CHAPITRE VI
Si le rationalismd avait commencé arac le genre buïoam» il 601 probable que la vérité n'aurait pas fleuri un seul jour sur la terre. Cette plante divine aurait été étouffée ims son germe y et on aurait vu Tidol&trie et tous ses dérèglements souiller Vaurore môme de la création'. Hais longtemps le genre humain ne connut d'autre doctrine que celle de la traditioBi et, par ce moyen, vécut dans la simplicité de la foi et de l'obéissance à un seul Dieu, créateur et rémunérateur. Postérieurement, quand les hommes, comme dit Dio* dore de SicUe, ne suivirent plus la doctrine de leurs pères, etphngireni au dedans d'euahmémês dans les recherches qu'ils entreprirent, alors les dogmes primitiâ venus de Dieu s'ébranlèrent, les vapeurs épaisses du doute et du sensua^ lisme montèrent dans les esprits , et y formèrent toutes les superstitions, toutes les utopies, toutes les extravagances de ridolàtrieetdelaphilosophiesopbistique. La vérités'altéra peu à peu, se mélangea, s'ab&tardit. L'erreur s'insinua, s^accrédita, s'assit partout, n y eut longtemps une lutte enr
' ' n n'est que trop yni cependant q;ae la philosophie rationaliste, et par elle la tendance dn genre humain à ridolàtrie et à rimpiété , remontent à rorigine même dn monde. « Ce n'est pas la phOosopUo que Ton a reçue « d'Adam qui apprend, ces choses » e*est celle que l'on a reçue du serpent; « car, depuis le péché, Tesprit de Thomme est tout païen. > (Malebr., Bech, de la vérité f S* partie, liv. VI. ) Mais le Tenin injecté dans l'esprit humain par celui qui fit entendre le premier ptmrqwA comme tu ilMsment, «'a atteint «t eorrampo la masse que peu à peu. Kous toisons nos réserves è ce sujet. 14.
946 LIVRE I. GUAPiTRB Vi.
tre elles. Les sages , armés de la tradition, repoussaient rerreur de la môme manière que FÉgllse catholique confond r hérésie, en Taccusant de nouveauté. Hais ils ne pouvaioit pas le faire avec ime égale assurance , et surtout avec une ^ale durée ; car la vérité et la tradition n'étaient pas garanties, comme elles le sont dans TÉglise catholique, par une autorité dépositaire et dispensatrice, unique au monde, universelle et perpétuelle comme la vérité même, et par une succession non interrompue de ministres exclusivement dévoués & sa garde et à son culte : la vérité était éparse, sans défense, sans unité, sans autorité visible, dans les souvenirs des peuples , et dans les témoignages de plus en plus vagues et corrompus du genre humain. Son antiquité fut d'abord aisée à constater, mais peu à peu l'erreur commença à devenir antique à son tour, et à combattre la vérité sur le terrain flottant et indécis de la tradition ; eUè 86 donnait même au besoin, ainsi que nous l'avons vu, une antiquité factice, lorsque l'antiquité réelle venait à lui manquer trop ouvertement; et enfin, ne trouvant devant eUe aucun v^^ant accusateur qui dévoilât toujours et partout ses frauduleuses tentatives, elle réussit si bien à chasser sa rivale et à prescrire contre elle, que lorsque celle-ci voulut reparattre plus tard, elle fut à son tour accusée de nouveauté, et que Socrate , professant l'unité de l'Être suprême , fut condamné à boire la ciguô , pour avoir voulu introduire des dieux nouveaux.
Alors la vérité se cacha sous le manteau de quelques sages qui ne la soutinrent plus que d'une manière indécise et problématique, et la retinrent captive dans l'injustice, comme le leur reprochait plus tard éloquemment saint Paul. Ils la prenaient et la quittaient , y mêlant leurs propres rêveries, et la démentant surtout par leurs actions, entraînés
NÉCESSITE d'une SECONDE REVELATION. 2ih7
qu'ils étaient, dans leur isolement , par le dérèglement universel ; et quand, après eux, vinrent ces nuées de sophistes qui pullulaient dans Athènes et dans Rome et vivaient de Tart de tout soutenir, alors la nuit se fit sur le monde, l'esprit humain se joua de la vérité comme d'une prostituée, et le titre de philosophe devint synonyme de celui de parasite et d'histrion. La corruption marcha de pair avec les prétentions philosophiques ; là où les sophistes abondèrent, abondèrent aussi les superstitions et les dérèglements : parce que rien ne dégage le cœur du joug du devoir comme les incertitudes de l'esprit y et que rien n'engendre les incertitudes de l'esprit comme l'abus de son indépendance.
