NECESSITE D UNE REVELATION PRIMITIVE
Une chose bien propre à faire ressortir le crédit de celte doctrine traditionnelle , c'est le moyen qu'employaient les sophistes pour l'éluder : a L'expédient auquel on avait re- « cours pour faire passer un nouveau système, dit un saa vaut, était d'en rapporter la première idée à quelques a anciens dont la réputation ftii bien établie*, d
11 n'est pas jusqu'aux oracles qui ne proclamassent ce principe universel. Le^Vthéniens ayant consulté Apollon Pythien pour savoir à quelle religion ils devaient s'attacher, l'oracle leur répondit : — « A celle de vos ancêtres. » — Hais , dirent-ils , nos pères ont changé de culte bien des fois : lequel suivrons-nous? — « Le meilleur, » répondil l'oracle, a Et certes, ajoute aussitôt Cicéron, qui cite ce fait, a le meilleur ne pouvait s'entendre que du plus ancien et a d\iplu$ prés de Dieu*, d
Cicéron, que nous venons de citer, bien qu'il fClt encore plus éloigné que les philosophes grecs du foyer primitif de la tradition, revient, en cent endroits de ses écrits, à cet unique fondement , comme au port de la raison humaine , épuisée de ses stériles investigations. — a Pour appuyer l'o- « pinîon dont vous demandez à être convaincu (celle de a l'inmiortalité de l'âme), j'ai, dit-îl, à vous alléguer de « fortes autorités : je vous citerai toute l'antiquité , qui , plus « pris de l'origine et de Dieu mime , savait mieux ce qui « était vrai ^ » — a La loi des Douze Tables, dit-U ailleurs, € ordonne de s'en tenir au culte des ancêtres ; et cela parce
m ceptions de Platon; c*était, pour ainsi dire, rétoffo de toutes ses pen- « sées. » ( Tradnct. de Platon , tom. VI , notes sur le Phèdre. )
' M. de la Barre , Mémoires de VAcad. des inscript., tome XXIX , p. 71.
' Btprqfecto ita est, ut id fiabendum sit antiquissimum et Deo proxi- MUM quod sit optimum. ( De Legibus , lib. II, cap. xvi. )
^ Qux , quo PBOPnii'S abcrat ab ortc et divina pbocenie , hoc mrlnis ça fortasse, quo' erant vcra crruebat. ( Titsniî., «b. 1. cap. xii. )
230 UVHB I. GUAPITRE V.
a que l'antiquité est plus pris des dieux, et qu'une telle « Religion nous est garantie par une tradition divine ' . d
Ce n^est pas qu'aux yeux de Cicéron et des anciens philosophes il n'y eût pas d'autres preuves des vérités religieuses ; mais c'est que ces autres preuves leur paraissaient devoir être subordonnées au grand argument de l'autorité traditionnelle y OU f comme ils le disaient, de l'enseignement divin y et être plutôt des assentiments que des preuves : la raison humaine pouvant bien marcher à la connaissance et à la contemplation de ces vérités en s'appuyant sur l'autorité divhie qui les lui propose , mais étant totalement incapable de suppléer par elle-même à celle-ci, et se perdant dans mille précipices dès qu'elle veut s'en passer. C'est ainsi que ces hautes intelligences conciliaient la philosophie rationnelle avec la philosophie traditionnelle : celleci devait marcher la première, et «frayer la route; l'autre ne pouvait s'enrichir qu'en venant après. Voyez avec quelle énergie Cicéron fait sa profession de foi à ce siyet : — a J'ai toujours défendu, dit-il, je défendrai toujours les a croyances que nous avons reçues de nos pères , touchant a les dieux immortels et le culte qui leur est dû ' ; et les dis- « cours d'aucun homme, savant ou ignorant, n'ébranleront a jamais en moi ces croyances. Yoilà, Balbus, les senti-
