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priété semblable dans les phénomènes intellectuels qui s'associent.
Nous faisons des mouvements destinés à satisfaire un besoin, à faire durer un plaisir. Ces actes, déterminés à l'origine par le milieu, ont précédé la satisfaction du besoin et la production du plaisir. La nature a associé l'acte à la satisfaction. Quand donc l'idée du plaisir se représente, l'idée de l'acte qui lui a été antérieurement associé se représente également; en vertu d'une loi constante, l'idée du plaisir entraine ridée d'un acte; l'idée de cet acte entraîne à son tour l'acte lui-même. Les idées sont associées à leurs manifestations comme elles sont associées entre elles en vertu de l'enchaînement invariable établi par la nature. Quand l'association se reproduit, c'est qu'une autre influence, procédant également du milieu, commande une autre association.
Application à l'idée de cause.
Saint-Julien, 9 janvier 1878.
Il faut peut-être augmenter ou modifier notre théorie de l'image, par cette remarque que l'association entre la réalité externe et la réalité organique s'opère immédiatement dans les sens, et selon que nous sommes plus frappés par le caractère interne de la réalité organique, ou par le caractère externe de la réalité ambiante, les objets pouvant appartenir à la réalité interne ou bien à la réalité externe.
— Il y a les composés des idées de temps, de cause, d'espace, de nombre, d'infini. Tous ces phénomènes de temps, de cause correspondent à un certain arrange-
tiquement sur celle-ci. Si je touche cette pelure, en même temps que je la perçois, je perçois mon doigt sur ma poitrine. J'ai alors un instant Tillusion d'un corps qui est mien. Cependant l'illusion n'est pas complète, parce que la perception de la pelure par mon doigt n'est pas tout à fait concomitante à la perception de mon doigt par la poitrine. On pourrait dire qu'il y a entre les deux perceptions l'épaisseur de cette pelure. Cela suffit pour me faire soupçonner un corps étranger. D'habitude, le caractère interne s'associe aa caractère de mien, comme le caractère externe au cai*actère étranger de non-mien.
En effet, comme nous l'avons dit, notre organisme nous apparaît comme interne, parce que, dans la détermination des lieux, nous commençons d'ordinaire par lui, et nous allons habituellement de lui aux lieux avec lesquels nous le comparons. Il apparaît donc comme interne en même temps qu'il est perçu comme mien. Mais les deux phénomènes sont distincts, et ils pourraient être perçus séparément. Le moi n'est donc pas un phénomène simple : c'est un composé.
Le milieu détermine le mode de groupement de nos idées.
Saint-Julien, 3 novembre 1877.
Il faut bannir le mot (Taffinité pour expliquer les associations qui se produisent avec les phénomènes intellectuels. L'association se produit toujours sous l'empire direct ou indirect d'impulsions externes. La vérité est que cette impulsion ne se produit que sous des lois déterminées, dans des conditions précises. Par exemple, il y a d'une manière constante une pro-
priété semblable dans les phénomènes intellectuels qui s'associent.
Nous faisons des mouvements destinés à satisfaire un besoin, à faire durer un plaisir. Ces actes, déterminés à l'origine par le milieu, ont précédé la satisfaction du besoin et la production du plaisir. La nature a associé l'acte à la satisfaction. Quand donc l'idée du plaisir se représente, l'idée de l'acte qui lui a été antérieurement associé se représente également; en vertu d'une loi constante, l'idée du plaisir entraine ridée d'un acte ; l'idée de cet acte entraîne à son tour l'acte lui-même. Les idées sont associées à leurs manifestations comme elles sont associées entre elles en vertu de l'enchaînement invariable établi par la nature. Quand l'association se reproduit, c'est qu'une autre influence, procédant également du milieu, commande une autre association.
Application à Fidée de cause.
SainWulieD, 9 janvier 1878.
Il faut peut-être augmenter ou modifier notre théorie de l'image, par cette remarque que l'association entre la réalité externe et la réalité organique s'opère immédiatement dans les sens, et selon que nous sommes plus frappés par le caractère interne de la réalité organique, ou par le caractère externe de la réalité ambiante, les objets pouvant appartenir à la réalité interne ou bien à la réalité externe.