D'ailleurs la philosophie antique , outre son indécision y son absence d'unité, et ses tourbillons de système qui s'excluaient mutuellement, avait le grand dtfaut d'être trop abstraite , et totalement inaccessible à la plupart des hommes. La Religion naturelle la plus purement conçue, et telle que nous l'avons exposée déjà, aurait eu, elle-même, l'inconvénient d'être insaisissable aux esprits plongés dans les soins de la vie présente , et dévoyés de leur primitive simplicité. Pour que les vérités de l'ordre supra-sensible et surnaturel descendent dans la société , qu'elles y circulent , qu'elles y durent, et qu'elles s'y mêlent sans altération aux actions qu'elles doivent diriger, il faut qu'elles y arrivent toutes faites, revêtues d'un corps, d'un symbole sensible, frappées au coin d'une autorité reconnue par tous, dogmatisées en un mot. Les esprits les plus exercés à la philosophie , et qui vivent dans les abstractions, ojit eux-mêmes t)esoin de se faire des formules, des plans de croyance et de conduite, pour arrêter les perpétuelles variations de leur esprit, et trouver, dans les dangers subits où nous expose la faiblesse de notre nature, des armes toutes prêtes pour y
résister. La philosophie antique, si elle se fftt entendue d'àbord avec elle-même , aurait pu ensuite , en s'alliant au culte public, lui prêter son souffle et lui emprunter ses for« mes, et par là régir la société* ; mais précisément rien n'était plus antipathique que la philosophie et la religion chez les anciens. La philosophie faisait une guerre sourde à la religion , elle s'en moquait : la religion envoyait la ciguô à la philosophie, et l'accusait de nier les dieux. La philosophie avait aussi le plus souvent la lâcheté de se discréditer ellemétne, en sacrifiant publiquement à des superstitions grossières qu'elle aurait dû déraciner; et par là, au lieu de rattacher le culte à la morale en l'élevant jusqu'à elle, elle scellait l'alliance du culte avec les vices les plus énormes, en descendant jusqu'à lui. De ces contradictions et de ces duplicités inhérentes à la nature des choses, il advint que ni la philosophie ni la religion ne pouvaient soutenir la société , et qu'elles ne concouraient que pour la démolir : la philosophie faute de conclusion , la religion faute de principe ; et que , s'appauvrissant l'ime l'autre par leur isolement et leur répulsion, l'une aboutit nécessairement à l'athéisme, l'autre à la superstition, toutes deux au sensualisme le plus effréné ; car l'athéisme lâchait la bride aux passions , la superstition les aiguillonnait ; de telle sorte que le genre hmnain , ainsi lancé sur la pente du mal , voyait s'accroître la rapidité de sa chute de toute la force des moyens destinés à le retenir et à le relever".
' C'est ce que , arei-tis par le Christianisme, essayèrent de fiiire plus tard les Néo-platoniciens.
* J'avais fini de tracer ces considérations sur la philosophie et U religion chez les anciens, lorsque j'ai trouré, arec cet inexprimable plaisir que donne la reconnaissance de la vérité , qu'un philosophe chrétien , contemporain de cet insIttotloiiB, avait porté sur elles le même jngememt , el dans les mêmes termes. Le rapprochement est curieux : — « PhiloMphIa et reli-
NÉCBS51T£ Jl'UlfJi dECONDS UViLATlON. 2M
Àxmif quel tableau de eorraption et de déeaqqMwtion toigoure oroisaantee nous présente la monde païen I et quel spectacle que l'état où il était arrivé au temps de Tempire romain!
Tandis que quelques esprits spéculatif, comme un Gicé«> roui un Sénèque, s'élevaient , par une sorte de hardiesse et de révolte ^ûlosophique , jusqu'à oser croire quelquefois à un premier être immatériel; pour le peuple, pour la société, pour le monde, Dieu, source de toute morale , de tout ordre , de toute sociabilité, était réellement tel qu'on l'avait appelé au fronton du temple d'Athànes : uiQdNHir, Ce qui régnait, ce qui frappait tous les regards, ce qui remplissait toutes lee imaginatiems et Ihisait le fond constant de la vie depuis le berceau jusqu'à la tombe^ c'était le culte idol&trique, la déiflcatian des paseiona humaines, el même quelquefois des instincts brutaux. Les fables mj« thologiques , dont la fleur ai^ourd'hul ne sert plus qu'à amuser nos loisirs poétiques, étaient alors des réalités aur* dadeuses qui se faisaient adorer dans mille temples, dont l'influence se respirait partout, et dont s^autorisaient sérieusement toutes les perversités du cœur humain \
« gio dêonm éà^mta nmt^ — Imgêqw déscreia; — siqttkkm ahà « suni pro/euores sapientUty per quos utiqw ad deas non addituri m alH reUgUmis aniUHtei , per gtuu $apere non diseUitr; — appareê noé « «Item eiMMram êopientiam, noehanevetam MoHgiw$m. » (l40tat., /Mltl. «M»., lib. IV, otp. m, B. 1-2, edit CeUar.)
' Oa amii CQ quotion si les idoles étaient pour les païens les dlTmi* tés mêmes» ou simplement les repiésentaUons des difinités; Biais le éoale à cet égard n'est pas possible : Jambliqoe consacre tout im ouvrage à défendra cette croyance des païens, qne les statues, noiMenlemenl celles que Ton appelait StMctri), c*e8t4Hlire tombées dn del , mais cBCora las stataes faites par des scdptâira et acbetées pour de ^argent, dennilenty par ime eeft-
séoration spéciale, la résidence personnelle dn dieu on démcm qu'elles figuraient, el qui étatt en quelque sorte lié à èaes, Fiodus lul4iiême^
