IMMORTELS
Et c'est là précisément ce qui fait que cette idée d'iMMOR- TALiTÉ est si instinctive en nous; c'est qu'elle jaillit de l'idée de Vamb, et par celles! du sentiment de notre propre existence.
> « Lénine pbiloaopbteetUBéTéiatioR» dit LetWa^loBt d'«C4KNPd pour » wwgiyie r cette Térité. IJBi9Xkit\^3as^9fl^ua»9sSbBlùKus%\w,mSkiw^
> tance ne peut périr tout à lait , w» uo natot feseramit poàiif qui serait wn « mîTMleietcoinmerAinen'apfs departi^eUenepouinit paaui6inettn
« divisée en plosieiin substances : donc Vânie «il uniweBenMnt inwnertéBe* » ( ^yitema theoloçicum, )
Nous n'avons conscience de notre existence que par la perception immédiate d'un sujet en qui elle se résume essentiellement, et que nous appelons moi. Or ce moi, nous ne le concevons que comme un être simple , ce qui nous fait conclure qu'il est immatériel. C'est la plus haute expression de l'indivisibilité et de l'unité. Il implique contradiction, avec l'idée et le sentiment que nous en avons , de dire qu'il peut se décomposer en plusieurs moi. La langue même se refuse à cette pluralité , et il faut que moi subsiste ou s'anéantisse tout entier. Hais nous avons vu que l'anéantissement d'un âtre est sans exemple ; il faut donc que le sujet de mon existence subsiste selon sa nature et tel qu'il est, c'est-à-dire, indivisible, incorruptible, et, partant, immortel.
La vérité de l'immortalité de l'âme jaillit ainsi du sentiment réfléchi de notre propre existence ; elle se confond dans la même perception, et on peut conclure hardiment de l'un à l'autre, et dire : — Je suis, — donc je suis immortel'.
m. n ne peut y avoir d'analogie, en ce point, entre la destinée de mon &me , où réside le moi , et celle de mon corps, pasplus qu'il n'en existe entre leurs natures. Il résulte même de cette distinction profonde entre la nature et les opérations de l'&me et celles du corps, que leur association,
> Il y a des êtres qui durent peu, dit la Bruyère, parce qu'ils sont composés de choses trës-différaites et qui se nuisent réciproquement : il y en a d'autres qui durent daTsntage , parce qu'ils sont simples ; mais ils périssent , parce qu'ils ne laissent pas d'avoir des parties sdon lesque&es ils peurent être dlTisés. Ce qui pense en moi doit durer beaucoup , parce que c'est on être pur, exempt de tout mélange et de toute composition , et 11 n'y a paa de raison qu'il doire périr : car qui peut corrompre on séparer un être simple, et qui n'a point de parties? L'âme est ce qui pense : or, comment peut-elle cesser d'être telle? ( Cliap. xii. )
IMMORTALITÉ hE L'AMB. 133
loin d'être une nécessité, est le plus grand de tous les mystères de la raison humaine , et que leur séparation se comprend beaucoup mieux.
Dans la sodété mystérieuse qui lie TAme au corps, Tàme reçoit, i>ar le moyen des organes, des avertissements, et transmet des volontés qui la mettent en rapport avec le monde extérieur, ou plutôt qui rassiqettissent à ce rapport ; mais elleuporte en elle-même un principe d'activité qui^se fait sentir d'autant plus qu'elle s'isole davantage deses organes ; elle a tout un ordre d'opérations intellectuelles et abstraites y qui s'exécute d'autant mieux qu'elle se dégage et qu'elle s'éloigne davantage du corps, ce qui donne lieu au phénomène psychologique qu'on est convenu d'appeler la distracHon. On peut dire que dans cet état l'Ame est dès lors nis-TKAiTB, séparée du corps, ou du moins qu'elle prélude àuneséparationpluscomplète, quel'oncomprend pouvoir fort bien s'effectuer plus tard. Le corps, au contraire, a besoin de la présence de l'âme pour subsister; par luimême, il tend à sa ruiae et à sa dissolution. <r C'est l'Ame, c dit fort bien Càharnùy qui inspire aux organes tous les « mouvements dont se composent leurs fonctions ; qui re- « tient liés entre eux les divers éléments employés par la « nature dans leur composition régulière, et les laisse livrés a à la décomposition, du moment qu'elle s'en est séparée c définitivement et sans retour. » Or, chaque chose conservant sa nature , le corps laissé à lui-même se dissout; l'Ame reetanteUe-même, ouplutfttseretrouvantplus complètement elle-même, se dégage et survit. Dans cette association de l'Ame et du corps , les deux natures sont unies par des conditions inverses : l'Ame y est rabaissée, et la matière y est relevée , et c'est précisément ce qui fait le mystère de leur union , ce qui fait que leur désunion se comprend d'autant
134 LIVRB 1. CHAPITRH III.
mieux que la tmdance de leurs natures diverses les y porte davantage, ee qui fait enfin que cette désunion est toute au préjudice du corps et toute à F avantage de V^Bse, et qu'ainsi limmortalité de Pftme est plus eomprébenaible que son association avec le corps , et surtout que son anéantiasemenl.
S'il en était autremoit j toutes les notions que nous avras sur la nature de notre dtre seraient bouleversées de fond en comble; car il andv^ait, chose vraiment inooneevable! qu'alors que tout nous dit, pendant la vie , que notre mtelhet, ce qui pense et ce qui veut en nous, est un prineqpe supérieur au corps ; à la mort , ee principe serait noiHMiï* lement ravalé à la même condition que le corps , mais même qu'il tomberait plus bas, et qu'il aurait une destinée pire : car les éléments de notre corps ne sont pas anéantis, ils ne sont que disjoints ; ils ne sont même pas disjoints de quelque temps, et la mort semble respecter sa proie, tandis que notre àme, notre mot , notre personnalité intelligente, d^ tiendrait tout à coup la proie du néant, et ce serait ainsi le corps qui aurait la prérogative de la survivance.
Le suicide , ce terrible abus de la domination de l'Ame sur le corps, n'est-il pas lui-même une grande preuve de la séparation de leurs destinées? La puissance qui tue peutelle être la même que celle qui est tuée , et ne doit-elle pas lui être nécessairement supérieure et survivante? L'acte de Pâme qui en ce ftital instant est, en tin êên$, un si grand acte de puissance , peut-il être en même temps l'acte de son anéantissement? La volonté tue le corps; mais qui tue la volonté?... Je conçois très-bien (abstraction faite de la moralité de l'acte) l'&me décrétant la mort du corps et l'exécutant, pour échapper aux misères de cette vie dans une survivance quelconque ; parce que je vois dans ce fait la loi de guérison et de conservation bien ou mal appliquée et enlen-
IJUIORTALITB D£ h'àMB* lU
dut p et qwjé troUye un 6iége distinot où peureût ê'ef^^^ la Tolonté ^ rintérèt et raotkm du duioide» Ma» dans l'hjtMo* thèse où r&mè et le corps se confondraieiii dans un méttie anéantisBement, et où tout Vhomme périreât à la fois > outre que la loi de conserration > la plus Impérieuse et la plus miirerselle de toutes les lois, ^ qui tnst ceUe4& même qui en définitire pousée au suicide > eontredit cette hjrpothèee de complète destructicm ^ je ne coûçchs pas où se trouYerait le point d'appui de cette action de Tàme $ cc^nmmt la fbrce de volonté qu*etige le suicide trouvemit sa source datis Un 6tre que cette force même anéantirait ) en un mot , comment ài force d*Ame détruirait Tème méme^
Je sais qu'on peut objecter que Topinion de la plupart de ceux qui commettent ee crime de duspoeer dé letif vie est qu'ils vont être complètement anéantis $ mais je ti'héeitè pas à répondre que cette opitdonn'Mt qu'une Qlusfcôïi de leur esprit ttittUidS ^ qui leur ftdt tonfotidre la cessation de cette misérable tie avec l'anéaîltisseiUent dé toute vie y et qui est démentie au fond par le sentiment même qui les porte à oheitsher par cette isstie raflhmchisnement et le repos.
