X. Hais ce serait s'abuser bien étrangement, et donner
« ce modèle qni nous rè^j^e, sur cette paix qui calme nos agitations» mit ce
• principe de tout 6tre qui rayiTe notre Terta. »
( PenUetf essaie ei maximes de /. Jmûfertf 1 1 , p. 120. )
« Ceux-là aeuls Teillent, ù mon Dien , qui pensent à Yons, et qni vent
« aiment t tous les autres sont endormis; ils font des rêves , et s'a t tach ent à
• • des fantômes. Tons seul êtes la réalité. Rien n'est bien que d'occuper de
« TOUS son cœur et son esprit , de faire toutes choses pour tous , et de n'être
• mû que par tous. > ( Idem, t. I, p. i07. )
. EKLIGION NATURELLE. 175
contre un écueil que je tiens à signaler déjà , que de juger de la facilité d'observer cette Religion naturelle par la simplicité de sa théorie.
Aimer Dieu et le prochain est bientôt dit , mais n*est pas bient6t fait. Ce n'est pas trop dire , d'ai&nner que toutes les forces humaines ne peuvent y atteindre.
On le concevra aisément, si Ton songe que cet amour de Dieu , qui fait le fond de la Religion , doit l'emporter sur tous nos autres sentiments, et implique par conséquent le dée-amour de tout ce qui nous en détourne, et en particulier de nous-mêmes, qui nous aimons si exclusivement. Ainsi , ce n'est rien moins qu'une question de vie ou de mortpour l'amour-propreet les passions, c'est-à-dire, pour rftme, qui n'estqu'amour-propre et passions ^ question qu'il est évidemment au-dessus d'elle de pouvoir résoudre, parce qu'elle ne peut trouver, dans sa nature viciée , la lumière et la force qui doivent précisément l'y arracher.
D'où vient cette étrange opposition entre l'âme et son bien suprême ? et comment se fait-il qu'alors que tout conspire, dans l'ordre de la raison et de la vérité , à nous porter vers Dieu , tout conspire , dans l'ordre de nos inclinations et de nos volontés naturelles, à nous en détacher? Nous touchons là à un abîme où plonge le nœud de notre condition morale , et qu'il n'est pas temps encore de sonder. Toujours est-il qu'en fait cette opposition entre nos goûts et nos devoirs , dans l'ordre de la Religion , est aussi certaine qu'insurmontable à la seule nature.
De là cette conséquence à laquelle je voulais en venir, comme à un correctif de tout ce qui précède , que ce mot mUurelle , que nous donnons à la Religion quand nous la considérons spéculativement , cesse tout à coup de lui convenir dès que nous descendons à la praticpie. Alors, pour
IT6 LiTM I. oBAPinn IV.
dire ttai^ «*68t mmdiiirtf/M qu'il faut rappeler, et dès lors impraticable^ **^ à mokft d'un Secours surtiaturêL
Cette grande vérité d'expérience est la pierre d'achoppetûBtt du ^itàuÉy et la pierre d'attente du GfiAistiAHisis.
En eièluant toute Religion révélée , le déisme etclut du même coup toute Religion naturelle , celle-ci ne pouvant se êoutenir d'elle-même sur un fond de ténèbres et de misères toitAB celui de notre ftine , à moins , comme le disaient ftodrate et Platon , ^ti'îl hb plaise à Dieu de nous envoyer ^l^'m de sapanpour nous instruire eî nous réformer ' .
Faute de Vouloir cie plier à la reconnaissance de cette vérité 9 le déiste reste donc par le fidt saûs Religion i et alors coinmeiit peut-il garder de Dieu la moindre idée digne de luiT et que ne prend-il rang parmi les athées '7
Conçoit-on que Dieu existe, et qu'il nous ait laissés sans tnoyens d'aller à lui? qu'il soit intervenu pour nous Jeter sur le chemiti du ciel , et qull n'intervienne pas pour nous y Soutenir et nous j guider ? qu'il Houë ait donné dssez d'idée de lui-même pouf que nous ne puissions ne pas y Songer, et qu'il ne se soit pas révélé assez poin* nous emt^êeher de tomber danâ une multitude de conjectures bizarres et de pratiques stlperstitieuses , qui ont été le plus souvent
' Plâti în Apàlog. Soeratii.
* Auflri est*!! âominé de le lliire deft deux cotée, et par les ilhées et pat les croyants , tant sa position est fausse et inconséquente. — « SHl est un • Dieu, dit Fauteur du Systâiib de la nature, pourquoi ne lui rendrions» « nous pas un eulleP * [ tome ÎI , i>. 224. ) — « /{ jf a deux sortes #a- « IMsme^dit Joobert : celui qui tend à sepasserderidéedeDieuietcdoi « jni tend à se passer de son intervention dans les affaires humaines. » ( Tome I, p. 112. ) — Ainsi, les déistes sont poussés dans le christianisme ^leé athées , é( repousses dan» Tathéisme pst les chrétiens : « SemblaBlès, « dit M. de Bonald, à ces petits princes qdyplaeés entre des piteances bel- « libérantes, sont tantôt pour Fooe, tantôt pour Fautre, et paissent par •t toutes deux. »
R£LIG10?I NATUamXB. 171
le renrersement de la morale et de la raison? Dieu ne fait pas défaut & Tinstinct de la fourmi ; il la dirige et U Finspire^ en soutenant en elle cet instinct Jusqu'à la fin : et il ferait dfiftiut à Tinstinct rellgieujt de Fespàee buminMf Ssl-ee (fue rhomme ne fait pas atisSi partie de U création? est-ce qu'il est déshérité? est-ce que la folie ^ son partage?... Aitied de saint Vincent de Patil 6t de Fénelon^ tous r^ûde2 à ces suppositions monstmeoses en nous faisant roir^ dans le haut degré de perii^tion où tous êtes parvenues^ que la main du Père a été tendue yers Tenfant!
