originairement obtenues d'autres

notions, des notions départies, de distinction, de temps, de lieu; mais elle ne peut pas modifier la première perception, qui reste ce qu'elle a été, un mélange de parfum et de couleur. C'est encore Texpénence qui ajoute à la notion de parfum celle de l'odorat, à la notion de la couleur celle de la vue. Mais si le parfum et la couleur nous frappent ensemble avant toute autre pei*ception, nous ne savons pas que le parfum est perçu par l'odorat et la couleur par la vue.

Nous ne saurions trop insister sur cette manière de voir, que chaque observation et réflexion nouvelles viennent confirmer. Elle doit être le point de départ de nos recherches.

Il faut prendre les phénomènes tels qu'ils s'offrent à nous dans les perceptions primitives, et examiner ensuite quelles notions les perceptions suivantes ajoutent à ces perceptions primitives.

Nous savons déjà comment les résultats de l'analyse s'appliquent aux phénomènes compris dans nos perceptions primitives, nous savons comment cette analyse s'opère. Ce qui a fait l'objet d'une perception totale, élémentaire, ne varie plus dans notre intelligence. Les éléments qui constituent cette allée de jardin que j'aperçois dans un seul coup d'œil, pierres, sable, murs, plantes; ceux qui constituent celte rose, couleur et parfum, sont demeurés comme cela était dans la perception et comme cela est dans l'idée correspondant a cette perception; aucun objet ne se distingue d'un autre. Mais, à cette perception s'ajoutera une perception nouvelle qui, sous l'influence des mouvements du milieu ou des nôtres, de la variété de nos contacts avec le milieu, nous montrera un arbre isolé du reste. Cet arbre isolé constituera une perception distincte dans

laquelle l'arbre sera distinct, mais cet arbre est le même (jue l'arbre considéré dans la perception primitive de Tallée. Une association du même au même pourra donc se faire avec l'arbre, objet de la seconde perception, et le même arbre, objet, avec beaucoup d'autres arbres, de la perception primitive. La distinction obtenue dans les objets constitutifs de celte première perception consistera dans l'association qui sera établie entre l'un de ces objets et le même objet, recueilli dans une perceiv lion qui n'aura embi*assé que lui.

L'association d'où résulte la comparaison que nous venons de montrer, s'opère lorsque l'allée étant encore présente, une perception nouvelle ajoute à cette allée présente, l'arbre distinct qui a été compris dans cette dernière perception. Les deux phénomènes sont ainsi joints, parce qu'ils ont été associés dans leui's perceptions. Mais en même temps que cette comparaison nous offre un arbre distinct, associé à une allée dans laquelle se trouve compris un autre arbre, qui est le même, elle nous offre aussi un arbre distinct, qui étant le même que l'arbre compris dans l'allée, est difféi-ent des autres arbres et objets compris dans cette allée.

L'allention se résout en force physique.

15 juin 1878.

11 n'y a pas d'énergie ni de vigueur dans le caractère si les organes du corps, dans lesquels tout s'élabore avant de parvenir à l'intelligence, ne contiennent pas eux-mêmes des éléments d'énergie et de vigueur. Si le corps n'est pas capable d'exécuter des mouvements durables, si son action est sans fermeté, sans préci-

sion, s'il ne peut supporter la fatigue, soyez assuré que rintelligence manquera de précision et de fermeté. Il ne s'agit pas seulement d'obtenir pour le corps la force des athlètes. L'énergie de certains muscles n'est pas la force tout entière du corps. Certaines oi^anisations frêles et délicates en apparence sont douées d'un système nerveux très énergique. Chez elles, les muscles qui maintiennent l'attention du regard et de tous les autres sens, sont capables d'un effet durable qu'on ne rencontrerait pas chez un homme capable de porter les plus lourds fardeaux. Il convient donc de reconnaître que la force corporelle peut revêtir les formes les plus variées; mais il faut observer aussi qu'une intelligence ne saurait jamais vouloir et agir fortement si les organes ne lui avaient transmis les éléments vigoureux dont se composera l'énergie du caractère.

— Nous avons peut-être dès à présent les matériaux d'un mémoire que nous pourrions intituler : Mémoire sur la formation de Vidée d'esprit (esprit-intelligence). Ce serait une application très propre à mettre en lumière nos observations fondamentales.

Une perception, sans être abolie, peut être modifiée par Taddition de perceptions nouvelles.

Saint-Julien, 16 décembre 1878.

On parle sans cesse de la réaction du physique sur le moral et du moral sur le physique. N'arrive-t-il pas tous les jours qu'un organe malade réagit sur un autre organe sain jusque-là? La réaction du physique sur le moral et du moral sur le physique est une réaction de même nature.

L'odeur et la saveur d'un mets nous paraissent faire

partie Tune de l'autre, comme la couleur et le parfum d'une rose. Cependant, nous savons que l'odeur d'un coing et son goût sucré sont des phénomènes distincts perçus dans des organismes distincts. C'est de même ultérieurement que nous arrivons à considérer le plaisir et la personne qui le ressent comme des phénomènes distincts. Mais, remarquons-le toujours, quand nous arrivons à regarder l'odeur et la couleur, l'odeur et le goût comme des phénomènes distincts, ce n'est point parce que la première perception est modifiée. Cette perception primitive demeure dans son int^ité. Seulement, de nouveaux phénomènes s'ajoutent à cette perception, soudés eux-mêmes à cette perception comme l'odeur et la saveur nous apparaissent originairement soudées entre elles.

L' « impression de vie » se ramène en définitive à des impressions locales, et nos idées s'associent, se groupent comme ces impressions.

Saint-Julien, 19 septembre 1878.

