‹ Etudes philosophiques sur le Christian isme (volume 2)Chapitre 23 sur 36 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Nous avons une ftme, — il y a un Dieu, — notre Ame est immortelle. — Ces trois vérités sont établies.

De leur rapprochement va jaillir maintenant cette quatrième vérité, qu'il ya une Religion naturelle, c'est-à-dire, des rapports naturels et obligatoires de l'homme à Dieu.

I. La première sensation de notre être est le plaisir d'en jouir, de voir et de contempler ce bel univers , J'harmonie imposante de son ensemble, et la profondeur inépuisable de perfection qui r^e dans ses plus petits détails. Nous sentons que notre Ame est faite pour ce plaisir, pour ce sentiment de l'ordre; que plus elle s'y livre , plus elle se sent, plus elle se dilate, plus elle vit.

Mais il est de notre nature de nous rendre raison des choses, de donner un but à nos pensées et à nos sentiments. Or, cette extase vague et flottante, où nous entrons à la vue de l'univers , se fixe bientôt par cette simple réflexion , que tant d'ordre suppose nécessairement un premier Être essentiellement dominateur et indépendant, de qui tout relève et par qui tout vit.

Je sens, dès lors, que je ne suis pas étranger à ce grand Mattre de toutes choses; car, moi aussi, je suis compris

IM UVHB I. GHAFinS IT.

dans ses ouvrages : je lui appartiens comme tout le reste. Je n'ai besoin que de me regarder, pour tout sa créature. C'est lui qtU a arrangé toutes les parties de mon corps: qui d*abord m'a disposé corhniè un hit qui se caille et â'épatssii, puis m'a revêtu de peau et de chair, m'a affermi» d'os et de nerfs , m'a donné enfin le souffle et la vie ; et c'est la continuation de ce secours qui conserve mon âme\

Dans cette simple réflexion je trouve déjà un premier rat^port de dfyendance y que je me plais à reconnaître et à entretenir pa^ la pensée , comme le fondement même de Ëion être , et qui me porte à adhérer à cet Auteur de mon eadstence comme à mon principe .et à mon soutien.

n. Je ne tâhle pas à remarquer ensuite que non-seulement la puissance et la sagesse ont présidé à la formation de Funivers, mais encore qu'une bonté inépuisable s'est complu à fournir chaque chose de la provision de son existence i quepartbi tous les objets de cette Providence je suis 16 créature de prédilection , élevée au-dessus de toutes les autres par la fticulté qui m'a été donnée de me les assujeuir et de me constituer leur roi i par le don de l'iotelligence , (fui me permet de commander à la nature ; par le don de la liberté y qui me permet de commander à moi-même et de me choisir un maître , qui ne peut être que l'Auteur de tous ces grands bienfaits, vers qui je me sens porté eoiUme par un reflux du don vers le donateur. De là tâi second t*apport de reconnaissance envers Dieu qui domine tous mes Sentiments , parce qu'il n'en est aucun que je ne lui doive y puisque le cœur qui les ressent , et les objets qui les excitent, viennent également de lui.

m. Plus je fixe ma pensée, du reste, et plus je stiis porté vers Dieu par la considération de tout ce qui m'en-

' Job, chap. X.

