CHAPITRE VI
§ I«f. — Du réel et de Vimaginaire,
Problèmes de la réalité du monde extérieur. Comment il se pose
Saint-Julien, 1'^ décembre 1877.
Quand nous formulons cette théorie que toutes nos idées nous viennent par les organes des sens, il faut remarquer que nous ne saisissons rien du monde externe comme des sens que ce que nous apprennent nos idées elles-mêmes. Nous ne percevons le milieu externe ou organique que dans nos idées. Donc si nous connaissons que nos idées nous arrivent par la voie des sens, c'est dans nos idées elles-mêmes que nous obtenons cette connaissance. Parmi ces idées, les unes représentent un objet externe, et l'image de cet objet externe est toujours liée à Timage d'une impression produite dans les organes des sens, de telle sorte qu'il n'y a point pour nous de perception des phénomènes externes sans la perception d'une impression sensitive qui accompagne toujours la perception de l'objet externe. En analysant nos idées, nous n'en trouvons pas une seule qui ne soit liée à l'idée d'une impression des
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sens, ayant accompagné l'apparition ou la naissance de ridée que nous considérons. Nous arrivons ainsi à reconnaître qu'il y a là une règle générale, une \o\y une nécessité, et comme nous n'avons jamais rencontré d'exception à cette règle, nous sommes amenés néce%sairement à reconnaître que la loi s'appliquera toujours. La vérification expérimentale de cette loi consiste en ceci : toutes les fois que nous supprimons l'action des sens, c'est à dire, en dernière analyse, toutes les fois que nous empêchons de naître le phénomène de conscience représentant cette action, nous reconnaissons qu'il n'y a plus d'autre représentation possible, plus de production d'idée.
Nous venons de dire que toutes nos idées sont des représentations, des images. Mais si nous ne connaissons le monde externe et organique qu'au moyen de ces images, si tout est image dans notre conscience et par celle-ci connu tel, comment pouvons- nous connaître que ces images correspondent à des réalités ; comment reconnaître qu'elles se distinguent de ces réalités ?
Ce ne serait pas une explication suffisante de dire qu'il existe dans notre intelligence de véritables réalités, celles par exemple qui correspondent aux sensations internes, aux efforts musculaires, aux mouvements qui accompagnent les actes de volonté, aux plaisirs, aux douleurs, parce que tous ces phénomènes ne sont eux-mêmes dans notre intelligence que des images, et que s'ils ne sont plus des images, ils ne sont pas venus à l'intelligence par la voie des sens, ce qui est contraire à l'expérience constante qui ne peut pas nous faire voir une seule idée qui n'ait son origine dans les sens. Si donc les sensations d'effort et de
mouvement, de plaisir et de douleur sont elles-mêmes des images et ne peuvent rien être autre chose en vertu d'une expérience constante, ce n'est point à l'aide de ces phénomènes spéciaux pour les besoins de la cause, que nous avons pu distinguer la réalité de l'image qui les représente dans l'intelligence ni induire par voie d'analogie et d'induction, dé raisonnement de ces réalités que nous percevons en nous directement à d'autres réalités que nous ne percevons pas, mais dont nous obtenons des images qui, par leur analogie avec les images des réalités que nous avons en nous, nous permettent de conclure à l'existence des réalités externes correspondant à des images de même nature.
