PREFACE
et mémo vérité, présentée seulement sous des formes d'enseignement différentes. — « Pour nous, nous croyons, avec saint Augustin, et nous enseignons comme fondement du salut des hommes, que la philo*- Sophie et la Religion sont une même chose >. » ) C'est ce que reconnaît très-bien un philosophe du jour, M. Francisque Bouillier : « Cette distinction de a vérités de Tordre philosophique et de vérités de Force dre religieux, dit-il, n'a pas de fondement dans la « réalité des choses ; elle ne peut porter que sur la a forme et non sur la nature et l'origine de ces véri- « tés; elle est plutôt artificielle et apparente, que vraie a et profonde *. »
Fort bien : mais dès lors, — à moins que de rejeter toute vérité révélée, c'eslnà-dire toute religion , • — 1] faut reconnaître que la philosophie doit nécessairement venir s'y rattacher ; qu'elle n'est que l'ascension et le mouvement de l'intelligence dans la sphère d'activité de la foi , conmie la foi est le repos de l'intelligence sur le fondement de l'autorité. Ce sont deux enfants d'une même mère, dont l'un s'appuie sur son sein ,
> Sic enim creditur et docetur^ quod est salutis humanx capul, non aliam esse philosophiam, id est sapientiœ studium^ etaiiam Religionem. ( De F'era ReUgione, cap. y. )
' Histoire de la révolution cartésienne , p. 330,
tandis que l'autre joue sous ses yeux ; ou, pour en revenir à une expression plus philosophique, c'est la foi faite intelligence , et tournée en compréhension. Tout le reste , bien que l'on continue à l'appeler du beau nom de philosophie, n'en est que le roman ; et nous n'estimons pas qu'elle vaille une heure de peine ^ pourrions-nous dire après Pascal, si ce n'est pour en déraciner Terreur et en signaler le danger : ce qui est encore le partage de la vraie philosophie, auxiliaire naturelle de la Religion, et dont l'apostolat extérieur consiste à confondre le préjugé par la science , et à prendre la raison par la raison, pour la ramener à la foi. La philosophie, en un mot, est une puissance démonstrative et non révélatrice de la vérité.
Les choses ainsi bien définies, nous repoussons, en ce qui nous concerne, le reproche qu'on a fait à une école qu'on se plaît à appeler théocratique ^ de vouloir annihiler la philosophie ; reproche qui n'est fait par une certaine philosophie que pour donner le change sur celui qui lui est bien plus justement adressé. Ce serait une injustice et une ingratitude qui n'ont pu venir à l'esprit ni au cœur de personne , que de nier les services rendus par la philosophie. Je me plais à proclamer au contraire , ici , son utilité , son importance , ses droits; et je les revendique moi-même en ce mo-
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ment y pour ma faible part^ dans l'essai que je vais eu faire pour ramener les esprits à la Religion.
La Religion et la philosophie s'accorderont toujours pour le bonheur et la gloire de l'humanité : la Religion, en donnant à la philosophie les véritables germes de la sagesse et de la science; la philosophie, en lui en rapportant les fruits : toutes deux j en élevant de concert les facultés de l'honmie vers le ciel.
Telle était y bien certainement , la pensée de Descartes ; telle était celle de son plus fervent disciple, Malebranche , ce beau génie en qui s'alliaient si merveilleusement leshardiesses d'une raison philosophique et les soumissions de la fo;.