celte ccMécvatlMk par laqueUe les images dee^dien s""* ««««a» et trans-
250 LIVRE 1. GttAPlTEE VI.
Ce qu'il y a de bien certain, et cela seul eût été un mal énorme y c'est que ce culte tenait la place du culte de la morale et de la loi naturelle , et par cela môme interceptait les lumières de la conscience et les avertissements du sens moral. On ne faisait entrer dans ce culte» comme éléments obligés du service divin , ni les justes notions sur la nature de Dieu , ni Fobéissance à la loi morale , ni la pureté du cœur y ni la sainteté de la vie y ni repentance des crimes passés, ni amendement de conduite pour Tavenir. Le sacerdoce du Paganisme était muet. — a On n'y parle de <i rien qui serve à former les mœurs et à régler la vie, disait n Lactance ; on n'y cherche point la vérité , on ne s'y oc- II cupe que des cérémonies du culte , où l'ème n'a point de « part, et qui ne regardent que le corps \ b — Ainsi, bien loin que la religion des païens prét&t assistance à la vertu, dlen'avaitaucuneliaison avec quoi que ce soit de vertueux; et cela seul, disons-nous, eût entraîné une grande dépravation, en laissant le cœur tout ouvert aux séductions des passions , et la conscience démantelée contre leurs violences. Hais cette religion faisait plus -. elle encourageait et redoublait l'emportement des passions, en mettant dans leurs intérêts le sentiment de la Divinité môme, qui aurait dû en être le frein. L'orgueil et la volupté y étaient partout encensés et préconisés, sous toutes leurs formes cruelles ou dégradantes. Une foule de divinités i\irent créées avec les caractères les plus odieux. On leur attribua Tinfamie des crimes les plus énormes : c'était la personnification vivante de l'i-
formées ea demeures de la Divinité. (Procl.» in Tinumm^ IV» p. 240.) ^uiatilîeii, do reste, le dit très-catégoriquement : « Hœc priusquam Dedlca'
• tionis aocipiant summam reUgionem , opéra sunt tantum ; Dedicatk» «si
• illa qusB deum inducit quae sede desUnata locat. » (Quintilian.,
* Ladant., Instit» divin., lib. IV, cap. m, u. 1-3.
NÉCESSIT]^ d'une SKCONDE RÉVÉLATION. S61
vrognerie, de l'inceste, du rapt, de Tadultère, de la luxure, de la fourberie, de la cruauté et de la fureur, d*où les mêmes vices tiraient des arguments pratiques dans les cœurs des hommes. Celui qui voulait commettre quelque action mauvaise avait soin de s'y encourager par le souvenir de co qu'un dieu avait fait en pareiUe occasion; les fautes commises s'excusaient par le même procédé, ou étaient reje* tées sur la divinité , qui y avait poussé avec une force irrésistible. Joignez à cela l'effet des scènes inunorales de la mythologie , peintes à fresque sur les murs et les plafonds des demeures, comme on en a découvert récemment à Her» culanum : de telle sorte que Tadolescent et la jeune fille qui avaient grandi au milieu du spectacle continuel de ces images, se trouvaient familiarisés, dès la plus tendre enfance, avec les infamies qu'elles contenaient. — « Jupiter « a séduit ime femme en se changeant en pluie d'or , fait <i dire Térence à l'un de ses personnages; et moi, chétif a mortel, je n'en ferais pas autant M » — Ovide ( et l'auto* rite est singulière, comme l'observe M. de Chateaubriand) ne veut pas que les jeunes filles aiUent dans les temples^ parce qu'eUes y verraient combien Jupiter a fiût de mères *. Les voleurs et les homicides, et le reste, avaient aussi leurs patrons dans le ciel. — a Belle Laveroe, donn^ a moi l'art de tromper, et qu'on me croie juste et saint '. » Quoi de plus fort enfin que ce que dit Sénèque : a Ils a murmurent aux oreilles des dieux les supplications lea a plus exécrables ; mais si quelqu'un vient à les écouler^
I Bgo kuwmeiù hoe ko» faxln !
(Ter. Eun.9 act. m.)
* OiiMi wnMoÊ imifrr* tturVi VU dent !
(rrt*^,Iib. H.)
I PiÊlckralMoema^
g>am0i*/att€rÊ,daJiuhmn»awmqnê9U€rt,
(HoTlt. ^p. X\I, W» I.)
252 UVRfi I. CHAPITRE VI.
« ils (te takient; ce qa'tin hconme rougirait d'entendre, ils c ne reugiseént pas de le dire à un Dieu. »
Le cdte correspondait nécessairement au caractère des dieux. D eonsistait dans les rites les plus tîIs et les plus détestables : la fornication et llTrognérie faisaient partie du culte de Vénus et de Bacchus '. Les mystères d'Adonis, de QybèiB , de Priape , de Flore , d'Aphrodite , étaient représentés dans les temples et dans les jeux consacrés à ces divinités. On voyait, à la lumière du soleil, ce que l'on cache dans les plus profondes ténèbres, et ce que l'honneur de notre langue me défend de nommer •. Les femmes se prostituaient publiquement dans le tetnple de Vénus, à Babylone^ Dans l'Arménie, les familles les plus illustres consacraient leurs filles, vierges encore , à cette déesse * . Les femmes de Biblis, qui ne consentaient point à couper leurs cheveux au deuil d'Adonis, étaient contraintes, pour se lar» de cette impiété , de se Uvrer un jour entier aux étrangers. Strabon rapporte que le temple de Vénus, à Corinlhe, était extrêmement riche ; qu'il avait en propriété plus de mille filles publiques , esclaves ou prêtresses , dons faits à la déesse par des personnes des deux sexes. « C'était, dit- € il, ce qui attirait tant de monde à Corfnflie, et qui la ren- « dit opulente •. » D en était de môme dans l'Ile de Chypre
i U fonjcafien Aûfldt teBemoit partie de llMAtrie , qae, dans comme le Noaveaa Testament, oeUe^ est désignée sooveittpar lefeme de fornication, comme lui étant synonyme. ( Voy, Bergier. DM, ihéoi.. Foraicaliim.)
