CHAPITRE V
NKCESSITK d'une RÉVÉLATION PRIMITIVE.
Ce dtre seul va soulever, je le crains , chez certains de mes lecteurs , des défiances et des préventions inconsidérées , contre lesquelles j'aurai d'abord à lutter, et qui embarrasseront la simple marche de la vérité.
Le dix-huitième siècle a tant déclamé, tant intrigué contre le grand dogme de la Révélation, que la génération qui Ta suivi en a gardé un éloignement de cœur, une obscurité de vue, une disposition enracinée à Virréflexion, àVinjustice et même k Tirritabilité , contre tout ce qui touche à la doctrine de rintervention surnaturelle de la Divinité dans les destinées de Fespèce humame.
Depuis quelque temps toutefois on revient de cet éloignement; mais cette réaction, comme toutes les autres, se signale par des méprises et des abus. Les révélateurs sont partout, et le vrai Révélateur presque nulle part. Son divin esprit n'est qu'un manteau dont se revêtent tour à tour les plus désordonnés systèmes. Si sa doctrine est accueillie, ce n'est pas au foyer domestique qu'on la fait encore asseoir, ni les actions de la vie civile qu'on lui donne à 'liriger. Là , elle est encore absente. Elle n'est reçue qu*à titre de merveilleux , propre seulement à dorer les caprices des arts et de la mode, à relever, par la sévère pureté «le ses contrastes , le jeu des passions , et à leur donner plus d'intensité et plus dVlrni , on ponsiiaHsnut les mys-
tiques relations de r&me avee le ciel y destinées à les réprimer. En cola n'est pas la raison y la vérité : et peu s'en faut^ j'ose le dire, que je ne préfère une hostilité franche contre le Christianisme y à ces apothéoses de boudoir et d'opéra qu'on lui décerne de nos jours'.
Quant à nous, c'est sérieusement que nous voulons aborder ces grands sujets, philosophiquement, sans préjugé comme sans caprice, n y a bien longtemps que le Christianisme ne connaît plus ce genre d'examen , le seul qu'il ne redoute pas , qu'il sollicite même. Que ceux qui sont disposés à le lui accorder nous suivent. Que ceux qui refusent de se soumettre à ces conditions s'arrêtent à la vérité d'une Religion naturelle que nous venons d'établir ; ou plutôt qu'ils s'en retournent au doute ténébreux d'où nous sommes partis sur la Religion, sur l'immortalité, sur Dieu, sur l'àme, sur tout ; car il n'y a pas de station possible pour l'intelligence sur aucun de ces points , s'ils n'aboutissent au Christianisme; et il faut avancer, ou retomber au fond*. Nous gravissons une montagne : partis de la plaine, nous abordons des vérités de plus en plus escarpées , mais qui cependant s'appuient les unes sur les autres, de manière à se garantir mutuellement par des transitions qui n'ont rien de brusque , et qui ne laissent aucun prétexte raisonnable à ceux qui veulent s'arrêter en chemin. Je ne propose pas plus de sacrifice , mais plus d'exercice à votre raison sur le point de la nicessiti d'une révélation , que sur ceux de Vexistence de Dieu et de la spiritualité de Vàme, comme je lui promets aussi plus de satiisfaction ; car si les
' Ceci aété écrit A 1S41 ; depaUlon, le déehaliieinent domala fliU prendre tm peo plus aa flérienx le ranède.
* « Quand «m ne peut pu croire (ja'il y a ea lérélation, on. ne croit rien •< fixement, fermeinent, inrariablement. » ( Joubert, Pensées, t. T, p. m. )
NÉCESSITÉ d'une kévélation pbimitiye. 199
premières vérités soutiennent ceUes qui les suivent^ celles-ci à leur tour réagissent puissamment sur eUes y les complètent et les consolident , en les objectivant, Jusqu'à ce que , parvenu au sommet , on tienne toute la chaîne , et on jouisse à lafois, d'un seul regard^ de Tharmonieux ensemble de tous les points laborieusement parcourus.