— Il y a les composés des idées de temps, de cause, d'espace, de nombre, d'infini. Tous ces phénomènes de temps, de cause correspondent à un certain arrange-
164 F. DURAND DESOUMEAUX.
ment des éléments, les éléments les plus variés pouvant ensuite figurer dans le même arrangement fondamental. On voit à combien d'idées s'applique l'idée de cause, à combien celle de temps. C'est l'impulsion du milieu qui détermine l'arrangement fondamental. Cet arrangement se produit soit dans les rapports des phénomènes externes entre eux, des phénomènes internes entre eux, ou des phénomènes externes avec des phénomènes internes.
Le milieu nous enseigne l'ordre véritable.
SuinUlulien, 29 juin 1878.
Quand nous disons : Ce discours n'a pas de sens, cela veut dire, sans doute, que les phénomènes correspondant aux mots sont associés dans l'intelligence selon un ordre que le milieu externe ne nous offre pas habituellement. Dans ce cas, le sens d'un discours, d'une œuvre quelconque consisterait dans la plus ou moins grande conformité de l'association des phénomènes internes avec l'association des phénomènes externes.
Nous remarquons intérieurement qu'une portion de discours qui s'offre à notre souvenir, ne se suit pas naturellement. La partie de ce discours dont tous les membres ne sont pas étroitement coordonnés entre eux évoque, par l'intermédiaire d'un mot ou d'une impression organique, telle autre partie de discours dont tous les membres se tiennent étroitement entre eux, où le sens est très serré. Ces deux parties de discours, ainsi associées, peuvent être composées entre elles, mais la portion de discours dans laquelle l'enchaînement est excellent, peut nous servir à réédifier celle dont Ten-
CONNAISSANCE ÉLÉMENTAIRE. ll>3
chaînement est mauvais. L'état mental dans lequel il existe un enchaînement vrai, en même temps qu'il évoque l'autre partie du discours, évoque en même temps les mouvements, les dispositions organiques à l'aide desquels l'enchaînement véritable a été obtenu. Ces dispositions organiques pourront s'associer, à leur tour, aux éléments internes ou externes qui forment la première partie du discours; par suite, cette première partie se trouve rectifiée et pourra présenter un enchaînement conforme à la vérité.
L'organisme reflète les éléments du milieu qui sont reflétés dans l'intelligence. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que rintelligence et l'organisme retrouvent un milieu qui leur soit conforme? Mais ce n'est pas le milieu qui est fait pour l'intelligence. La finalité ainsi entendue, est une illusion de l'imagination. Le point de départ des phénomènes n'est pas dans Tintelligence : il est dans le milieu.
les impulsions même internes sont un apport extérieur pour la connaissance.
Saint-Julien, 7 décembre 1877.
Il n'y a rien, dans l'intelligence, qui ne soit venu du dehors, par l'intermédiaire des sens. Cependant, le besoin, l'eflbrt musculaire, la soufl^rance, sont essentiellement internes. Il est vrai qu'ils sont internes par rapport aux phénomènes situés en dehors de la périphérie organique; mais par rapport à l'intelligence, c'est-à-dire par rapport à l'idée que nous nous en faisons, c'est-à-dire par rapport au cerveau, les phénomènes de besoin sont externes. Supprimez les membi*es, les organes dans lesquels agit le besoin, l'intelli-
gence pourra encore avoir l'idée de ce besoin. Par conséquent, le besoin engendre, comme les phénomènes situés en dehors de la périphérie organique, une idée recueillie dans l'intelligence; par conséquent, le besoin est aussi à sa manière un phénomène externe. Phénomène interne par rapport aux phénomènes situés en dehors de la périphérie, phénomène externe par rapport à l'intelligence dans laquelle son image est recueillie, ou peut-être celle des phénomènes situés en dehors de l'organisme.
Du besoin.
Brienon, dû septembre 1880.
La sensation de la faim entraîne le besoin de manger. Peut-être la sensation de la faim fait renaître l'idée des mouvements à l'aide desquels elle a été satisfaite. — L'idée de ces mouvements entraîne à son tour leur exécution. Le besoin consiste, sans doute, dans Tassociation entre la sensation présente de la faim et Vidée des mouvements à exécuter; le besoin réside dans l'idée du mouvement à exécuter. Quand nous associons la vue d'une personne à son nom, cette association se fait, sans doute, sous l'empire d'un besoin. Les associations précédemment établies dans l'intelligence, font naître le besoin d'associations semblables par les impressions, d'abord isolées, qui viennent s'agréer aux associations antérieures.
Passage de rimpression externe à rimage interne, puis à Tidée. — Le signe. — L'interne et l'externe sont inséparables. — Vérifier une notion, c est revenir à la sensation originelle.