vironne. Tous les objets qui excitent mes sentiments n'ont d'attrait à mes yeux que parce qu'ils me paraissent doués de quelques perfections ; que parce qu'ils sont beaux y ordonnés, bonS| sages y nobles , gracieux, sublimes; mais ces perfections, qui ne sont qu'accidentelles et fugitivGs dans les créatures, n'ont été répandues sur elles que par Celui qui les a faites, et qui doit être par conséquent comme le substantif de toutes ces perfections, c'est-à-dire, la beauté, la bonté, l'ordre, la sagesse, la puissance, les plus infinies, a Les perfections de Dieu sont celles de nos « âmes et de toute la nature , dit Leibniz ; mais il les pos* c sède sans bornes ) il est im Océan dont nous n'avons reçu c que quelques gouttes : il y a en nous quelque puissance, « quelque connaissance , quelque bonté ; mais elles sont « tout entières en Dieu. L'ordre , les proportions , l'harmoc nie, qui nous enchantent, la peinture et la musique, en <x sont des échantillons. Dieu est tout ordre -, il garde toute c la justesse des proportions; il fait lliarmonie univer- « selle ; toute la beauté est un épancbemen t de ses rayons ' . » Conduit par cette réflexion , je vois Dieu dans toutes les choses belies et aimables , je les lui subordoime , je les lui ramène , et j'en compose un ensemble de beauté , pour lequel je réserre tout l'amour dont je puis être capable ; et comme je sens que toutes mes facultés sont faites pour goOtler ces perfections et y trouver leur bien-être , j'en conclus que c'est vers Dieu qu'elles doivent être dirigées ^ comme vers la plénitude de leur satisfaction ; je reporte en lui l'admiration et l'amour que fait naître en moi la vue de ses merveilles ; je suis heureux de trouver à qui payer le tribut de ma pensée et de mon cœur, que celui-là mcnif^ de qui je tiens déjà cette pensée et ce cœur les ranù i à

16â LIVRB I. CHAPITRE IV.

lui par le reste de ses ouvrages j et devienne ainsi tout à la fois le principe et la fin do ma destinée , et dès lors Taliment infini de ma félicité. De là , im troisième rapport d'amour, qui se compose de tous les amoiu*s, comme Dieu se compose de toutes les perfections , et qui me porte à aimer en lui la suprême beauté , la souveraine bonté , Tordre même, la sagesse et la puissance les plus admirables , le type absolu du bien.

rv . Cette pensée prend im caractère plus sublime et plus touchant lorsque je viens à observer que , par ma qualité d'homme , je suis le seul être dans la nature qui soit capable de cet hommage. J'éprouve d'autant plus le besoin , dès lors y d'acquitter envers Dieu la dette de la reconnaissance et de l'amour, non plus seulement pour moi y mais pour toutes les créatures qui ont été mises sous mon empire , pour tout ce grand monde qui se résume dans ma pensée comme dans un sanctuaire , et qui ne me raconte la gloire de son Auteur que pour que moi-même je la lui renvoie. Je vois que si j'ai été ainsi constitué roi de l'univers y c'est pour en être le pontife , et que je suis ici-bas comme le vassal de Dieu. Cette faculté religieuse y qui me distingue entre toutes les créatures , m'établit ainsi comme le lien solidaire qui joint le monde à son Auteur; et ce serait manquer à mon caractère le plus essentiel , que de la laisser oisive. C'est ainsi que mes premiers rapports de dépendance , de reconnaissance et d'amour pour Dieu y se complètent par un rapport plus solennel y celui d'adoration.

V. Hais des rapports plus intimes vont jaillir de la considération intérieure de notre être. Comme nous l'avons vu, nous sommes citoyens , par la pensée y d'un monde autre que le monde sensible , du monde intellectuel et moral. C'est là plus particulièrement qu'est le siège de notre être.

RBU610N NATURELLE. 163

Là, Dieu no se communique plus à nous par rintermédiaire des créatureSy mais directement, et par des rayons qui émanent immédiatement de sa substance , c'est-à-dire , par la Tenté à notre esprit , par la justice à notre conscience, par le sentiment de Tordre et par la beauté morale à notre cœur. Cette vérité, cette justice, cette beauté morale, qui ne sont que les diverses applications de la raison suprême, réclament perpétuellement au dedans de nous un culte. Nous ne nous y refusons jamais sans trouble , sans désordre , sans malheur. C'est conune Tair et la lumière de l'âme. Elle tend sans cesse , par tous ses bons instincts , à se l'assimiler. Conome nous l'avons dit , c'est le foyer d'où elle émane , et autour duquel elle gravite pour y rentrer, et s'y dilater dans l'absolue possession de son principe. Ce principe , que nous appelons la raison , et qui est comme la matrice de toutes les intelligences , c'est Dieu. C'est une illusion grossière que de nous faire de la raison quelque chose d'abstrait en soi, et qui ne repose sur rien , et conmic un fantôme ouvrage de notre esprit : notre esprit, au contraire, en est l'ouvrage; notre raison est fille de cette raison , ou plutôt n'est que l'aspiration instinctive de notre esprit vers Dieu, qui, selon la belle expression de Malebranche , est le lieu des esprits , comme l'espace est le lieu des corps.