Toutefois f la Religion natai'elle ^ teUe que nous venons de la tracer, reste toujours en spéculation comme le tjpe de Ift Religion primitiTe , et domme le cachet d'après lequel notis reconnaîtrons t>lus tard la vérité de la Religion chrétienne > qui n'en est que la restauration pratique. Car une Religion révélée a bien pik venir développer et faéiliter la Religion natureUe , mais non la contredire. Si Dieti a parlé potl^ ramener IM hoinmes A Itii^ il a dû le fakia plus explicitement qu'A ne Favait déjà fait une première fms y mais non difTéremment; et c'est au contraire dans la eon- Ibrmité exacte des deux langages qu'on reeonnaltra l'identité de Dieu.
Quant A présent , «ohstatonë la Vérité d'une Retipon nétufttlle ; et i l'exposition que nous tenons d'en, taira mettons le sceati du consentement universel.
Au travers de toutes les altérations que l'égarement de Tesprit humain lui a fait subir, l'honunage fendu à l* t>i- ^lé a foi^ours et partout fait le fond de notre nature. La première pierre de toute société a été un antel $ et quimd
178 LlVttË I. GHAPITUK IV.
cette pierre a été renversée , toute société Ta été aussi. Il n*a jamais été donné à Thomme de pouvoir se conserver sans cet élément indélébile et primordial de son espèce. Ce n'est pas seulement l'homme civilisé , mais l'homme perdu aux derniers confins de la vie sociale, l'homme sauvage, l'homme enfin par cela seul qu'il est homme , qui a toiqours porté dans son sein ce feu du ciel. Souvent il n'a eu rien que cela de la nature humaine , mais toujours il a eu cela : c'est l'iDStinct le plus profond , le plus radical , le plus xmiversel qui soit en lui.
« n n'est aucun animal , hormis l'homme , dit Cicéron, a qui ait connaissance de Dieu; — mais parmi les honmies « il n'est point de nation si féroce et si sauvage qui, si elle « ignore quel Dieu il faut avoir, ne sache du moins qu'il en « faut avoir un \ »
« Vous pourrez trouver, dit Plutarque , des cités privées « de murailles , de maisons , de gymnases , de lois, de mon- « naies, delettres ; mais un peuple sans dieu , sansprièru, « sanssermmtSf sans rites religieux ^ sans sacrifices, — a nul n'en vit jamais *. »
Dans les temps modernes, les découvertes de la navigation sont venues ouvrir un vaste champ à l'expérience de ce Hait : sur aucun point du globe il n'a trouvé un démenti. Dans tout le continent américain on a trouvé la croyance i l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'àme, coname k première base de la religion des sauvages '. Tous les voyfr geurs attestent également que ces croyances sont univer
I De Ug., Ub. n, cq». vin.
* Â]di9. CoMen.
' Carliy Lett, amérie.f 1 1, p. i05 ; Rimiuio» Navig, du now.éWioiuU La Hontaiiy Foy. dam rAmériqm s^ienL, t. n, p. ia$; /m jêcobU liT. V, p. 47(» clc,»etc.
BBUGIOM irATIJHfiLL£. 179
selles dans loute l'Afrique * ; les nègres croient fermement à Tezistence de Dieu , dans la bonté de qui ils mettent leur confiance, dont ils adorent la puissance , et àqui ils offrent UM partie de leurs aliments *. — Enfin, partout où il y a eu tTMe d*honmie , il y a eu trace de Religion.
n faut que ce fait soit bien constant pour que Vauteur du Syiiime de la «oliire ait été contraint d'écrire cet aveu , qui proteste si hautement contre son ouyrage : « D ne paraît ff pas que l'on puisse raisonnablement supposer qu'il y ait « un peuple sur la terre totalement étranger à la notion de « quelque divinité '. »
Comment ne pas conclure en même temps qu'une notion si universelle est nécessairement naturelle , et dès lors vraie ? qu'il est impossible que ce soit le résultat d'un fcdi expris universel? qu'il n'est pas moins absurde de nier la voix de la nature lorsqu'elle dit également à touB les hommes qu'il y a un Dieu qu'il faut honorer, que lorsqu'elle dit que nous sommes supérieurs aux brutes par la raison? car rinstinct religieux n'est pas moins naturel et universel que la raison chez tous les hommes ; si bien que, pour définir rhomme , on l'a aussi bien appelé un mimai religimus qu'un oiitmal raiMmmabU, c N'être pas capable de reli* c gion, c'était, chez lesandens, une des marques caractéc ristiques de YirraiiannabiUii , dit Joubert *. »
Maintenant les hommes , unanimes sur ce point, qu'il y a des rappcMis nécessaires entre l'homme et Dieu, entrent
< Relat de Guinée tifÊiStàmimi Reiat. d$ DetmareluUê ^ P>66; Koy. tf'/«siiiy,p. l7;Pn(priB,t. I^p. 18O;Dapper»l>«ferip<ioii<f0r4/HfiMy
tu.
* Foy. à Sitrimm ei dam intérieur de ta OnifaiM» ptr le «pitataM
' Tome II» chap. un, p. 976.
4 Tome ly p. lit.
180 UYW I- mAWlTWB IV.
êa divdrgftnce sur le mode de ces rapports; mais si cette ^divèi^emse sur le mode aeeusa Tarreur^ runanimité sur le principe atteste la vérité.
n faut doBc bien se garder de ce piège tendu par Tathéisme du dix^iuitième siècle , et notamment par Volney dans ses Ruin€s\ qui consiste à étaler les contradictions et les bizarreries des di£Girentes religions qui ont eu eours parmi les hommes , pour en conclure qu'elles sont loutei fémses , et qu'il n'y a pas de Religion véritable , parce que la vMté ne peut comporter tant de oontradictionSy et ne se révèle que par Vunité.
