NÉCESSITÉ D*UN£ SECONDE RÉVÉLATION
empereur romain sur les pauvres, qui résume tout : iVo6f5 graoei sunt, La férocité contre soi-même enfin s*exerçait par le suicide. Dès qu*on voyait venir quelque infortune, quelque disgrâce , on tournait la main contre soi , et cette lâcheté morale était saluée du nom de vertu, sanctionnée par l'exemple des hommes les plus honorés de l'estime publique : c'était la porte par laquelle on sortait noblement de la vie.
Un autre cdté des rocBurs païennes qui le disputait à l'inhumanité , et sur lequel il faut nous résigner à porter encore nos regards , c'était la perte de tout instinct de tempérance et de pudeur.
A cet égard , de même que l'inhumanité des mœurs se résumait dans une grande violation du droit naturel , l'esclavage et les jeux sanglants du cirque , leur dissolution se reflétait dans une grande monstruosité : j'entends parler de cet amour que la nature désavoue.
Ces doux renversements caractérisent toute l'antiquité, et surtout ses derniers siècles. Ils constatent le plus haut ])ériod6 de l'agonie du genre humain.
L'amour antiphysique, ce crime iimomé , dont, grâce à Dieu, nos mœurs chrétiennes peuvent entendre parler avec la sainte liberté de l'innocence , était plus naturalisé en quelque sorte que le goût des femmes. Gibbon le met à la charge des quinze premiers empereurs romains, à l'exception de Claude , qui vivait dans un commerce incestueux. La délicatesse la plus exquise ne s'en offensait pas , et la plus austère philosophie jouait avec cette monstruosité. La (lùte du doux Virgile , la lyre de TibuUe et d'Horace, lui empruntaient leius inspirations ; c'était le goût dominant de Catoa; et Cicéron lui-môme (le rouge monte au front en l« lisant), dans son beau traité de la Nature de$ dieux ,
266 UVHIi; I. CUAPlTftE VI.
en a déposé l'aveu, et en a tiré mêmeuae sorle d'argumeal pour son sujet. .. Je vais citer : il faut que l'antiquité e^ie, dans la personne d'un de ses plus grands honunes, la dégradation morale oii elle s'était laissée choir, et qu'elle subisse, devant notre sainte pudeur chffétibsnne , la honte d'une exposition cpii importe à la cause de la vérité- . . Cicéron donc, voulant établir qu'on ne doit pas se représenter la Divinité sous une forme humaine, parce que, quelque belle qu'elle soit, cette forme ne r^nd pas à la beauté absolue des attributs divins, en vient à dire : — « Mais encore , de quri ff homme en particulier voudrait-on avoir la figure? car les <( beaux hommes ne sont pas communs : à peine s'en troua vait-il im dans chaque troupeau de jeunes gens, lorsque « j'étais à Athènes... Je vois ce qui vous fait sourire; mais « je dis la vérité... AjouteE même que pour nous autres ,
« qui, AVEC LA PEftHISSION DBS ANCIENS PHILOSOPHES , AI-
(c MONS LES JEUNES HOBfMES , souvout Ics défauts sont dcs c< attraits. Une marque au doigt d'un enfant charme les « yeux d' Alcée '.» A quelle extinction de pudeur et de tout
' J^ai SQiyi la Iradoction de Tabbé d*01ivet ;'aa surplus, voici le texte, qui est encore plus clair : — Sed tamen cujus honUnis ? quoCus enim quisque formosus est? AlhenU cum essem^ e gregibus epheborum vix singuli reperi^antur. Vîdeê fuid nrriserU; md tamen iîa res se habei, Deindt nobis, qui , ooncedeaUbus pliilosopbis antîquis , adolescentulis dclcctaninr, eliam vitia sœpe jucunda sunL I^wvus in articulo pucri delectat Alcssum. (De Nat, deor.y 1. XXVIÏI.)
tel NUsant arec attoKlM Cicéron, nr le nom duquel je ne Toudiais pas faîr« peser ane si flétrissante imputation, quelque avantage que je pusse ea recueillir pour mon siyct, je remarque que lui-môme ne prend pas part en son nom personnel à la discussion dialoguée, sous la forme de laquelle il a Mt son traité de la Nature des dieux. Il Tait parier seulement trois per ionnages : Funest VeUéius, pliilosophe épicurien ; Tautrccst Cotta, philosophe académicien; et le troisième, Balbos, philosophe stoïcien. J'aurais ▼ivement désiré, et je Tal un instant espéré pour l*honneur de Cicéron, que le pnypM ea question fit mf i par loi dans la bouche de Vépicurien VeUéios :
NÉCESSITÉ d'usé SëCONPE fiJSVELATION. 267
sens moral fallait-il eu être vœu pour qu*un houuéte hoioino comme Cicéroiiy un pontife, mi consul, un père de la patrie, méditant sur la nature de Dieu, ait cru pouvoir mêler à ses élévations philo8ophi(iues des révélations aussi abjectes !