On a dit de la noblesse qu'elle était un prolongement de la souveraineté ; on peut dire de l'àme qu'elle est un prolongement de la Divinité. Nous tenons de Dieu en eifet ; et, 6Q y remontant, nous ne faisons que rentrer en nousmêmes et que nous reconstituer. Il y a l'infini entre nous et Dieu, sans doute ; mais c'est un infini en perfection que nous tendons à égaler éternellement , et non pas un infini en nature ; tandis qu'il y a l'infini en nature entre Tànae et

16i LIVRE I. GHAPITRB IT.

le 6orp8 où elle est attachée , et tout runiyers matériel où notiD sommes plongés. De sorte que par Tâme nous sommes plus près de Dieu que de notre propre corps ' y plus sembla* bles à M qu'ft toutes les créatures ; et qiie la proximité et la siMlitude des êtres étant la base de leur société , notre société àVec Dieu , la keUgion , est plue conforme à notre na* ture que tous nos rapports ayec le monde eittérieur et sensible qui nous entironne.

De là cette profonde parole de la Genèse : FàiMM Vhoffime à notreifnagé et àhôtre reèêetnblAncè, c'est-à-dire, intelligent d'après notis ; aimant la térité , fait pour la posséder comme nous. Il j a en effet cette ressemblance entre Dieu et l'holnnie , que tous deux aiment la vérité et sont faits pour la posséder : la Seule différence , c'est que Dieu la possède en lui-même , et que notre àme tend à la posséder en Dieu, et à l'y puiser comme dans sa source. Et Cicéron, avec la haute simplicité de sa raison philosophique, rentre admirablement dans cette pensée , lorsqu'il dit ces paroles remarquables : « La loi morale , c'est l'esprit de <t Dieu y dont la raison souveraine oblige ou interdit... ; la <t loi véritable et là première est la droite raison de Dieu. . * ; et cette raison, une fois pi' elle s'est affermie et diveléppié é dans l'esprit de l'homme , est la loi. . . D y a donc ^ puisque « la raison est dans Dieu et dans l'homme , une pretuièrè i société de raison de l'homme avec Dieu , une ressemblûnce d de l'homme avec Dieu. On peut nous appeler ainsi la fù^ a mille, la race ou la lignée des êtres célestes. D'où il réa suite que , pour l'homme , reconniUtre Dieu , c'est r&con^ é naitre et pour ainsi dire se rappeler d'où il est venu^. *

t Rtfnum Déi intra wu at. Évang.

* Lex est tnens omnia ratione aut cogentU aut vetantis Dei; lex vera atque princeps, apta adfnbendum et ad vefandum , ratio est rec'a

BELIGION VATUR^IXE. 165

Le culte de la eaisov , qui est le but muque de notre ftme, n'est donc que le culte de Dieu m esprit et en véritf; culte qui cesse dès loni d*ètre le yéritable , et qui devient une idolAtrie monstnieuse et stérile, sis à la place de Dieu, qui est la seule b aisov, nous diyinisoi^ notre raison propre, qui n'en est qu'un rayonnement , et si nous absorbons , si nous bornons ainsi à nous-mêmes Tactivité morale qui ne nous a été donnée que pour avancer en Pieu '-