Brienon, 14 juin 1878.
N'oublions jamais que radjonction des caractères internes à l'image du chêne que nous considérons est obtenue comme celle des caractères externes, au moyen des sens. Ces caractères internes, l'observation permettra de les décrire exactement ; c'est le sentiment de l'activité vitale, de la chaleur, de l'effort qui s'accomplit dans la r^on cérébrale. Ce sentiment s'ajoute à l'image de l'arbre; et comme il l'emporte en ce moment sur les caractères externes, ceux-ci n'apparaissent plus qu'affaiblis (peut-être cet affaiblissement leur donnet-il le caractère du passé), et nous avons conscience du chêne comme d'une image se rapportant au milieu externe dont l'image est affaiblie, se produisant dans le cercle de notre organisme. Plus tard, encore, quand diverses expériences sur autinii nous ont fait voir que toute intelligence disparait avec le cerveau, nous relions encore le chêne, augmenté de circonstances internes, telles que les idées de chaleur, d'efforts ethniques, à ridée des éléments anatomiques observés sur autrui. Plus tard enfin (si notre hypothèse maîtresse est vérifiée), nous relions le sentiment des circonstances internes observées sur nous à l'idée d'éléments anatomiques et physiologiques identiques à ceux que les sens puisent directement dans le milieu extérieur, ou élaborent pour les apporter au cerveau. D'ailleurs, nos observations actuelles confirment nos précédentes analyses au sujet des images. Nous devons nous y référer.
Dans la vérification de ses hypothèses, le chimiste, le
le sentiment ou l'instinct de quelque chose qui puisse être au delà et en dehors de cette vérification et des phénomènes dans lesquels elle consiste.
Nous avons trouvé ainsi la méthode de vérification et la certitude applicables aux phénomènes concrets et à leur enchaînement.
Nous avons tracé tout notre cadre, après avoir examiné quelle est la nature des phénomènes abstraits et si ces phénomènes peuvent se prêter comme les phénomènes concrets, le chêne, à l'application de cette méthode.
Nous examinons, en outre, s'il n'existe pas des propriétés communes ou abstraites susceptibles de convenir aux phénomènes de son comme aux phénomènes de couleur, comme aux phénomènes de lumière, comme aux phénomènes de mouvement, à tous les phénomènes en un mot, quel que soit l'organe des sens par lequel ils sont perçus. Nous pouvons découvrir ainsi, parmi les propriétés abstraites, des propriétés plus générales que d'autres, par suite des espèces ou familles d'idées plus étendues que d'autres. Le jugement est une idée abstraite. Il correspond peutêtre à une famille d'idées.
Ce qu'est la vérité. — Du besoin de la vérité.
Brienon, 18 juin 1878.
Il ne nous reste plus qu'à rechercher quelles sont les idées contenues dans l'intelligence humaine, pour les comparer avec les éléments du milieu extérieur. Quand nous les aurons ramenées à leurs éléments simples, et quand nous aurons montré comment
et SOUS l'empire de quelles forces ces éléments s'agrègent, nous aurons rempli notre programme. Chemin faisant, nous verrons sans doute des idées centrales et capitales apparaître, idées autour desquelles se classeront les idées qui en dérivent. Nous arriverons à former ainsi des classifications rationnelles. D'autre part, nous ne nous contenterons pas de ces classifications sèches et sans vie. Il importera de faire voir comment, sous l'influence encore du milieu, ces idées s'enchaînent encore les unes aux autres, de manière à constituer la vie intellectuelle et toutes les manifestations de l'être humain dans le monde.
— Notre analyse de la vérification expérimentale nous permet maintenant de retrouver exactement dans le milieu et de décrire les éléments dont la réunion constitue une idée mère comme celle de vérité.
Quand un phénomène, un chêne, par exemple, peut être associé tour à tour au caractère externe et au caractère interne sans changer de nature, restant dans Tintelligence tel qu'il s'est offert à elle dans l'origine, sauf les différences résultant de ce qu'il apparaît alternativement comme externe et comme interne, quand ce chêne, cet objet, demeure ainsi le même, nous disons qu'il est vrai. Les phénomènes qui reflètent son ^tre clans l'intelligence constituent une vérité.