L'impression musculaire peut être très nettement déterminée. Quand un objet frappe pour la première fois ma vue, c'est que l'œil est disposé d'une manière telle que l'objet puisse agir sur lui. Par exemple, les paupières sont soulevées. D'autre part, il y a eu un mouvement du corps qui a tourné notre être dans la direction de l'objet, si l'objet fait sur nous une impression lumineuse. Cette impression lumineuse, qui succède immédiatement à l'acte de lever les paupières et de tourner le corps, se trouve associée à l'impression musculaire ou oi^anique propre à ces actes. De même, quand un son frappe originairement mon oreille, c'est que mon oreille s'est ouverte. On dit vulgairement,

pour engager à écouter : Ouvrez bien les oreilles. Les animaux remuent les oreilles; ils les fixent, les dressent, les ouvrent d'une manière très sensible quand ils écoutent. La mobilité des oreilles est même très perceptible chez certains hommes. Dans tous les cas, cette ouverture de l'oreille, bien qu'elle soit à peine sensible, existe toujours chez celui qui écoute. A cet acte pour lequel les oreilles se fixent dans la direction du son, correspond une impression sui generis. Pour écouter de nouveau, pour voir de nouveau, il arrive que l'idée de son ou de lumière évoque l'idée des impressions musculaires, et, par suite, ces impressions reparaissent dans l'organisme qui se trouve dans l'attitude voulue pour écouter ou pour voir de nouveau, attitude pareille à l'attitude originaire, mais attitude voulue ou réfléchie cette fois, tandis qu'à l'origine elle s'était produite en dehors de toute intervention intellectuelle, sous les seules influences des combinaisons du milieu. L'association se fait donc entre l'impression de son et l'impression organique, puisque le milieu les rend contiguës. Elles sont perçues ensemble ou immédiatement l'une après l'autre.

Cette impression organique, dans l'oreille ou dans l'œil, est liée à une impression de lieu. Grâce à cette dernière impression, nous attribuons la propriété d'interne à la propriété organique.

Le son et la couleur peuvent être associés ensemble par l'impression du lieu interne où ils sont recueillis. Ces deux impressions diverses de son et de couleur associées toutes deux à cette impression de lieu interne se rapportent au même lieu ; elles sont par conséquent unies.

Mais elles peuvent être unies par le lieu interne sans

Tètre pai^ le lieu externe. L'impression du lieu externe nous permet également de les joindre dans notre perception. Mais ici Tassociation correspond à des phénomènes externes, tandis que tout à l'heure elle n'existait que dans des phénomènes internes.

Comparant les phénomènes internes entre eux, nous

obtenons l'idée de propriétés internes, qui sont les

mêmes existant dans une série de phénomènes. Nous

notons que toutes ces propriétés internes, qui sont les

mêmes ou seulement semblables, sont l'expression

abstraite et générale du moi.

Il faut abandonner la conception d'une impression oi-ganique, vague et générale, comme ce que nous appellerons, par hypothèse, l'impression de vie. Toutes les impressions organiques internes se découvrent <i l'observation comme précises, limitées, particulières et concrètes.

Un mouvement est toujours requis pour une perception, que ce mouvement ait lieu dans notre organisme seul ou à la fois dans le milieu et dans notre organisme.

Brienon, 2 septembre 1878.

Le mouvement que nous accomplissons pour percevoir le haut et le bas, la distinction, le temps, dans lès objets externes, a sans doute été accompli par les phénomènes externes, de telle sorte que nous connaissons les propriétés dont nous venons de parler par les propriétés identiques avec ce mouvement, sous l'influence d'une excitation externe dans notre organisme. Donc, à ce point de vue, la distinction, le temps, la ressemblance, le haut, le bas, seraient vraiment des propriétés inhérentes aux objets internes, comme la

couleur, la ligne, le son, le goût, etc. Seulement, ces propriétés, ainsi que nous Tavons répété souvent, ne sont pas conscientes dans ces objets externes, par cette raison qu'ils ne sont pas recueillis pour être associés autour d'un point central.

Que le mouvement soit accompli par nous ou qu'il soit dans les objets externes, que ce soit nous qui bougions en regardant un objet ou que ce soit l'objet, l'organe qui perçoit le mouvement accomplit, dans les deux cas, une fonction identique. Pai* suite, nous percevons toujours un même mouvement dans l'objet, si notre attention est absorbée par cet objet. Nous passons rapidement en chemin de fer devant des arbres, les arbres paraissent animés d'un mouvement; cela tient à ce que l'organisme accomplit dans ce cas une fonction identique à celle dont il s'acquitte quand il perçoit des objets externes vraiment animés d'un mouvement. Quand nous jugeons qu'un objet est élevé, nous obtenons cette perception à l'aide d'un certain mouvement musculaire ; mais dans une autre position adoptée par nous, ce qui nous a paru élevé peut nous paraître bas, parce que nous appliquerons à la perception de l'objet un autre mouvement facilité par la nouvelle position dans laquelle nous sommes placés. Comme pour les arbres qui nous paraissent marcher, c'est à la suite d'une nouvelle expérience que nous reconnaissons que les arbres n'ont pas marché et que l'objet ne s'est ni élevé ni abaissé.

Les perceptions s*associent toujours grâce à des mouTements.

Saint-Julien, 29 novembre 1877.

Le milieu externe détermine, dans l'intelligence, des associations entre des phénomènes offirant des propriétés ; mais, avons-nous dit, ces propriétés communes qui sont une condition de l'association, ne la déterminent point par leur vertu propre ; l'ctssociation s'opère sous l'empire d'une impulsion, d'un mouvement imprimé par le milieu, et ce mouvement n'opère que si les phénomènes à ctssoder offrent entre eux une propriété commune. — Plus tard, quand l'association est purement mentale, c'est l'idée réalisée de ce mouvement qui communique aux phénomènes intellectuels Timpulsion sans laquelle l'association ne pourrait pas le produire. C'est ce qu'il faut démontrer.

Remarquons d'abord que les phénomènes embrassés dans une même perception, par exemple l'image totale des objets qui frappent ma vue dans un premier regard, ne sont pas des phénomènes associés au point de vue où nous nous plaçons en ce moment. L'association se produit entre des phénomènes qui constituent deux ou plusieurs perceptions distinctes; soit deux perceptions s'appliquant à deux objets distincts : cet arbre et cette maison que je découvre après avoir recueilli l'image de l'arbre. Il est bien entendu que ces deux objets offrent une foule de propriétés communes. De deux choses l'une : ou bien pour que ma vue aille de l'arbre à la maison, j'ai fait un mouvement; c'est ce mouvement organique qui a servi à opérer l'association; ou bien un mouvement étant imprimé aux objets eux-mêmes, c'est ce mouvement externe qui a

déterminé Tassociation. — Dans les deux cas, on le voit, il y a un mouvement à la suite duquel se produit l'association entre les deux phénomènes offrant des propriétés communes. Imaginons à présent que Tarbre et la maison se reproduisent. Il semble, au premier abord, qu'il n'y ait rien dans cette association que l'image de l'arbre et celle de la maison. S'il n'y avait eu que ces deux idées, l'association évoquée ne se serait pas produite. L'image elle-même, l'image surtout du mouvement, a reparu aussi : elle est liée dans le milieu mental, comme elle l'a été dans le milieu externe, à l'image de l'arbre et de la maison. Cette remarque est capitale, parce que la constatation de cette idée de mouvement — liée à l'idée des phénomènes associés — peut seule nous rendre compte de l'action que nous exerçons sur les associations de notre esprit. Jamais jusqu'à présent cette observation n'avait été faite, et c'est la raison par laquelle la théorie de l'association intellectuelle restait incomplète et ne pourrait pas produire toutes ses conséquences, au point de donner l'expUcation du mécanisme mental.