* Sxuuntur etiam vesHbus populo flagitante meretrices, qtue tune mimorum fttnguntur offtcio; et in conspectu popnll usque ad saiietaiem impudicorum luminum cum pudendU m^ilmi detinentur. (Lactant., Defalsa reliçkme, lib. ï, p. ei ; Basile»,)
3 Hérodot, Ub. I.
4 Lncian.y De Asspria inil,
^ Jastia., Afiien., Str&b., etc.
NÉCESSITÉ d'une SECONDE KÉVÉLATION. 263
et sur Ja montagne d'Éryx en Sicile. Souvent, dans les endroite retirés des temples, il se commettait des crimes contre nature, qui ne lurent découverts en partie et défendas que sous les empereurs chrétiens. Quelquefois aussi do pareilles horreurs s'étalaient sans honte aucune ' .
' n ne faut pat s'étonner de tout cela. Cela devait être : c'était la conséquence logique de la perte des vérités divinés. La première de toutes, la notion et le culte d'un Dieu umque, spiritual et saint, étant effacée de dessus la terre, rhomme s'accoutuma à croire divin tout ce qui était puis^ sant; et comme il se sentait entraîné au vice par une force invincible, il cnit aisément que cette force était hors de lui, et il s'en fit bientôt un Dieu. C'est par là que l'amour impudique eut tant d'autels, et que toutes ces impuretés qui font horreur furent mêlées au culte, et finirent par le constituer exclusivement. Chacun se fit un Dieu de la violence de sa passion , comme dit le poète : StM cuique deus fit dira cupido ».
Quelles devaient être les mœurs sous l'influence d'un tel culte , qui , à la différence d'un culte spirituel et moral comme le nôtre , s'impr^ait partout, dans la vie publique, dans la vie domestique, dans la vie individuelle ; parce que partout il était d'intelUgence avec les passions, qui lui ouvraient tous les accès, et que le ciel et ia terre, les hommes et les dieux, se donnaient la main pour l'accréditer et lo répandre!
Les jouissances delà sensualité, et tous les genres de barbaries qui lui servent de cortège, étaient portés au plus
' » Yidereestin ipsis templis, eumpublèto gemitu ^ nUseranda Indiària , vtros muHebria pati , et hanc impuri et impudici corporis fnbem §iorio$a oatentatUme detegere, » Firmic. Matern.
• Virg., jBneid,, Hb. IX.
264 LIVRE t. CHAPITRE YI.
haut comble. Il j> avait qpidlque chose de* vaste et de monstrueux , dofii rien ne peut nous donner Tidée , dans Tobscurcissement des esprits Qt la dépravation des oœurs. Toute cette force de rintelUgence et de la volonté qui, sous Tmflucnce du spiritualismo chrétien , s'est révélée dans les temps modernes par tant d'inspirations cfaevederesques , tant d*institutions morales et religieuses y tant de découvertes scicntiflques y tant de travaux industriels , abîmée alors dans les sens , 7 était toute exploitée à les assouvir. L'organisation sensuelle de Thomme avait acquis une capacité aussi vostO; ce semble^ que celle de rintelligencO; parce que rintelligence était toute passée dans les sens : de là viennent ces proportions colossales dans les goCits, lesfStes, les plaisirs des anciens; comparés aux nôtres, qui nous les font apparaître comme une race de géants disparue de dessus la terre , si nous les considérons par ce cAlo sensuel ; et comme ime race de pygmées, si nous les mesurons à cette puissance des idées, à cette hauteur métaphysique et morale où nous sommes parvenus, et qui ferait d'un enfant de nos jours le catéchiste de tous les philosophes de l'antiquité.
Plus des deux tiers des habitants des pays les plus civilisés étaient plongés dans l'esclavage , et uniquement employés à repaître les sensualités de l'autre tiers '. Gela seul donne une idée effrayante du mépris de l'homme pour l'homme , de la puissance de l'égo'isme , et de l'étendue de la corruption qui devait en résulter. Aussi, que de cruautés inouïes se commettaient à la face du soleil , et avaient cours d'usage, de mœurs, de loi, dans la société! Les maîtres avaient un pouvoir absolu sur les esclaves , et pou-
' « Si on eût fliit porter aux esclayes un oostame distinct , dit Sénèqiie , ■ on m wtécflNyédn petit nombre des homme» libres.» (^Cft»w.,T, 24.)
irécessiTÉ d'unb segonde révélation. a5&
vaieni ou les rouer de coups ou les mettre à mort^ à leur gré '. IM édit de Fempereur Claude défend d'assommer un aBclare, uniquement parce qu'il est vieux et infirme. C'était aussi la coutume , pour s'en débarrasser dans ce cas , d'exposer ces malheureux dans une lie du Tibre ; et le môme édit accorde la liberté à ceux qui avaient été ainsi exposés, s'ils recourraient la santé. Ces &orr2>Ies transactions des lois avec Tinhumanité des mosurs en font mesurer toute la dépravation. Une loi dé Constantin (sa constitution de 312) 9 que tous les historiens s'accordent k regarder comme caractérisant l'introduction de l'esprit chrétien dans la législation , réprime les excès des maîtres envers les esclaves^ et nous fait connaître par cela même quels il» avaient été jusqu'alors.