' Jam rittufamiliiB patrumgue servare, id est (quoniam antlquitas praxime aecedit ad deo«) a diis quasi traditam religionem tueri. ( TVt* eul.y lib. I, cap. xi. ) — La même pensée a été aussi partagée par Sénèque, qui i'a exprimée ainsi : — Non tamen negaverim fuisse primas homines atti spiritus viras ; et ut ita dicam, a dus anxirrES : neque enim dubium estquin meliora mundus nondum ejjœlus ediderit. (Senec., SpisL xc. ) * Par ces moU, dieux immortels, Cicéron entendait , comme Piatos, Dieu, la Divinité, U s*en est ainsi expliqué lui-même ailleurs : — « Con- « serrer le culte des ancêtres c^est le devoir du ugfi, et qu'il existe une na* « tare supérieure et éternelle, à laquelle tous les honmies doivent âever « leur esprit et leur cœur. » ( De Divinat,, lib. Tî, cap. lxxii. )
NÉCKSSITB U'UMË REVËLATION PRIMITIVE. 231
« ments de Cotta. » — Voilà la philosophie traditioimelley ferme fondement de la foi du sage. — « Expliquez-moi a maintenant les vôtres , continue Cicéron sous le nom de (( Cotta; car je dois apprendre de vous, qai êtes philo- (( wphe » LA RAISON de la Religion.. . ; mais je doii croire « mes aaeéirts^ lors même qu'ils n'apportent aucune rai- « son de ce qu,'iU nota en$eignmi ' . » — Balbus, Tinterlocuteur de Cotta , se met ensuite à faire un long discours sur la nature de Dieu ; après quoi Cotta lui dit : — a Ne trou- « vant pas ce dogme aussi évidentrque vous désireriez qu'il a le fût y vous avez voulu j»rout)er par des arguments Texist tence des dieux. Pour moi, il me suffisait que ce fût la a TRADITION de nos ancêtres; mais vous, méprisant l'au- « TORiTJB y vous cherchez l'appui de la raison : souffrez a donc que ma raison combatte la vôtre. Vous employez « toutes sortes d'arguments pour démontrer qu'il existe des a dieux, et, en argumentant, vous rendez douteuse jme vé- « rite qui, à mon avis, est au-dessus du plus l^er doute \ » Jamais la philosophie rationaliste et la philosophie traditionnelle, le philosophisme et la philosophie , n'ont été plus nettement mis en présence que dans ce remarquable
■ Opitiiones, quasa nutfmifmi aceepitmu de diis immorlalilnu, mcra, cjeremonias, religUmesque,.. ego eas defendam, semper, seoiperque (lefendi : née meexea opMonef quam a imûoribus acoepi dt ctUiu cfeorum immortalium, uliiiu ttnquam oratio aut docti aut indoeti moTeiHt . . Habes, Balbêt qtHd Cùita, qukt poniifex sentiat, — Fcêc nune ergo intêliigam tu quid ientias; a te enim, pbiloaopho, batiorm aceipere debeo reUgIcnis; nuiotibm autem nofltris etlam rolla rationb reddita credere. ( De Natwra deorum, lib. ni» cap. ii, n. 5-6. )
' Mihi unum satis erat , ita noàU majores nostros tradidmsb : ged tu audoritatea eentemnii, katiohk pugnae. Patere igitur RAnoicsa mbam cum TOA RATIONS oontendere. Afjert kste omnia argumenta , eum dii eini; rmque mea eentenUa minime duHam, argtfm^ntando dubiam faei$, ( De Naiura tf^ortmi, cap. rr, n. 9-10.)
passage de Gcéron, qui résume l'état de la question touchant la vérité dans les temps anciens... et dans les temps modernes ; car Fesprit himiam n'a pas changé, seulement la lutte a grandi de toute la hauteur et de toute la force que le Christianisme est venu donner à l'empire de la vérité sur la terre.