VI» Cette considération grandit encore, et donne lieu à un rapport plus explicite entre Tbomme et Qieu, lorsque, me sondant plus profimdément moi*ipème , je vien^ à découvrir qu'une insatiabUité d'esprit et de cœur, qu'une soif ardente de connaître et d'aimer, qu'un dégoût profond de tout ce qui passe , qu'une tendance invincible vers Tinfini j attestent videmment qu'à la différence de toutes les autres créatures , je n'ai pas reçu le coipplément de mon être , mais seulement des facultés pour le conquérir ; que je ne fais que préluder ici-bas h mes destinées ; que le perfectionnement et le progrès le plus indéfini ipot la loi impulsive de ma nature ^ qu'il n'y 4 que de^ commencemeTitd et des ébauches de connaissance et de félicité pour ii^oi dai^s ^cetle vie ; que quelque chose d'infini et d'étemel m'attend par delà , et que ce quelque chose devant remplir cette 69pacité illimitée de connaître et d'aimer qui me tourmente , doit par conséquent être lui-même infini 9n vérité et en

nmniii /ooit; eadem fûUo quum est in hominis menteconfim^ata et confietUf îex ut : ett igitur^ gtumiam nihil at ratione melius, enque et in homint et in Deo , prima homini cum Deo sœietas ; est i^itur hfminis cumDeoMimilitudo; ex quo vere agnatio wOfis eum emlesUbî^, tel gemui» vel $tirp$ ^ppeUari potest; ^exquo ^Jleitur illud, ut is ofnoseat Deum, qui unde or tus sit, quasi recorde tur, ae noscaf. ( De lê- OifnUfVh.l,) > Ambulare in Demino. BMIe exvrtÊÊkon !

lOr» LIVRB I. CHAPITRE IV.

amour, et comine tel Tensemble de toutes leg perfections : Dieu.

Il y a cette dissemblance frappante entre Thomme et toutes les autres créatures^ qui conduit forcément à la conclusion de rimmortalité de ses destinées et de leur essor en Dieu : c'est que toutes les créatures, y compris rhonune même , mais dans son corps seulement, atteignent rapidement le dernier degré de déyeloppement et de perfection qu'elles doivent avoir, et qu'ensuite elles s'y arrêtent, et tournent pour ainsi dire dans le cercle de leur organisme ou de leur instinct, jusqu'à ce que l'affaissement et la décadence viennent les ramener à leur origine : l'homme , au contraire, je veux dire l'homme-intelligence, grandit et se développé sans cesse par toutes ses facultés ; il suit une carrière indéfinie, une ligne perpétuellement ascendante de connaissance et de vertu ; il est toujours ignorant et imparfait, parce qu'il est toigours appelé à connaître et à mériter davantage. C'est un édifice dont le faite n'est jamais atteint. Une seide intelligence dévore en peu de temps tous les trésors de science acquis par l'humanité tout entière jusqu'à elle , et , rendue plus avide , plus légère en quelque sorte par cet immense butin, elle se précipite avec d'autant plus d'ardeur dans le champ des découvertes, elle recule et porte au delà les bornes des connaissances humaines ; et alors que la mort vient la surprendre dans le corps où elle réside , et qui a fini sa tâche, elle a à peine commencé la sienne ; elle en est encore à son début : tout ce qu'elle a recueUli , tout ce qu'elle a fait , n'est comparable , comme dit Newton , qu'à un jeu d'enfant sur le rivage , eu égard à l'Océan de vérité qui lui reste encore à découvrir. Ce que nous disons de la vérité dans les sciences, nous pouvons le dire de la vertu dans les actions, do

la hidiïle et de la perfection dans les arts, de la félicité dans les affections ; de tous côtés notre âme conçoit^ aspire, convoite un Océan de perfections sans limites. Elle ne se juge si misérable que parce qu'elle se sent toujours appelée à de plus grandes choses , et la plainte étemelle de son indigence n'est que le cri de son orgueilleux destin.