Qu'était-ce donc des autres hommes , surtout dans les temps postérieurs , où toutes les dépravations allaient en grandissant?
Sénèque nous apprend que, de son temps , après les repas, de malheureux enfants étaient réservés aux outrages ' ; et la loi Scanlinie pensait sans doute être rigoureuse , en n'exceptant de la prostitution publique que les garçom de condition. Dans le dialogue des Amours, attribué à Lucien^ Tauteur introduit sur la scène deux personnages qui discutent sur cette abomûaation ; et entre autres arguments à Tappui on lit celui-ci : « Les lions n'épousent pas les lions, a dis-tu?... c'est que les lions ne philosophent pas*, d
c'eût été alore un trait de mœurs qui serait entré dans le rôle du personnage^ et qui n'aurait pas njaiiU sur Cicéron. Mais il n'en est rien ; et des deux personnages restants , c'est précisément cehii qui rentre le pins dans la personnilité de CIoériB qoH a cMsi pov lui Ikire tenir oet étrange propos : c^est Cotta, académicien comme lui, pontife comnte lui , et , autant qull est possible à un auteur de se laisser Toir sous le voile do pseudonyme, c'est lui-même enfin. Cependant , pour être vrai jusqu'au bout sur un point si délicat. Je dois dln que roovrage se termine aiui :« Telle fat la fin de eel • cBlwlieB; noos noua quittànns, KeJ^éti» jugeant que la vérité était pour « Cotia, et MOI f que la vraisemblance était pour Balbus. » Mais , comme l^observe l'éditeur M. Victor Le Clerc, cette conclusion ne résulte pas de roorrage; la réMiUon de Ct»fto, qui le termine, enlève les avis, etCtfetfron scmMê mvoir wmiu émner VnvêHîaige à Voeadénécién Coita dans cette importante diseuision. Toot balancé , Tbonneur de Cicéron reste souillé ; et O eât été sans doute bien étonné lui-même, avec ses mœurs païennes, du sempute que noua avons mis dans notre jugement, lui qni avait, poor ëtn en aèreté de conscienee, la fMrmlasioii des andem phitùsopkes.
' Trarueo puerorum ii^eUcium grèges, quos, posi transaeta eonvivia^ alix euHeuli eontumeUm exepeetant ( Somc, Epiet. xev. )
» Non amant tête leone», née enim phiioêophantwr. (Ludan., 4Mam.)
268 LIVME I. CUAPITAB VI.
Trait âe satire bien laiicé ! Voilà, en effet, comment le phifosophisme avait fait le monde.
La pratique de ce goût philosophique était alors si universelle, qu'elle passait pour vertu, et qu'elle avait fini par prescrire contre la nature : « Dans les villes grecques, a « dit Montesquieu , l'amour n'avait qu'une forme, que l'm^ « n'ose dire*. » Et Plutarque dans son traité de l Amour, où il développe si longuement ce triste sujet : « Quant « au véritable amour, dil-i! , les femmes n'y ont aucune « part *. »
Ce crime avait deux résultats dissolvants pour la société : le mépris de la femme et celui de l'enfant. Tout l'ordre de la nature était interverti : les sexes destinés à s'imir se délaissaient , les âges appelés à se respecter se souilJaient. La loi fut obligée d'intervenir, pour remplacer par la force l'attrait que la nature a attaché à notre reproduction ; et la société, menacée de se dissoudre et de s'éteindre, porta des décrets contre le célibat.
Ici nous allons toucher le fond de l'abîme du mal ; attendons-nous à en voir sortir des prodiges d'ignominie.
Les lois Julia de muritandis ordinibus et Papia Poppœa, portées par Auguste contre le célibat, prirent leur point d'appui, contre le vice qu'elles voulaient réduire, sur im autre vice non moins honteux , mais moins préjudiciable à la continuation de la société : c'était tout ce qu'on pouvait faire humainement dans l'état putride où était tombé le monde. On essaya d'allécher les hommes au mariage par l'avarice. Les célibataires furent frappés de l'incapacité absolue de rien recevoir des étrangers. On fit entrer par là beaucoup de citoyens dans les lien? du mariage.