Sans pousser notre analyse aussi loin, nous avions cependant pressenti ces caractères constitutifs de l'idée de vérité, quand nous avions exprimé qu'elle consistait en un rapport entre le milieu interne et le miUeu externe. L'analyse exacte a confkmé un pressentiment fondé sur des observations antérieures.
Chaque fois que nous considérons un phénomène sous son côté externe et sous son côté interne, nous
472 F. DURAND DESOllMEAUX.
recherchons la vérité de ce phénomène. On voit que les applications de Tidée de vérité peuvent varier à l'infini, peuvent s'étendre à tous les phénomènes, sauf aux phénomènes purement imaginaires. Nous sommes donc en présence ici d'une idée mère.
— Dans le rêve, nos sens étant à peu près endormis, nous percevons les phénomènes tels qu'ils se sont offerts à nous, avec leurs caractères externes, qui ne se trouvent pas dominés et effacés par l'impression interne présente; mais, au réveil, l'impression interne et présente des sens efface le caractère externe quand le rêve n'est pas encore tout à fait dissipé.
— Nous avons montré précédemment comment la vérification pouvait s'appliquer à des formules repi-ésentant, réunissant à la fois tout un ordre de phénomènes. C'est ainsi qu'une formule peut être une vérité. Elle est une vérité représentative d'une autre.
La vérification expérimentale, la vérité, comme toutes nos idées, est associée à un besoin. Quand l'idée de la vérité est évoquée, elle évoque à son tour l'idée du besoin, qui nous pousse à rechercher dans le milieu externe les éléments du phénomène qui occupe notre intelligence. Souvenons-nous que le besoin n'a pas son origine dans l'intelligence. Comment peut-il se faire toutefois que nous ayons besoin de vérité? La vérité étant constituée pai' des phénomènes abstraits, le besoin devient abstrait lui-même. Attaché aux impressions organiques, il est recueilli avec elles dans l'intelligence, puis il suit ces impressions-idées dans les analyses qu'elles peuvent subir. Si les éléments d'un phénomène concret s'isolent, les éléments du besoin concret associé pourront s'isoler à leur tour et former ainsi un besoin abstrait qui nous poussera,
CONNAISSANCE ÉLÉMBNTAIRK. 473
selon sa nature, à chercher dans le milieu externe les éléments de l'idée abstraite.
— Nous aimons les idées générales, nous aimons à savoir que les conditions d'un phénomène observé se retrouvent toujours, pour cette raison que les idées généi'ales, lorsqu'elles sont vraies, quand en effet elles correspondent à des phénomènes dont l'enchaînement se reproduit toujours, pour cette raison qu'elles nous poussent à correspondre à l'ordre même de l'univers.
Nous reconnaissons en effet cet ordre dans les phénomènes qui s'enchaînent de telle sorte que leur enchaînement se produit toujours, les conditions de cet enchaînenient restant les mêmes. Nous sommes satisfaits quand nous avons rencontré cette permanence dans les phénomènes* nous ne cherchons rien au delà, nous acceptons cet enchaînement comme légitime et nécessaire, puisqu'il est produit par des forces qui sont les forces mêmes du monde : éternelles, infinies, invariables; forces que nous pouvons utiliser après les avoir recueillies en nous, sans jamais pouvoir rien contre elles; forces agissant selon un ordre infini comme elles. Toute la morale est fondée sur ces idées générales et nécessaires.
— C'est ce besoin auquel obéissait M. Thiers, bien que l'idée fut encore vague, quand il écrivait : « Tou- » jours, en tout ce qui arrivait dans le monde, je » cherchais les causes et les effets des choses, et non » seulement l'enchaînement des causes et des effets, * mais la loi même des choses, et je cherchais non > seulement à établir cette loi, mais à la justifier, ayant y^ le penchant à trouver bien tout ce qui était non pas » accidentel, mais permanent dans l'univers. »
(Fragment emprunté à rouvrage posthume de M. Thiers et citc^ par le président de la Société de l'Histoire de France, séance du 7 mai. {Débats du ii juin 1878.) (Voir Étude du 12 janvier 1878.)
174 F. DURAND DESOnMEAUX.
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Une fois que nous avons rencontré ce qui est permanent, nous n'avons plus rien à chercher, puisque l'observation du monde extérieur ne peut plus rien nous révéler autre que ce que nous avons toujours observé. Nous nous en tenons à cette nature, à ces phénomènes au delà et au dehors desquels l'observation ne nous montre plus rien, au delà desquels il ne peut y avoir rien de réel dans notre intelligence.