Munis de l'idée de mouvement, munis également de l'idée des propriétés communes (condition de toute association), il ne nous sera pas difficile d'opérer dans l'intelligence des associations que le milieu externe n'aura pas réalisées. Il suffira que des phénomènes nouveaux apparaissent dans l'intelligence; l'idée de mouvement et l'idée de la propriété commune s'y appliquent. Nous ferons un effort en vertu de l'idée de mouvement pour opérer l'association, et des phénomènes autres que ceux qui ont subi, à l'origine, l'impulsion de ce mouvement pourront se trouver enveloppés par lui et rassemblés dans une association nouvelle.

— Nous reconnaissons à chaque instant qu'il existe dans le monde des phénomènes qui nous sont étrangers. Nous distinguons l'image de l'objet et même nous reconnaissons que tout ce que nous savons du monde externe nous ne le savons que par nos idées. Cependant, ce monde externe, que nous ne connaissons que par notre pensée, nous en aflirmons la réalité. Il est vrai, nous en affinnons la réalité; mais cette réalité, nous l'affirmons comme externe. Or, nous savons quelle notion nous devons comprendre sous ce mot exteme. Un phénomène est externe quand nous le percevons comme situé en dehors du cercle de noti*e oiTganisme. Mais il se distingue encore par ce caractère. Nous rapportons à notre oi^anisme, nous pouvons enfermer dans le cercle de notre organisme des sensations, des mouvements musculaires, des plaisirs, des douleurs ; nous ne pouvons rien rapporter de pareil au phénomène perçu comme situé extérieurement; nous ne pouvons percevoir directement, comme renfermées dans le cercle de l'objet perçu comme externe, toutes les sensations dont nous venons de parler. Par conséquent, nous avons le droit de nous distinguer, par cette différence essentielle, de l'objet externe. Ce caractère distinct de l'objet exteme se prononcera encore, quand nous viendrons à raisonner, c'est-à-dire à attribuer par voie d'analogie et de raisonnement, des sensations à Tobjet perçu comme externe.

Cest le mouvement de robjet ou celui de nos organes, c'est-à-dire toujours en réalité une force cosmique, qui opère le groupement des idées.

Paris, 10 mars J878.

Notre théorie de l'association offre une conséquence

capitale au point de vue général. Elle nous montre que deux ou plusieurs phénomènes intellectuels ne sauraient s'associer entre eux, si un troisième phénomène intellectuel correspondant à la force, comme les autres correspondent à un arbre, à une maison, ne les réunit. Cette réunion se fait à la condition qu'il existe des propriétés communes entre les deux phénomènes, mais ce ne sont pas les propriétés communes qui opèrent la réunion; c'est la force, élément empininté comme tout le reste au monde extérieur, qui agit sur les phénomènes pour les associer. Au lieu de forcCy pour être concret, il est mieux de dire : le mouvement. Le mouvement est un phénomène concret dont nous percevons parfaitement l'action dans le milieu extérieur.

Même sujet. — Toute idée est un mouvement conservé dans rintelligence.

Saint-Julien, 29 mai 1878.

Toutes les associations entre les phénomènes intellectuels s'opèrent d'après les associations qui s'accomplissent dans le milieu externe ou sont le modèle des associations externes. D'après les associations externes, ce chêne et ce peuplier, qui sont associés dans le milieu externe, demeurent associés dans l'intelligence.

Sur le modèle des associations externes. — Tous les phénomènes associés ont entre eux une propriété commune ou semblable. L'intelligence opère des associations reposant sur le principe de la ressemblance.

Quand une association s'opère dans l'intelligence en dehors de l'excitation directe et immédiate du milieu, il ne suffit pas qu'une idée, comme celle de la ressemblance, par exemple, opère; il faut encore qu'il s'y

CONNAISSANCE ÉLÉMïlNTAIRE. 141

joigne un mouvement qui l'assemble ces phénomènes en les poussant en quelque sorte l'un vei^s l'autre. Ce mouvement ou, ce qui revient au même, cette idée de mouvement (le mouvement dans l'intelligence est une idée comme tous les autres phénomènes intellectuels) nous est donnée par le milieu externe. Quand nous assistons à l'association de phénomènes externes, nous percevons un mouvement qui rapproche les phénomènes externes les uns des autres. La perception de ce mouvement entre dans l'idée de l'association, et la reproduction de ce mouvement est nécessaire pour que l'association se reproduise dans l'intelligence. Ce mouvement peut s'appliquer ensuite, dans l'intelligence, à des phénomènes nouveaux tels que le milieu ne nous a pas offert le spectacle de leur association.

— Nous avons distingué l'habitude, l'instinct, des phénomènes qui leur correspondent dans l'intelligence. Comment connaissons -nous ces phénomènes intellectuels correspondants? Nous supprimons les éléments de l'habitude et de l'instinct dans leur siège et dans ce que nous considérons comme leur origine. Cependant nous avons toujours l'idée de ces phénomènes que notre vue ne constate plus actuellement. Nous imaginons et nous savons qu'il existe un lieu où ces phénomènes existent encore. Ils existent dans l'idée qui les conserve. Nous connaissons le lieu des idées, l'intelligence, les éléments cérébraux, puisque si l'on supprime Imtelligence ou les éléments cérébraux, l'instinct a beau exister dans son siège originaire, il n'a plus d'existence dans l'idée.

Rôle du mouvement dans la comparaison.

Brienon, 10 septembre 1880.