Ce dernier principe est juste ; mais Tapplication qu'en fût Voiney est fausse.
U est juste de dire que la vérité n'est que dane l'unité. Mous souscrivons bien volontiers à ce principe ; nous en (aisons même l'application à notre sujet , en concluant, de la contradiction qui règne entre les div0rses religions , qu'êlla M stmipoi iùutê^ wai$s. Mais ftiut-il en conclure , comme Vi^lney , qu'illu sont touUs fausses?
C^est là que se oaeho le sophisme.
0^ le reeensemoit universel que Voiney se complaît i fldre de toutep les lb)ies religieuses prouve précisém^t, et au plus haut degré , le consentement unanûne et universel sur le principe et la vérité d^une Religion. Si chacune des religions qui ont eu cours parmi les hommes a prétendu être la viritàbh ^ et a pu trouver des esprits disposés h le croire , c'est nécessairement parce (ju'au préalable tout le monde est d'accord (ju'U y a une fieligion véritable. C'est sur ce point qu'il y a accord universel ; et que dès Ims, Brion la rè$^e posée par Voiney lui-même , il y a viïrité. C'est ce fond commim qui a été exploité par toifs les qb^lainns de religion. Jamais on n'aurait pu introduire une seule
RKLieiON NATCAELLE. 181
fausse religion , faire une seule dupe de la superstition sans la vérité préalable d'une Religion. Si donc on est parvenu à faire recevoir parmi les hommes non pas seulement une folie religieuse , mais cent, cela prouve cent fois plus la force de la persuasion universelle sur la vérité d'une Religion ; et cet accord est d'autant plus concluant, que la division xiniverselle qui s'est introduite sur le mode de la Religion fait voir que les hommes livrés à eux-mêmes ne peuvent s'entendre sur rien , et que dès lors , lorsqu'ils s'entendent universellement sur im point unique , tel que celui du principe d'une Religion, c'estnécessairêment parce que la force de la nature et de la vérité les réxmit. Toute erreur, dit quelque part Bossuet , est fondée sur quelque vérité dont on abuse. Il y a de fausses religions comme il y a de fausse monnaie^ de faux remèdes, défausses influences attribuées à la lune. Hais il faut bien , je le répète , qu'il y ait au fond de tout cela un vrai culte, une vraie Religion; sans quoi personne ne se serait imaginé de supposer toutes ces fausses religions y comme personne ne se serait laissé aller à y croire , si l'esprit de l'homme n'avait étéprédispoei par la vérité même d'une Religion à être la dupe de toutes ces faussetés , comme il est enclin , par l'existence de la bonne monnaie^, de l'efficacité de certains remèdes et de quelques véritables influences sidérales , à croire à la fausse monnaie , aux faux remèdes , et aux fausses influences '.
< La TérHé de Texistenee de Dieu eBt trop succincte pour nioninie '
n ( continuait le général Bonaparte dans Fentretien aTec Monge , dont noas « aTons déjà rapporté le commencement , p. 106 ) ; il Teut sayoir sur luin même , sur son avenir, nne foule de secrets que Tunifers ne dit pas. Soof- « frei que la ReUgloa lui dise tout ce qn^U éprouTO le besoin de savoir» et « respectei ce qu'elle aura dit U est vrai que ce qu'une religion avaneoy « d'antres le nient Quant à mol , je conclus autrement que M. de Volney. « I>e ee qu'il y a des religions différentes, qui natnrdlement se oontredl- « sent, il conclut contre toutes; il prétend qu'elles «ont tontes mauvaises, f. '*
ISâ LlVJUi 1. UiAPllKË IV.
Efit-^il faidu vrai d'ailleurs qu'au sein de ce chaos de tous es cultes ^ le véritable n'ait pas été iacile à recoimattre pour les cœurs simples et droits? n'y a-t-il pas eu toujours et par* toiU, difSémioés au sein do toutes les nations , des sagês qui ont ganté le feu sacré de la Religion naturelle, et qui ont protosté contre les folies superstitieuses de leurs contemporains , sans toutefois tomber dans rathcisme , et en rendant un (mite pieux et fervent au Dieu véritable? YoUà ce que la bonne foi fait un devoir de rectiercber. Voilà ce qull n'est pas permis d'ignorer , car cela est attesté par les monuments les pfais recommandables de la philosophie et de l'histoire. Je Vais ea mettre quelques-uns sous vos yeux : « Le premier essai de former les idoles, » dit un ancien liffe qui a droit pour le moins à tous nos respects, etquiest aiipeié ajuste titre le Uvnde la Sagesse, a a été le commena eMnent de la prostitution , et lour établissement a été l'en* « tiare corruption de la vie humaine. Car les idoles n'oni « poini été dis le cùmmencemml , et elles ne seronl poùu « Éomjùure '. s
Ge témoignage est oonfirmé par tous les auteurs profanes : « Originairement, dit Lucien ^ les Égyptiens n'avaient ff point de statues dans leurs temples '. » Il en était de même des GarienS) des Lydiens, des Aroadiens et des Pélasges, qak adoptèrent plus tard le culte des divinités égyptiennes, conlme nous l'apprenons d'^Térodols ^ Le culte, jusqu'à*
« Moi* Jt lit trmif «ni* j»/ic^ tootai bonnai; car taules » «v/amf , disent ^lsaÊèsm€hsm.9(asieirs4u Cotuëiaiêi dêTempire, t. m, p. 220 ctail.}IiS v^té «Bfltfiieapos que toutee les religioiu «o»< bomnes^wais «N^tf f cifii 6o« eu fead 4e teutee lee reUgione, lequel leur yieot de la Religioa virilable» irnsenUSennep dont elles ne sont toutes, comme nous le ▼emns» que desalldratioas et des sectes«
*laStt§es$s, ebap.iiT, ▼. i% is.