Ce qui mettait cette vérité au-dessus du plus léger doute pour Cicéron et pour tous les anciens sages , c'était donc l'antique autorité de la tradition, fondée sur ce que — Van-tiquité était plus pris de Dieu, qui avait dû enseigner aux hommes ce qu'il y a de meilleur, et profecto ita est ut
ID HABENDUM SIT ANTIQUISSIMUM ET DeO PROXIHUM QUOD
siT OPTIMUM ; — sentiment universel que Lucain a fondu dans ces hémistiches :
„.,Dixitque semel nascentibus auchr Quidquid scire Ucet \
Ce sentiment, qui est aujourd'hui, mais appuyé sur un bien plus solide fondement , le grand argument de la foi catholique, a été de tout temps l'argument de la vérité même dans le monde. Tous les peuples de l'Orient y obéissaient : c'est surtout de ce berceau de la Religion, des arts et des sciences; qu'il faut tirer cette tradition primitive sur laquelle nous iosistons. C'est de là qu'elle est passée à tous les peuples, n n'y a point de vérité historique mieux démontrée *. « Les sages de l'Orient, dit un historien, étaient cr célèbres par leiirs excellentes maximes de morale et leurs (c sentences , qu'ils tenaient de la plus a$itique tradition. a Cette observation se trouve également vraie de tous les
■ Phan., Ub. K.
» Fabricy, Des titres primidfi de la révélation. ( DUcmtrs prétiminotre, p. lxxti.)
NÉCESSITE d'une RBViLATlON PRIMITIVE. 288
« ancienfl sages, chez les Perses, les Babyloniens, les Baca triens, les Indiens et les Égyptiens '. » — « Les Arabes, « dit un autre historien, se fondent sur lettre traditions paa temelles , qui paraissent leur avoir conservé la mémoire a de la création du monde, celle du déluge , et des autres (S premiers événements qui servent à établir la foi d'un a Dieu invisible, et la crainte de ses jugements \ » — Je ne parle pas du peuple juif, qui était le peuple traditionnel par excellence, et qui attachait toujours au saint nom de Dieu le nom vénéré des patriarches qui le lui avaiœt transmis 5 il sera l'objet d'une étude spéciale. — Enfin, dans le fond de la Chine, la doctrine traditionnelle, l'antique croyance, remontant par les souvenirs des hommes jusqu'à Dieu, était invoquée par les sages et opposée aux nouveautés philosophiques, presque dans les mâmes termes que dans Athànea et dans Rome , par Socrate , Platon , Aristote et Cieéron. Le Cho^King , ou Livre par excellence , coordonné par Khaung^fcth-Ueu { ConAicius), dans la moitié du sixième siècle avant notre ère , professe cette doctrine à chaque page : — a A quoi bon tes efforts, dit^, pour oc tisser une nouvelle étoffe de soie? Quant à moi, pour a n*errer pas, je méditerai les mœurs et la doctrine de nos a ancêtres. L'antiquité l je l'étudié toujours. JKbfi esprit a s'attache à l'esprit des anciens, et jusques à l'aurore je « ne puis dormir. Grande, éclatante, et belle, est la doca trine que les sages notts ont transmise. Cet homme a a rejeté nos anciennes doctrines, et sa démarche est incer^ a taine, il n'y a plus rien de fixe en lui '.
' Narareite, Histoire de la Chine, p. 120.
* BoulainTiUJers , Vie de Mahomet , Ut. II, p. 190.
* Chap. II , n» 4. Voyez la Iraduclion de ce livre dans les livres sacrés de l'Orient, publiés par F. Didot, format du Panthéon.
âSb LIVRE I. CIIAPITRK V.
Quel admirable et frappant accord entre tous les sages de runivers ! et qui n'en serait ébranlé?
' Nous pouvons clore nos citations. L'évidence de ce fait est rendue assez éclatante, que tout le genre humain, dans ses plus nobles représentants , s'est assujetti à recevoir la vérité religieuse par le canal de la tradition ; à regarder en arrière pour la trouver ; à la considérer comme d'autant plus exacte et d'autant plus pure , qu'elle se rapprochait davmitage de l'origine et de l'enfance du monde ; à la recevoir, en un mot, plutôt qu'à se la donner : ce fait imîversely dis-je , est irrévocablement acquis.
