NÉCESSITÉ D'VNK RÉVÉLATION PRIMITIVE
ver et retrouver la vérité religieuse dans les temps anciens.
Chose bien remarquable! ce n'a jamais été par l'étude, mais par la tradition, que la vérité religieuse s'est conservée et entretenue parmi les bommes. Ds ne consultaient pas leur propre raison individueUe ^ mais leurs souvenirs collectifs , la voix du passé , toutes les fois qu'Us voulaient savoir à quoi s'en tenir sur cette vérité.
On comprend toute la gravité de ce fait, et que celui d'une révélation primitive y est visiblement contenu; il importe donc de le bien établir avant d'en rien déduire.
a Les moralistes des premiers ftges, dit un auteur probesa tant déjà cité , ne raisonnaient point comme les nôtres « sur les principes de la morale : Vautoriti leur servait de a philosophie y et la tradition était leur unique argument, a Ils débitaient donc leurs maximes les plus importantes a comme des leçons qu'ils avaient apprises de leurs pères, a etceux-cidelexirsprédécesseurs, enremontantjusqu'aux a premiers homifies à qui Dieu avait parlé. Cette croyance a était fondée sur une ancienne tradition*, b
Cette doctrine traditionnelle subsista longtemps dans TOrient, d'où était partie la lumière ; c'est ce qu'atteste un ancien, Diodore de Sicile, à propos des Chaldéens, qu'il loue « de n'avoir point d'autres maîtres que leurs parents , ce or qui fait qu'ils possèdent une instruction plus solide , et c qu'ils ont plus de foi dans ce qui leur est enseigné. Pour € les Grecs, ajoute4-il, qui ne suivent point la doctrine de a leurs pères , et n'écoutent qu'eux-mêmes dans les recher* a ches qu'ils entreprennent {ipsi 9ua sponte in disciplina-
' Leland, Nout. démonttrationévangéHquê, 2* partie, chap. ii, t III, p. (7-«9. -* Edouard RyaaaTOoeaiiifii que « la tradiiioB Ait la ioiirce d'ov « les nations et les sages de rantkpiité tirèrent les idées raisonnables de « Tcxistence et des attribots de Dieu. « ( Tome I , ch. i, p. 13* )
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a rum sludio pro libitu incunibunt)y courant sans cesse a après des opinions nouvelles, ils disputent entre eux des « choses les plus élevées , et forcent ainsi leurs disciples, a continuellement indécis y d'errer toute leur vie dans le c doute, sans avoir jamais rien de certain'. »
Le même reproche était adressé aux Grecs par les Égyp* tiens, qui, de même que les Chaldéens, appuyaient la vérité sur la foi à Tantique tradition. Nous lisons, en effet , dans Platon, que lorsque les sages de la Grèce allaient chercher la vérité dans les vieux temples de Memphis et de Sais , les prêtres leur répondaient : a Grecs , vous êtes des en- « fants; il n'y a point de vieillards dans la Grèce. Votre a esprit, toujours jeune, n'a point été nourri des opinions « anciennes, transmises par l'antique tradition; vous a n'avez point de science blanchie par le temps'. »
Ce reproche toutefois n'était mérité, même dans la Grèce, que par les philosophes de bas étage, ph^ proprement appelés sophistes'; caries vrais philosophôt^ étaient ceux qui se distinguaient le plus par leur soumission intellectuelle, et qui , voulant retrouver la vérité , s'efforçaient de faire taire leur propre raison, pour s'appliquer exclusivement à recueillir la voix loÎQtaine de l'antiquité. Ouvrez Platon et Socrate, Pythagore, Aristote, et après eux Gicéron, leur plus grand disciple, tous ceux, en un mot, qui appartiennent à la même famille et qui ont mérité le beau nom de sages ; et vous
' IHod, Skul,, lib. c. — La phlkMopliie traditkmndle, qui ne 8*appuyaH pas sur le raisonnemeiit et rexpUcatlon des causes , me parait, dit Buniet, avoir subsisté Jusqu'après la guerre de Troie. ( Archxolog. philos., lib. I, cap. Yi. )
* Plato y in TYfiueo, Oper,^ tom. IX , p. 290-291.