Ce dernier q^erçu a été développé avec une rare ptàla^ sopbie par saint Augustin : c En vain m'alIéguerez-touÈ, dit^ à une autre fin, ce pénétrant génie, le jugement de ceux qui, pressés de la misère, se sont donné la mort. Car quand quelqu'tm ciroit qu'après le mort il ne mfû plus, et que pressé par sed misères, qui lui deviennent insuppiMiables , il se sent poussé à la désirer^ qu'ils'y ré^ Bout et qu'A prend son patli , fl jr a en lui déut ehoses : l'opinion etlë sentiment. Dans son opinion, ou pour mieux dire illusion, se rencontrent l'erreur et le faux préjugé d'une destniotion toMe; et dans ëon smtiiMnt, qui est
186 LIVEE I. CHAPITRE III.
< Teffet de la nature j se trouvent Vidée et le désir du repos, c Or^ ce qui est paisible n'est pas ce qui n'est rien ; au con« c traire, il y a plus d'être dans ce qui est calme que dans c ce qui est inquiet, car l'inquiétude remue les affections
< de telle sorte , que l'une étouffe l'autre : mais le repos est c une stabilité qui est la plus parfaite idée qu'on puisse
< avoir de ce qu'on appelle l'être.'] — Ainsi, tout ce désir a qu'on a quand on veut mourir ne tend pas à être anéanti « quand on est mort, mais U tend à être plus en repos. De « sorte que , dans le temps même que , par l'effet de l'er- « reur qui est dans l'opiaion , on croit qu'on ne sera plus , a il arrive au contraire que , par l'effet du sentiment qui c vient de la nature, et qui est infiniment supérieur à cette a opinion fausse et erronée, on ne désire que d'être en ro- « pos, c'est-à-dire d'avoir plus d'être *. »
Ainsi tout , dans le phénomène complexe du suicide , j usqu'au sentiment de celui même qui en le commettant pense s'anéantir, implique la survivance de l'âme*.
■ De M. arb.f lib. m , ci^. yii.
* Ce qui fiût du reste reesortir d'une manière bien sensible la distinction et la surrivance de l'âme , c'est cette plénitude de l'esprit qui se fait remai^ quer dans des corps quelquefois tombés en décrépitude , et ces éclairs extraordinaires qu'il jette surtout à l'instant suprême de la mort; ce qui nous fût dire si souvent : 71 aconurvé toute sa raiionjusqu^à lajUi, Le corps est d^ détruit de longue main par la vieillesse ou par la maladie , et l'Ame est arrivée tout entière et plus pénétrante que jamais jusqu'aux extrémes.limites delà vie, et plane pour ainsi dire encore après la mort, par on reflet sdemèl, sur le front et les lèvres qu'elle vient de quitter.... On rapporte de Cuvier que , jusqu'au dernier de ses instants, sa haute intelligence étudiait et constatait les pas de la mort, et soumettait ses derniers coups à ses calculs : il t^eèt vu moicrir, locution dont nous nous servons encore tous les jours. On rapporte également de Guillaume de Humbdidt : «qu'il a donné la meil- « leure preuve de la puissance calme de la pensée sur tes infirmités de notre « nature; et an moment de mourir, qu'il a montré toute l'influence que le « génie peut exercer sur une vie longue et méditative; car depuis longtemps « il avait annoncé à ses amis l'inteption de composer, comme son dernier
UfMORTALITi DB L'aHE. 137
Mais des raisons bien supérieures et purement j^âycAoIogiquM, c'esWà-dire, tirées de réme .seule , vont compléter ia démonstration de son immortalité.
1. Tout dans la nature a un principe d'existence analogue à ce dont il se nourrit : c'est ce qu'on appelle la Un d'assinUladan. Ce principe a pour lui l'évidence. La principale loi d'un être étant de se conserver, la nature ne peut pas lui faire dé&utdans le choix des moyens deconservation qu'elle lui inspire ; et il est clair que son existence doit participer de la substance qui entre dans son développement et son entretien.
Cherchons donc quelle est la substance dont s'alimente l'âme. Que veut-elle, qu'embrasse-t-elle chez tous les hommes?
La réponse ne peut être incertaine : il n'y a qu'une seule chose dont l'&me veuille et qu'elle appelle avec ardeur, avec amour : cette chose , c'est la Vérité.
La vérité sous toutes ses formes et dans toutes ses applications , la vérité dans les sciences naturelles , la vérité dans les sciences morales, la vérité dans les arts ; le vrai, le bon,
oodidlle.im tnifétrèSKSOBcbsiir la philosophie du langage; et dans les
demien Jonn de sa Tie^ rédottpar la maladie à on si gnaid état de blesse^ qu'il ne pomraitplos tenir à la main ni livre ni plume y penché sur la table eommemi homme eoorbé sons le poids des années, H semblait conoeotnr à rintérienr ces focollée énergiqaesd Tariées qm 9 dans de meil^ leva Joos» le rendaient égslement propre anx méditations delà phOoaophî^ etan tnnauxde l'homme d'État. Cest ainsi, disons-nous, qu'il a didé un oimage profond sur un 8q)et des plus difficiles; onnage qui, lotaqu'fl sera pttbUé.donMn an monde un «oMeeumple, non d'une pasilnnqpri domine la mort , mais dTune intelligence direetrice qui 7 puise sa fom. » Wiaeman, Dfjeonrf ««•• «<?« rappwrU entre la tdetiee ei ia révélathn ,
t. I.PW.) 8.
in UVRB 1. CflAPiTRlS 111.
l«lMta 8 ymUi 06 pour quoi rile a une affinité mvineible» EUo mê M flent eUa-méine que lorsqu'elle 8*m ocovqpe , et e<m développement est en rapport direct avee son application à ces grandes sources de sayie. Gomme une flamme légère qui voltige à la surface de ce moAdê matériel , on dirait qu'elle tend sans cesse i au travers de tout , à rejoindre le foyer de la vérité d'où elle émane , et qu'elle gravite autour de sa lumière, n semble qu'elle reconquiert son patrimoine quand elle la découvre , et qu'elle respire son air natal lorsqu'elle 7 a pénétré et qu'elle en jouit. Rien n'égale alors £a joie et son orgueil ; elle en est dans le délire : c'est Ârchlmède courant dans les rues de Syracuse , et s^écriant : Je Vax &o%iici! C'est Pythagoré immolant une hécatombe aux dieux , en reconnaissance de la découverte du carré de l'hypoténuse. C'est Êalilée ne pouvant lâcher prise y malgré le soulèvemont de son siècle contre lui , rettaçant^son système astronomique jusque sur les murs de sa prison, et disant à cette figure animée par la vérité : Mais cependant lu tùuffiês l C'estSocrate , c'est Rég^us , c'est Thraséas , c'est Matthieu Mole, s'immolant à la vérité morale, au devoir. C'est l'artiste , sous la ûgure de Pygmalion , échauffant le marbi-ô de toutes les inspirations de la vérité dans le beau. Le commun des hommes même , dans tous^ies dérèglements de leur esprit et de leur cœur, ne peut rester sciemment dans Vettènï ^ ito se la déguisent à eux-fliémes , ils la'«y8léDiatisent, c^est-è-dire ils se la font vérité ; et ce n'est que pour flneux se donner le ehange qu'ils persécutentla vérité même, éïi rappelant erreur.