C'est là, du reste, la condition de toutes les sciences pour l'homme dichu^; ce sont des abtmes d'ignorance qu'il lui faut remonter graduellement, en allant du simple au composé , du général au particulier, du connu à Tinconnu y de la synthèse du doute à l'analyse de l'observation , pour atteindre à la synthèse du savoir. Acceptons ces conditions pour l'étude de la Religion, comme nous sommes forcés de le faire tous les jours pour les autres connaissances ', n'ayons pas , comme dit Portalis , \me philosophie pour les sciences, et une autre philosophie pour la Religion.
Les deux chapitres de la Nicesriti d'une révélation primitive et de la Nécessité d'une seconde révélation demandent à être présentés coup sur coup. Dans ma pensée, ils ne devaient faire qu'un seul chapitre : l'étendue et l'importance de la matière les ont fait se partager en deux ; mais ils se ressentent de leur primitive union , et demandent qu'on la leur con3erve.
Entrons en matière :
I. La vérité, disait Zoroastre, n'est point une plante de la terre. Si nous voulons , en effet, nous rendre compte de la généalogie de la vérité sur la terre, en allant de branche en branche jusqu'à sa tige , jusqu'à ses racines , nous la verrons se détacher de plus en plus do l'élément humain et
• C« mot est tombé de ma plume trop tôt; je te Uiwc cependant.
individuel 9 n^ s'appuyer ensuite que sur un consentement universel, remonter les sentiers de la tradition , et ne tenir plus enfin à rien qu'à cette première main du souverain Être y qui y après s'ôtre épanchée sur le néant et avoir fait rhomme capable d'intelligence , a dû mettre elle-même , dans cette intelligence du premier homme, les semences et pour ainsi dire les provisions de la vérité, qui devaient alimenter traditionnellement toute sa race.
En effet :
Nous n'apportons en venant au monde aucune notion de vérité dans notre esprit, mais seulement des facultés pour recevoir et cultiver toutes les vérités quinous seront offertes.
La société du genre humain, à laquelle nous nous mêlons bientôt, nous offre de toute part le trésor des vérités, des idées , des connaissances qu'elle recèle. Nous les aspirons avec une merveilleuse facilité , nous les assimilons à notre intelligence, toute prédisposée à les recevoir -, et, par le travail que nous leur faisons subir à notre tour, nous les fécondons , et nous en versons les nouveaux fruits autour de nous avec plus ou moins d'abondance.
Mais ce travail de fécondation n'aurait pas lieu, si préalablement la société ne nous avait fourni l'élément premier de la vérité , que nous n'aurions jamais pu trouver en nousmêmes. Nous n'avons pas la puissance de produire de notre propre fonds la vérité , mais seulement, si j'ose ainsi dire, de la faire provigner dans notre esprit. Ixs plus grands génies, ceux qui ont enrichi le domaine de la vérité sur la terre, — Newton, — Bossuet, — Pascal, — n'avaient pas une seule idée dans leur vaste esprit qui, de près ou de loin, ne provint de leur association au genre humain ; je dis plus : leur vigoureuse fécondité tenait beaucoup, peut-être, à mille circonstances du temps ot dn la position où ils ont
NbOËSSiTÉ 1>'UN£ RÉVÉLATION PRIMITIVE. 201
vécu; si bien qu'isolés de ces circonstances , ils n'auraient pas produit des œuvres aussi marquantes, comme, privés de tout contact avec le genre humain, ils n'auraient rien produit, et fussent restés avec le vide naturel de leurs grandes acuités vierges.
Concluons donc qu'il se fait déjà y de la société à nous , une BÉvÉLATiON de la vérité , au fur et à mesure que nous pénétrons dans son sein.
Maintenant, cette société des honunes , à son tour, comment se trouve-t-elle avoir la vérité? — Ici il ne faut pas se payer d'équivoques , et perdre le fil du raisonnement où nous sommes entrés : — Si, comme nous l'avons constaté , chaque homme en particulier n'apporte aucune notion de vérité en venant au monde , et ne fait que féconder le fonds qu*il y trouve déjà, il est radicalement impossible de comprendre comment la société , qui n'est qu'une agrégation de ces mêmes individus qui n'apportent aucune mise sociale , se trouve cependant avoir un fonds ; et on est forcé de conciure que quelque intelligence supérieure lui en afSodt l'avance, comme eUe-méme en fait l'avance à chacun de nous.