^htÊskmf de PsaSfr,
)Héradete,HT.Il,n«e.
BELIGION NATUHELLE. 183
lors, s'était conservé pur aussi bien que les croyances. « On n'adorait , dit Thiophrcute , aucune figure sensible ; i< on n'avait pas encore inventé les noms et la généalogie » de cette foule de dieux qui ont été honorés dans la suite; tf on rendait au premier principe de toutes choses des a hommages innocents, en lui présentant des herbes et « des fruits pour reconnaître son souverain domame \ »
Varron assure que les Romains n'eurent , pendant plus (le cent soixante-dix ans y aucune image des dieux y et que ceux qui introduisirent Tusage des idoles ikiblirmt une er^ reur ineonfme auparavant * : c'est ce que vient confirmer encore l'autorité de Plutarque ^.
n est certain que la Religion primitive des Celtes et des Germains était exempte d'idolâtrie , et qu'elle ne commença à se corrompre que lorsque ces peuples , abandonnant les traditions antiques, adoptèrent les superstitions égyptiennes et romaines^.
Les habitants de l'Amérique S de la Perse ^ et de l'Inde t,
' Théophnstei ap, Forpàifr. de ubtUn, animal»
* V«rroo,d(éparflMiUAa0Ustûi, CitédeDUUtVir.TV.
^ Plvtvqae, Yiê de Numa.
4 AntiquiUi de VeanU, tU„ par M. le oomte WUgrin de Taillefer.
^ Carli, IMi, amérie., 1. 1» p. 105. — Garctlafiso de la Vega nous ^tpread « qa^ETant l'arrirée des Incas au Pérou , lea aneieiis habitants de ces oon* te trées GToyaient qa^U y ayait un Dieu suprême , auquel ils donnaient le nom « de Pacha-Camach ( le créateur du monde ) ; qu^il donnait la Tie à toutes « choses, qu'A oooserrail le monde. Us disaient qu^il était inrisibie. On hii « élera unseul temple dans un endroit appelé la vallée de Pacha-Camack, «
^ Sir John Haloolm, BiêMre de la Perse, t I» p. 27S : « La Àidigion « primitiTe de la Perse, dit-il d'après Monsin Faui| fut une ferme croyance « dans on PJea soprémet qui a ùii le monde par sa puissance et le gou- « veme par sa sagesse ; une crainte pieuse de ce Dieu , mêlée d'aoMNir et « d'adoration, un grand respect peur les parents et les neiltafds , «ne af- « fèctMMi fratMiMile pour le genre humain. »— Yoyas anaii d'Hertielot , mblMhèqw miefuialep art. CakemaraUi, 1 1, p. ise ; Paris, 17BS.
7 « Le rWlme,dttMLldeSaînte<;roU(0*isrv.|w-é<*m*ii.«i^ "••«••-
ne rendaieul originairement de cuite qu'au seui vrai Dieu.
n en était de même dans toutes les contrées de la Chine ' .
Tous les savants modernes qui se sont fait une étude do ce point important proclament à Tenvi cette vérité. L'abondance des matières que j'ai à parcourir m'empêche de les citer ; j'indique seulement le savant et judicieux Mignot ' . le docteur Shuckford^, Leland^, Voltaire lui-même '\ et Bolingbroke *.
Mignot, Shuckford et Leland , et autres savants , se rencontrent tous aussi sur ce point, qui fait le fonds historique de l'humanité, et sur lequel nous aurons lieu de nous ex-
« Védam , 1. 1, p. Id et 14 ), a été la RéUgion primitîYe du genre humain. n La marche progressiye du polythéisme supposerait cette yérité , si d'ail- « leurs les faits ne la démontaient pas. Chez les Indiens , comme chez tous « les autres peuples de la terre , on reconnaît , à trayers les fables et les fic- « tions les plus bizarres , un culte pur dans son origine , corrompu dans « son cours... Le conunercedes nations altéra le culte public des Indiens. « Quoique assez éloignés de llÊgypte , on ne peut cependant douter qnMk • n'aient eu connaissance de la Religion de cette contrée... »
* Un écrtyain qui paraît ayoir soigneusement étudié lliistoire de la Chine, assure « que les ÔiinotSy depuis le commencement de leur origine jusqu'au « temps de Confucius , n'ont pas été idolâtres; qu'ils n'ont adoré que le créait teur de l'uniyers, qu'ils ont appdé Xan-ti^ et auquel leur troisième empe- « reur, nommé Hoam-ti, bâtit un temple. » {Morale de Cot^fudus, Avertissement, p. 15. ) Cela est confirmé par les Motifs du prince Jean pour embrasser la Meligion chrétienne. ( Lettres édifiantes, t. XX , p. 349- 350.)
* Mém. de FAcad. des inseript., t. LXI , p. 240.
^ Connexion de r Histoire sacrée et de P Histoire profane, 1. 1. ^ Nouvelle Démonstr. évangél., t. III, p. 57-59.
* Voyez Lettres de quelques Ju^s portugais, t. II, p. 73 , édit. de I817, hi-12.