La VAurâl voilà donc le principe nourricier de Pâme. É CsNi vMNids ilsf êtfrU$$ eomme dit excellemment Haiet iMnebe, est Si délicieuse, et donne à Pâme lantd'ardev < lorsqu^on en a goûté, que lorsqu'on se lasse de la recher-
UUOftTAUTi DB L*AIIB. 180
€ Gber, rninê se laeèê jamais de la désira at de recommen- « car aes rechercliesi car c'est pour ^e q[ua nous sommes
€ MtS >. B
Or, la mérité est immorlsUa , elle subsiste immuablefiiéût, elle eet ceAsrnelte é Dim^ Gowma dit Orphée.
Et ron Teut que ee qui se repatt d'ûnmortalilé soit mer** tri ! on teut que l'Amer qui ne vivrait qu'un jour, qui né ferait que passer du néant au néant ^ s'éprtt d'amour, dans œ court passage^ pour ee qui est étemel ; que toutes ses puissances fussent employées à s'assimiler ce quiseraitcott^ tre Ba nature , et que la pensée humaine , tendue, absorbée dans le sein de l'être , y trouvât le néant y et s'élei(pitt dans lea soturoes mêmes de la visl Non, toute ma raison se révolte confre eettecontradictîoni et je m'écrie aveolaniiyère « Je ne conçois point qu'une Ame que Dieu a voulu remplir « de l'idée de son être infini et souverainement ]parfait) ff doive Aire anéantie \ >
Si raoore l'Ame ne s'occupait que des véHtéA néoeSMîreÉ à see courtes destinées dans cette vie^ et à la conduite dé ses intérAts temporels I Mais lom delà : elle né^^ige ceuz-«i pour s'attacher à des abstractions j elle épuise > elle tué le corps à la poursuite de la vérité ; elle n'aime oeUen^i que pour eUenoième ; et, quelles que soient les conquêtes qu'elle ait faites sur elle, son ambition s'étend immensfoient au délà,dÉeapacilé s'accrott de ses déeouvartee^ et il ne lui est donné (Jue de préluder ici-^bas à sa possession. Entendet* vous tbB étonnanteê paroles de Newton mourantf t Je ne t sais ce que le monde pensera de mes travaux ; ihais^ pour € moi, il me semble que je n'ai été autre chose qu'tm enfant f jouant sur le bord de la mer, et trouvant tantAt un caillou
' %• entretien.
* Chap. iLTi.
140 LIVRE I. CHAPITRE m.
c un peu plus poli, tantôt une coquille un peu plus brila lante, tandis que le grand Océan de la vérité-s'étendait « inexploré devant moi ^ »
L'âme qui a été assez vaste pour concevoir une telle idée de la vérité , pour ressentir une telle soif de sa possessôon , et à qui il a été donné d'entrevoir ce grand Océan , croyezle bien, n'est pas restée sur le rivage ; dès qu'elle s'estsende elle-même, elle y aaspiré, aspiré sans cesse : donc elle était destinée à y vivre comme dans son élément ; et le moment de la mort n'a été que celui de son grand départ!
Cioncluons donc avec assurance : L'âme vit et respire dans un élément immortel ; donc elle ne meurt pas.
n. Une seconde loi , non moins invariable que celle que nous venons d'appliquer, c'est celle-ci : Que tous les êtres se perfectionnent d'autant plus qu'ils obéissent à leur nature ; c'est ce qu'on peut appeler la lai de perfectionnement, n sufSt encore d'énoncer cette loi, pour en démontrer la justesse. Un être ne peut pas plus se donner à luinmème le développement de sa vie , qu'il ne peut se donner, sa vie même; c'est à la nature qu'il doit l'un et l'autre. Lors donc qu'il se développe manifestement selon un moyen quelconque, on peut affirmer que ce moyen est dans sa nature, et qu'il a une réalité d'action, et par conséquent d'existence, qui se traduit doublement, et par le développement de l'être lorsqu'on le lui applique, et par son dépérissement lorsqu'il en est privé. Gela est d'une évidence axtamatique.
Or, l'humanité puise évidemment, dans l'application du principe de l'immortalité de l'âme, le plus puissant mobile de son perfectionnement. Qui peut révoquer cela en doute? S'il y a quelque firein sur la terre, quelque ressort de gran-^ deur et de vertu, c'est par l'efiét de cette conviction. Sup-
' Correspondance de Newton.
IMMOBTAUTÉ DE L'aME. 141
primes-la complètement, 8*il est possible; subsUtuez-lui cette autre conviciion, qae tout notre être va se briser cgût tre les portes du tombeau, et que décidément toute vie est renfermée dans celle-ci y que c'est le seul champ de notre félicité y de notre responsabilité : — aussitôt tout ordre va périr, toute confusion va régner; la conscience ne sera plus qu'une menteuse importune, dont chacun cherchera d'abord à se délivrer; la véritél le devoirl la justice f autant d'entraves dont le plus sage sera le plus tAt affranchi ; touta ardeur, toute espérance va s'attacher à la possession des biens temporels; se dépêcher d'en jouir deviendra la suprême loi ; toute intelligence sera absorbée dans le soin de se les procurer, toute force sera mise en action pour les ravir; l'ordre intellectuel et moral s'abtmera dans l'intérêt charnel et physique, celui-ci même périra par ses excès; et, au milieu de l'ordre majestueux et imposant de l'univers , Thumanité , qui en est le centre , va donner le spectacle du bouleversement et du chaos, et rétrograder jusqu'au néant. Ramenez maintenant cette idée que notre vie n'est qu'un petit moment d'épreuve , et que l'objet de notre félicité est au delà ; que tous les biens et les maux d'ici-bas sont provisoires , et qu'ils sont moins des biens et des maux que des moyeoQS divws d'obtenir ou d'éviter les biens et les maux réels d'une autre vie; -— et alors vous verrez la résignation et la patience relever le cœur du pauvre et du faible , la modération et la tempérance élargir celui du riche et du fort. Chacun cherchera à exploiter sa situation dans le sens le plus moral, le plus méritoire, et travaillera à se développer dans la partie de son être qui doitsurvivre à la destruction, c'eist-à-dire, dans son intelligence et sa volonté. Le devoir sera la loi. Le mépris des biens d'un monde qu'on va quitter, la soif des biens d'un monde où Ton se rendpour
toiigews» vMt abioA^ toutes les âmes j et comme, à Tîn*verse des biens 'sMisibles') les biens moraux sont méfm^ sebleS) et tendait à réunir oeiuc qui les recherehent et tes poss&dént , la pabc et l'amour Tont desc« et rhumanité ta s'élever par eux à un
iititaiifé;
Les deux taUeaux que Je viens de tracer n'ont jantius eu de modèle achoré sut la terres L'humanité n'a jadtais élë ni si |>erver8eni si ^arflûte, parce que la oroyaaoe d'imè autre vie n'a jamais été uuitersellemmt rejetée ou suivie ; itiais tous les mouvements moraux que le monde a pré^ B^lés ont été en raison direele de l'élévation ou de Tabai»ssttiôiit de celte croyance dans les oœursi Cela est certain.