11 suit de là que la Religion , en établissant une communication avec rinflnie perfection de Dieu , répond essentiellement à la première loi de notre nature indéfiniment perfectible et immortelle. Notre âme est h Tétat de création commencée ; la main du Créateur est encore posée sur elle ; Touvrage de sa perfection n'est pas encore achevé et ne s'achèvera jamais , puisque sa destinée est d'être semblable à Dieu lui-même. De telle sorte que nous dérober à cette action perfectionnante de Dieu y pour nous borner à nous-mêmes et aux créatures , c'est faire le larcin le plus coupable à la Divinité , c'est trahir tous ses desseins , c'est nous suicider moralement ; et qu'au contraire chercher Dieu, ramener et contenir incessamment notre âme sous sa main créatrice et paternelle , adhérer à lui de toutes les forces de notre esprit et de notre cœur, c'est nous retrouver et nous posséder nous-mêmes , c'est marcher à notre fin , et tendre à notre vraie félicité.

Vn. Enfin, il est un dernier rapport qui met le sceau à tous les autres : c'est celui qui nous constitue justiciables de Dieu même, et comptables de nos vies envers lui. Celuilà est inévitable, et nous reliera infailliblement tous à sa justice, n se resserrera même d'autant plus que les autres rapports volontaires auront été plus relâchés. — Nous chercherions en vain à le méconnaître : si nous sommes libres, ce n'est qu'à la condition d'être responsables ; et si par la liberté nos pensées et nos actions peuvent se jouer de Dieu

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dans le temps ^ parla responsabilité elles contractent envers lui des engagements éternels. Plus nous sommes libres, dès lors, de nous refuser à le reconnaître et à Thonorer ici-bas, moins nous le devons , parce que la liberté est la mesure de la responsabilité; avec cette différence que la liberté de rhomme n'a qu'un temps, et que sa responsabilité est éter* nelle. Nous Favons démontré : l'absolue Justice ne s'exerce pas dans cette vie ; elle laisse pour ainsi dire flotter les rênes du monde moral au gré de nos volontés, jusqu'à tolérer que nous fassions tourner contre elle les forces que nous avons reçues de sa puissance. Il le faut, sans quoi nous ne serions pas libres , et nous ne pourrions pas devenir semblables à Dieu. Mais vient un moment où son bras se raccourcit tout à coup, et où il se fait rendre , par l'expiation et par la crainte, l'hommage que nous lui avons refusé par la volonté et par l'amour, n le faut encore , sans quoi Dieu ne serait pas Dieu , et serait même moins que l'homme. H résulte de là que la première loi de notre être étant d'en faire hommage à son Auteur , le premier compte que nous aurons à rendre sera celui de not^e c(»idaite à regard de cette première loi : qu'ainsi les intérêts les plus graves, les plus infinis, sont attachés à notre fidélité ou à notre révolte, à notre négligence ou à notre ardeur. « Ah, «r Théodore! ah, Théotime! Dieu seul est le lien de notre <r société. Qu'il en soit la fin, puisqu'il en est le prin- « cipel N'abusons pas de sa puissance. Malheur à ceux « qui la font servir à des passions criminelles ! rien n'est « plus sacré que la puissance , rien n'est plus divin. C'^est ff un sacrilège que de la faire servir à des usages pfo« « fSanes ; c'est faire servir à l'iniquité le juste vengeur des « crimes '. »

« Malebrancbe, 7* Bntretiensur la métaphysique, n* xiv.

B£LIGiOâi NATUHËLt]^. 169

Ainsi; tout en moi coIQ^le au(oiir de moi proclame h vérité d'une Religion naturelle , d'un culte n^eçsaire de mon être emen Dieu : — rapport d'e?dstenc0 et de dépeil4aneey — d« recoimaissance , — d'amour, — de Sj^eerdoce naturd et d'adoration ^ — de re^seinblance et d$ filiation originelle, -— de société de raisop et de destin née 9 — de responsabilité et d'intérêt étemel.