^ Tome V, p. '^^:, in<4*. -* « La doctrine d'un Dieu , de l'immortalité de « l'âme, et d'un état ftitur de récompenses et de châtiments, parait se peidre « dans les ténèbres de l'antiquité : die précède tout ce que nous savons de « œrtafai. Dès que nous conamençons à débrouiller le chaos de l'histoire ai»> « cienne, nous trouvons cette croyance établie de la manière la plus solide « dans Pesprit des premières nations que nous connaissions, v
RELfGION NATURELLE. 185
pliqucr amplement, savoir : a Que lorsque les hommes se « dispersèrent , après le déluge , pour remplir la terre et en n habiter les différentes contrées , les chefs ou les conduca teurs de chaque horde transportèrent avec eux les princia pas fondamentaux de la Religion et de la morale dans les « pays où ils s'établirent ; ils les conservèrent au moins a quelque temps , et ils les transmirent aux générations (I suivantes... L'autorité leur servait de philosophie , et la (f tradition était leur unique allument. Ils débitaient donc a leurs maximes les plus importantes comme des leçons (( qu'ils avaient apprises de leurs pères , et ceux-ci de leurs a prédécesseiu^ , en remontant jusqu'aux premiers homa mes , à qui Dieu avait parlé. Leur croyance était princi- « paiement fondée sur une ancienne tradition , qui pora tait qu'au commencement Dieu avait donné sa loi aux a hommes '. s»
De toutes ces citations , dont nous avons restreint infiniment le nombre , il résulte qu'une Religion pure partant du fond du cœur et de l'esprit de l'homme, s'adressant à un seul Dieu, l'honorant par un culte intérieur de vertu, et par des cérémonies publiques extrêmement simples et exemptes de superstitions, se rencontre seule sur la terre à l'origine de tous les peuples , et que cette Religion s'appuyait principalement sur l'autorité des ancêtres et sur la tradition, qui remontait jusqu'à un enseignement divin.
Cette tradition , base de la Religion primitive , ne reposant sur aucune autorité distincte et immuable , mais seulement sur la transmission orale des pères aux enfants , il advint que la corruption des mœurs éleva des nuages sur la simplicité de la doctrine , et que , par trait de temps, des erreurs et des superstitions s'introduisirent dans In culte
' Loland, tococifato.
186 iJVRE I. CHAPITRE IV.
primitif, y substituèrent insensiblement les passions aux vertus y les sens à Tesprit , la forme à la pensée y Thomme à Dieu y et que la Religion naturelle finit par s^affaisser universellement dans le chaos de Tidolàtrie '.
Néanmoins , la terre ne fut jamais complètement privée du précieux dépôt qu'elle avait reçu. Outre le peuple juif, qui semble n'avoir eu d'autre destination dans l'antiquité que de conserver les pures notions de la Divinité, et qu'on pourrait appeler un peuple^ontife , il s'est trouvé , sur tous les points de l'univers, des sages qui ont protesté contre les folies idolàtriques de leurs contemporains, en retenant, au sein de la nuit qui enveloppait la monde , quelques rayons de la vérité primitive.
Je vais encore appuyer cette vérité de quelques citations :
Et d'abord l'idolâtrie n'avait fait que recouvrir , sans l'effacer complètement, le dogme de l'unité de Dieu. Ainsi ce dogme était enseigné par les prêtres égyptiens; on n'en peut douter, puisque Solon, Tbalès, Pythagore, Eudoxe, Platon, qui ont enseigné ce dogme, étaient allés s'instruire en Egypte des anciennes traditions religieuses , ainsi que Plutarque nous l'apprend*.
Le même Plutarque nous apprend qu'à l'entrée du temple de Sais on lisait cette inscription :
Je suis ce qui a été, — ce qui est , — et ce qui sera. Nul mortel ne souleva Jamais mon voile K
Définition qui ne peut convenir qu'à la souveraine et unique intelligence , et qui rappelle celle de la Bible : Je suis celui qui suis...
' L^origîDede Tidolâtrie est admirablement espUquëe dans le ch. xir du livre de la Sagesse, * De is, et Osir,
RKLMIOR ITATUBHLUe. 187
A Ventrée du temple de Delphee, an Uffdt ausei ce mot^ El, iu es y avec le célèbre adage Connoîs-foî Uri^mém; eilr quoi Platarque dit : < Pourquoi mon advie est que celle eea cripture ne signifie ni nombre y ni ordre , ni em^ùnction, a ains estime entière salutatimi et i^^IkMieii éi« JDÎM, la« a qpielle, en prononçant les paroles, induit le lecteur à pena ser la grandeur de la puissance d^eelui*. >
Enfin, A Athènes même, la célèbre inscription Au JHeu inconnu, qui se lisait an frontispice d^m tcmp?e, et à la« quelle saint Paul fit allusion dans sa i^Micaftion au milieu de r Aréopage , exprimait la notion du vrai Disn , ssurée et démêlée encore de l'idolâtrie , par l'expression naite ellemême de son ignorance. « On voit, dit tm savant, que les a Athéniens avaient tant de vénération pour ce IMea in- « connu, que c'est par lui qu'ils jundoit dans les occasions < importantes. Nous le voyons dans un dialogue de Lucien, a intitulé Philopairis, dans lequel Crlfias jure par le Dieu a inconnu des Athéniens , et Tr jphon odiorte même les « autres à l'adoration de ce Dieu : Pour nou$, dit^il, oéhn «t ron5 h Dieu inconnu des Athéniens , que nous eifoons a découvert: et, élevant les mains au eisl, refMiefif4uî « grâces de nous avoir faits dignes d'être assujetêis à une a telle piMsance. Cela prouve que l'inscription (te cet autel a n'était que pour un seul Dieu, et qu'on le crpyail am-des'^ « sus des autres*. »
Tous les anciens philosophes de la Grèce, notamoMit Thaïes, Hermotime, Anaxagore, HéracBte, ArchélaOs, te* connaissaient Dieu comme le plus ancien des êtres, n^mfênt point eu de commencement^. C'est l'àme, disaient-ils , c'est
' Plotarqiie , au traité Que signifie le mot Kl?