Et Ton veut que ce principe de l'immortaliié de l'âmë , pèr qui l'humanité s'élève et grandit, sans lequel elle s'aviUt et se désorganise j ne soit pas dans Sa nature f que ce
0Oltu)rie contre-vérité, un mensonge?
Mais alors, chose absurde l ce mensonge vaudrait miiux que la vérité; la créature qui l'aurait ihvœté, se sefeit mieut comprise que le créateur $ le néant 6ë Serait dcnané l'ètrel L'homme > qui ne peut pas ajouter une ligne è sa taffie dans l'ordre i^iysique , sd serait donné la stature d*un géant^dans l'ordre morall et, échappant à la loi qtd le omMhfflmait à ne connaître jamais que la poussière, il se serait donné des ailes par lesquelles il aurait été tou<di^ 16 dMl-^Dérisionl
La luiscm conclut au^ement; elle dit : L'humanité cMli et se développe par son adhésioii au principe de l'immoria'* lité de l'âme I donc cette ifaiinortalité, princit^ vital de rim^ ménité, est un ftdt certain, révélé perses efiétS %ï par le ooncouri de toutes nos flieultés à le saiâir, èoÉUne le tùù^ faiiedè leur emiôbUsscÉoent et de leur prSj^.
IMMORTALITÉ DB L'aME. 143
m. Upe troisième loi nous garantit encore cette yérité. Tout a un but ûsn» la nature. Chaque être est organisé en vue d'uw destination quelconque, n faudrait nier la natuw entière et dîo^s son ensemble et dans tous ses détails , pqyp ne pas y Ure partout cette constante loi. Elle est telle- VPant exacte, que le plus souvent, par Torgaiûsation , on peut découvrir la destination, et par la destination retrouver l'ûrganisation. Si la marelle de cette loi n'a pas été universellement «^gie, ce n'est pas la fidélité de la nature,mai^ la science de Tboinme, qui a fait défaut. Hais lorsque Tbowne, conjiaisç^t déjà Torganisation d'un être, n'a à se prononcer (ju'entre doux hypoûièses sur sa destination, et que Tune de ces dewp l^ypoûièses combat l'organisation, tandis flua l'autre ^t ^wf» un parfait accord avec elle, alors il ne peut exister pour lui aucun doute sur l'exactitude de cette demi^Q Wl^tiaft, parcç q^'epe^ui est garantie àdoublo titre , fA p4r QQA équatipn avec le premier terme du rapport déj^poeé, etparï'ezcIugioQ de la seule hypotiièse qui pouvait lui difs»nter oette certitude.
Appliquons c^te rèigle à notre siyet.
L'inMqnu, o'ert la de^tûiéa de l'bomme. Deux hypothèses ieidfiinent : Est-CQ la mort de tout l'homme avec le corpa? eittHiQ la survivcmcQ de l'âme et la vocation & une autre vie? — Interrogeops notre oi^anisation morale, qui est le premier terme du rapport], celui qui est à notre portée, et VO7011S eeqp'eUe ww répondrft. Cette organisation nous est coimue par Texpérienee den opirationg et de» affectioiia de Va aiej die se compose de faits que nous pertOBS en noua, etquifonnentrhistoireetconuQQletissudenotrevie.
Or, le premier trait dominant et univentel de cette orga- ^ nisation est un vaste dégoût, un profond malaise, uatoeiiorable ennui. Voilà le fond commun de la vie humtine. Et
lU LIVRE I. CBAPITRE 111.
remarquâK-lebien, dégoût, malaise 9 ennui 9 qui s'accroissent d'autant plus que Thomme est plus comblé de la possession des biens de ce monde. S*il était uniquement fait pour ce qui est ici-bas , si c'était là sa destination exclusive, pourquoi ses désirs ne seraient-ils pas bornés à cette destination? pourquoi ne s'y arréteraient-ils pas? que dis-je! pourquoi ne seraient-ils pas d'autant plus satisfaits qu'ils l'atteindraient davantage? Mais non , c'est l'inverse. Montrez-moi l'homme le plus heureux , selon les apparences trompeuses de ce monde , et je vous ferai voir l'homme le plus malheureux , car c'est celui-là même ; il fera entendre plus hautement que personne ce cri que les générations se renvoient les unes aux autres : Tout n'est que vanité!... Il n'y a que des commencements et des ébauches de bonheur dans cette vie. Que l'homme se choisisse le sort le plus approprié à ses goûts et à ses penchants , qu'il obtienne la satisfaction de ses souhaits les plus sagement conçus , les plus habilement combinés; dès ce moment fatal c'en est fait de son bonheur ; en y mettant la dernière main , il en aura précipité la ruine. Détrompé une fois , deux fois , cent fois, qu'il recommence encore sa tentative , qu'il ait à ses ordres un génie tout-puissant , un talisman infaillible , pour le faire passer successivement par toutes les sphères de la vie humaine , partout^le bonheur fuira devant ses désirs , et son dernier mot sera : Je me suis trônai ' !
' De là yient, pour l6 dire ici m pasBent, rempreanment des lioiiiiiice pour les choses gnndes et qui tieoiient de rinflni , et m£aie pour edles qui seot obseares et mystMenses. Ce n'est pas, dans le fond , qa'ils aiment les tënèbres;mais c'est «jifils espèrent troorer dans les ténèbres le bien qtfik désirent, et cpi'an grand Joor Os reconnaissent qoTil ne se troore point ici-bas. Cest là la soorceda snbUme. D semble «pi'mie penpectiTe imprémesTonvra font à eoop an regard de rame, el qu'elle trouve une issue pour échapfwr enfin à la déception.
IMMOHTALITÉ DE L'aME. 145
Cet inconcevable phénomène ne se fait voir qac dans l'homme seul. Pas un être autour de lui qui ne soit satisfait à proportion de Vapaisement de ses besoins dans cette vie. Lui seul, qui semblerait devoir jouir le plus, puisque son génie met toute la nature à sa disposition , lui s^ cependant désire , lui seul gémit, lui seul traîne sa plainte au milieu du bien-être universel. On dirait un être qui est hors de son élément, et qui 7 aspire. Il n'y a pas équilibre entre sa nature et le monde ,- il le dépasse infiniment par une exigence , par une tendance de désirs et de conceptions que rien ici-bas ne peut borner, et qui se projettent de toute part hors de Thorizon de la vie.
Voflà le trait capital deForganisation morale de rhonunp, et, pour ainsi parler, son résidu. C'est un fait positif, uQiversel , constant; il est passé en proverbe dans l'espèce humaine , et toutes les bouches disent tôt ou tard avec amertume zlln'ya pas de hmheur iciAxu ' !