Quelle en est la conséquence?
Nous l'avons déjà recueillie en chemin , car elle découlait de chacime do nos citations; mais résumons-la.
La doctrine de la tradition implique nécessairement la croyance à ime primitive révélation ; et comme cette doctrine a été universelle , cette croyance l'a été aussi ; et ainsi rien ne manque à la démonstration de cette vérité , ni la nature des choses étudiées en elles-mêmes , ni l'expérience du fait , ni , ce qu'il y a de plus décisif, le témoignage du genre humain, qui en a été l'un des acteurs , et qui , par la marche qu'il a suivie, nous fait voir l'impulsion qu'il a reçue, et nous fait entendre, pour ainsi dire, de bouche en bouche la parole même qui lui fut adressée au commencement.
Si l'homme eût pu tirer de lui-même, et parla réflexion, la connaissance des vérités religieuses , plus il eût voulu trouver cette connaissance , plus il se fût enfoncé dans luimême et dans ses propres réflexions : que si , au contraire , comme nous l'avons vu , les hommes , et les esprits les plus élevés surtout, ont jugé ne pouvoir trouver ces vérités qu'en sortant d'eux-mêmes , qu'en abdiquant leur investigation
NBCB8S1TÉ D'UNB RÉVBLATIOX PRIMITIVE. 235
indiYidndlle pour s'attacher à recevoir la doctrine religieuse^ toute faite 9 de leurs devanciers , conune ceux-ci Tavaient reçue des leurs y c'est nécessairement parce qu'ils pensaient que la vérité avait été communiquée sumaiurellement à la terre; autrement , tout homme l'aurait trouvée naturellefnerU en soi. La doctrine de la tradition ne faisait hommage de la découverte et de l'enseignement primitif de la vérité à aucun homme, quelque sage et quelque ancien qu'il fût. Les hommes étaient pris, dans cette doctrine, non comme source , mais comme canal de la vérité , laquelle , dès lors , était réputée prendre son origine hors l'homme , et en Dieu. Les plus anciens n'étaient crus davantage que parce qu'ils étaient plus rapprochés de Viditian originale de la vérité, et qu'ils en présentaient im texte plus pur, plus conforme au manuscrit divin ; autrement, par eux-mêmes, ils auraient eu moins de crédit que les modernes , parce que ceux-ci avaient plus d'expérience et une plus grande somme d'idées acquises. La doctrine de la tradition n'était pas appliquée aux sciMices physiques et aux arts ; c'était la doctrine inverse , celle du perfectionnement et du progrès. Si donc on en faisait application à la science théologique , c'est qu'on était convaincu que celle-ci prenait sa source ailleurs. La tradition , du reste , faisait foi de son principe ; car c'est par elle seule que le peu de vérité qui surnageait était conservé. F^e rationalisme , de son c6té , faisait foi de son illégitimité ; car plus U prenait la place de la tradition et plus il obscurcissait et décomposait la vérité , plus il faisait pulluler Terreur. L'argument qu'il fournissait contre lui-même , en faveur de sa rivale , était sans réplique. Si l'on avait tiré la connaissance théologique des propres recherches des liommes, les philosophes postérieurs auraient perfectionné les découvertes de leurs prédécesseurs ; et les hommes qui
ont vécu plusieurs siècles après Pjthagore el Thaïes au* raient été plus instruits des sciences sacrées que cee j^iilo* sopbes. Mais le contraire est la yérité. Les anciens sages eurent des idées plus pures de Dieu que ceux qui leur succédèrent j et le genre humain devint en avançant plus superstitieux : preuve infaillible que renseignement des premières vérités ne pouvait venir de Thomme y mais de Dieu ' .