Mais là n'est pas l'explication du problème. Il ne faut pas oublier que la pensée dans laquelle nous ne voyons que des images est le fruit d'une série d'expériences que l'esprit humain ne réalise pas dès ses débuts. Il faut avoir fait disparaître l'arbre que nous voyons, le membre que nous sentons, pour être arrivés à reconnaître que notre idée de cet arbre ou de cette sensation du membre est distincte de l'arbre et de la sensation. Et à ce moment, l'image ne nous présente pas d'autres notions que celle-ci; l'image de l'objet liée à l'image des événements et des sensations qui ont accompagné pour nous la suppression de l'objet, sa mise hors de contact avec les sens. L'objet ne nous apparaît plus que comme une image, parce que son idée toujours la même, qu'il soit en contact ou non avec nos sens, s'augmente, s'additionne de l'image des circonstances qui l'ont fait disparaître à nos yeux ou qui ont supprimé l'action de notre membre. C'est par les images résultant de ces expériences, la repré-
sentation, que le phénomène de conscience primitif se trouve doué de la qualité de n'être plus qu'une image. Mais avant l'addition de ces circonstances qui viennent douer ainsi l'objet primitivement perçu de la propriété de n'être plus qu'une image, cette idée, ce phénomène de conscience ne correspondait pas seulement pour nous à la réalité, il était la réalité elle-même. Ajoutons tout de suite qu'à ce moment nous n'avions pas conscience de ce que nous appelons la réalité; nous n'avions conscience que de l'arbre, que du rouge, que de la maison, non comme réalité, mais comme d'un objet vert avec des branches, comme du rouge, comme des murs blancs avec un toit, rien autre que des propriétés essentielles à l'arbre, au rouge, à la maison. C'est encore plus tard, comme pour la propriété de l'image, que nous avons ajouté à ces phénomènes la propriété d'être réels, à la suite bien entendu des nouveaux enseignements du milieu.
Qu'est-ce qui est réel? Peut-être faut-il faire consister la notion du réel dans l'action exercée sur nos sens. Quand la sensation de cette action est liée à la sensation de l'arbre, du rouge, de la maison, c'est à dire d'un objet dont l'image est située en dehors du cercle organique, nous avons dans l'esprit l'image d'un objet externe liée à l'image de l'action réelle, exercée sur nos sens; quand la sensation de cette action est liée à la sensation d'un mouvement, d'un effort orçanique, d'un plaisir, d'une douleur, nous avons l'idée d'un objet interne lié à l'action réelle exercée sur nos sens, en un mot, d'une réalité interne, comme tout à l'heure, d'une réalité externe. Nous arrivons enfin, en dernière analyse, à regarder l'idée du réel, de la réalité interne ou externe comme une image, puisque si nous
supprimons Faction du sens au moyen duquel nous obtenons la notion de la réalité, cette idée demeure, c'est à dire qu'elle demeure associée à l'idée de la suppression des sens, c'est à dire qu'elle s'additionne de la propriété d'image. Mais remarque essentielle : Vidée du réel peut exister indépendamment de nos associations avec cette propriété d'images, çui est là une adjonction ou accroissement postérieur, et au moment où elle se produit, l'a^^tion des sens que nous avons supposée, nous donne la pleine et entière conscience, la conscience isolée, la conscience toute seule de la réalité, soit interne, soit externe.
Nous avons la conscience de ne rien connaître que par des phénomènes de conscience, par des images, par cette raison qu'il n'y a pas un phénomène intellectuel qui ne subsiste après l'enlèvement, la suppression ou la disparition des objets auxquels il correspond. Mais l'idée de l'image est elle-même obtenue par la voie des sens. Nous reconnaissons dans l'arbre, dans la maison que nous avons vus, une image, quand nous associons cet arbre et cette maison à une certaine portion du cerveau dans laquelle ils existent encore, quand nous ne les percevons plus dans le milieu externe. La notion d'image consiste donc essentiellement dans la représentation d'une portion du cerveau à laquelle nous associons l'arbre et la maison qui se trouvent évoqués dans notre intelligence, alors que l'arbre et la maison n'agissent plus immédiatement et directement sur nos sens.
— Vérification expérimentale de cette théorie de l'image. L'homme acquiert-il la notion de ses perceptions comme étant des images au moment seulement où il sait que ses perceptions se continuent, alors que
les objets auxquels elles s'appliquent, que les organes des sens par lesquelles elles ont été obtenues, ont été supprimés, ou ne sont plus capables d'agir par rapport à nous? L'homme primitif reconnaît-il que les perceptions ou connaissances ne sont que des images? A quel instant les perceptions sont-elles considérées comme des images par la philosophie? Il semble que ces questions montrent déjà que la vérification expérimentale, appliquée au développement de l'esprit humain dans l'histoire et dans ce qui se passe sous nos yeux, prouve la vérité de cette théorie.
Méthode par laquelle on peut résoudre les difficultés de la théorie de l'image.