' I Cela est sartoot Trai de llminaiiité moderne, chez qoi le CbrMiaaiMM « déTfloppé le seotiineDt et le besoifi 4e Tiniliii , f^ li}i fmérif^it If Téri* table objet. Alfred de Musset a rendu cette yérité par ces beaux tejcf :
Si mon emur, fattfné da rére qui Tobiède, A U r^llté NTimt poir ■'■•••«▼f r, An fond des Taina pUitUrt q«« Rappelle i mpn «i^f letrovTe «a tel dégoût, que Je me lenf moarir. A«v )o«if nitme oh parfi»li If peiuie eit impf • , On l'on Tondrait nier pour eesier de douter, Qof d4 i« ponéderalf taat et qa'ea ottta tie , Dani tce Ta«tee délire , Thomme peut convoiter ; D(mae»*moi le poavoir, la eaaté, la rielieeee, L'amovr même , l'amoar, le iofl bien d'içl-bf^ I Qne U blonde Astarté, qa'idolâtriit la Grèce , Pt fcf tlet d'asor eorta «a m'oawtaat lee bnw; Qaaad je pourrait saisir dans le sein de la terre Les secrets éléments de sa fécondité.
Transformer i mon gré la TiTace Bi»tiér« , Bt créer ponr moi seul ^ne ifsiqvc beauté; Qaaad Horace, Lucrèce çt ]^ t}çU Épicnre, Asals à mes eStés , m'appeUçryic^l bcure*^ i ^ quand ces grands amants de l'antique natnra Me ebaateraleal la Joie et te mépris dea dieu» ,
Comment expliquer ce phénomène?
La loi que nous avons posée , que les moyens de chaque être sont en rapport avec sa fin , loi qui a pour elle le témoignage de l'univers tout entier, nous conduit rapidement à cette solution : Que la fin de l'homme étant le bonheur, et le bonheur n'étant pas ici-bas , cette fin doit être nécessairement audelà de cette vie, et que l'mimortalité de l'àme, et sa vocation à un ordre de conceptions et de sentiments plus enxapport avec sa nature , peuvent seules expliquer et résoudre le mystère de son organisation.
Cela est tellement vrai, que si, par contre-épreuve, nous ouvrons à cette âme la perspective de l'immortalité , si nous lui en donnons la persuasion , la foi , aussitôt toutes les oscillations de son être vont cesser : une paix , un bienêtre, un aplomb intérieur, jusque dans le sein des souffrances et de la mort, vont nous attester hautement que nous avons trouvé le secret de la nature de l'homme , et , pour ainsi parler, la clef de voûte de son architecture intellectuelle.
^. L'objection tirée de ce que le cœur de l'homme cherche à ie faire des consolations pour cette vie , et des espérances quile garantissent contre l'horreur du néant, vient plutôt fortifier cette conclusion que l'afTaiblir; car ce besoin de consolations et cette horreur instinctive du néant sont précisément le résultat et non la cause du sentiment de notre immortalité. Nous ne sommes inconsolables que parce que nous sommes immortels; nous n'avons horreur du néant que parce qu'il est pour nous contre nature. Du reste , vou-
Je leur dlnU à touM : — Qaoi que noat pniaaion* faire , Jt Molfrt , il ett trop tord ; 1« monde f'eit Ihlt Tieaz. Une Immeue tapêrmnoa m t n wtnè la terre :
Malgré noiu. Tere le del 11 fcat lerer les jm I
( V Espoir en Dieu. )
IMMORTALITE DE L'aME. ikl
lez-Yous un sotide témoignage de la justesse de ce raison*
nement?
Voici un homme qui ne croyait à rien , qui du moins avait un parti pris contre toute croyance. Pour lui, point de Proyidence , point d'immortalité surtout. Loin de se faire des espérances, il cherchait à plaisir le désespoir. J'ai nommé M. de Senancour, Tauteur d^Obermann. Eh bien! admirez comme, malgré lui , le sentiment de son immortalité éclate au sein de sa nature par des cris déchirants , et comme il brise et fait voler au loin les chatnes du^système sous lesquelles on veut Tétouffer !
a Ma situation est douce , et je mène ime triste vie. Jo <x suis ici on ne peut mieux , libre , tranquille, bien portant, «r sans affaires , indifférent sur l'avenir dont je n'attends « rien , et perdant sans peine le passé dont je n'ai pas a joui... ; mais il y a dans moi une inquiétude qui ne me « quittera pas; c'est un besoin que je ne connais pas, que « je ne conçois pas, qui me commande, qui m'absorbe, c qui m'emporte au delà des êtres périssables. . . Vous vous « trompez, et je m'y étais trompé moi-même; ce n'est pas « le besoin d'aimer. D y a une distance bien grande du « vide de mon coour à l'amour qu'il a tant désiré; mais il « y a l'infini entre ce que je suis et ce que j'ai besoin d'être. « L'amour est immense, il n'est pas infini. Je ne veux pas « jouir; je veux espérer, je voudrais savoir 1 II me faut des a illusions sans bornes , qui s'éloignent pour me tromper a toujours. Que m'importe ce qui peut fiiûr?... L'heure « qui arrivera dans soixante années est là tout auprès de 1 moi. Je n'aime point ce qui se prépare , s'approche , ar- « rive, et n'est plus... Je veux un bien , un rôve, une es- « pérance enfin qui soit toujours devant moi, plus grande « que mon attente elle-même , plusgrande que tout ce qui
li^8 UVRB 1. CHAPITRE UI.
« se pawe; je voudrais être tout inteUigence Je trouve
c avec étoimement mon idée plus vaste que mon étre^ et si je considère que ma vie est ridicule à mes propres yeux y je me perds dans des ténèbres impénétrables. Plus < beureux sans doute }e bûcheron qui prend de Teau bénite g quand le tonnerre gronde 1 il chante en travaillant. Je f ne Gonnattroi point sa paix, et je pa3serai comme lui '. »
QueUe est convaincante cette réponse d^immortalité , échappée de la bouche de Tincrédule! comme c'est bien là notre nature ^ et eomme elle se veng^ et s'élève quand on veut la contredire et rétoufTer I Tel le géont hébreu emportait avec lui sur la montagne les portes de sa prison ' .
Un second trait de nptre organisation morale vient se lier #u précédent , et fortifier la déduction de notre immortalité. C'est celui-ci : que Thomme met l'idée de Tinfini dans tout ce qui le concerne, g Un seing extresme tient Thomme c d*alonger son estre, dît Montaigne : il y a pourveu par ff toutes ses pièces; et pour la conservation du corps sont $ les sépultures I pour la conservation du nom , la gloire : ff il a employé toute son opinion à se rebastir, impatient de a sa fortune , et à s'estansonner par ses inventions ^ ff A chaque ingtant les biens de ce monde lui glissent des mains ;
* Oèermann, p. %%, édition de Charpentier.