Que le génie d'un seul ou de plusieurs hommes , d'mi peuple ou d'un siècle , fasse faire des pas de géant à la vérité ; que son domaine s'étende ou se resserre au gré du mouvement de l'esprit humain , du hasard de ses découvertes ou des révolutions de ses destinées , tout cela n'explique que le développement , que le cours de la vérité , mais nullement son origine et sa source; et, raisonnant sur un peuple comme sur im honmie , nous pouvons dire hardiment que ce peuple ne s'est pas donné en principe la vérité, qu'il l'a reçue de ses devanciers ou de ses voisins par quelque canal , par quelque infiltration , comme ceux-ci Vont reçue à leur tour ; tellement que si on pouvait supposer une
202 LIVRE I. GUAPITHE Y.
solution de contmuité complète et infranchissable entre une génération d'hommes et celles qui Font précédée , cette génération , quelque travail qu'elle fît sur elle-même , resterait éternellement assise à Tombre de la mort intellectuelle , à jamais dépourvue de tout élément de civilisation, ne vivant que par Tinstinct et par les sens , et s'éteignant bientôt d'inanition morale dans les désordres de sa brutalité'-
L'observation des&its vient à l'appui de ce raisonnement ; car, bien que l'hypothèse que nous venons de faire ne se soit jamais complètement réalisée , cependant les hordes sauvages qui ont été découvertes dans l'intérieur de l'Afrique et de l'Amérique, et l'état stationnaire d'abrutissement où eUes ont vécu pendant des siècles par suite de leur isolement , suffisent pour démontrer que la société , pas plus que l'individu , ne peut se donner la vérité -, et, d'un autre côté , la marche des lumières dans le monde civilisé nous fait voir comment, de génération en génération, de peuple à peuple , de siècle à siècle , le flambeau de la civilisation , des arts et des sciences , s'est communiqué de proche en proche de la haute Asie , qui semble avoir été son premier foyer, dans l'Egypte, dans l'Asie Mineure, dans la Grèce et ses colonies , dans Rome et les États actuels de l'Europe occidentale, d'où les lumières se sont projetées sur le monde ; de telle sorte que , par cette succession et cette régularité de marche , la vérité nous apparaît comme ime céleste voyageuse qui se communique à la terre , qui se RÉVÈLE aux peuples comme aux individus , mais qui ne
> Cest ce qœ, dm le dix-huitième eiède» od eppeUit Vétai naturel; comme û l'état naturel, pour tout être, n'était pas rétat iini , accempli , et dès lors pour l'homme Yétat fodol. Autant Taudrait dire que le gland est rétat natorsl du diéne.
NÉCESSITE d'une RÉVÉLATION PEIMITIYE. 203
prend pas naissance dans leur sein ; autrement nous Taurions Tue paraître à la fois sur divers points isolés , et sans communication les uns avec les autres '.
Pressant maintenant le dernier résultat de notre investigation I et faisant Tapplication immédiate de nos raison* nsments et de nos observations à la première génération d'hommes qui parut sur la terre, nous nous demandons comment cette première société qui a transmis, révélé la lumière delà vérité à toutes celles qui Tout suivie, a pu la recevoir elle-même? Ici la difficulté est reculée jusqu'à ses denUères limites : il faut conclure. Or, il ne peut y avoir deux sentiments sur ce point ainsi précisé ; car il est évident que ces premiers hommes n'ayant pu recevoir la vérité d'autres hommes ainsi qu'eux-mêmes l'ont transmise , et d'un autre côté étant comme nous incapables de se la donner & euxHmèmes , ont dû la recevoir du seul Être de qui ils tenaient déjà la vie et l'intelligence ; qu'il a dû y avoir originairement une société entre les premiers hommes et Dieu , comme il y en a eu depuis entre les hommes, en un mot,
une FUMIERS RÉVÉLATION.