L'étude de ce qui se passe dans ropération par laquelle nous comparons, nous a enseigné comment nous pouvons comparer des phénomènes que le milieu ne rapproche pas, pour faire naître spontanément en nous une comparaison. En effet, toute comparaison est accompagnée de certains mouvements. Ces mouvements sont recueillis dans Tintelligence, ils peuvent par suite se reproduire dans les organes où ils ont été originairement recueillis ; mais au lieu d'être adaptés à certains objets, termes de la comparaison originaire que le milieu nous présentait, ils se trouvent adaptés aux nouveaux que le milieu nous offre actuellement. C'étaient des chênes, ce sont des peupliers qui se trouvent en rapport avec les mouvements accompagnant toute comparaison, mouvements que nous reproduisons, après les avoir originairement perçus sous l'influence directe du milieu externe. Comme nous le savons encore, c'est dans l'étude de cette opération que nous avons trouvé le fond de l'invention. Les mouvements peuvent s'associer, se multiplier, se compliquer, se diversifier et s'appliquer dans leurs associations et complications t'i des phénomènes auxquels ils ne s'appliquent pas originairement, et donner lieu à des inventions de plus en plus compliquées.

La comparaison (va?) du même au même, du semblable au semblable, du différent au différent; dans toute comparaison du semblable au semblable il y a une différence, puisque les objets, bien que semblables, sont distincts et différents par leur distinction.

CONNAISSANCE ÉLÉMENTAIUE. 143

Je puis me demander comment en présence d'un homme, Pierre, que je vois actuellement, je rapproche la forme du même Pierre que j'ai vu. Quand je compare un homme que je vois avec le même homme que je viens de voir, je suis dans une certaine attitude; cette attitude correspond à la comparaison de l'identique, (lu même au même, opération habituelle des oi^anes, toujours renouvelée sous l'impulsion du milieu interne ou externe; elle est toujours présente dans nos oi'ganes et associée aux phénomènes correspondants du milieu interne, associée dès lors, dans l'espèce, à l'image de Pierre que nous avons vu et reconnu, c'est-à-dire comparé à lui-même dans une comparaison d'identique. Quand nous avons ainsi, non pas vu seulement, mais l'econnu Pierre, si plus tard le même Pierre se présente à nous, il s'associe à l'opération présente dans nos oi^anes, laquelle peut se trouver évoquée, de telle sorte <iue nous comparerons ensuite Pierre que nous voyons à Pierre que nous avons vu.

Tous ces phénomènes intellectuels se tiennent. Le mouvement qui se reproduit dans mes organes est associé aux phénomènes localisés dans mon organisme et il s'associe, dans mes organes, à toutes les impressions qui s'y rencontrent. Les impressions nouvelles sont donc associées aux impulsions qu'elles rencontrent dans les organes, comme ces impressions organiques sont associées à celles déjà localisées dans Tintelligence, c'est-à-dire dans d'autres portions de Torf^anisme. Quand je compare un objet semblable à un objet semblal)le, Pierre à Paul, ma tête se déplace, soit parce que le mouvement général de mon corps me conduit à voir Paul après avoir vu Pierre, soit parce que Paul et Pierre sont animés d'un mouvement

qui les fait successivement passer devant mes yeux; mais que le mouvement vienne de moi, qu'il vienne d'eux, le mouvement de comparaison est le même dans l'organisme qui perçoit spécialement la comparaison. Si même je compare Pierre avec lui-même, le mouvement est différent; au lieu d'un mouvement de translation, par exemple, dans lequel je percevais Pierre, puis Paul, c'est par un mouvement répété et appliqué dans la même direction que je compare Pierre avec luimême. Selon que je reproduirai l'un ou l'autre de ces mouvements, j'obtiendrai l'attitude qui me dispose à comparer les semblables ou le même.

— C'est par le toucher que nous percevons, que nous déterminons la forme des choses. Quand nous croyons voir la forme, la couleur n'est que le signe de ce que nous avons touché ou de choses semblables.

Les associations d'idées ont la même origine empirique que les idées. — Des signes comme moyens d'association.

Saint-Julien, 19 septembre iS78.

L'expérience nous a montré sans cesse que toute idée a son origine dans le milieu organique ou dans le milieu externe. Ce qui est vrai des idées en ellesmêmes doit l'être de leurs associations et de leurs modifications, puisqu'une association et une modification d'idée, c'est en réalité une idée nouvelle, et que d'ailleurs l'observation nous montre aussi dans le milieu les origines de toute association. Tel est le principe que nous ne devons pas perdre de vue. Il est probable que l'idée de temps joue un rôle analogue à l'idée de lieu pour l'association des phénomènes externes et internes.

Le signe écrit ou parlé n'a pas seulement pour objet de contribuer à manifester la pensée. A côté de ce rôle essentiel, il a un autre rôle non moins important. II pennet d'associer facilement, puisqu'il est toujours à notre disposition, toutes les idées qui, sans lui, pourraient rester longtemps séparées. En effet, chaque signe est associé à une autre idée. En parlant, en écrivant, le mot parlé ou écrit s'associe à d'autres idées qui, dans le même temps, occupent notre intelligence, à l'aide par exemple d'autre part des propriétés internes et organiques, du caractère interne de ces idées. Cette propriété oi^anique étant attachée à une idée correspondant à un objet, arbre, par exemple, et d'autre part l'idée de telle ville étant attachée à une idée du mot ville, le mot qui peut renaître facilement dans les sens va s'associer à la propriété organique interne, toujours associée à l'idée d'arbre, et par suite l'idée arbre va se trouver associée, au moyen de ces intermédiaires externes, à l'idée ville. Les mots écrits ou parlés s'associent eux-mêmes à des impressions oi'ganiques internes, lesquelles vont s'associer dans le milieu organique à des impressions de même nature, pour produire des associations entre les idées qui font suite à ces impressions orçaniques.

Rôle du mouvement dans Fassociation.

Saint-Julien, 20 septembre 1878.