; ' «G^ besoin de chercher le« résoltats dès que je vois te9 données, dit-il I ailleurs { cet instinct à qui U répvgneque noos soyons en yain, croyez- I vous que je puisse le Taincre ? Ne Toyei-Toos pas qu*il est dans moi , qu'il « est pins fort que ma ToloDté, qu'il fiint qu'il me rende maihenKin, on que f {# l^i pbéisaa ? Ne voye^vous pas que suis déplacé f. .. fe rejette tout ce << VOi W9^9 ^tif m$ précipite vers le terme de mes ennuis, sans désirer « rien après eux. » ( P. 2S3. } — Comme cette dernière note est lugubre ! Tout IVmTrage est ainsi nn chaos lamentable de oontradictions, où la natmt 9fmii «a traînant les chaînes d'un seqyticisme systématique, et va parfois ^e briser opntre l'obstacle, comme un aigle enfeq;é qui Toudrait prendre son essor.
' gsiols, Ut. h , ehap. xir.
IMMORTALITE DE L'aMB. 14^9
n^imporle , il y attache toujours une vue d'immortalité. Semblable à ee roi de la Fable qui changeait tout en or, il doue d'immortalité tout ce qu'il touche ; tous les objets de ses passions en sont revêtus. On dirait qu'il les élève à sa hauteuT) qu'il veut les faire à sa portée, à sa taille^ à son besoin. Ce sont des amours étemelles , des douleurs perpitMêllee, des gloires immortelles ^ etc. D se comporte absolument comme s'il ne devait jamais mourir^ et comme si rifin autour de lui ne devait le quitter. Toutes nos actions raisonnent, à cet égard, en sens inverse de l'expérience^ et les moralistes ne cessent de rire de ce travers de notre espèce; n'importe : nous sommes incorrigibles. La mort n'est qu'un léger obstacle à nos projets, et nous ne la faisons jamais entrer dans nos calculs. Ce n'est pas que nous ne la voyions pas , maïs nous la traversons sans cesse par la pensée , comme si ce n'était qu'un nuage à l'horizon; elle ne fait que glisser sur notre esprit. 11 y a plus : nous bâtissons sur elle ; et nos conceptions , nos espérances ^ nos projets, nous enflamyment d'autant plus^ que leur réalisation promet de s'étendre davantage au delà du tombeau. Toute notre vie se passe à nous priver d'en jouir pour l'époque où nous n'en jouirons plus , et nous préférons cette lUuâon à la réalité ; nous mourons pour l'obtenir.
Qui ne voit dans cet instinct de l'espèce humaine, au travers de toutes les illusions dont il est la source , la révélation manifeste de notre immortalité? U faut que ce sentiment soit bien fort , pour faire aussi violemment son niveau ebes tous les hommes 1 Ceut qui croient à une inunortalité réelle daiis une ^utte vie trouvent dans cotte croyance un épanehement naturel aux surabondances de leur être f qui les met en harmonie avec la vérité de tout ce qui les envi^ ronne; ils Jugent sainement de toutes les choses de ce
l&O LIVHK I. CUAPITRE III.
monde j les voient telles qu'elles sont ^ et , ne se faisant illusion sur rien, donnent à tout sa valeur véritable. Ceux, au contraire 9 qui se ferment cette voie naturelle d'ynmortalité sont condamnés par la nature à s'en frayer une artificielle ici-bas j en dénaturant toutes les conditions de leur être dans ses vrais rapports avec les choses de ce monde ^ et en se repaissant toute leiu* vie de chimères et d'illusions. De sorte que tous les hommes , sans exception , se conduisent comme des êtres immortels : toute la différence gtt dans une transposition du siège de leur immortalité.
Voilà Vhomme : il faut nier sa nature et détruire son organisation pour efiiacer cette vérité y que l'immortalité est le premier instinct de son être. Tout est inexplicable en lui sans cela. Qu'en conclure, sinon que Dieu, qui nous a créés , n'a pu mentir à notre nature en plaçant en elle un instinct tout à la fois invincible et trompeur ?
lY. Enfin, il est une demièreloide notre être moral, d'où jaillitplus hautement encore cettevérité : c'eatlàconscimce.
La cùMcimee est un fait de notre organisation morale indestructible ; on ne peut la nier sans folie. Eh bien ! je dis qu'il faut la nier, ou croire à l'immortalité de l'ftme ; et je le prouve :
Qu'est-ce que la conscience? c'est le sentiment que tout homme porte au dedans de lui-même du bien et du mal, du juste et de l'injuste , du mérite et du démérite , expression de la Justice universelle par qui vivent les sociétés humaines ; c'est la science intuitive de nos rapports avec une Loi naturelle et imprescriptible, à laquelle nous sentons que nous devons compte tôt ou tard de l'usage que nous aurons fait de notre liberté. Toutes les lois et toutes les justices humaines sont tirées de cette Loi naturelle, de cette Justice occulte , dont la conscience est l'organe , et y pui-
IMMOUTAUTK DE L'aMK. 151
5 ont le crédit et la sanction morale dont elles ont besoin pour se faire respecter.
Maintenant cette Justice originelle , type et sanction des justices de la terre , a elle-même besoin de sanction , sans quoi elle n'aurait pas l'existence qu'elle communique aux autres. L'idée de justice et de loi ne se conçoit que par l'idée de commandement et de défense , et l'idée de commande^ meni et de défense ne se conçoit que par celle de forée et de sanction. Une justice qu'on peut violer indéfiniment n'existe pas, c'est une chimère; et il est absurde de dire, comme nous l'avons fait observer ailleurs , que ce soit par une chimère que nous mesurions toutes nos réalités. Donc, puisqu'il 7 a une Justice originelle y il est nécessaire qu'elle s'exécute quelque part , qu'elle nous ramène quelque part ù son tribunal y et que là elle se donne à elle-même ime sati» ^ faction complète et infaillible, comme sa nature laréclame.
Cette satisfaction lui est-elle donnée dans ce monde? — Non y — cela n'est que trop clair.
Et d'abord ce ne sont pas les lois et les justices humaines qui la lui donnent. Gelle&-ci n'atteignent, en effet, qu'une très-faible partie de nos existences ^ la presque totalité de nos actions ne sont pas de leur ressort, ou leur échappent. De plus , la justice humaine ne Mt que punir, et elle ne récompense pas; elle est manchote, comme dit Charron. Enfin, ce n'est qu'ime justice artificielle , une règle de plomb, quisubittousles caprices des hommes qui la font ouquil'appliquent, et devient souvent elle-même une plus criante infraction à la Justice véritable que toutes les infractions qu'elle se charge de réprimer, a J'ai vu sous le soleil l'im* « piété dans le lieu du jugement, et l'iniquité dans le lieude € la justice ". » De là le désordre qui défigure les sociétés
f£2 LIVRE f. CUAPITAE III.
humaines I oùron voille malheur s'attacher si souvent aux pas de la vertU; et la prospérité sourire au crime. Qu'est-ce qui peut rétablir l'équilibre et venger cette Justice souvcramei qui proteste perpétuellement contre ce désordre , et sur la M de laquelle nous dormons tous? Dira-t-onqueVestîme ou le mépris de ropinion publique viennent consoler rhomme juste et Ûéim le pervers? Cela est vrai jusqu'à un certain point; mais que de crimes masqués qui lui échappent I que de vertus voilées qui ne peuvent se faire jour, ou qui même perdraient tout leur prix en le réclamant! et puis que de méprises cruelles conmiet Topinion, et combien n'ajoute-t-^lle pas aux injustices et aux rigueurs de la fortune par la folie de ses arrêts? Dira-t-on ^ enfin y qu'après tout , l'estime ou la mésestime de soi-même y la paix du cœur ou le remords^ viennent tout réparer? Le remords! mais plus on le mérite y plus on l'étouffé } et le crime finit enfin par tuer la conscience et trouver une affreuse tranquillité. La paix du cœur! mais d'où vient que personne ne s'en contente? d'où vient que celui qui en jouit pleure cependant y souffre ; est réputé malheureux? La paix du cœur est une barrière contre le désespoir^ mais elle n'en supprime pas las causes. Elle est comme le lest de la vertu qui l'empêche seulement d'être submergée, mais elle n'en est pas la pleine rétribution. Quoi donc! l'homme juste descendra-t-il dans la mori sans être vengé , le ooupable sans être puni, tous deux sans être au moins connus? et l'injustice dérisoire de leur ibrtune viendra-trelle se perpétuer encore après eux dans leurs descendants , et s'asseoir jusque sur la pierre do leurs tombeaux?