Le raisoimement qui nous a conduit à ce résultat peut , du reBte , se ramener à des termes bien simples.
Toute la question est de savoir si les vérités nécessaires, les idées universelles, sont innies dans chacun de nous;
' Tout éétuonHn liiitoriquenieiit que rorient fut le berceau du genre humain. Dei oolonias, plus ou iBoiiii bnisquement détachées de la première fiynUleou aatMiii ae répanâircnt mit la terre, n'emportant aTeceUeeiiuede fkibkt prorisions de ciTilisation et de rérité, qui s'épuisèrent bientôt dans l'iiotancat ; tandis que le grand réservoir des lumières se maintint et s^^mncha i^gQlièraBentdahautderiUie, d'oùk cîYilisation Tint, i^rèsplusieais siècles, édaîfsr ks descendait» des ptemiers énûgrés. — Du reste, rerigme réesnin es la naa huMine sur le ^ehe, sen unité primittTe deftmiUeet de lanH^ sont des teits «mius et défendus aujourd'hui par la science non moins que par la foi. Nousy reviendrons.'
!204 LIVHl!; 1. OUAPlTHfi; V.
car si elles ne sont pas innées , elles sont imporlées , sucialement d'abord aux individus y et divinement en principe à la société.
Or, le système des idées iimées, généralement abandonné, n'a consisté, d'après ses premiers partisans, dont les plus éminents sont Descartes et Lieibniz, que dans quelques prénotions si confuses qu'elles se confondent presque avec nos facultés , sans avoir assez de virtualité pour s'en détacher, eu s'élevant à la hauteur et à la spécialité d'une idée \
Cette doctrine, môme ainsi entendue, n'inspirait tant de zèle à sespartisans que par leur répulsion bien fondée pour la doctrine opposée , savoir : a qu'aucune idée n'est dans « l'esprit avant d'avoir été dans la sensation, » Nihil e$t in intellectu quod non fuerit in sensu : doctrine professée , comme on le sait , par Locke et Condillac , et qui nous a valu le matérialisme de Cabanis et de Broussais.
Hais il n'est pas nécessaire d'embrasser le sensualisme de Locke et de Condillac , par cela seul qu'on ne veut pas se ranger à V idéalisme de Descartes et de Leibniz. Le vice général de ces deux systèmes et de beaucoup d'autres, c'est d'être faits à priori , et de ne pas reposer sur la terre ferme
' « Lorsque j^ai dit que Tidée de Dieu est innée, ëcriYait Descaries, je n'ai « jamais entendu autre chose que ce que mon adrersaire entend, savoir, que « la nature a mis en nous une faculté par laqudle nous pouvons connattre « Dieu ; mais je n*ai jamais écrit ni pensé que telles idées ftissent actuelles , « ou qu'elles (tassent je ne sais quelles espèces distinctes de la faculté que nous « avons de penser. » ( Lettres, tome II, p. 477. )
« Il feut avouer cependant, dit Leibniz, que le penchant que nous avoM à (c reconnaître ridée de Dieu est dans la nature humaine : et quand on attri- «huerait le premier enseignement à la révélation, toujours la fiicilité que kt « hommes ont témoignée à concevoir cette doctrine vient du naturel de lenrs « Sme^^l Nouveaux Sssais sur Ventendemênt humain, liv. 1.) Ce que nous reconnaissons fort bien.
NÉClJiSSlTÉ h VUE ItÉVÉLATIO^ PRlMliiVE. 205
de l'observation; leur vice particulier, c'est de transporter à rbomme -individu des propriétés qui n'appartiennent qu'à l'espèce.