« Que chaque maître , dit l'empereur y use de son droit a avec modération , et qu'il soit condamné comme homîa eide , s'il tue volontairement son esclave à coups de bâ- « ton ou de pierre ; s'il lui fait avec un dard une blessure a mortelle ; s'il le suspend à un lacet ; s'il l'empoisonne ; a s'il fait déchirer son corps par les ongles des bâtes féroa ces } s'il siUonne ses membres avec des charbons ara dents, etc., etc. d I^a plume se lasse à énumérer toutes ces horreurs.
Ceux qui auraient dû éclairer leur siècle sur ces énormités , les voyaient et les commettaient eux-mêmes avec ime ingénuité de sang-froid qui fait frémir. Nos esclaves sont nos ennemis, disait Caton : mot cruel, qui servait d'excuse
• Qu*on en jage par ce passage d'Horace : « Si vous faites mettre en croix « un esclaTO qui , en enlevant on plat , aura goûté la sauce ou q»«**ï^® ^!'; « Mm entamé.
> n*est-€lle « ami dans ' cela vous le haïssez el le fuyez, comme un débiteur
250 LlVilK i. CHAMiùi: VI.
à tout ce que la tyrannie domestique peut inventer de plus odieux! C'était aussi la maxime constante de ce parangon de vertu, de vendre ses esclaves déjà sur Tàge à un prix quelconque , plutôt que de supporter ce qu'il considérait comme un fardeau inutile , et de permettre à ses esclaves mâles d'avoir commerce avec ses femmes esclaves, moyennant quelque argent que le mâle lui payait pour ce privilège'. Védius PollioU; ami d'Auguste, entretenait des murènes d'une énorme grosseur, auxquelles Si faisait jeter ses esclaves pour pâture'. Q. Flaminius, sénateur, fit mettre à mort un de ses esclaves, sans autre motif que de procurer un spectacle nouveau à un de ses complaisants , qui n'avait jamais vu tuer un honmie'. Si im père de famille était tué dans sa maison , et qu'on ne parvint point à découvrir le meurtrier , tous ses esclaves étaient sujets à la peine capitale. Un des grands de Rome, qui en avait quatre cents, ayant été assassiné par l'un d'eux, tous furent mis à mort 4. Aux funérailles des gens riches, on égorgeait souvent im certain nombre d'esclaves , comme des victimes agréables à leurs mânes. Enfin, quand nous n'aurions d'autres preuves de la manière dont les esclaves étaient traités, que ce fait que, dans les salubres climats de l'Italie et de la Grèce, ces troupeaux d'hommes, bien loin de se multiplier, ne pouvaient se maintenir qu'à l'aide de nombreuses recrues qu'on tirait des provinces éloignées , c'en serait assez.
Et ce qu'il y a de remarquable , c'est que toutes ces choses que nous avons peine à croire n'étaient pas considérées
> Plutarque » Vie de Caion.
» Plin., IW. ÏX, chtp. XXXIX.
^ Plutarque, Vie de Q. Flaminius, 4 Tacite,
MèCh^irÉ li'VKE SECONDE HBVELATION. 257
comine des excès , pas même comme des abus y mais comme l'exercice du droit naturel lui-même. Tout cela se passait journellement sous les yeux, sans exciter la plus légère censure y la plus faible protestation de la part de ce tas d'écrivains et de sophistes qui passaient toute leur vie à déclamer sur les mœurs '. Quant à la législation, elle avait été la première à jeter sur les esclaves un mot affreux : Non tam viles quam nulli sunL
Si Ton réfléchit sur la source de cette monstrueuse perversion dans les rapports des hommes entre eux , on la découvrira aisément dans la perversion de leurs rapports avec la Divinité, n 7 a une relation étroite entre le dogme de Tunité de Dieu et celui de la fraternité humaine. L*unité de Dieu fait notre lien ; et lorsque cette unité de Dieu s'anime et se vivifie par le sentiment de sa paternité et de sa bonté , et que ce n*est pas la crainte seulement, mais Tamour surtout , qu'elle nous inspire , alors le genre humain devient bientôt , sous l'influence de ces idées y une famille de frères, où les plus délaissés ont le plus de prix. De là vient que dans le Christianisme, réalisation sublime de cette doctrine, le sentiment de l'amour, soit qu'il s'adresse à Dieu , soit qu'il s'adresse aux hommes , s'appelle également Charité , comme un fleuve qui retient toujours le nom de sa source partout où il promène ses eaux, n suit de là que la ruine du dogme de l'unité de Dieu dut entraîner nécessairement la chute du dogme de la fraternité humaine ; et l'idée seule de force s'attachant au sentiment de la Divinité , le type souverain de la bonté fut perdu, et l'égoïsme ouvrit sa gueule immense. Aussi voyons-nous la hideuse plaie de l'esclavage grandir et s'étendre à mesure que le polythéisme s'invété-
' Sénèque eicepté; mais Sénèque, comme nous le prouverons» avait •ît'P reçu romprHnfo «ht Chnslianismo.