^ On pourrait appeler piébéieni, dît Cioéron, tous ces philosophes qui « ne sont pas de la sodélé de Platon, de Socrate, et de toute leur flunille. > PUb^ vèdentur appeliandU omnes philotaphi qui a Platane et Soerate ^ ob eafamUia éUiidênt. ( Tiue. Quaest, 1. M. )
NitCESSITé P'UNB RÉVÉLATION PRIMITIVE. 22T
les trouverez tous unanimes sur ce point de ralliement, que, pour découvrir ce qull y a de plus vrai touchant la Religion, il sufGt de chercher par la tradition ce qu'il y a de plus ancien, ce qui se rapproche le plus de Fenfance du monde ; et que la nouveauté est le cachet infaillible de Terreur, comme le rationalisme exclusif en est la source. C'est toujours à ce bref et invincible argument qu'ils ont recours pour combattre à la fois les superstitions de Tidolàtrie et les impiétés des faux sages , et jpour dissiper la tourbe des sophistes, qui ne faisaient servir la raison humaine qu'à s'obscurcir ello-môme par les plus ridicules comme par les plus funestes erreurs.
c Voulez-vous découvrir avec certitude la vérité? disait « Aristote ; séparez avec soin ce qu'il y a de premier, et te- <x nez-vous à cela : c'est là, en effet, le dogme paternel, a qui ne vient certainement que de la parole de Dieu\ » « C'est une tradition ancienne^ dit-U ailleurs, transmise <c partout des pires aux enfants , que c'est Dieu qui a tout «t Ait et qui conserve tout*. »
Socrate enseignait également a que les anciens, meilleurs « que nous eX plus proches des dieux , nous avaient transa mis par la tradition les connaissances sublimes qu'ils te- « naient d'eux... U faut donc, concluait-il, en croire nos a pères, lorsqu'ils assurent que le monde est gouverné par « une intelligence suprême : s'éloigner deleur sentiment, ce « serait s'exposer à un grand danger. » Tous les autres argiunents sur l'existence de Dieului paraissent secondaires ^.
' Si qyH ipnam jolMm nimm teparandoaccipiat, /toc est enimpattrnum doffma^ dituib piofbcto DicroM putabit. (Arist., Métaphys.9 tom. XII, cap. yni. )
' Aiistot» De mundo, cap. V4, Oper,, tom. I, p. 471.
* PriMcl, hoWj prmstantimreê, dU* propinqttioret , hmc n<^iê oracMte tradiderHM, (Plalo, PhUéb,^ Oper.,lom.lV,p. 210)
328 LIVRB 1. CHAPITRE V.
La traditioDy la fin dans l'antiquité , même dans ce qui ne parait pas justifié par le raisonnement, voilà le grand crite* rium que le prince des philosophes, le divin Platon, invo* quait et opposait sans cesse : <x II faut, disait-i], qu'on ajoute « FOI , sans raisonner, à ce que les anciens nous ont transt mis touchant les choses qui concernent la Religion*, b -<-' « Gela est certain, dit*il ailleurs, quoique la preuve exige « de longs discours ^ et il faut croire ces choses sur la foi c des législateurs et des traditions antiques , à moins qu'on c n'ait perdu Tesprit*. » — a Dieu, comme l'enseigne Van* c Hjiiê tradition , dit^il encore , fait inviolablement ce qui « est bien. . . Qu'est-ce donc qui est agréable à Dieu et con- € forme à sa volonté? Une seule chose, selon la parole on- « cienne et invariable, qui nous apprend qu'il n'y a d'amitié a qu'entre les êtres semblables*. » — « On doit certaine^ 9 ment toujours croire a l'antique et sacrée trâbition « qui nous apprend que l'âme est immortelle, et qu'après « sa séparation d'avec le corps un juge inexorable lui ina flige les supplices qu'elle a mérités*. »
Platon ne se départ jamais de cette règle; et si vous lui en demandez la raison , il vous répondra, comme Socrate et Aristote, que c'est <r parce que les premiers hommes, sortis c immédiatement de la main de Dieu, ont dû parfaitement or le connattre comme leur propre père, et qu'on doit les en « croire comme ses fil8\ »
' * Licet nec necessariU née verisimililnts eorum ratio cor^rmetur, ete, (Plalo, in limsDo, Oper., tom. IX, p. 824. )
' Plato, deLeg.f xn, Oper., tom. IX, p. 212.
; * Idem, de Leg., vr, Oper,, tom. Vni, p. 185-186.
* Idem, Bpist. Tii, Oper., tom. IX, p. 115.
* Priscis Uaqueviris hoc in re credendum est, qui dits geniti, ut tpsl dicehani, parentes suos optimenoveranf, impossibile sane deorumfi' Hlê Hdem non habere. ( Plato, in Tmao, Oper., tom. IX, p. 342.) M. Cm- •în lui-même Ta dit : « Les traditions de rOricnt sirvaicnt de hase aux ton-