En PAIT , il est démenti par l'observation que les vérités nécessaires , telles que celles de la théologie naturelle et de la morale y nous viennent des expériences sensibles. — n n'est pas moms démenti par l'observation qu'elles nous soient innées y et que la seule réflexion puisse les tirer d'une intelligence solitaire. — Enfin , il est inexact aussi de dire qu'elles viennent de l'action de l'esprit sur les impressions sensibles , comme a essayé de le prétendre , après Locke , H. Laromiguière. — Ce qui réfiite ces trois systèmes , c'est qu'un individu, élevé dans un complet isolement de l'espèce, restera dans une inactivité intellectuelle totale , bien qu'il soit armé de tous les instruments à l'aide desquels s'opère le travail des idées en nous.
Les vérités nécessaires, qui portent tout l'édiûce de nos connaissances , proviennent toutes en principe de notre contact avec la société , où elles sont infuses , où elles existent par le fait, et où tout se transmet et s'apprend, même la vertu. Voilà qui est fondé en observation , et que tout ce que nous avons dit précédemment sur la marche des lumières dans le monde élève à la hauteur d'une démonstration. En un mot, la connaissance des vérités nécessaires, qui sont nos idées, est innée, non dans l'homme, mais dans la société.
Il en résulte que ce patrimoine de vérités que possède la société ne lui vient pas fondamentalement des hommes, puisque ceux-ci ne font qu'y puiser ; — et que , ne venart pas des hommes , il ne peut lui venir que de Dieu. — Ainsi ce programme de principes que nous appelons la raison , ce code de morale que nous appelons la conscience , — la loi NATURELLE OU im mot, — n'est telle que par rapport j\
â06 UVRfi I. CUAPITUE V.
une rétélation postérieure ^ et aux applications positives qu0 nous en faisons; mais en elle-même , et par rapport à notre nature propre et individuelle, cette loi natuhslui n'est aiissi qu'une loi révélée , une loi apprise , une loi transmise; et ce n*est que par réaction que nos flicultés, prédisposées à la recevoir, se la font naturelle'.
n. Cette importante vérité d'une RÉVÉLATION PRIMITIVE, quelque solidement établie qu'elle soit par les réflexions que nous venons de déduire de la génértUion de la viriti sur la terre y pourrait cependant laisser dans notre esprit ce léger doute qui reste sur les vérités les mieux démontrées ,
< Ce raisonnemeot a pour lui rautorité do Texpéneace. Gembiai d*tdé«B qui nom sont derenues naturelles, qui le deriemient de plus en plus, et qui oependant ne retient pas, tant s^en (hut/ il y a dix-huit cents ans ! Je parle de toatas les idées imporiéet dans le monde par le Ghristianiame, et qui, repoussées d^abord comme antinatureUes et antisociales par la sodétépaieiuie, sont devenues les bases mêmes de la raison publique et les r^es universeOes du sens moral, si bien que nous ne les distinguons plus aiijouidliui de la loi ftaiwreUe. — CTest une bien grande erreur, dans laquefle ontdoDBéd^exceUents esprits, parce qu'elle était Irès-spéd eose et, en un sens, trèe-«MMiley mais dont les déistes du dernier siècle ont fait voir tout le feux ei tout le danger en retournant ees conséquences contre la Religion, savoir, que nous portons lé M naiureUs p^avéé dans nos conseîenees : manière de parier toute faite et passée en habitude, mais qui ne résiste pas à Texameo philoa»* phique. La conscience, il est yrai, est merveilleusement prédisposée à recovoir la loi naturelle; nuds c^est la main de la société et non de la seule nature qui 7 grave oette lof. Que si l'on veut à toute force, pour Thonneur de la mélaphore et le service du discours, que nous portions la loi naiurelU gravée dans nos consciences, il faut dire qu'elle y est gravée en encre spnpathique, et que ses caractères ont besoin d'être rapprochés du foyer social et du flambeau de la Rdiglon pour ressortir aux yeux. « Les maximes les <i plus générales et les plus importantes de cette loi, dit Puffendoiff,soBt ai « claires et si manifestes, que ceux à qui on les propose les approuvent an»- « sitôt, et que quand on les a une fois connues, elles ne sauraient plus être « effaotes de nos esprits ; » où l'on voit deux dioses, observe M. de Bonald : l'tuie, que nous ne oonnalsseas ces lois qu'autant qt^on nous tes propoêes raulre, que leur naturalité, pour ainsi dire, consiste dans leur (lance avec la nature de notre raison.