Une idée sui^t dans l'intelligence, et elle apparaît non comme liée à un lieu externe, mais comme associée à une idée de lieu interne, ou plutôt l'idée de Timpression de lieu interne est plus forte et l'emporte

sur Timpression de lieu externe. Cette idée est Tidée d'arbre, par exemple. L'idée d'arbre, au moment où la notion d'arbre nous a été donnée, a été nécessairement jointe à un état de l'œil, état correspondant à des impressions de toucher, de vue, comme aussi à une impression musculaire. Nous ne nous occupons, pour l'instant, que de l'impression musculaire, résultat de ce que les paupières sont levées. Au moment où l'idée d'arbre reparaît sans être jointe à l'idée d'une excitation externe, venue d'un lieu externe; ou, ce qui revient au même, comme expression générale du milieu, au moment où l'idée d'arbre reparaît dans ces conditions, elle évoque l'idée de l'impression musculaire à laquelle elle a été jointe au moment de sa formation, cette impression musculaire correspondant à l'état d'ouverture ou de jeu des paupières, pour renaître immédiatement dans l'organisme. Mais, remarquons-le, cette impression, correspondant à la sensation musculaire que procure le jeu de la paupière, a été associée à une infinité d'autres perceptions obtenues au moyen de l'organe de la vue. Ce n'est pas seulement au moment où nous avons vu l'arbre dont nous nous occupons maintenant que nous avons levé les paupières et que nous avons eu l'impression de ce jeu de la paupière; elle a été associée à la perception de cette maison, de cet homme, de cette rivière, de cette ville, et ainsi à l'infini. Par suite, l'idée de l'arbre que nous avons considéré tout à l'heure évoque l'idée de l'impression musculaire; cette idée étant contigue à l'impression elle-même qu'elle reflète et pouvant se traduire dans l'organisme, il en résulte que cette impression, traduite dans l'organisme, peut à son tour évoquer une infinité d'autres idées, localisées

dans l'appareil cérébral, auxquelles elle a été préalablement associée; et, par suite, cette impression organique peut servir d'intermédiaire entre l'idée d'arbre et une infinité d'autres idées , entre ces idées ellesmêmes, et déterminer par là de nouvelles associations dans l'intelligence. Cette impression organique, passant de l'état d'idée à celui de sensation, se reflète ensuite de nouveau dans une idée pour toutes les associations idéales qu'elle forme. Cette réapparition des impressions oi^aniques dans l'organisme est la r^le. En effet, nous ne pouvons penser à l'action d'ouvrir les yeux sans ressentir cette impression. L'idée d'un mets dilate les papilles de la langue, fait couler la salive. (Voir les expériences qui ont été faites à cet ^ard.) Même quand nous avons les yeux fermés, si nous voyons des objets par la pensée, les paupières battent, bien qu'elles ne s'ouvrent pas ; le sang devient plus actif, on le voit circuler. Quand nous avons rêvé, les yeux, le matin, sont brûlants et fatigués. Enfin, quand le rêve est trop fort, quand les idées reparaissent avec trop de vivacité, les paupières elles-mêmes s'ouvrent. Nous exécutons constamment le mouvement que nous imaginons. Pour que nous ne l'exécutions pas, il faut, dans l'intelligence ou dans le milieu, un phénomène nouveau qui contrarie celui-là.

Mais, comment pouvons-nous distinguer, ainsi que nous le faisons sans cesse, une sensation organique interne de son idée? Nous ne faisons cette distinction qu'à l'aide d'une nouvelle notion, qui, apportée par l'observation des choses telles qu'elles se passent à la portée de nos sens, ajoute son idée à l'idée du phénomène considéré comme interne. En effet, l'observation nous apprend que le lieu d'une sensation peut être

supprimé : amputation d'un membre, section d'une paupière ou d'une oreille, sans que la sensation propre au lieu de ce membre ou de cette paupière disparaisse. Comme nous avons toujours constaté qu'une impression de lieu était liée, par exemple, à une impression de vue ou de toucher par le même objet, nous imaginons un lieu nouveau pour cette impression ressentie ; nous cherchons ce lieu, et l'observation nous montre que si on supprime le cerveau, l'impression est abolie, de telle sorte que l'existence de l'impression se trouve dans notre pensée, comme dans la réalité, liée à l'existence du cerveau. (Voir mes études sur l'image.) Dans ce que nous avons dit sur l'impression organique, nous avons pu constater une fois de plus l'existence d'états organiques communs à un grand nombre d'idées. C'est à l'aide de ces états organiques qu'opère l'imagination ; c'est en eux qu'elle nous apparaît, comme imprimant aux choses des types communs ou identiques dont sont empreints les éléments les plus variés.

L'association chez r enfant. Rôle des mots.

SaintnJuIien, 5 juillet 1878.

Un son est associé (effet de l'éducation ou du jeu des éléments naturels) à un objet externe, à un arbre. L'idée de cet arbre, un chêne, s'associe à l'image d'un autre arbre, que nous n'avons pas considéré spécialement. Il y a là trois phénomènes associés dans l'esprit : les deux arbres et le mot. En même temps que nous penserons aux deux arbres, nous prononcerons le mot, de telle sorte que le mot étant prononcé en même temps que l'image des deux arbres est

présente à la pensée, le mot sera associé au second autre aussi bien qu'au premier, et pourra servir à exprimer le second aussi bien que le premier. Quand un enfant a appris à associer un mot et un objet, en face de tous les objets qui se présentent à lui successivement, il prononce toujours le même mot. Si ce mot est papa, il appelle papa tous les objets avec lesquels il se trouve en contact. En effet, Tun ou l'autre de ces objets peut toujours évoquer l'image du premier objet auquel le mot papa a été associé primitivement, et par suite, le mot se trouve au bout de la série de toutes ces images. En outre, comme le mot prononcé forme un son qui s'associe dans les mêmes perceptions au dernier objet vu, il en résulte que le mot et le dernier objet se trouvent associés, comme l'étaient le mot et le premier objet.

Mais comment un objet que nous revoyons, la maison A par exemple, peut-il évoquer l'image de la maison A que nous avons vue autrefois? Il semble, au premier abord, que cette association entre l'image recueillie antérieurement dans l'intelligence et l'image actuelle, se forme sans le concours d'aucun phénomène intermédiaire. Il n'en peut être ainsi, puisque les phénomènes ne s'associent que dans une succession correspondant à celle du milieu, et que la maison A que nous voyons maintenant et la maison A que nous avons vue, ne sont pas dans un rapport externe de succession immédiate.

Voici ce qui se passe dans cette association. L'éducation humaine ou le milieu naturel ont associé naturellement l'idée de moi qui vois la maison et l'idée de cette maison. L'éducation resserre étroitement les liens des associations de cette nature. Nous voyons

constamment, par exemple, forcer en quelque sorte les enfants à associer la chose et le mot qui la désigne. De même l'idée de la maison et l'idée du moi sont très habituellement associées. Si la maison se présente à nous, elle est associée dans le milieu lui-même au moi qui entre en contact avec elle, et comme le moi est habituellement associé à l'idée de maison, grâce au moi intermédiaire, les deux images, celle de la maison que nous voyons actuellement et celle de la maison que nous avons vue autrefois, vont pouvoir s'associer dans un même état mental et se comparer de telle sorte, que nous reconnaîtrons dans Tune et dans l'autre image la même maison. Ensuite, l'image ancienne est associée au nom ; l'éducation a rendu cette association très habituelle; le nom maison va se trouver associé aussi à la seconde image.