Il* s'en explique lui-même en des termes qui méritent d'être rapportés, et qui résumeront ma pensée sur ce point :
ce Le meilleur usage que nous puissions faire de « notre esprit, dit-il dans son sixième Entrelien sur la a fnétaphystque^ est de tâcher d'acquérir l'intelligence « des vérités que nous croyons par la foi , et de tout « ce qui va à les confirmer. Nous les croyons, ces a grandes vérités, il est vrai ; mais la foi ne dispense « pas ceux qui le peuvent de s'en remplir l'esprit , et « de s'en convaincre de toutes les manières possibles ; « car, au contraire, la foi nous est donnée pour régler
« sur elles toutes les démarches de notre esprit, aussi « bien que tous les mouvements de notre cœur. Elle tf nous est donnée pour nous conduire à rintelligence « des vérités mêmes qu'elle nous enseigne. . . Je ne ff croirai donc jamais que la vraie philosophie soit « opposée à la foi , et que les bons philosophes puis- « sent avoir des sentiments différents des vrais chré- « tiens... Je suis persuadé, au contraire , qu'il faut « être bon philosophe pour entrer dans rintelligence « des vérités de la foi, et que plus on est fort dans les « principes de la métaphysique, plus on est ferme dans « les vérités de la Religion. . . Je vous déclare que j'ai ff été charmé de voir un rapport admirable entre ce «c que la raison m'a appris par ce moyen, et ces grandes • « et nécessaires vérités que l'autorité de l'Église fait « croire aux simples et aux ignorants, que Dieu veut « sauver aussi bien que les philosophes. . . Il ne faut « donc point opposer la philosophie à la Religion, si « ce n'est la fausse philosophie des païens, la philoso- « phie fondée sur l'autorité humaine, en un mot, toutes « ces opinions non révélées qui ne portent point le ff caractère de la vérité. . . Il se trouve, d'ailleurs, tant <r de gens qui scandalisent les fidèles par une meta- « physique outrée, et qui nous demandent avec insulte
« des preuves de ce qu'ils devraient croire eux-mêmes I. »
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m gar rautûrité infaillible de l'ÉgUse, que, quoique la « fermeté de notre foi nous rende inébranlables à leurs « attaques, notre charité doit nous porter à remédier m au désordre et à la confusion qu'ils mettent partout. . . « Approuvez donc, Ariste , le dessein que je vous pro- « pose '. »
* Jene pois résister m désir de eher eneore un passage de Haie* branche, remarquable pvr cet admirable bon sens qui est comme Pétofife du génie , et par cette justesse de raison qui frappe droit au but le dépasser : « firat , Théodore, que je vous avoue de bonne foi ma préveution. Avant notre entrevue', j'étais dans ce sentiment, qu'il fallait absolument bannir la raison de la Religion , comme WL^étuA capable que de la troubler. Mais je reconnais présente* ment qae si nous rabandonnions aux ennemis de la foi , nous serions bientSt poussés à bout, et décriés comme des brutes. Celui qui ala raism de son oèté a des annes bien puissantes pour se irandre mattre des esprits; car, enfin, nous sommes tous raisonnables et*essentiellement raisonnables. Et de prétendre se dépouiller de n waàmim comme on se décharge d'un habit de cérémonie , c*ep|t8a Vfndre ridicule , et tenter inutilement Fimpossible. Aussi, danssie temps que je décidais qu'il ne fallait jamais raisonner en Ibéolsi^, Je sentais bien que j'exigeais des théologiens ce qu'ils ne m'accorderaient jsnaais. Je comprends maintenant, Théodore, que je donnais dans un excès bien dangereux , et qui ne faisait pas hesosonp d'horaenr à notra sainte Religion, fondée par la souveraine raison , qui s'est accommodée à nous, afin de nous rendre plus raisonnables. H vaut mieux s'en tenir au tempérament que voas aves prte, d'appuyer lea dogmes sur l'autorité de FÉglise , et de chercher des preuves de ces dogmes dans les principes les plus simples et les plus dairs que la raison nous fournisse. Il faut ainsi Mrs servir la métaphysique à la Religion , et répandre sur les vérités de la foi osM loiniàre qui sert à rassurer l'esprit , et à le mettre bien d'accord avec le coeur. « ( Dernier Entretien sur la metapkffiquê, in fine. )
Ce dessein ^ qui, du temps de Malebrancbe, pouvait paraître encore prématuré et spéculatif, est devenu de DOS jours plein d'opportunité par la confusion véritable dans laquelle ceux dont il parle ont fini par jeter les idées et les mœurs , et trouve un sujet d'application trop réel dans le redressement des vérités les plus fondamentales.
A ce titre il doit nous intéresser tous tant que nous sommes, et quelle que soit d'ailleurs encore l'incertitude de nos convictions; parce que, tous, nous sommes les membres d'une société qm se meurt feute de principes, et qui redemande à grands cris ceux qu'elle croit avoir perdus. Ils ne sont pas perdus : retirés seulement des institutions humaines qu'ils vivifiaient autrefois, ils se sont réfugiéçau sein de la Reli^on, leur asile naturel, la seule chose qui a vie aujourd'hui ; la Religion, qui porte dans le pan de sa robe la paix ou la guerre, la vie ou la mort des sociétés, selon le paru que cellçs-ci vont prendre à son égard.
Heureusement que ce parti est déjà celui du retour; et il ne faut pas s'en étonner, car l'instinct de conservation j&émo m faisait Wie loi. C'est un fait qui a acquis aas^ de consistance pour qu'on puissQ haiitement le proclamer désormais, que ce retour général des esprits à laBeligion. Il s'opère, conmie toutes lep