* La doctrine traditionneUe , qui ressort de cette maïuère de juger les philosophes de rantiquité , ne convient guère aux rationalistes modernes ; ausri s^élèvcnUls contre cette doctrine : ils la qualifient de ihéoeratiquê, et ne man> quent pas de faùre observer qu'elle est noureUe, et qu'on n'en tronve nol vestige dans les philosophes chrétiens du dix-septième siècle. U est vrai que la doctrine traditionnelle a ^us particulièrement été mise au Jour de notre tempe, et qu'elle sommeillait en quelque sorte dans les écrits des pbiloaophse chrétiens dont on parle, ce qui vient de ce que le genre d'adverBaires qu^ik avaient à combattre ne nécessitait pas l'emploi de cette doctrine autant que de nos jours; mais il fondrait ne les avoir jamais lus pour soutenir qa*dle leur était étrangère, et qu'au fond ils ne la professaient pes. U nous aenîfc aisé d'établir le contraire par de nombreuses citations : nous nous bornerons à une seule ; elle est du savant et modeste d'Aguesseau, qui , quoique eariésîen, et dans une pdémique où il soutenait Vexcellmee des philosophes de l'antiquité , s'exprimait néanmoinB abisi : — > « Cen'estpaSyiyrtetout , moMîev, « que , dans le fond, j'aie peut-être meilleure opinion que vous des ancie» « philosophes. Je conviens, avec vous, qu'on dirait presque qu'ils n'ont écrit « que peur nous ikhnenroir que la raison humaine est bien faible dansceu» c même en gtU elle parait avoir le plus de force ; qu*ils ont touché au» « vérités lesplus importantes sans avoir su les saisir; et que les vérités <c mêmes qu'ils connaissaient n*ont souvent servi qu'à les précipiter plus « profondément dans Verreur. Ce sont vos exprrâsioas, monsieur; etfy « souscris de tout mon cœur. Mais c'est par cette raison même que. Ion- « qu'ils parlent bien, et qu'ils s'expliquent d'une manière qui ne peut s'en- « tendre que suivant les idées qui nous sont connues par la révélaUoii, je « crois reconnaître dans leurs discours les vestiges d'une ancienne tndHien, « toqjoun plus pure et mobis altérée à mesure qu'on remonte plus près de R sa source. J'y retrouve donc et j'y suis avec plaisir U trace de ces pre- « mières vérités , de ces vérités fondamentales qu'il importe souverahiement « à l'homme de ne pas ignorer, et dont il est peu croyable que Dieu ait laissé
« éteindre entiènment la mémoire cbei tous les peuples de la teire , à U lé- « serve des Juife. Plus vous regardez ces vérités comme étant au-dessua des « forces de l'esprit liumabi, plus je me sens porté à croire qnil a été digne
NÉCESSITÉ D'tTNE RÉVÉLATION PRIMITIVE. â37
Les anciens se moquaient de ceux qui pensaient autrement , et qui assignaient à la sagesse et & la vérité religieuse une date humaine. Les philosophes rationalistes modernes (f entends par là les partisans déclarés de la raison contre la révélation ), qui ont tant ri de notre foi , qui se sont posés comme les docteurs du genre humain , jusque-là privé de raison y auraient été eux-mêmes l'objet de la risée des
dt la boBfrf d« 80B aotard'cBiMpélaer lesourenir par une tradition non écrite y qne les pères transmettaient à leurs enfanta. Celle de la création parait s'être conserrée dans ropinion et dans le langage populaire : il est assez TrtisenblaUe que si ron arait interrogé ear ce siqet les paysans de l'Ailique on les personnes les plus siaiples d'Athènes» ils auraient peoi-ètre mieux répondu qne la plupart des philosophes. J'en juge par les poètes , qui suiTent ordinairement les idées du Tulgau«, et dans lesquels on troure tant de passages où Dieo est représenté non-senlement comme le maître et le modérateur, mais comme le pèee et l'auteur de toutes choses. Mais, pour n'expliquer cette tradition que dans la seule nation des philosophes, faut-il