— Il y a des vérités de démonstration. Le phénomène à vérifier comme externe ne se vérifie qu'à l'aide de la vérification d'autres phénomènes. La vérification n'est pas immédiate. Il faut employer des procédés et une méthode de vérification ; vérifier ce qui ne l'a pas encore été au moyen de ce qui l'est déjà, vérifier par parties. Les mathématiques ont leurs procédés propres de vérification.
Mais, quels que soient les procédés employés, la vérité est toujours constituée par les trois ou quatre éléments que nous avons dégagés et décrits. Tant qu'il y aura une vérité, elle sera constituée par ces éléments, quels que soient les phénomènes concrets qui pourront se grouper autour d'eux.
— Il y a des vérités simples. Ce sont celles dont la vérification a lieu immédiatement. Je pense un chêne, ce chêne existe; il me suffit de constater que l'image est d'accord avec la réalité, je n'ai qu'à r^arder le chêne. De même pour les axiomes. Il y a des vérités compliquées : pour la vérification de ces vérités, il faut posséder toute une science, vérifier ce qui est compliqué par ce qui est plus simple, et ce qui est plus simple par ce qui est plus simple encore; exemple : la géométrie.
— Mais, peut-on dire, certains phénomènes ne se
prêtent pas à une vérification ; nos impressions de douleur, de joie, essentiellement personnelles et internes, comment pourraient- elles apparaître tour à tour sous un côté externe et interne? Ce qui est purement interne ne peut pas apparaîti^e comme externe. Répondons d*abord qu'en effet les phénomènes exclusivement internes, comme le besoin, la joie, la douleur, sont pour nous des réalités plutôt que des vérités. Ce sont des impressions présentes. Cependant il nous arrive de reconnaître qu'un phénomène interne, une douleur par exemple, placée par nous dans un membre, peut n'être pas vraie, comme par exemple quand le membre est amputé. Dans ce cas, nous nous rendons compte qu'il existe en dehors du membre un si^e pour la douleur, siège vague désigné par nous sous le nom général d'intelligence. C'est par rapport à ce siège que nous jugeons la douleur, et nous décidons qu'elle n'est pas vraie, ou, ce qui revient au même, qu'elle est purement imaginaire, parce que nous ne pouvons plus nous représenter cette douleiu* avec son caractère externe, c'est-à-dire associée à l'existence d'un membre que nous jugeons externe par rapport aux impressions contenues dans le cerveau.
Résumé sur la première opération de la méthode qui consiste dans la constatation des phénomènes élémentaires.
Brienon, 13 juin 1878.
Les développements donnés dans l'étude précédente (12 juin) sur la méthode employée par nous, doivent être complétés. L'analyse d'un phénomène en ses éléments simples, c'est-à-dire de même ordre que ceux par lesquels nos sens sont frappés lors des acquisitions
primitives de Tintelligence, cette analyse est puissamment aidée par la psychologie comparée. Dans ces études comparées la nature décompose pour nous, en nous les montrant à Tétat simple dans l'animal et quelquefois dans les degrés les plus inférieurs de la nature, les éléments que nous avons quelque peine à discerner chez nous sous les voiles que la civilisation, la culture intellectuelle, l'habitude de la répétition des mêmes phénomènes ont accumulés sur les phénomènes simples de l'intelligence. L'animal se trouve être un laboratoire dans lequel la nature nous présente séparés des éléments que nous retrouvons presque toujoui-s combinés les uns avec les autres dans l'intelligence. Nous avons déjà exprimé cette pensée.
Nous recherchons ensuite comment les phénomènes simples s'associent et s'enchaînent pour former des composés, et comment les composés s'associent entre eux pour former des phénomènes plus composés encore et fonder toute la vie intellectuelle.
Enfin, toutes ces recherches sont dominées par la nécessité de savoir si les phénomènes qui s'accomplissent dans l'intehigence sont en harmonie avec les pliénomènes qui s'accomplissent dans le milieu. Quand nous avons trouvé l'enchaînement des phénomènes du miUeu et quand nous avons la certitude que notre intelligence reflète exactement cet enchaînement, nous avons atteint le but de la science.