raît loHiiénedai» i« cwu* des nations. En remoiUaAt daus les lemps antiques «tpks rfi{is>rochés du lègne de la Reli- {poaiiatuiieUe, nous voyons, au (xmtraire, Tesclaviige s'a* doudr, M cestrevadre , et dii^>araitre presque entièrement DaiisfiûiQère d^à il <M$cupe peu de place. C'est la captivité , suite immédiate des batailles , qui fait Tesdav^ge, dans «es récits. Aussi les noms de captifs et de captives j sont presque seuls employés ; et ces noms même, comme la destination qu'ils supposent , disparaissent bientôt dans la domesticité. Dans la demeure d'Alcinoûs, d'Ulysse, de Laerte, ce sont des serviteurs et des compagnes qui se mtient avec fionilîaiité aiRx soins et môme aux jeux de leurs maîtres, aitadiés à leur personne j dit Homère, jpar Vaffection him plm fmpar la nfomtlé '. Le conducteur de porcs, le ion Eittffiée, y est appelé le nobie pasteur \ Enfin , chez les Juife , oà le dogme de l'unité de Dieu s'est maintenu pendant toute l'antiquité, l'eselavage n'a jamais pu i^ndre racine ^ il dégénérait forcément en une domesticité temporaire, qui se dénouait touslessept ans. — a Si la pauvreté « néduit YOlM firère à «e vendre à vous, vous ne l'oppri- « merei point eta le traitant comme un esclave , mais vous « le traileiw comme un ouvrière gages. H travaillera chez a vous jusqu'à l'année du jubïé , 6t alors il sortira avec sa « femme et ses «ifluits, èl il retournera à la flBuniUe et à « l'héritage de ses pèves; car iis sont mes esclaves, dit le a Seigneur ^. d Paroles touehaates, qui font bien voir le rapport quil y a oitre le dogme de l'unité de Dieu et celui de la fraternité humaine! Hais la fraternité humaine c'est la sociabilité , c'est le lien même de l'existence des natteos
■ Homère y Odyss,, chant xxrr.
'Id.,iM^ chant xiT.
^ LëYÎtiqac , xxv.
NECESSITE d'une SECONDE RÉVÉLATION. 259
et du genre humain ; d'où il 6uit qu'en {^andissant , te gouifre du polythéisme allait engloutissant le monde * .
Reportons encore nos regards sur ce monde païen , et ne craignons pas de sonder toute la profondeur do la plaie qui rongeait Thumanité, si nous voulons biefti apprécier le prodige du remède divin qui Ta guérie.
Un usage épouvantable , provenant de la même cause que nous venons de signaler, et qui est la plus grande preuve de Fesprit de cruauté réfléchie parmi les peuples les plus civilisés du polythéisme , c'est celui des spectacles de gladiateurs , classe d'hommes composée de captifs, d'esclaves y de malfaiteurs condamnés aux derniers supplices , que Ton nourrissait pour cette destination , et qu'on faisait paraître par milliers dans d'immenses amphithéâtres , où ils étaient condamnés à se couper la gorge , pour le passetemps des citoyens de tout rang et de tout sexe *. Ces spectacles sanguinaires dévoraient quelquefois, d'après le calcul de Lipse, vingt ou trente mille hommes dans l'espace d'un
' n est nai de dire cepeadant que cette douceur de la l^islation juive n'existait que pour les esclaves Juiâ, et non pour les étrangers, n était réservé au Christianiarae , par la grflce de Celui qui s'est fiiit esclave pour le genre \\unaân,formam servi accipiens, de généraliser raffrandiiMement de l'homme avec la vraie notion de Dieu , et d'inspirer à son grand Apôtre cette épttre sublime, toute palpitante de charité IratemeDe, dans laquelle , demandant grftce à un maître pour un esclave échappé, il lui dit ces pa* roies si étranges alors pour la terre, et qui sont devenues si naturelles à nos mœurs sous Faction incessante de la charité : « Je vous le renvoie, et vous « prie de le recevoir comme mes entrailles...; non plus comme un simple
• esclave , mais comme celui qui , d'esclave, est devenu l'un de nos frèâ^ « bien-aimés. S'il vous a fait tort, mettez cela sur mon compte... C'est mot , « Paul , qui vous écris de ma main ; c'est moi qui vous le rendrai. Je peur* « rais prendre en Jésus-Christ une entière liberté de vous ordonner une <i Chose qui est de votre devoir : néanmoins Tamour que j'ai pour vous fait
• que j'aiaie mieux vous si^U^t quoique Je sots Panl , vieux , et, de plus, » maintenant prisonnier pour Jésus-Christ. » {ÉpU. à PhiUmon. )
' Jugulanturhomines, ne nihil agatur. (Sencc. Kp. vu. )
2G0 LIVUE I. CliAPMUK VI.