Saint-Julien, 3 décembre 1877.
Mais de même que l'arbre est réel et de même que cette réalité s'augmente de l'idée d'image, de même l'idée de l'image à son tour peut s'augmenter de l'idée que cette image est réelle. En effet, l'idée que l'arbre est un objet réel, est une image revenant à l'association du phénomène arbre, phénomène réel, avec le phénomène image, c'est à dire la perception de la portion cérébrale dont l'idée s'associe à l'idée d'arbre et à l'idée de réel. Maintenant, cette image n'étant que la représentation d'une portion du cerveau, représentation obtenue par la voie des sens, nous pouvons considérer dans cette représentation ou perception le caractère qu'elle a aussi d'être réelle. Nous pourrons voir aussi qu'elle subsiste après que l'objet cérébral ne frappe plus nos regards ; à son tour cette réalité n'est plus qu'une image, l'image d'une image, et ainsi de suite. Lets différents systèmes philosophiques sont nés selon que
les philosophes ont considéré dans les phénomènes intellectuels telle partie plutôt que telle autre. Mais ils se sont trompés en généralisant le fait observé au lieu de le laisser dans les limites qui lui ont été assignées par la nature. L'observation, l'analyse des phénomènes, la vérification constante, peuvent seuls permettre d'arriver à des idées exactes. L'éclectisme, sous prétexte de prendre dans chaque système ce qui est vrai, s'est trompé, parce qu'il a employé la méthode de ces systèmes; il est le système des systèmes, et contient moins de vérité qu'aucun d'eux; il part d'une bonne intention qu'il ne peut réaliser parce qu'il ne pratique pas la méthode scientifique.
Explication d*une difficulté préalable que Timage est aussi une sorte de réalité.
Saint-Julien, 4 décembre 1877.
La réalité est une image, l'image est une réalité. Mais il ne faudrait pas faire une confusion ; ce qui est image dans un phénomène réel, dans un arbre, ce n'est pas l'arbre qui reste une réalité, c'est l'association avec l'idée de cette réalité et l'idée de la portion cérébrale où elle existe; de même l'idée de cette portion cérébrale que nous désignons sous le nom générique et abstrait d'images, cette idée est une réalité. Or, la réalité que nous considérons ici, dont nous avons conscience, ce n'est plus la réalité associée à l'arbre dont il était question tout à l'heure, c'est une autre idée s'appliquant à une autre réalité, la réalité de cette portion cérébrale dont la conscience constituait tout à rheure pour nous l'idée de l'image par rapport à l'arbre.
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Ce qu*est le réel.
Saint-Julien, 5 décembre 1877.
Il faut rectifier notre théorie des phénomènes internes et externes à Taide de notre théorie des images. Nous constatons que la perception d'un phénomène externe, d'un arbre, peut être considérée aussi comme interne. Puisque l'idée de cet arbre, objet externe, subsiste en nous, alors même que nous fermons les yeux, que nous sommes placés de manière à ne plus le voir, par suite cet objet n'est plus pour nous qu'une image, et une image interne. Nous considérons en effet cet objet externe comme interne, sans que dans notre pensée il perde la propriété de phénomène externe. Mais une circonstance nouvelle s'est produite. Nos sens ne sont plus en communication avec l'objet, nous constatons qu'il n'existe plus que dans le cerveau, nous associons par suite le phénomène externe à l'image du cerveau, auquel il est étroitement associé. Au moins, le phénomène externe est distinct du phénomène interne. Toute la théorie des images s'applique ici.
C'est de la même manière que notre idée des phénomènes organiques peut être considérée comme interne par rapport à ces phénomènes organiques qui deviennent externes. Ces phénomènes organiques, ainsi que nous l'avons vu, sont internes par rapport aux phénomènes de milieu extérieur; mais si on les considère par rapport à l'image que nous avons d'eux-mêmes en tant que phénomènes organiques, associés ainsi à cette idée de la portion cérébrale dans laquelle nous plaçons le siège de la pensée, l'idée propre du phénomène organique, de l'effort, par exemple, que j'accomplis
dans un de mes membres, cette idée apparaît comme s'appliquant à im {^léDomèiie externe.