supposer un grand nombre de degrés , pour en composer cette espèce de succession par laquelle elle s*est conservée dan^ les écoles ? -^ Je lai d^à dit aillenrt. Hoé laissa, sans doute, ce précieux dép6t à ses enfants , et, par eux, il fut porté en Egypte. La mémoire y en fut renonrelée par le séjour de plus de deux cents ans que les descendants d'Abraham firent dans ce pays. Moïse , qui , suivant les livres saints , Ait instruit de tontes les sciences des Égyptiens , ne leur laissa pas ignorer ce qu'il saTait lui-même par une tradition domestique. C'est dans le temps même de ce séjour des Hébreux en Egypte, que des colonies d'Égyptiens ont fondé les principales Tilles de la Grèce. C'est environ deux siècles après MObe que les Grecs Tont dans le même pays, pour y chercher la source des anciennes traditions qui en avaient été apportées chez eux. Les premiers phflosophes qui ont fiiit ce Toyage sont ceux qui parient le plus magnifiquement de la mvlnlté ; et c*est dans leur école que se sont conservées les expressions les piQB MMiaies de la tonte-puissance de Dieu , et de llmmense fécondité du premier Être.. . Je ne vois donc que les Égyptiens entre Noé et les Grecs, ou , si l'on veut resserrer encore ce milieu dans des bornes plus étroites , entre Moïse et les Grecs. » ( Lettre sur divers sujets de métaphysique, tome XYT, p. 89-40, édit. in-8». )
Le maître actuel du Rationalisme n*a pu s'empêcher de convenir de cette vérité, que les traditions de VOrient étaient comme Vétoffe de toutes 1rs pensées de Platon, Ailleurs il dit encore : « Il ne faut pas «<» r^"* "^«'^ "n
238 UVRK 1. CHAPITEE V.
vrais phUosophes de rantiquité , à en juger par ces Iraits de bon sens qu'on lançait contre les sophistes leurs prédécesseurs : — « n est aisé de comprendre qu'elle n'est point la € sagesse, disait Hortensius en parlant de cette philosophie, « parce que l'on connaît son origine et dans quel temps « elle est née. Quand a-t-il commencé à y avoir des philoa sophesî Thaïes', ce me semble, est le premier; cette a époque est récente. Où était donc, avant, la vérité? » — (( n n'y a pas mille ans que l'on connaît les éléments de la «c sagesse , disait pareillement Sénèque ; le genre humain a a donc été pendant une longue suite de siècles privé de rai- « son? » — Sottise dont Perse se moque encore : — « Dea puis , dit-il , qu'avec le poivre et les dattes on a introduit a la sagesse à Rome... ; » comme si, cgoute Lactance , à qui nous empruntons ces citations , a la sagesse eût été a apportée avec les épices , elle qui a dû nécessairement « commencer avant l'homme ' ! »
Ce raisonnement , tout de bon sens , est en effet accablant pour le rationalisme. La vérité religieuse , la sagesse proprement dite , si elle est réellement indispensable à l'homme (et qui pourrait en douter? ), a dû lui être enseignée dès l'origine , et sa conservation a dû être confiée à un moyen naturel et accessible à tous , tel que la tradition. N'est-ce pas une véritable déraison que de faire dépendre la
« rapport réel, au milieu des plus profondes difTérences... Cestnier les ira- <c ditions antiques qui ont servi de fondement » en Grèce, à l'art oomme à U » philosophie, à rimagination Gomme à la raison.... Plus, en eflet , on appio- A fondira tes ^alogues de Platon , et plus on y trouvera à^éléments réels et k historiques librement employés. Ajoulons en outre <iue Platon reoonniB « ]ui-m£nie dans VSpinomis , qu'une grande partie de sa scienoe fior ks «t dieux, U la doHà un barbare, à un Chaldéen. » (Trad. de Platon, noia mr le Banquet et celles sur VBpinomis.) Qu^on n^oublie pas que les Jvlil étaient alors répandus dans toute PAsie occidentale. ' Uctant , Divin, Instit. , lib. IIT , cap. xyi.