Combien donc est fausse et vaine cette illusion dai^s ]aqudle vivent les honnétugms ^^lon le moMe^ de croire qaa toute honnêteté se hoynQ à l'acco^iplisseineiit de uqs devoirs envers la société de nos semblables l et qu'pii est quitte envers la justice quand on les a remplis! Car d'abord les remplit-on , ces devoirs envers la société, lorsqu'on lui donne l'exemple de l'irréligion, lorsqu'on scandalise ses frères , lorsqu'on affaiblit par l'indifférence , lorsqu'on tue par le dédain, la foi dans les ftmes, et qu'on fait servir la pro^ bité à accréditer l'impiété? . , . Outre ^Q^ devoirs ei^vers no9 semblables, ne sommes*nous pas obligés epsuife à qertains devoirs envers iious«môme9 , donf le principal e^t de noiji^ suméliorer san3 ce^ par noQ rapports avec la souveraine perfection, et 4o répondre à la vocation d^ notre immortalité ? ... Ft enfin n'avons-nous pas des devoirp directs envers Qîen? ne sont-ce pas même les premierp de toiw nw 44TP|f;9 ? R^dre à chacun ce qui lui est dû n'impUqqa*t-il pas au pf^iw nM#r chef le devoir de rendre hommage à Celui i qui tont eçt dû? Dieu nous a-t-il faits pour être justes, reconn^î^^antfi ainints envers tout le monde, e^QopCé envers liii qui est |4 Justifie, la Bienfaisance, l'Amour même? Est-on probe^ Mtt? on juste, est-on honnête homme enfin , quand on renie sa proBiàre dette? Les païens en jugeaient autrement; j'en appelle à cette belle définition de la piété par Cteéron : La

to

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pi^É EST LA JusTicas EifVERS DiE0 ; Est 0nifn pielas jusUtia

odversutnDeos^.

Ainsi donc, pour l'homme, reconnaître et honorer Dieu, c'est se rappeler et reconnaître d'où il est venu , de qui il tient tout , à qui il doit tout , pour quel but il est placé dans l'univers, où il tend et où il va au delà de cette vie ; c'est s'attacher à son principe , à son centre , à sa fin : c'est

tout rhomme.

Personne n'hésiterait à reconnaître cette grande vérité, si Dieu se dévoilait à nos regards dans tout l'éclat de ses perfections. Nous nous jetterions tous alors dans son sein comme dans l'Océan de la beauté et de la vie. Mais parce qu'il est caché derrière ses œuvres, qu'il ne reluit que par les beautés qu'il j a répandues , nous sommes portés à prendre le change, à borner aux créatures le mouvement d'amour que Dieu nous a imprimé pour aller à lui, et à éparpiller sur elles tous les immenses trésors de notre intelligence et de notre cœur. Et comme de toutes les créatures nous sommes les plus riches par nos facultés, les plus semblables à Dieu, c'est vers nous que nous commençons par tourner nos complaisances et nos idolâtries , d'où nous les prodiguons ensuite sans réserve à tout ce qui peut nous charmer : car le sentiment d'adoration et d'amour que Dieu a mis en nous, pour remonter à lui, ne se perd jamais; seulement il s'égare en se laissant aller à l'attrait que Dieu a répandu sur ses ouvrages, et qui est comme un rayon de sa beauté qui les colore, et qui se joue à la surface des êtres. Au lieu de nous servir de cet attrait pour remonter à son vrai principe,

* Belles paroles de Racine à son fils : « Jeveui mo flatter ijat, « Yotrepoarible ponrdeTenir un parfait honnêle homme , vous coneerrei « qa*on ne pent Tètre sans rendre à Dieu ce qu*on lui doit. » ( Letires de /eanRadne,)

et d'aller d6 Touvrage à rartisan^ du rayon au foyer, des créatures au Créateur, nous les lui substituons, nous les lui objectons, nous en faisons les instruments de notre infidélité, (pn ne tardent pas à devenir ceux de notre infortune, en ne nous laissant, après quelques éclairs rapides de jouissance, que rindigence et le néant'.