" L'abbé Aiudme, Mém. de VAcodt^mle des ^nscripf.p t. VI, p. 307.
' Diogm. Laert., in Thnlet,
188 LIVRB I. GHAPITBB IV.
l'e$prit qui est le principe de tout, la cause et le seigneur de Vunivers\
a Dieu, dit Solon, donne un heureux succès à celui qui a fait le bien : roi et seigneur de toutes choses, et des im- « mortels mêmes, nul ne régale en puissance*. » • a Sachez, ditSocrate, que votre esprit, tant qull est uni « à votre corps, le gouverne à son gré. Il faut donc croire € aussi que la Sagesse , qui vit dans tout ce qui existe, goua veme ce grand tout comme il lui plaît. Ce Dieu qui voit <c tout , qui gouverne tout , est celui qui a fait Thomme au « commencement^, d
« L'univers ayant commencé , a nécessairement une ^ cause, dit Platon; cette cause, c'est Dieu, auteur et « pare de tout ce qui est bon , étemel , souverainement ina telligent, tout-puissant; le monde, qui renferme tous a les êtres mortels et immortels , est Timage de ce Dieu a intelligible , qui seul existe par lui-même ^ »
Hais voulez-vous avoir un symbole complet de la Religion véritable? écoutez encore Platon :
a Mortels , il est un Dieu , que les pères de nos pères ont < nommé le commencement, le milieu, la fin de tous les c êtres. A ses côtés marche éternellement la Justice, qui « punit les violateurs de la loi divine. L'homme prédestiné c au bonheur s'attache à elle , et suit avec humilité la trace € auguste de ses pas , tandis que l'insensé , aveuglé par ses « passions , se trouve bientôt sans Dieu , sans vertu , ren- « verse tout ; et , après avoir joui un instant d'une fausse c gloûre, victime réservée aux coups de la Justice inévita-
* Diogen. Laeri.» in Ànaxagor,
* SoUioaf Sentent, inlcr gnomic. grœc. Fd. vot.
* Xenophont. memorab. Sorrnf., lih. I, < . i>. -♦ Platon.
RI^LIGIOX NATURELLK. 189
« ble, so perd lui-même avec sa famille et sa patrie. — cr Ainsi , que doit penser, que doit faire le sage ? — Toutes « ses idées, tous ses efforts, se tourneront vers Dieu ; c'est <f de lui qu'il faut être aimé , c'est lui qu'il faut suivre. Il a n'est qu'une route , et la raison des anciens peuples nous a l'a déjà tracée : on plaît à qui l'on ressemble ; or, Dieu d est le souverain bien , et devant lui toutes nos perfections « humaines disparaissent. Il faut donc pour lui plaire cber^ « cher à lui ressembler, en faisant le bien. Si l'on fait le « mal , on s'éloigne de lui , on reste seul , et la justice est « outragée. — Cette distinction nous conduit à une helle et d grande vérité : l'honmie juste , en s'approchant des aua tels , en communiquant avec les dieux par les prières, les a offrandes , et toute la pompe du culte religieux , fait une a action n^le, sainte , utile à son hmheur, et conforme (( en (oui à sa nature \ n
Voilà la Religion véritable , telle que nous l'avons exposée; tout 7 est : Dieu, le culte, et la prière.
Si quelque chose peut être plus significatif encore que ce passage de Platon , ce sont , après la citation qu'en fait Aristote dans ses Œuvres, ces simples mots qu'il y ajoute : a Heureux , bienheureux celui qui s'est attaché à cette loi « dès le commencement de sa vie M »
Mais les richesses affluent sous ma main , et je ne sais que choisir parmi cette multitude de témoignages en faveur de la vraie Religion dans tous les temps.
« toi ! s'écriait l'hiérophante dans un hymne qui re- <f monte aux temps les plus reculés et qui se chantait dans (T les mystères , ô toi , Musée , fils de la brillante SUène , a prête une oreille attentive à mes accents; je vais te révéler
' Plat., De legibui,\\h. IV, Oper., t. VII, p. tftS-iw, *dtt. Blî>ont. " De. mnndo, cap. vu , Oper., 1. 1, p. 476.
• la
190 LIVRB I. GHAPITEB IV.
a des secrets sublimes/ Que les préjugés vains et les affeca tions de ton cœur ne te détournent point de la yie heua reuse! fixe tes regards sur ces vérités sacrées l ouvre ton a flme à rintelligence , et , marchant dans la voie droite , a contemple le Roi du monde I n est un, il est de lui-même; a de lui seul tous les êtres sont/nés ; il est en eux et au-desa sus d'eux , il a les yeux sur tous les mortels, et aucun des a mortels ne le voit '. »
Ce n'est pas seulement de la lyre des pontifes que sortaient parfois ces vérités sublimes ; mais 8ur les théâtres mêmes elles osaient se produire qudquefois , et. se détacher vivement du cadre mythologique. Entendez Sophocle , on dirait des accents dérobés) à la harpe de David :
a Puissé-je jouir du bonheur de conserver toiqours la a sainteté dans mes actions et dans mes paroles , selon les a lois sublimes descendues du plus haut des cieux 1 Le Roi « de roiympe en est le père; elles ne vieiment point de a rhomme , et jamais ToubU ne les effacera. En elles est un « Dieu, le grand Dimx qui ne vieillit point!... Dieu, je a vous invoque ! je ne cesserai jamais de mettre en Dieu a mon appui.. •• Souverain maître de Tunivers, dont Tem- « pire est étemel , montrez que rien n'échappe à vos regards a pénétrants*. »
Euripide , Fami de Socrate , ou plutôt Socrate lui-même sous le nom d'Euripide, venait aussi lancer quelquefois les traits de la pure vérité au travers des erreurs de ses contemporains.