NÉCESSITÉ d'une RÉVÉLATION PKIilITlVË. 207
tant qu'elles ne l'ont été que par un seul genre de preuve. Mais un second aperçu des plus riches , et qui ne sera cependant pas le dernier, vient lui servir de contre-épreuve , et élargir la base de notre conviction.
le veux parler de l'origine du langage.
L'origine de la parole humaine est absolument inexplicable sans une première révélation.
Fixons notre attention sur ce point intéressant.
Qu'est-ce que la parole? C'est évidemment l'expression sensible et comme le corps de la pensée. La pensée doit donc préexister à la parole. Il faut savoir déjà penser pour pouvoir parler j en un mot , ceux qui ont parlé les premiers , s'ils ont été lesr inventeurs de leur parole, n'ont pu l'être qu'à l'aide et à l'impulsion de la pensée. Ceci est incontestable.
Mais cette pensée , qui a dû présider à l'invention de la parole, qu'est-elle elle-même, sinon \me parole intérieure de l'esprit conversant avec lui-même? et si cela est, comment a-t-on pu penser, si on ne savait déjà parler? La parole aurait donc précédé la pensée? Hais nous venons de voir que l'invention de la parole est inexplicable ellemême, sans le secours et la préexistence de la pensée. Cercle fatal dans lequel l'humanité aurait été enfermée , d'où on ne conçoit pas qu'elle aurait pu sortir autrement que comme l'enfant en sort tous les jours , en recevant tout à la fois la parole et le mouvement de la pensée d'une autorité amie, antérieure à lui '.
' Il est mtoie remarquable que l'enfant apprend à parler avant que de penser. Que de mots sont dans sa mémoire ayant que le leaa et la pensée soient oasée dans son esprit 1 H parle lonctenpa par U pensée de sa mère, dont sa parolo n'cîil que le docile écho ; et ce n'est qu'à la longue que sa pcn-
â08 LIVRK I. CHAPITRK V.
Cette conséquence est inévitable y s'il est vrai que la pensée y sans le secours de laquelle on ne peut concevoir Tinvention de la parole, ne peut se concevoir elle-même sans le secours d'une parole préexistante ou seulement coexistante.
Tout dépend donc de ce point ; et c'est ce qu'il importe de bien constater.
Or, les impressions que les objets sensibles font sur nous ne laissent dans notre esprit que des images, des sensations. Par l'opération de la pensée , nous nous donnons ensuite conscience de ces images , de ces sensations -, nous réfléchissons sur elles, nous les comparons, les analysons, les qualifions ; nous en déduisons des conséquences affirmatives ou négatives, nous délibérons sur le tout enfin, et nous prononçons. Voilà le mécanisme de la pensée. Hais pour réfléchir, pour analyser, pour déduire, pour délibérer, pour conclure , pour penser, en un mot , il faut bien nécessairement que l'intelligence ait à son propre service im vocabulaire qui lui serve à appeler, différencier et retenir devant elle les siyets et les éléments si divers de ses opérations. La pensée est \m compte rendu de l'esprit à luimême. Dans l'action de la pensée il semble que nous dédoublons nos facultés , pour les faire fonctionner chacune dans la sphère de son attribution ; que nous les convoquons pour entrer en conseil privé avec nous-mêmes : mais pour cela il faut qu'elles se correspondent par des signes inté-
sée individuelle se dénoue , et regagne i>ar Vintelligenco le terrain occupé ô^jk par la parole et par la foi.
T« parle, et ne m'entende... Eh 1 que dif>Je? Ineentfe I
rias n'oyrolt-ll, qaend fuat nonlt Cfreillé... PoTre ehier enfançon I dttjklz de ta pensée
i.'esekeveM n'est eneor débrùUlé..,
(Cf^TiLnF m RiTR^iLM-, Verxflef.t à mon pr^mier-né. )