Poussé jusqu'à ce dôinier retranchement, celui qui ne veut pas SMlmettre l'immorlalité de F&me est forcé de nier la justice , la morale, le devoir, la conscience , Dieu ; et , par
mmOtLTAMTÈ 0Ë l'aM2. 168
ceUe BëgAtion^ de sapei* le fbtldettiëiit de toute [Société; — car la oondoienoe et la justice humaine n'ont de taleur et d'aôftlette qw pat* la contlotLon d'une Justice infaillibld et suprême ^ tjui en est le type ; ^ cette lustice ne se confit pas elle-même dans la certitude d'une pleine ftattefaction^ -^ et 11 est démontré ifàé cette datidfitetion n'existé jpas id-BM.
Maintenant Oiiytet les portes d'une autre tle , et éétte Justice soUyeraine tous apparaît aussitôt, attendant le judte et le penrers , pour rendre à chacun selon ses oeuvres , justifiant la patience de ses délais jpaf la ptùssancè inévitable de ses décisions, le désordre moral d'ici-bas par le jeu nécôs^ saire et méritoire de notre liberté , et stabilisant par sa certitude l'ordre du monde ébranlé par son oubli.
n fkut donner à la conscience cette issue , ou l'étouffer ; et je ne m'étomie pas d'entendre l'auteur ô^Obérmann luimême j après avoir Mt la peinture affreuse d'un vénérable vieillard mourant dans l'abàndoii et les rebuts de sa fille Unique , s'écrier : « Un vieillard voir ainsi expirer sa vie ! un Q père finir avec tant d'amertUhe dans sa |)ropré maison I « Et nos lois ne peutent riôn! H faut qu'un tel abttne de d misères touché aux perceptions de l'immortalité^, » Telle est aussi la conclusion que Cuvier tirait , par une invincible raison d'analogie, de l'ordre de la nature, dont il était un si puissant interprète : dt Quand on toit le malheUi « de la vertu et la prospérité du crime, écrivait-il, c'est un a besoin profondément senti que celui d'un ordre de choses a à venir ; car on ne voit point que l'Auteur de la nature ait a soumis à im Semblable désordre aucune autre] partie de a cet univers*. »
La paix du cœUr et le remords, qu'on voudrait eh vain
> Histoire dëà mâmm{fère$. 9 .
i&k LIVBB I. GBAPITBB lil.
faire valoir comme satisfaction suffisante de la Justice absolue ici-bas, sont, du reste, la preuve la plus irrécusable et pour ainsi dire les grands témoins de notre immortalité.
Qu'est-ce , en efiTet , que la paix de la conscience , sinon le sentiment de notre mérite, et le pressentiment qu'il sera rétribué? Qu'est-ce que le remords, si ce n'est l'qoumement de la conscience devant la souveraine Justice , et la sourde appréhension de ses châtiments? Mais qui dit pressentiment et appréhension suppose nécessairement un objet à venir, comme terme, comme expectative de l'im et de Tautre; et, selon que l'a fort bien dit Sénèque , mériter, c'est atten-dre '. Or, la paix et le remords , la confiance et la crainte , nous suivent, nous escortent jusque dans les bras de la mort; c'est même là, chose admirable! c'est sur le semi du tombeau , dont la pierre devrait être un refuge assuré contre tous les traits de la justice de ce monde , s'il n'y avait rien au delà ; c'est à cet instant suprême que la paix ou le remords se réveillent plus vivement que jamais , et que la conscience, flétrie parle crime ou parle malheur, ressuscite et reverdit sur les ruines de tous nos intérêts temporels. U faut donc nécessairement que cette Justice , objet à venir de nos craintes et de nos espérances , soit au delà du tombeau , et que cette âme , qui en est tant préoccupée , survive elle-même pour la rencontrer'.
' Quisqv^ nuruii expeetat. Epist. cv.
3 «S'y était possible que, dans un âg0 de raiMm , j'eusse manqué enen- « tièUement à OMm père , Je serais malheuieux toute ma Tie , parce qu'il « n'est plus , et que ma faute serait aussi irréparaUe que DMmstrueuse. On «poaiTaitdire,ii est yrai, qu'un mal fait à oelui qui ne le sent plus, qui «n'existe plus, est actuellement chimérique, comme le sont les choses tout « à Ikit passées. Je ne saurais le nier ; cqwndant J'en serais inoofiM^able. La « raison de ce sentiment est bien difficile à trourer. S'il n'était autre que le « sentiment d'une chute ayilissante , dont on a perdu l'occasion de se relever « arec une noblesse qui pni<uw consoler intérieurement, on tronverait ce
IMMOBTALITli DE JL'aME. 165
Rësumons-nous , et concluons :
La vérité de Fimmortalité de Tâme prend ses racines dans tout notre 6tre , et on ne peut l'en arracher qu'en le détruisant.
Sa première notion part du sens intime ; c'est une yoîx intérieure de lanature^ ratifiée par l'instinct universel , con* tre toute apparence sensible ^ et par conséquent en dehors de toute illusion. — La mort n'est qu'une décomposition : l 'âme, étant simple, est donc immortelle . — Sa nature et ses opérations sont tellement distinctes de celles du corps, que la séparation de leurs destinées se conçoit encore mieux que leur association. — On ne peut admettre que l'âme , reine du corps y ait une destinée pire , et qu'elle soit annihilée , alors que le corps survit, non-seulement dans sa substance, mais dans sa forme même, qui résiste encore quelque temps à la mort.
Les lois les plus constantes de la nature, et de notre organisation morale en particulier, seraient bouleversées, si l'Ame ne survivait pas au corps. S'il est vrai, en effet, que chaque être participe de la nature de ce dont il s'alimente, l'&me est immortelle ; car la vérité l'est. Si le perfectionnement des êtres est en raison des principes de leur nature , r&me porte dans son fond un principe d'immortalité ; car son perfectionnement ou sa dégradation sont en raison du culte ou de l'abandon de ce principe. S'il est vrai que l'organisation des êtres est en rapport avec leur destination, l'Ame
dédommagement dans la Yërité de rintentioD. On voit pourtant le « flcntiment de cette û^ustioe , dont les effets ne subsistent plus, nous acca- «t Mer enoofe , nous avilir, nous déchirer^ comme si elle devait avoir des r^n soUata étcmds. On dirait que l'offensé n'est qu'absent , et que nous devons « retrouver les rapports que nous avions avec loi , mais dans un état qui n<* .« pormettra plus de rien changer, de rien réparer, «t mi te mal lara perpétuel , - maigri^ nos renionls - ( Obrrmnnn , p. ïM. )
150 LlVUÈ I. CHAMtRE lu.
n'est pas faite uniquement pour cette tie ; car les ehosês de cétiS tl6 ne peutétit la satisMro, et tous sed instinctô rempdftèfit au delà dû temps. S'il est trai , enfili , qu'U j ait une Justice^ et que la conscience qui nous la révèle ne soit pas uAè dhimèré^ Vàiiie est immortelle; car cette Justice n'est pas î8i*baiS , et le boit et le méchant s'en vont sans l'atoir réîitoiitféé.
