LA DESTINÉE
douter, presque personne ne nie résolument des vues qui transportent par delà !e tombeau et font entrer dans le système scientifique de l'univers une immortalité spéciale pour l'âme spéciale du pei-sonnage humain avec tout un cortège de cérémonies et de supplices qui font de la vie future une succursale de la place de Grève et de la galerie du Louvre avec ses pompes royales. Personne à peine ne voit dans la vie et dans la mort ce qui s'y trouve, les éléments de l'univers rassemblés ou séparés selon des lois simples, précises et éternelles. Un mouvement est associé à tous les éléments autres que le mouvement, perçus par nos sens, comme le mouvement, et tant qu'il dure, la vie existe pour les éléments ainsi enveloppés dans ce mouvement ; telle est la vie. Mais ce mouvement s'épuise ou plutôt il est dominé par d'auti'es mouvements qui s'empai'ent à leur tour, et dans des directions différentes, des particules réunies par le premier mouvement; telle est la mort. La vie est le résultat d'une impulsion initiale, transmise dans le germe, comme le mouvement d'un boulet qui traverse l'espace est le résultat d'une impulsion étrangère dont l'effet se fait sentir pour animer le boulet d'une vie propre, jusqu'à ce que d'autres forces ou mouvements agissant dans un sens opposé, s'emparent à leur tour du boulet et le ramènent à un autre état. Les organismes, l'homme, son intelligence, tout ce qui le compose est soumis aux lois de la mécanique céleste. Ce n'est pas une humiliation pour l'intelligence d'être gouvernée par les lois qui règlent tout l'univers. Ces lois fonctionnent sans cesse sous nos yeux, elles ne permettent à notre imagination aucun écart, elles font envisager à notre esprit la vie et la mort sous leurs aspects graves, harmonieux
316 r. fttlAANIt DESORHEAUX.
et consolants. Nos sens coiislatciil i{ue jamais une particule de mouvement ou de matière ne se perd et qu'elle a toujours un ollice, que la matière est toujoure cnpag»^ dans des combinaisons nouvelles. Rassuronsnous donc : la mort n'est qu'un passage, un passage qui nous conduit non vei"H des lieux tout peuplés encore des misères et des petites œuvres de l'homme, mais vers des (grandeurs dont aucun regard humain n'a pu apercevoir la limite, puisqu'elles se confondent avec Tunivei-s, avec ses lois étemelles, avec son ordre immuable. Le contact de l'homme avec ces vérités constatées à chaque instant par nos yeux, est plus fortifiant pour l'intelligence dans laquelle elles déposent leui" gravité, leurs splendeurs et leur immutabilité, que l'habitude de se nourrir d'inventions chimériques et enfantines. Nous sommes les membres de l'univers. Cela est plus noble que d'appartenir à une société de bienheureux ou de damnés qui ne défigurent pas seulement la vie à venir, mais qui dégradent, puisqu'on en fait le prolongement de notre vie actuelle, l'humanité elle-même.
Même sujet.
SainUulien, 30 décembre 1877.
Celui qui souhaite pour lui et les siens la conservation de la personnalité au delà du tombeau, ne s'est pas élevé jusqu'à l'intelligence et à l'amour de l'ordre éternel de l'univers. Quand on voit l'infini, on comprend que tout sort de lui et que tout y rentre. Son régne est assuré au-dessus des désirs (jue suggère le" sentiment de la personnalité. Le bien, c'est de mettre notre personne au service de l'ordre général de l'unk