Comment l'enfant apprend-il à ne plus désigner par le même nom des objets différents? Il voit un nouvel objet, il prononce le nom par lequel il a désigné un premier objet, tout différent du second. Ici l'éducation intervient pour associer un nouveau nom au nouvel objet. On dit à l'enfant, avant de prononcer le nouveau nom : Tu te trompes, ce que tu vois n'est pas un arbre, mais une maison. Avant de prononcer le nom de maison on a éloigné le nom d'arbre, on l'a forcé à éloigner ce nom par un ensemble de gestes et de mots appropriés. Quand, dans une autre cii'constance encore, l'enfant verra un objet qui n'est ni l'arbre ni la maison, cet objet évoquera aussi les images arbre et maison et les mots correspondants, mais il évoquera en outre l'image des mouvements et des gestes par lesquels nous avons combattu l'association du mot et de l'image quand un nouvel objet s'est

présenté. A ce nom, un doute naîtra dans Tesprit de lenfant. Les mots anciens pourront n'être pas prononcés, et l'enfant pourra même demander le nom de Ih chose nouvelle avec laquelle il est en contact. Tous ces états de l'intelligence donnent naissance à autant de besoins intellectuels.

— Quand un enfant épèle s- a sa, les deux letti'es sont distinctes dans son intelligence et réunies. Elles forment deux images associées l'une à l'autre, parce qu'elles se succèdent immédiatement.

Que le mouvement des organes sensoriels est la condition de la perception.

Brienon, 9 septembre 1880.

Après la perception primitive d'un son et d'une couleur formant un tout, nous remarquons que le son est perçu par l'oreille, la couleur perçue par les yeux; c'est-à-dire le son est associé à l'existence de l'oreille ouverte, la couleur associée à l'existence de l'œil ouvert. Nous remarquons en outre que l'ouverture de Tœil, l'ouverture de l'oreille précède ou accompagne loujoui's la perception du son et de la couleur. Ces pliénomènes sont perçus par nous comme les conditions des impressions de son et de couleur.

Le son et la couleur forment un tout dans notre perception pour nous apparaître comme distincts. Cette perception des phénomènes ainsi réunis diffère de la perception primitive des phénomènes formant un tout. La perception des phénomènes réunis nous permet de saisir dans les phénomènes qui les précèdent ou les accompagnent les conditions de la réunion. Au contraire, dans la perception primitive du tout, nous

pouvons percevoir les conditions du tout, nous ne pouvons percevoir les conditions de l'association, de la réunion des phénomènes, car cette perception ne s'est pas encore produite.

Quand nous disons que deux phénomènes se produisent ensemble, cela veut dire que nous constatons dans chacun de ces phénomènes une propriété respective de temps qui est la même. Comparant la propriété de temps dans l'un et la propriété de temps dans l'autre, nous jugeons que ces propriétés sont les mêmes.

Les comparaisons du même au même sont fréquentes, et cela sans doute parce que le milieu rapproche très fréquemment pour notre perception des phénomènes qui sont les mêmes. Un homme se présente à moi, je le vois non d'une façon permanente, mais toutes les fois que je le regarde, comme étant toujours le même. La comparaison du différent au différent nous est aussi imposée par le milieu. Je passe sans cesse d'un objet à un autre objet, qui diffère du premier et je les compare.

Diverses réflexions sur les sensations élémentaires, sur les sensations musculaires en particulier.

Saint-Julien, 15 septembre 1878.

Quand nous recherchons si telle sensation de douleur, telle impression musculaire, toutes les impressions organiques en général, correspondent à un élément physiologique perceptible à l'œil, au toucher, au goût, à l'odorat, à l'ouïe, à un sens en un mot autre que celui qui nous a procuré l'impression originaire et point de départ de notre recherche actuelle, nous ne faisons que subir l'influence d'un enseignement cous-

tant donné par la nature et reflété dans Tintelligence, enseignement qui nous montre toujours l'élément donnant lieu à une sensation d'odorat, de goût, de vision, à une sensation musculaire pouvant donner lieu à toutes les autres sensations.

Il est toujours arrivé qu'une impression recueillie par la vue à l'occasion d'un objet s'est associée, si l'objet est à notre portée, à une impression de toucher, à une impression de goût, de poids, etc. Cette association constante, fournie par le milieu, des propriétés les plus diverses dans un objet divers, nous recherchons encore si elle n'existe pas quand nous sommes sous l'impression d'un phénomène où domine le caractère interne. Telle impression de douleur donnée comme venant du bras, se produit encore bien que mon bras n'existe plus ; sachant qu'aucune impression de douleur ou autre ne s'est jamais produite sans être associée à un état perceptible à la vue, par exemple, je recherche quel élément appréciable à la vue est associé, dans l'organisme, à cette impression de douleur.

— J'entends le son d'un instrument, et je retourne la tête du côté où le son paraît venir pour tâcher de voir l'instrument que j'entends. L'oreille ne communique pas à la vue, relativement à la place occupée par l'instrument, des indications mystérieuses; seulement, le milieu associe constamment tel son qui nous affecte d'une certaine manière avec telle sensation musculaire correspondant à la place occupée par un instrument, et avec telle impression de vue correspondant à la forme de l'instrument. Le son entendu a évoqué, en vertu d'associations préétablies par le milieu, l'idée de la place où il se produit, et l'idée de la forme de Tins truraent qui l'émet.