roois. Tout Home , tout rimiYefô païen , se ruait à ces bouclieries. Là , nulle pitié , même instinctive. Des fers ardents et des coups de fouet étaient employés pour forcer à se battre à outrance les malheureux qui reculaient devant i'épée ; le peuple sans entrailles mettait sa joie dans le bruissement du sang, dans la vue d'affreuses blessures , dans le râle de la mort; puis, lorsqu'un blessé tombait incapable de continuer la lutte , des milliers de mains s'étendaient pour faire signe qu'on l'achevât; et s'il demandait grâce, c'était aux plus jeunes femmes romaines que le plaisir de la lui refuser était réservé , en donnant d'un geste le signal de sa mort'. Au rapport de Sénèque, le peuple romain était si insatiable de ces combats meurtriers , que les gladiateurs qui avaient échappé le matin à la gueule et aux griffes des bêtes , devaient , dans l'après-midi , combattre de nouveau sans aucune arme défensive , pour rassasier les spectateurs par la grande quantité de blessures mortelles et par la foule des mourants. Et à toutes ces atrocités du meurtre se mêlaient les raffinements de la délicatesse , les excès de la magnificence , l'infamie de la volupté. Un orchestre de mille instruments mêlait sa voix aux clameurs de l'amphithéâtre. Des voiles de pourpre brodés d'or ondoyaient au-dessus de la tête des spectateurs, pour les protéger contre les ardeurs du jour. De jemies et beaux esclaves venaient , après chaque homme tué , retourner avec des râteaux la poussière ensanglantée. Des tuyaux ménagés avec art, versant sur le spectateur mie rosée odorante , rafraîchissaient l'air, et corrigeaient l'acre parfum du sang. Des mosaïques , des statues , des bas-reliefs , des incrustations de marbres précieux, charmaient l'œil du spectateur^ des machines de théâtre l'émerveillaient jiendant les inter-
* Verso poUice. (Ju vénal, saf. m. )
NKCLSSITÉ ULNK SECOiNDE IIÉVLLATION. 201
mèdes , par la beauté de leurs effets ; et enfin, sous une des arcades de ramphithéûtre , que désignait un emblème impur, des prostituées avaient leur boudoir à côté de Varène ensanglantée et du spoliaire encombré de morts '.
Et qu'on ne mette pas ces horribles passe-temps sur le compte de deux ou trois monstres , tels que Néron et Caligula; les plus doux princes , ceux qui étaient appelés du nom de Délices du genre humain , s*y abandonnaient avec une égale fureur; la société tout entière hurlait , pour qu'on lui ouvrit ces abattoirs , avec la même avidité qui lui faisait rechercher chaque jour le pain nécessaire à son existence *. Je n'exagère rien. L'historien Dion nous apprend que Trajan , lors de son triomphe sur les Daces , donna des spectacles de gladiateurs qui se prolongèrent pendant cent vingt-trois jours , et où s'entre-déchirèrent dix mille gladiateurs et onze imlle animaux féroces... ; et ( chose qui glace Tàme et qui paralyse le jugement) Pline le Jeune , dans le panégyrique qu'il adresse à cette occasion à Trajân , ne laisse pas tomber un mot de censure ou de pitié sur ces abominables jeux ; il n'a même recours à aucime de ces précautions oratoires que la flatterie la plus basse sait encore trouver, pour éviter tout ce sang : que dis-je ! il en Ure sujet de glorifier son maître , et de le louer de justice et d'humanité; et pourquoi, grand Dieu? pour ne pas avoir pris parmi les spectateurs de nouvelles proies à jeter dans Tarène , et ajouté par là au nombre des victimes. On ne me croirait pas ; il faut citer : — « Après avoir ainsi
' 0adiiiifer, Origines du ChrUlianisme; Franz de Cbautiaguy, Us Ceson.
» Panem et eirauses. { Juvénal, sot. x. ) « Je ne crois pas qu'il y eit au- " cime reimkm du peuple, aucune assemblée, aucun comice, où la Ibule toit . pius nombrauM qu'au» jeux des «ïad'at<»ur». m (Cic^cn», Pio Sexlo, 59. )
262 LIVBE 1. CMA1*1TEI£ VI.
a pourvu aux besoins des citoyens et des alliés, vous u'avez c pas négligé leurs plaisirs. Vous avez doimé un spectacle, c non pas de ceux qui peuvent nous amollir et nous effé- « miner, mais de ceux qui sont propres à nous enflammer a le courage , à nous familiariser avec de nobles bleasu- « res , et à nous inspirer le mépris de la mort même. Vous a nous avez montré Tamour de la gloire et Tardeur de a vaincre, jusque dans Tâme des scélérats et des esclaves, a Quelle magnificence , quelle justice n'avez-vous pas fiût a éclater en cette occasicMi? Toujours exempt de partialité, « toujours maître de vos passions , vous avez accordé ce « fu'on souhaitait ; vous avez offert ce qu'on ne vous dea mandait pas ; vous avez même invité à le désirer. Vn « spectacle a été suivi d'un autre , et toujours dans le iemps « qu'on s'y attendait le moins. Jamais vit-on plus de l&erté c dans les applaucUssements , plus de sûreté à se déclarer c selon son inclination? Nous a-t-on faitim crime, comme c sous d'auti^ empereurs , d'avoir pris un gladiateur en c aversion? Quelqu'un des spectateurs a-M'I été Im-mime a doMM en spectacle^ et a-M7 été assez malheureux pour a e^q^ des plaisirs funestes par de cruels supplices *? • — Dans quelle abjection devait être tombée l'humanité , pour qu'un empereur comme Trajan fût loué d'une telle façon par un homme tel que Pline !