Cette vérification de l'identité des phénomènes du milieu avec les phénomènes intellectuels s'opère, au point de vue où nous nous plaçons, en considérant que l'impression sous l'empire de laquelle nous nous trouvons, que l'image dont nous affirmons l'existence ne change pas dans ses traits essentiels, quand après nous
avoir apparu accompagnée de caractères internes, elle nous apparaît accompagnée de circonstances externes. Un chêne frappe nos regards. A ce moment il n'y a pour moi qu'un chêne ; il n'est ni idéal ni imaginaire, ni interne ni externe. Mais je m'éloigne; en môme temps que la perception du chêne s'affaiblit, toutes les circonstances qui constituent pour moi l'éloignement conservent la vigueur que je trouvais dans la première perception du chêne. Les caractères internes dominent, comme nous l'avons montré dans une analyse précé. dente; mais la perception primitive du chêne, bien çu afiaiblie, subsiste toujours. Nous revenons sur nos pas, nous reprenons l'attitude à la suite de laquelle la perception primitive a été obtenue, et les caractères externes l'emportent de nouveau sur les caractères internes; mais le chêne, dont la perception devient seulement plus vive, est resté le même dans ses traits essentiels, et nous déclarons que le phénomène interne est identique au phénomène externe, sauf la différence de ce que dans le premier cas le chêne nous est apparu comme externe, et dans le second comme interne. Nous avons ainsi procédé à une vérification expérimentale qui nous a permis de reconnaître que le chêne considéré dans les circonstances internes, c'est-à-dire en image, c'est-à-dire dans notre pensée, dans notre idée, dans notre intelligence, était identique au chêne considéré dans les circonstances externes, c'est-à-dire dans le milieu, dans la réalité du milieu. Cette vérification, à laquelle procèdent sans cesse les intelligences les plus primitives, est le type de toutes les vérifications auxquelles nous recourons dans ces études. C'est en vertu non plus d'une vérification, mais en vertu d'une induction, d'un raisonnement d'analogie seulement, que nous décla-
rons ensuite Tidentité entre les éléments cérébraux et les éléments externes. Cette notion, qui s'ajoute à celle des phénomènes considérés comme internes pour nous montrer le caractère interne associé à des éléments cérébraux, reproduisant dans leur nature et leur arrangement la nature et l'arrangement des phénomènes considérés comme externes, cette notion repose non sur l'observation particulière portant sur chaque élément (l'anatomie et la physiologie ne sont pas assez avancées), mais sur une expérience générale, directe et immédiate aussi, qui nous montre tout ou partie des phénomènes intellectuels disparaissant si l'on supprime tout ou partie de l'appareil cérébral. Quand la science anatomique et physiologique sera plus avancée, nous pouvons croire, en vertu de l'axiome toujours vérifié que ce qui est vrai du tout est vrai des parties, que la notion d'un élément cérébral correspondant exactement à la réalité s'ajoutera à la notion des phénomènes considérés comme externes, puis comme internes.
Une réflexion qui se rattache indirectement aux développements précédents est celle-ci : Nous devons sans cesse procéder à la vérification qui est à notre portée, si nous voulons être en garde contre les surprises et les fantômes de l'imagination. Ces fantômes se dissipent si nous avons toujours soin de rechercher les caractères externes des phénomènes. Il n'y a de progrès durables que ceux qui sont dans un rapport direct, immédiat et constant avec la réaUté. Toutes les inventions de l'esprit sont tôt ou tard emportées par la force du milieu, si elles ne peuvent se manifester dans des réalités externes ou si elles n'en sont pas la reproduction.
Dans ces études, nous ne décrirons pas tous les
phénomènes de rintelligence. La vie d'un homme ne suffirait pas à parcourir un si vaste pays. Mais du moins, marchant sur un terrain ferme et constatant toujours Tadhérence de nos pas avec un terrain dont nous constatons la solidité dans toute son étendue, nous parviendrons à tracer la configuration sinon du tout, au moins d'une portion des côtes. On pourra s'avancer plus avant dans l'intérieur des terres; mais tant que l'intelligence ne variera pas, la figure des contours, telle que nous l'aurons reconnue et tracée, ne changera pas. Pour nous donner la certitude que nous marchons sur un terrain que nos pas et nos regards ne quittent jamais, nous avons la vérification expérimentale à l'aide des phénomènes considérés tour à tour comme externes ou internes. Si le phénomène, considéré aux deux points de vue, ne change pas, nous restons en possession d'une somme de certitude telle, qu'elle est un critérium pour tout le reste et qu'elle nous satisfait pleinement. Nous ne cherchons rien au delà, parce que la nature ne nous a jamais enseigné qu'il existât quelque chose au delà.