154 F. DURAND DESOR>IEAUX.

— Nous rapportons constamment les propriétés les plus diverses au même objet. Nous constatons que telle qualité de résistance et telle qualité de couleur existent dans le même corps. Gomment pouvons-nous juger que des propriétés recueillies par nous au moyen de la vue, du toucher, existent dans le même corps? Nous avons la notion de plusieurs propriétés, comme étant réunies dans le même objet, quand les impressions ainsi recueillies se suivent ou coïncident sans aucune solution de continuité dans Tintelligence. Par exemple, j'aperçois une rose, et dans le même instant je sens un parfum. Le pai'fum et la rose font partie, pour moi, du même objet. Je suppose que le parfum soit produit par une autre fleur que la rose ; si ce parfum a toujours accompagné dans ma perception la vue de la rose, il fait partie intégrante de la rose, en ce sens que maintenant je ne puis avoir l'idée de cette rose sans avoir l'idée de ce parfum. Supposons de même des impressions recueillies dans un même organe, le toucher, relativement à un même objet. Si des impressions de toucher se suivent sans aucune solution de continuité, elles forment un tout dont les parties sont inséparables les unes des autres. Le milieu présente des associations constantes, associations dont la constance se reflète dans les phénomènes intellectuels correspondants. La forme de la rose et son parfum sont toujours ensemble d'habitude. Si l'on supprime la forme, le parfum est supprimé, et réciproquement.

Si l'association est accidentelle, comme la vue de cet arbre et le nom par lequel on le désigne, nous reconnaissons que le nom n'est pas dans l'arbre. L'expérience nous a fait associer l'idée de tel son particuUer à l'idée de tejle place particuHère. Le son émis maintenant ne

peut être associé à l'idée de la place occupée par l'arbre.

Phénomène interne, phénomène externe, veut dire phénomène situé dans un lieu interne, dans un lieu externe. Ce n'est point par la vue que nous percevons le lieu. C'est à l'aide probablement de la sensation musculaire du toucher. Quand donc, voyant la ligne de mon corps et celle des objets qui l'entourent, je décide que l'un est interne et les autres externes, cela tient sans doute à ce que l'idée de ces lignes séparatives évoque celle des sensations musculaires à l'aide desquelles j'ai déterminé les objets environnants comme situés dans un lieu externe et la ligne de mon corps comme située dans un lieu interne. Une sensation de plaisir est interne parce qu'elle est contiguê sans doute aune sensation musculaire, analc^e à celle qui perçoit la ligne de mon corps comme située dans un lieu interne elles objets environnants comme externes.

^la perception du son. Incidemment du moi et du non-moi.

Saint-Julien, 17 septembre 1878.

Le son qui rencontre l'oreille ne fait pas éprouver ^utre chose qu'une impression de son. Je sais que la perception de son est obtenue au moyen de l'oreille; c'est en vertu d'une notion produite par des phénomèïies externes nouveaux, phénomènes externes qui nous montrent la perception du son associée à l'existence de l'oreille. Car si une circonstance quelconque ferme ou supprime l'oreille (nous avons l'idée de cette occlusion par les sensations qui s'y rattachent), le son cesse d'être perçu. Peut-être cependant y a-t-il quelque chose de

plus. La perception du son est accompagnée d'un mouvement musculaire; ce mouvement ne s'ajoute-t-il pas au son pour désigner l'oreille comme le lieu où le son est perçu?

Les phénomènes intellectuels, conçus comme internes, ne cessent pas de s'enchaîner les uns avec les autres, parce que cet enchaînement existe aussi dans le milieu où nous allons sans cesse d'un phénomène à un autre phénomène. Les phénomènes paraissent toujoui*s se rattacher au moi comme à un point centi'al. Peutêtre, au lieu d'un point central, avons-nous seulement un phénomène qui, existant sans cesse dans le milieu organique, s'associant sans cesse aux phénomènes externes, se reflète constamment dans l'appai^eil cérébral, et puis, comparant la série des phénomènes entre eux, nous reconnaissons qu'ils sont toujours associés à un phénomène qui est toujours semblable. Ce phénomène correspond à l'impression organique. Comparant entre elles ces impressions organiques, nous reconnaissons qu'elles sont toujours semblables et même identiques, comme un cercle est identique à un autre cercle. C'est ainsi que nous nous formons l'idée de l'identité du moi.

Le mouvement oi*ganique qui me sert à détemiiner ce qui n'est pas moi, me sert également à déterminer ce qui est moi. Il fixe le lieu du moi.

Souvent nous attribuons tel son et telle couleur au même corps. Cette mouche, par exemple, fait entendre un bruit que nous percevons en même temps que la couleur de la mouche. Ce verre qui brille résonne aussi. Comment, dans ce cas, le son et la couleur nous paraissent-ils appartenir au même lieu? Explication : une certaine sensation de couleur est liée toujours dans le milieu à une sensation particuHère de lieu. De même

une certaine sensation de son est toujours liée, dans le milieu, à une certaine sensation de lieu. Le lieu est le même dans les deux cas. Nous rapportons ainsi le son et la couleur au même lieu. L'expérience est facile à faire. J'aperçois un objet lumineux, et d'après l'intensité de la lumière, je me dirige vers la place qu'il occupe, et je trouve cette place. La sensation de lieu se trouve ainsi associée à une certaine sensation de lumière. Puis, sans changer le corps de place, je transforme le corps lumineux en corps sonore, ou bien, sans notion de la lumière, je ferme les yeux, j'écoute les sons émis par le corps, et je me dirige, par l'association, entre le son et le lieu vers le lieu occupé par le corps. Le lieu que je trouve par l'association avec le son est le même que le lieu trouvé par l'association avec la lumière.

Penser des objets c'est refaire les mouvements par lesquels on les a perçus.

Saint-Julien, 17 décembre 1878.

Nous avons remarqué, dans l'étude précédente, que le sol du chemin s'efface et renaît à mesure que je marche, sans qu'il se produise aucune solution de continuité entre ses parties. Il renaît et s'efface intellectuellement dans les mêmes conditions. Nous le voyons, à mesure que le sol s'efface et renaît, nous marchons, c'est-à-dire nous exécutons un mouvement. Pour revoir successivement dans notre intelligence les parties successives de ce chemin, il faudra que le mouvement qui accompagnait la disparition et la continuation du chemin se reproduise également. Si au lieu du chemin, les circonstances associaient un autre phénomène intellectuel ou réel à ce mouvement intellectuel,

ce phénomène s'eflacerait et paraîtrait ainsi tour à tour dans chacune de ses parties. C'est ainsi que nous pouvons inventer.