Nous considérons qu'on {diénomene est ima^iinaire, qu'il n'est pas réel, quand il ne nous parait avoir d'existence actuelle que dans le cerveau. Nous ne pouvons pas, dans le mom^it même où nous ai avons conscience, le rattadier à des phàKMnènes s'accompUssant dans nos sens. (Ainsi que nous Tavons vu pour l'image, il est cependant réel à un certain point de vue.) n semblerait donc que Fidée de la réalité correspond à la perception de Faction de nos sens. Quand nous sommes obsédés par une idée au point que nous croyons voir les objets auxquels elle s'applique, pour savoir si nous ne rêvons pas, comme on dit, pour nous débarrasser de l'obsession, nous nous frottons les yeux, nous faisons des mouvements avec nos mains et nos bras pour toucher, nous marchons, et si l'objet, quand nous nous sommes livrés à ces divers exercices, est tou* jours perçu comme étant devant nos regards, nous en conclurons qu'il est réel. Ce qui semble bien indiquer que, pour nous, la perception du réel est intimement liée à l'action de nos sens. Si nous associons : 1« l'idée d'un phénomène arbre; 2*» l'idée que cet arbre est externe; 3*' l'idée que nos sens agissent pour la percevoir, nous obtenons ainsi l'idée d'un phénomène qui existe réellement en dehors de nous. Si à toutes ces idées nous ajoutons celle d'une image qui survit à la disparition de l'objet (les sens sont encore en exercice), nous avons l'idée d'une image qui s'applique à un objet perçu autrefois comme réel.
Nous avons recherché dans le monde externe non seulement les éléments des phénomènes marqués de ce caractère tout externe, mais encore ceux des phé-
nomènes qui paraissent être propres à Fintelligence, à l'esprit, tels que le mouvement dans les phénomènes volontaires, l'association de phénomènes que le milieu ne paraît pas avoir associés : l'invention, les images, la cause, la réalité.
Suite de Tétude précédente ; plus particulièrement de rimaginaire.
Saint-Julien, 6 décembre 1877.
Nous continuons notre recherche des conditions dans lesquelles l'intelligence obtient l'idée qu'un phénomène est réel.
Nous pouvons encore noter cette observation que nous trouvons la propriété d'être réels dans les phénomènes externes comme dans les phénomènes internes. Je vois un arbre ; ce qui est à la fois réel pour l'intelligence, c'est l'arbre externe et c'est l'impression produite dans nos organes, en même temps que la perception de l'arbre. 11 y a donc dans l'idée de l'arbre l'impression de deux réalités : la réalité externe de l'arbre, la réalité interne de notre impression. De plus, ces deux réalités se trouvent associées l'une à l'autre. Seulement, parmi ces réalités, l'une est interne, l'autre est externe. L'idée de la réalité doit correspondre principalement à la propriété inhérente aux phénomènes d'être, d'exister. Quant à ce que nous découvrons principalement dans un phénomène, c'est le fait pour lui d'être, nous disons qu'il est réel. S'il est externe, nous reconnaissons qu'il existe extérieurement à nous. Les deux propriétés d'externe et de réel sont dans ce cas intimement associées. Quand un phénomène nous apparaît comme imaginaire, cette idée
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d'imaginaire correspond à la propriété de ce phénomène de ne nous éti*e montré que comme existant dans le cerveau. Il est imaginaire, cela veut dire simplement qu'il n'a pas de réalité externe à la réalité cérébrale. Les sens ne nous font pas voir en lui une existence extérieure. Il peut se faire cependant que nous ayons eu conscience de la réalité extérieure de ce phénomène. Ce phénomène, il existe i>our nous au même titre que les phénomènes oi^aniques qui ont accompagné la perception de son existence ou réalité externe. La table sm* laquelle j'écris est distincte de la main posée sur cette table ; la table est externe par rapport à ma main qui est interne par rapport à elle ; la réalité interne de ma main, la réalité externe de la table, sont dans mon intelligence au même titre; de même aussi la réalité interne de l'impression oi^anique que j'éprouve en appuyant ma main sur la table, en serrant la plume dans mes doigts. Par exemple, l'arbre dont j'ai