Il faut donc embrasser la conviction de notre immortalité, ^1 Ton ne veut hëUrter aveuglément la raison et la nature, n ftiut croire qiiè tâût et de Si fortâ arguments ne peuvent nouii Mtb iiliiMôii , daf Ud dont tous puisés dans le fond des chosëê ; et i*dt*dre àdoi-âble qtd règne dans ce grand univers, à la léte dtitiùél no\lè éomitiés placés par l'intelligence , f ëtëlé tiiië Sagesse iiiîlilië tpii tie peut avoir voulu notià ti^dmpei' en iioiis indtilsàiit dans une erreur qui serait son propre ouvrage , et en se démentant elle-même , dans sôîi febef-d'œùVre, par tin ehâds de contradictions.
tt 11 faut, ct)tûme dît Platon, croire les législateurs et les a iriidltions antiques , et pârdctdlèrement sur I'ame , lors- « qu'ils noug (lisent qu'elle est totalement distincte du corps> a et qùô c'est elle qui e&t 16 lioi ; que notre corps n'est a qu'une espace dé ihntômô qui nous suit ; que le hoi de a l'homme est tétitablemeiit immortel ; que c'est ce que a nous appelons ame, et (Ju'élle rendra compte aux dieux, a comme l'enseigne là loi du pays; ce qui est également a consolant pdtlr le juste et terrible pour le méchant. Nous a ne croirons donc point que cette masse de chair que nous a enterrons soit I'homme, sachant que ce fils, ce ffèrô, etc., a que nous croyons inhumer , est réellement parti pour « un autre pays , après avoir terminé Cô qu'il avwt à flaire a dans celui-ci. — Cela est certain, quoique la preuve « eaùge de longs discours ; et il faut croire ces choses sur
a ta foi des législateure et des traditions antiques , ▲ moins € «tr'oir n'ait ^bedij l'esprit «. »
^PiâtOtiULeg. xiiyOp., t. IX, édit. Bip., p. 212, 213.
HfoQS âTotis pensé qu*oii lirait Ici atec un yif et saltitalre intérêt une lettre qui , par leA sentiments qu'elle exprime, se rattaclie au sujet que nous tenens de; traiter ; elle a été écrite par une des plus lamentables yictimes du tremblement de tene de la Guadeloupe à un de nos amis , à celui-là même potir qui nous arons composé cet ouvrage.
L'auteur de cette lettre était un homme heureux : rerètu d*im haut emploi conquis et exercé par un beau talent ; époux d'une femme digne de lui ; père de sept enfants qui détenaient déjà son orgueil ; Itère par alliance dline femme au cœur d*ange , qui rersait sur tout cet intérieur domestique la snare douceur de ses vertus , il a tu , en moins de deux minutes , cette sceur, cette épouse , ces sept enfants, écrasés sous ses yeux.... L'antiquité païenne aurait ToOé la face de ce père , et le judaïsme n'aurait eu à faire entendre de lui que son I^otuii consolarï, quia non sunt,,. Mais le Christianisme, qui a des consolations égales aux calamités, et des espérances plue fermes que la terre , a ûupiré à ce nouveau ^ob ces paroles sublimes dé résignation et de foi :
« Basse-Terre, li férrier it43.
« Mon cher D....,
« J*ai su que vous étiez venu me chercher à la Pointe pour me donner « asile : je ne vous outragerai pas par un remerciment, mon ami...; car « remercier Tamitié d'une noble impulsion, c'est supposer qu'elle aurait « pu fûre autrement. Mais j'éprouve le besoin, moi aussi, d'avoir de vos « nouvelles , de savoir comment sont les vôtres, et de partager votre bonheur « conune vous avez partagé nion affliction.
« Elle n'est pas aussi amère que qudques personnes le pensent.. Il est « des croyances qui consolent, des convictions qui dédommagent. Elles « sont les unes et les autres tellement profondes, que je n'ai pas cessé mes « relations. inteOectueUesavec les miens. Je les consulte : le cœur, qui est « devenu le seul organe , voit leurs résolutions, entend leur réponse ; et ma « conscience, qui foule aux pieds ma raison , décide mon jugement. Croyez n m'en bien, D...., l'homme n'est pas composé d'argile seulement...*
« En me voyant enlever, en moins de deux minutes , tous ces corps si
« pleins d'une admhrable beauté , non pas de cette beauté «la^^^^^l^
« vers détruisent si promptement , mais de cette beauté sur »«;ï"*H* ^^^
. et rmtelligence jettent un reflet céleste ; en v^J^J ^^^'^t^fe'^nt pour u «la partie ar^leuse des miens, rétaiftperdii,^ j«^»«p"'»''' *^ ^ »•
« limite de rhommelll Ai^oordliui, je suis calme , tranquille, résigné. -^ • Je mMndine avec respect sous la main qui a youIu que les choses fussent « ainsi modifiées ; je Tais plus loin : je la remercie...., car elle est dirigée « par des principes d'une rigoureuse et étemelle et parfaite justice; et, « en me pennettant d'apprécier tout ce qu'il y avait de grand , de noble , de « céleste, dans la réunion de ce qui m'a été enlevé. Dieu m'a dit : Je te « place dans la position d'être imbécile ou ifljuste, en supposant que tu « puisses admettre que je n'ai pas un but noble et digne de moi.. .
« D...., croyez-en votre vieil ami : Louise est immortelle... ; Victorine « et Stéphanie sont immortelles... ; mes petits enfants, si pleins d'innocenc€ « et de grâce , sont inmiortels...; cette vertueuse Malvina , sainte et martyre, « est immortelle... Sentir autrement, c'est fouler aux pieds toutes les afiec- « tiens basées sur la vertu, pour les remplacer par les creuses théories et les « raisonnements disloqués d'une ignorante et présomptueuse raison.
« D...., je suis ici sous la double impression de la vérité et de mon affec- « tion pour vous... Je voudrais vous voir partager des croyances qui. Meules, « vous rendront heureux. Je suis dans une situation trop solennelle pour M trouver de la satisfaction à emporter d'assaut, par le raisonnement, ce « que je ne puis espérer d'obtenir ( par affection pour vous ) que par la force « des convictions.
« Adieu, mon cher D...., embrassez pour moi votre excellente femme , « votre enfant , tout votre monde.
« Votre vieil ami , « NADAU-DESISLETS. »
M. Nadau-Desislets est allé rejoindre les siens un an après , jour pour Jour, lV\éneroent qui les lui avait enlevés.
mSLIOION NATUBBLLB. 159