n coûte à Torgueil de notre esprit, il coûte à Vemportementde notre cœur, d'attendre le vrai bonheur, dont le seul avant-goût vaut cependant infiniment plus que le goût actuel des biens qui passent, de nous assi]yettir à l'épreuve de la foi et de la vertu pour l'obtenir : nous voulons l'avoir tout de suite , nous le composer nous-mêmes ; nous voulons avoir la couronne avant le combat , le ciel sur la terre ; et pour cela nous intwvertissons l'usage de toutes nos facultés, nous les pervertissons ; et tous nos efforts ne tendent c[u'à manquer notre destinée, et qu'à nous précipiter loin de notre but.

Une femme qui n'a que trop fait l'expérience de cet Rarement de notre nature, l'a elle-même confessé dans une page bien éloquente. La voici :

« L'amour, Sténio, n'est pas ce que vous croyez ; ce n'est a pas cette violente aspiration de toutes les facultés vers un « êtrecréé'.c'estl'aspirationsaintedelapartielapluséthéc rée de notre ftme vers l'inconnu. Êtres bornés, nous cher-

' • « Tous le» hommes qui n'ont point là connaitamce de Dien ne aont que « TauUé; ils n*onl pn comprendre par les biens Tîsiblesle soorenin être, « ety dans Fattention qa'ils ont donnée à ses ouyrages , ils ont toot admiré , « excepté la main qd les a Atts.

• Qne si la beauté qui les a séduits est telle qu'ils ont pris ces créatures « pour des dieu» qu'ils se figurent donc combien plus beau doit être cèlni « qui en est le dominateur I car c'est lui, ranteur de la beauté même, qui • Fa donnée à toutes ces dioses. » — Quorum si, speeU deleetati , Deoi jmiaverunt, Mciani quanta Mi dominator e orum speckuior eêi ; ffwdei eiiim çetieraîùr hsec ornnia constitua. ( la Sagesse, chap. xm , t. 1, 8. )

172 Liras I. CHAPITRE IV.

a cbond Sans cesse à donner le change à ces cuisants et insfté tiables désirs qui nous consument; nous leur chercho&B <t un but autour de nous, et, pauvres prodigues que nous ^ sommes, noiis parons nos périssables idoles de toutes leg <f beautés itmuatérielles aperçues dans nos rêves. Les émo^ a tions des sens ne nous suffisent pas. La nature n^a rieft a d^asseï recherché, dans le trésor de ses joies na'ives, pour a apaiser la soif du bonheur qui est en nous ; il nous faut le é del, etfiousneravons pas. C'est pourquoinouscherchoàs H te dôl dans une créature semblable à nous, et nous dépen^ « éons poui* elle toute cette haute énergie qui nous avait été i donnée pour tm plus noble usage. Nous refusons à Dieu le Qt senthnent de Tadoratidn , Sentiment qui fut mis en nous « pour retourner à Dieu seul 5 nous le reportons sur un être a incomplet et faible, qui devient le Dieu de notre culte idoft lâtre. Atijoui'd^hui, pour les âmes poétiques, le sentia ment de Tadoration entre jusque dans Tamour physique. à Étrangô erreur d'une génération avide et impuissante! « Aussi, quand tombe le voile divui, et que la créature se a montre , chétive et imparfaite , derrière ces nuages d'en- « cens , detriète Cette auréole d'amour, nous sommes efa frayés de îiotre illusion, nous en rougissons, nous renterd dons l'idole, et nous là foutons aui pieds. Et piiisnous en a cherchons une autre ! car il nous faut aimer, et nous nous « trompons encore (souvent, jusqu'au jour où, désabusés, i éclairés, pUriÛés, ndUë abandonnons l'espoir d'une àffaoa don durable sur la terre, et nous élevons vers Dieu l^hom- « mage enthousiaste et pur que nous n'aurions jamais dû tt adresser qu'à lui seul*. »

Cet hommage est dans notre nature , tous nos rapports y aboutissent ^ toug nos intérêts le réclament , c'est le premier

' George Sand , télia^

iBllâtlM ^ATtTMÂU. ifs

Arfiolé de la loi âatufelld : Tit AtMÈk&jr Tdi^ Dteto bs tout Toir ÉiPÈilt M bn roxiT Tott tàEcà.