conscience seulement dans mon intelligence a été perçu cependant par moi comme une réalité externe. Mais dans le moment actuel l'arbre a disparu, mes yeux sont fermés, il n'a plus d'existence que dans une image. Que -se passe-t-il dans l'intelligence en ce moment? L'ai'bre n'a plus de réalité externe, puisque si j'ouvre les yeux, si je regarde autour de moi, je perçois actuellement d'autres phénomènes, mais non pas cet arbre. Je perçois en effet maintenant une réalité qui s'associe à l'image de la réalité que j'ai perçue dans une autre circonstance, de l'arbre dont nous avons parlé. Cette réalité que je perçois en ce moment s'associe à l'image de Tarbre que j'ai vu autrefois, mais elle en est séparée par d'autres images que le langage même dont nous nous servons exprime à sa manière dans ces mots : que
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j'ai VU autrefois. L'image de l'arbre, comme celle du paysage que je perçois en ce moment, paysage dans lequel cet arbre ne figure pas, ces images sont associées chacune à une idée de temps, idée en vertu de laquelle nous avons conscience d'une réalité présente et d'une réalité passée. Mais dans l'image de l'arbre lui-même il y a une réalité présente, la réalité d'être imaginaire, sa réalité d'image, puisque dans cet instant où nous avons conscience de lui non plus comme une réalité présente externe, mais comme une réalité passée, nous avons conscience aussi de la réalité présente du cerveau dans lequel son image est gravée.
Les phénoiïiènes de sensibilité sont d'oixlinaire subjectifs; mais ils peuvent devenir des réalités externes. Comment l'imaginaire est pris pour le réel.
Saint-Julien, 31 décembre 1877.
La douleur ou la joie engendrées dans notre organisme se trouvent, par là même, toujours associées à un caractère interne. En même temps que nous éprouvons une joie ou une douleur, nous percevons le cercle interne et personnel dans lequel elles existent. Mais la douleur et la joie peuvent être isolées du caractère interne auquel elles sont liées par la nature. Ainsi, quand ces impressions se trouvent non plus recueillies directement dans l'organisme, mais évoquées par suite d'une circonstance externe, comme le cri de plaisir ou de douleur poussé par l'un de nos semblables, il arrive que le cri poussé peut évoquer limitativement la douleur et la joie à l'exclusion de tout caractère interne^ et qu'au contraire le caractère externe du cri et son caractère réel s'associant à l'idée de la douleur ou
de la joie évoquées en nous, la douleur et la joie ainsi associées deviennent réelles dans une personne étrangère. Dans le rêve, au spectacle, qui favorisent des associations de cette nature, la douleur, la joie, nous ne les éprouvons pas en nous, nous les éprouvons dans les personnages dont les manifestations externes s'associent aux idées évoquées dans notre intelligence. La jouissance, elle est en eux. C'est seulement au réveil ou quand nous ne sommes plus sous l'empire des manifestations venues de la scène, que nous distinguons ce qui est réel, ce qui est externe, de ce qui est interne et imaginaire. Mais avant cela, dans le rêve, au tliéàtre, la douleur ou le plaisir ne sont plus en nous ; ils appartiennent vraiment au personnage que nous vovons.
Cet exemple a cet avantage encore de nous montrer des cas dans lesquels la douleur et la joie sont isolées du moi ou du caractère interne, et de nous prouver que cette séparation et cette indépendance existent bien dans la réalité.
Ce qui nous fait regarder comme réel un objet purement imaginaire, par exemple les bâtons flottants, c'est sans doute l'association qui s'accomplit entre le caractère réel d'un objet que nous percevons directement et un autre objet dont l'idée seule est évoquée. Comme nous sommes vivement frappés de la propriété de réalité, elle se trouve associée à la perception totale et la qualifie en quelque sorte.
Pendant le sommeil, certaines perceptions obtenues dans le silence de la nuit, à l'exclusion de toutes les autres, ont un caractère où la réalité domine tellement, qu'elles s'attachent peut-être à tout le reste pour le qualifier comme réel. Au réveil, la rentrée en acti-