< La Puissance divine s'exerce avec lenteur, mais son
■ Yidê Christ Eadiembach , ds Poesî orpMea , p. 136. Quel qae soit Tautenrdecet hj]iiii«yditrabb61eBatteaXy on ne peut nier qa'O ne loit de k plus haute antiquité par le sens et même par les paroles. ( Mém. de VAead, des in$cript,X. XLVI, p. S7l.)
* Sophocle, Œdipe roi, t. set.
BEXIfilON NATUBEIXE. 191
« effet est infaillible. Elle poursuit celui qui , par un triate a égarement, s'élève contre le del et lui refuse son hook a mage; sa marche détournée et secrète atteint Timpie au « milieu de ses vains projets. fol orgueil, qui prétends « être plus sage que les sages et antiques lois l doit-il coûter a à notre laïUesse d*avouer la force d*un Être suprême , « quelle que soit sa nature , et de reconnaître une loi sainte , « antérieure à tous les temps '? »
« Ainsi nous entendons , dans tous les temps et dans tous les lieux , des voix sublime» et pures s'âever aur^eisus des folies de ridolàtrie , et se rencontrer en une ReUgion fSffMr tuelle » où elles adorent le vrai Dieu dans un culte digne de luiy celui de rinteJiigence, celui du eceur, celui de la vertu, en eipfii si m virili.
Et une chose remarquable , qui constate bien rexistence de cette Religion primitive et véritable , c'est que ses disciplee, resserrée de plus en plus et comme étoufKs par le progrès toujours croissant de la auperstitionet de Fathéisme, qui se suivent toiqours de près, luttaient également et à lu fois oontre ces deux démons de rinlolUgonoe , s'eflbrtaat de dégager de leur alliage la pure et vraie Religifm , qid se trouvait au milieu. Ce n'était pas seulement de leur part une guerre contre la superstition , c'en était une , non moins éneiigique, contre l'athéisme.
Nous lisons, dans une lettre de Platon à Deoys de Stjnrar cuse, ce mot remarquable t a Plusieurs me prient de leur « écrire, avec lesquels il m'est difllcile de m'expUquer ou- « vertement. Remarquez dMc ceci : mes lettres sérieuses
< commencent par ce mot, Di$u : les autres, par ceux«ei :
< les dieux\ »
' Euripide, Bacch., ▼. ft70.
" Op^r , t. XI, p. 177, édit. BipADl.
102 LIVRE I. CUAPITRE IV.
Dans son traité de la Divination , Cicéron , en faisant l'inventaire des pratiques superstitieuses de son temps y ne peut contenir le mouvement de la vérité dans son àme , et il la laisse échapper ainsi :
• a Pour dire la vérité , les âmes de presque tous les a hommes sont accablées sous le poids de la superstition , « quiy répandue chez tous les peuples, tyrannise la faiblesse a hmnaine; et nous croirions rendre aux autres et nous a rendre à nous-méme un éminent service , si nous parve* a nions à la détruire entièrement. Car, et c'est ce que nous a désirons que Ton comprenne bien ( id enim diligenter ina telligi volo ) , en ôtant la superstition , Ton n'ôte point la « Religion. Conserver le culte des ancêtres , c'est le devoir « du sage : et qu'il existe une nature parfaite , étemelle , à a laquelle tous les hommes doivent élever avec admiration a leur esprit et leur cœw, la beauté du monde et l'ordre des a cieux ne nous forcent-ils pas de l'avouer ? C'est pourquoi a autant l'on doit s'appliquer à propager la Religion , au- (f tant il est utile d'extirper la superstition qui nous poursuit a et nous presse, de quelque côté que nous nous tournions ' . »
Plutarque gémissait, comme Cicéron, devoir la Religion véritable étouffée entre la superstition et l'athéisme ; et, dans son langage plus vif et plus concis , il disait :
a n y en a qui , fuyant la superstition , se vont ruer et a précipiter en la rude et pierreuse impiété de l'athéisme en « sautant par-dessus la vraie Religion , qui est assise au a milieu entre les deux *. d
L'athéisme se couvrait quelquefois, surtout dans les derniers temps , d'un culte vague de la nature , et d'une
* Gicer., de DivinaL, lib. II, cap. lxxik'
* Plutarque» De la Supers f., Œuvr. moralex, t. T , fol. 315, tradoeL d^Ainjrot, édit. de Vasrosan.