Vlil. Le moyetl à Vàide dtl^ël ft'étël^ce Êet hoitiitiâj^é bi bh ibli 0é rapporter toute là HeUgloù, c'ëfct Isl ptièfS.

A cet ^tet, il faut notis fdlre uiie retraite et étttmfié lin Étttictoaiirë au fôtid de la coni^ciênce, où notte tamenldnâ àéAs «Mie tibs pëitàées en p^éâétlcô de la Divinité, Jusqu'à renâre cette présétiae a^dez sensible par Tliabitude pour ne jamais la perdre entiéremetit de vue au milieu des âoins et des éâbarras extérieure de la vie, et la retrouver aisément & ceftainâ itioments de recueillement Ultérieur, régulièreinent domiéd à rejcaitien et à la réforme dé notre âme. Là noiis rapt^oHérons la fin de toutes nos actionâ, nous imnlolerons nod mauvais désirs , nous offrirons nos contrariétés et nos SotiHhmces, nous puiserons la force et le conseil pour Tot)sertancë de plus eu plus parfisiite de la loi de jusUce et de vérité. LA |)éusée par qui nous entretiendrons ce culte ne pouvant Se concevoir sans la parole au moins intérieure, nous nous assujettirons à converser avec Dieu par la prière, qui n'est que Texpansion de Tàme avec toutes ses faiblesses, ses misères et ses besoins, en présence de l'absolue perfectioTl dé sou Auteur ; non pas pour que Dieu connaisse luimême Ées misères et ces besoins , mais pour que nous les sentions ôt les connaissions nous-mêmes en les exprimant, et que Uous nous pénétrions des perfections divines en les contemplant. A l'aide de ce moyen constamment pratiqué^ il finira par s'établir une relation intime et suivie entre Dieu et nous, un céleste hytnén entre notre ftme et lui ; et l'expétwùÊe nous apprendra bientôt que cet bjrmeu n'est pas stérile, et que Dieu ne sera pas le dernier à y verser ses dons\

• «.Chaque Jour ilftrat te prier, ait reicellentîc"^ ' -sapemée

- sur cette lainière qui épnre, sur ce feu oui co^ ^«w, sur

Vtk LIVEE I. CHAPITRE lY.

DL. Un moyen, du reste , bien propre à fortifier nos rapports avec Dieu, et qui forme le second article de la loi naturelle , c'est Tamour de nos semblables.

De même que nous sommes Tobjet de Famour infini de Dieu j faits à son image, appelés à le posséder, de môme nous deyons voir, dans chacun de nos semblables, Tobjet de ce marne amour, un enfant de Dieu, \m frère. Le meilleur moyen donc d*être agréable à Dieu , à qui nous ne pouvons directement faire du bien puisqu'il en est la source, c'est d'en Mre à ceux à qui il veut en faire lui-même , et d'être les uns envers les autres les instruments et les aumôniers de sa providence ; c'est de reverser, par mie céleste subrogation , sur les enfants , l'acquittement de nos dettes envers le père , et d'être à leur égard comme nous voulons qu'il soit à notre égard, en leur faisant tout le bien que nous voulons qu'il nous soit fait. Cette bienfaisance universelle , qui doit avoir l'amour de Dieu pour principe , l'amour de nous-mêmes pour mesure, et l'amour de nos semblables pour objet , forme le complément de la Religion naturelle :

Tu AIMERAS TON PROCHAIN COIUE TOI-MÊME.

De la souveraine et unique paternité de Dieu dérive ainsi la fraternité humaine; resserrer les liens de la première, c'est resserrer en même temps les liens de la seconde. NOTRE PÈRE ! toute la Religion est dans ces deux mots.

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