Quand, après avoir vu l'allée d'un bout à l'autre, nous considérons isolément un objet que nous reconnaissons être le même qu'un des objets de l'allée vue dans son ensemble, l'opération analytique qui nous fait considérer isolément cet objet se compose d'une série de mouvements, et ce sont ces mouvements que nous reproduisons exactement quand nous voulons retrouver cet objet isolé, soit dans la réaUté, soit dans notre intelligence. Ainsi encore, dans l'opération qui nous conduit à retrouver dans l'allée l'objet que nous avons considéré isolément, il y a des mouvements venus soit de cet objet, soit de nous-mêmes, que nous devons reproduire intérieurement ou extérieurement pour aller dans notre pensée ou dans la réalité du même au même.

Des sensations tactiles dans leur rapport avec la connaissance de notre propre corps comme nôtre.

Saint-Julien, 22 décembre 1878.

Je touche une branche d'arbre, et je la vois au même moment. Dans ce cas, la couleur de la branche fait corps avec sa résistance, parce que aucun phénomène intermédiaire n'a pu séparer l'un de l'autre dans ma perception. Comme la résistance est associée à un lieu externe, le corps perçu par moi est externe. Si je touche ma poitrine, la perception du doigt par la poitrine et de la poitrine par le doigt fait corps, parce qu'un phénomène intermédiaire n'a pu se placer entre la perception de la poitrine et la perception du doigt ; comme la poitrine et le doigt sont deux lieux internes,

j'ai la perception d'un doigt et d'une poitrine internes qui font corps; j'ai l'idée d'une poitrine qui est mienne, d'un doigt qui est mien. J'ai l'idée d'un doigt qui se rapporte à la poitrine et d'une poitrine interne qui se rapporte au doigt interne. Il y a un circuit. L'un fait partie de l'autre, et ils sont internes. Ces deux éléments internes, ainsi associés, constituent le moi.

La sensibilité est plus ou moins vive dans chaque pai-tie du corps, c'est-à-dire la faculté de perception est plus ou moins développée. Le doigt ne perçoit pas comme les parties supérieures de la main, la joue ou le front comme les lèvres. Quand donc je perçois avec une partie quelconque de mon corps, antérieurement déterminée comme partie spéciale se rattachant à toutes les autres parties de mon corps, comme partie spéciale interne, quand je perçois avec mon doigt, par exemple, un objet externe, une pierre, je perçois la pierre, et je ne perçois rien autre chose que la pierre ; mais le degré de vivacité avec lequel la perception se fait, est lié à telle ou telle partie déterminée de mon corps, de telle sorte que l'intensité de la perception évoque l'idée de la partie de mon corps, de mon doigt, avec lequel je touche la pierre. C'est ainsi encore que le degré d'intensité avec lequel je perçois la douleur est lié à telle ou telle partie de mon corps que j'ai déterminée originairement comme étant le siège d'une douleur. Si je ne vois pas la partie où je suis frappé, où, par suite, j'éprouve une douleur, et si je ne détermine pas actuellement la place de cette douleur, l'intensité de perception originairement liée à l'existence de cette douleur et à telle partie de mon corps, évoque Tidée de cette partie quand elle est elle-même évoquée par une douleur nouvelle qui me fi'appe dans cette partie.

Je vais de Tintensité actuelle de la perception à l'intensité antérieure, par opération du même au même; et comme Fidée de la place organique de la douleur est liée à Tidée de la douleur, je connais la place de ma douleur sans l'avoir déterminée dans une opération nouvelle. Quand j'éprouve une douleur sans voir l'endroit où je suis frappé, je ne sais pas immédiatement à quel endroit est ma douleur; il faut que l'opération du même au même ait le temps de s'accomplir. Nous savons d'ailleurs que cette opération est très rapide. Si mon attention était attirée ailleurs, c'est après coup seulement que je déterminerais ainsi la place de ma douleur.

Il y a ensuite association entre le corps externe étranger et l'organisme auquel se trouve associée l'idée du lieu interne et du mien, antérieurement perçus. C'est l'intensité de la perception du corps externe qui, étant la même que l'intensité de la perception antérieurement constatée, s'associe à celle-ci et réveille ainsi l'idée de l'organisme par lequel se fait la perception. Cet organisme est un doigt, il est mien; je connais que je touche l'objet externe avec mon doigt.

En résumé, le moi est constitué par un lieu interne faisant partie d'un autre lieu interne, associés à ce point dans la nature et dans la perception, qu'ils font corps ensemble.

Si nous pouvions percevoir un lieu interne qui ne se rattachât pas immédiatement à un autre lieu interne, ce lieu interne ne correspondrait pas à une idée du moi. C'est le cas où une partie de mon corps est paralysée, mon pied, par exemple. Je le perçois avec ma main comme interne; je ne le perçois pas comms mien. Ma poitrine m'apparaît comme mienne, parce qu'elle se

CONNAISSANCE ÉLÉMENTAIRE. IGl

rattache, s'associe, se rapporte, sans jamais aucun phénomène intermédiaire, à mon doigt, comme mon doigt se rapporte à ma poitrine. C'est ainsi que, par extension, un objet, étranger en réalité, est conçu comme mien s'il se rattache à ma personne, qui le touche, le saisit et le garde. C'est un corps étranger faisant corps avec moi. Mais comme dans cette association le caractère d'étranger n'est pas séparé de Tobjet, c'est un objet étranger qui se trouve rattaché à ma personne, qui se trouve faire coi-ps avec elle. Il n*en est pas de même quand l'association se fait entre mon doigt et ma poitrine, quand je les perçois ensemble, quand mon doigt touche et saisit ma poitrine. Dans ce cas, ma poitrine est rattachée et rapportée au doigt, mais elle n'est pas un corps étranger, elle est interne; elle n'est pas seulement interne, elle perçoit mon doigt comme elle en est perçue, et au moment où elle en est perçue, elle fait donc corps avec lui comme il fait corps avec elle. Quand je touche le corps étranger, il ne se rapporte pas de lui-même à mon doigt; quand je touche ma poitrine, au contraire, d'elle-même et à l'instant, elle fait corps avec mon doigt. Ils font partie l'un de l'autre. Quand je touche le corps étranger, il peut faire partie de moi, comme dans le cas de la propriété sociale; je ne fais point partie de lui. Ma poitrine, c'est moi; ma terre, c'est ma propriété. Pour cela, il faudrait que ma pression me fût immédiatement rendue; qu'au moment où je le perçois, je me sente perçu en lui.

Nous pouvons cependant nous donner cette illusion.

Imaginons un objet externe, une pelure très légère, ayant la température et le poli de mon corps, placée entre mon doigt et ma poitrine, et appliquée herméti- I 11

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