RELIGION NATURKLLK. 193
admiration stérile de ses merveilles. C'est précisément la même erreur qui a reparu dans le dix-huitième siècle ; mais Sénèque la poursuivait ainsi :
a Qu'est-ce que la nature, si ce n'est Dieu, la raison dia vine répandue dans l'univers?... De quelque côté que « vous vous tourniez , vous le verrez se présenter à vous, a Rien n'est vide de lui ; il remplit son ouvrage. Mortel in- <c grat, tu t'abuses donc quand tu dis , a Je ne dois rien à a DieUf mais à la nature ; b car il n'y a point de nature sans « I>ieu. . . Appelez-le nature, destin, fortune; ce sont des a noms du même Dieu, qui use diversement de sa puis- <f sance'. »
Bornons enfin nos citations. Nous pourrions les multiplier beaucoup plus; mais celles-ci doivent suffire pour confirmer cette vérité, qu'il y a une ReUgion naturelle primitive , véritable -, qu'il n*a jamais été permis de la confondre avec les folies humaines qui lui ont dérobé son nom ; qu'elle a eu des adorateurs dans tous les temps ; qu'indépendamment du peuple juif, où elle a été plus particulièrement conservée comme dans son foyer , elle a jeté des rayons chez tous les autres peuples au mUieu des ténèbres de l'idolâtrie, en s'alimentant des traditions antiques^ et des voix réunies de la conscience et de la nature. Aussi saint Paul , prédicateur de cette Religion naturelle redonnée au monde, a pu dire avec raison, en fulminant contre les païens , qu'ils étaient inexcusables d'avoir méconnu la vérité, ou plutôt, comme il dit énergiquement , « de l'avoir a retenue captive dans l'injustice , parce qu'ils ont connu « ce qui peut se découvrir de Dieu, Dieu même le leur a ayant fait connaître. Car les perfections invisibles de « Dieu, sa pxiissance étemelle et sa divhûté, sont devenues
» flenfc, De Benfjic., Wb. IV, cap. vii.
a visibles depuis la création du monde, par la connaissance a que ses créatures nous en donnent ; et ainsi ils sont inexa cusables , parce qu'ayant connu Dieu, ils ne Font point a glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grftcas; a mais ils se sont égarés dans leurs vains raisonnements, a et leur cœur insensé a été rempli de ténèbres. Ils sont a devenus fous, en s'attribuant le nom de sages ; et ils ont a transféré l'honneur qui n'est dû qu'au Dieu incorrupa tible , à l'image d'un homme corruptible, et jusqu'à de a vUs animaux. C'est pourquoi ils se sont déshonorés eux- « mêmes en se plongeant dans les vices de l'impureté j et a comme ils n'ont pas voulu reconnaître Dieu , Dieu aussi a les a livrés à leur sens réprouvé, et ils ont fait des actions a indignes de l'homme '. »
Quels retours sur nous-mêmes ces reproches , terribles déjà contre les païens , ne doivent-ils pas nous inspirer? car ce n'est plus seulement la voix de la création et le cri de la conscience qui nous sollicitent , ce n'est pas ce concert universel de la plus noble portion du genre humain , même au sein des ténèbres de l'idolâtrie, qui nous accuse; le dirai-jeî c'est la VÉRITÉ en personne qui est venue éclairer le monde , qui a fixé sa lumière au milieu de nous, et qui , depuis dbc-huit siècles , se manifeste à nos regards par des prodiges sans nombre , dont le plus grand , sans doute, est celui de sa conservation. Tremblons de la retenir, nous aussi , captive dans Vinjwtice ; et laissons enfin s'élever de nos lèvres , depuis longtemps fermées à la prière peut-être , cet hommage antique que , dès son berceau , le genre humain prosterné décerna à son Auteur :
a Roi glorieux des immortels , adoré sous des noms di-
• s. Paul , Éf4t. aux Romaim
a Ters, éternellement tout-puissant, auteur de la nature, a qui gouTemes le monde par tes lois , je te salue ! Il est « permis à tous les mortels de Vinvoquer ; car nous somipes a tes enfants , ton image , et comme un faible écho de ta <r Toix, nous quiyiTons un moment et rampons sur la terre, a Je te célébrerai toujours, toujours je chanterai ta puisa sance. L'univers entier t'obéit, comme im sujet docile, a Tu diriges la raison commune , tu pénètres et fécondes a tout ce qui est. Roi suprême, rien ne se fait sans toi, ni a sur la terre , ni dans le ciel , ni dans la mer profonde , ex- « cepté le mal que commettent les mortels insensés. En aca cordant les principes contraires , en fixant à chacun ses a bornes, en mélangeant les biens et les maux, tu maintiens a l'harmonie de l'ensemble ; de tant de parties diverses tu et formes un seul tout, soumis à \m ordre constant, que a les infortunés et coupables humains troublent par leurs a désirs aveugles. Us détournent leurs regards et leurs peuc sées de la loi de Dieu , loi universelle qui rend heureuse a et conforme à la Raison la vie de ceux qui lui obéissent, a Mais , se précipitant au Rré de leurs passions dans des a routes opposées , les uns courent à la renommée , les au- <x ires à la richesse , ou à de vUs plaisirs qui , en les séa duisant, les trompent. Auteur de tous les biens. Père a des hommes , délivre-les de cette triste ignorance ; dissipe a les ténèbres de leur âme , fais-leur connaître la Sagesse a étemelle par qui tu gouvernes le monde , afin que nous a t'honorions, et que sans cesse nous chantions tes œuvres a comme il convient à des mortels '. »
' Ce bd hymne, qui remonte à la plus hante antiquité, est attribaé k Cléanfhe. U nons a été conseiré par Stobée , Eclog,^ lib. I. n a été traduit en Ters dans plusieuis langues : en latin par Jacques Doporl , en français par BougdnYÎIle, et en allemand par Gedick. On peut Toir, sur ce monument précieux de Vandenne théologie, Fabridus, BibUothèqm ffr^r^rtM. t. ij.
190 LIVRE 1. CIlAPlTUi: IV.
Les derniers accents de cette sublime prière respirent rinsufiisance humaine, et appellent un secours du Père des hommes, qui, en leur révélant la Sagesse étemelle par qui le monde est gouverné, leur apprenne à Thonorer comme il convient. Voilà les derniers soupirs de la Religion naturelle , et c'est à cette vraie marque qu'elle s'est connue dans tous les temps.
p. 397 ; rabbé Soudiay , Mémoires de l'Académie des inscriplinns ; Thomas, Bssai sur les Éloges,
SKCKSSITK J) VSE RRVFXATIOX PRIMITIVE. 197