Au surplus , il y avait une certaine humanité de la part de Trajan à ne faire égorger que dix mille gladiateurs ; el ce n'est pas sans raison que Pline le loue de ne pas avoir
* Pline , Panégyrique 33, traduction de M. de Sacy. — Cet plaisirs /unesies , expêés par de cruels supplices , lenferment mi sens secret qne Je ne renx pas approfondir ; c'est un mystère de délwoche dans un mystère de craauÛ : c^est asses de odui-d ; notre intelligenoe ne descend pas plus bas ; el rf à forée de curiosité elle y parrenait , le cœir ne Tondrait pas la suivre.
NÉCESSITÉ d'une SECONDE HÉVÉLATION. 263
fait jeter les spectateurs dans le spectacle; car c'est ce qu'avait fait nn de ses devanciers y Caligula. Un jour que les gladiateurs manquaient aux bètes, il fait saisir les premiers venus des spectateurs , leur fait couper la langue pour étouffer leurs plainteS; et les jette aux animaux*. Jeu de monstre y direz-vous; soit : mais le peuple romain Tapplaudity mais le sénat lui-même Tencourage, et ne rougit pas, dans le même temps , de rédiger un code théâtral ^ de statuer, par un sénatus-consulte , que désormais les gladiateurs se battraient, non plus par couple, mais en masse, comme dans les véritables combats. Le sang, dit Thistorien , remplaça la sueur*.
Ces mœurs féroces étaient devenues tellement naturelles, que les victimes eUes-mémes s*y prêtaient, en quelque sorte , par une résignation stupide , elles ne se souvenaient plus qu^elles avaient le xlroit de vivre ; la mort , qui bridO tous les liens , ne pouvait rien sur la chaîne de leur servitude ; ses étemelles ombres n'étaient pas même un reftigc pour la liberté , et les fronts qu'elle allait consacrer se courbaient Iftcbement dans la poussière, pour adorer encore une dernière fois le dieu-César : Ave , Cœsar, s'écriaient ces victimes dévouées en passant devant le trône, morituri te salutant */
' TacU. Annai.y lib. VU, Bvppl. 29.
* Id., ibid,
^ Ce qui fait que tout» ces choses étonnent le lecteur et lui paraissent falmlenses, c'est qull les Juge avec les idées que nous avons du droit, de la liberté, de la dignité hnmaine, et que» ne voyant aucune protestation éneiigfqae dans rantiquité contre ces abominaUons , il est porté & croire qu'elles n'étaient pas si excessiTes qu'on le dit. Mais c*est là précisément le comble du mal. On y était tellement acclimaté , bourreaux et victimes ^ qu*aQcnn cri , aucune mention même, au nom de la plùlosopiae et de IMiis. toire , ne viennent trahir un désordre dont la dix-roUUèroc partie ferait soi:lever aujourd'hui toute TEurope. Tout cela se passait à lims clos , pour aiu i
26'!' LIVKK 1. CllAlUrKE; VI.
En ce tetups-là les bétes féroces avaient acquis uue sorte de droit d'égalité et de fraternité humaine. La loi étendait ses soins maternels sur elles jusque dans leui-s antres sauvages. Il était défendu, sous peine de mort, de les v tuer, afin de les réserver pour dévorer elles-mêmes des hommes, dans les jeux du cirque.
Qu'on juge par là quels instincts tyranniques on devait rapporter dans les mœurs privées , et quelle main de fer on devait faire retomber sur tout ce qui était faible , les enfants , les fenmies , les esclaves , les malheureux , soimême dans radversité ! Les enfants naissants , les satiguinolents, comme on les appelait, étaient journellement exposés à périr de froid ou de faim ; on les jetait sur les bords des chemins , et des bandes de loups , descendant toutes les nuits des Abruzzes , venaient les dévorer. Les femmes étaient répudiées pour le plus léger prétexta , avant même qu'elles eussent achevé de porter leur fruit; le mariage n'était qu'une prostitution légale ; encore même à ce prix , comme nous le verrons , personne n'en voulait , et radultère était invoqué comme une allégeance du joug marital. Qu'on juge du sort des pauvres! Parmi les institutions du paganisme, on n'en voit aucune qui ait été fondée ou par les mmistres de la religion , ou par les chefe du gouvernement, dans le but de secom-ir les malades, les infirmes , les infortunés dénués de tout. Il y a un mot d'un
tlîrc , et un tel sUence est eflhiyaiit. Il ftit donné aux chrétieus de le romiire les premiers par tant et de si l)eUes apologétiques , fiù , s'appuyant enio 8ur une puissance autre que celle de César, iU osèrent lui demander uns rérolle, mais sans crainte, pourquoi il les violentait. En cela , ils ne faisaient que suiTre les traces de leur divin Maître , qui , lui aussi, dans sa inssion.iewvantun soufflet sur sa fooe adorable, répondit, avec le calme 4u Dieu et la dignité de rbomme : - Si j'ai mal parlé , fait» toib le bai.
«lE «'a! D!T ; HAIS SI i'Af «lEN PARLÉ , PatI\Oloi ME FBAPPE«-VOVS?