' AêprU dêi M$, Ht. VII , cliap. ix.
* Œmv. mor., traité ijff V Amour,
NÉCKISSITK D U5£ SECONDE RËVELATION. 269
Mais le but n'était pas encore atteint; il fallait, dans cet état même, les porter à devenir pères. Il ftit décidé , en conséquence, que ceux qui, étant mariés, n'avaient pas d'enfants, ne recevraient que la moitié de la disposition. Toutes les parts caduques, pour raison de l'incapacité des institués, furent attribuées à ceux qui avaient des enfants. De plus , les époux pouvaient se faire des libéralités plus ou moins étendues, selon qu'ils avaient ou n'avaient pas d'enfants. De sorte qu'on se mariait, conmie dit Plutarque , et l'on avait des enfants, non pour avoir des héritiers, mais pour avoir des héritages. Les feux de la cupidité avaient remplacé ceux de l'amour :
Inde feux* ardeni; vetiiunt a doie sagiUœ '.
A ces conditions même on ne put guérir le mal ; et tout ce qu'on put gagner, ce fût l'adultère.
Lisez, si vous le pouvez, Juvénal, qu'on n'a accusé d'exagération que faute d'avoir rapproché ses tableaux de leurs modèles, et dont la v«rte conscience semble avoir été préservée tout exprès par la Providence , pour sauver en elle l'honneur de l'humanité dans ce grand naufrage '. (c Comment apprécies-tu ce dévouement? d fait-il dire par un complaisant adultère au mari, a Certes, tu dois te sout< venir de tes instances, de tes promesses. Souvent j'ai re-
* Jnvêuaiy sat. vi.
' « G Mars, protecteur de nos murs! s^écrie-t-il dans un saint transport •( d*îiidigiiation , quel funeste génie allniiia ces feux criminels dans les cœurs « des pasteurs latins? Qui donc soufila ces ardeurs détestables au sein de '> tes enfants? Dieu de la guerre , tu restas inunobile? tu ne firappes pas de « ta lance cette indigne contrée? tu n'implores pas la foudre de ton père? « Sors donc de ce champ formidable qui te fut consacré, et que tu dédai- « giies ! > ( Satire ii. ) Le moment où la justice divine devait fVappcr était fu effet arrivé, mais la terre était indigne de «es coups. P#tir une telle f \Iiialion , il fallait une autre vi<iime.
a tenu ta moitié : elle avait déjà déchiré Tacle de votre (i hymen, et courait en signer un autre... De quoi te a plains-tu, ingrat? Te voilà père; c'est moi qui te vaux ces (c jura parentis; c'est par moi que tu pourras être institué a .héritier. Tu recueilleras et les legs qui te seront faits, et a les doux émoluments des caduques , et duke aidtumtn. a Et si j'arrive jusqu'à mettre trois enfants dans ta maison, a ne vois-tu pas les autres avantages que tu as à attendre , a môme en sus des caduques ' ? d
Quelles mœurs! quelle société!
Pendant que Thonneur du mariage était ainsi laissé au dévouement de l'adultère , le mari courait de son côté contracter d'autres noces, à la célébration desquelles rien ne manquait : la robe, le voile, les serments, les flambeaux ; rien ne manquait, dis-je, excepté lùie £MDme.
Du temps de Juvénsd, toutefois , le public n'as^lait pas em^ore à ces nouveaux et infâmes mariages , des registres n'en retenaient pas les aolainités ; mais c Vivons seulement, a s'écriait le grand satirique, et nous veirons fermer en a public ces exécrables nœuds; nous les verrons léfâ-
Quelques années avaient passé «ur la cendre du poète , et sa prophétie se réalisait; sa brûlante hypet^h était atteinte , dépassée même par le flot toujours montant de ces mœurs immondes.
Un homme grave, un saint prêtre, Salvien, que l'on appelle le Jérémie du cinquième «iède, décrit ainsi l'affreuse turpitude dont il s'agit , et dont il avait été spectateur : a Viri in semetipsis fcDmineas profitébantur, et hoc a sine pudorU umbr€u>ulo , eine uliô ^ereeundiœ amidu;
' JuYéml, sal.n, ' JoTénal , sai. ii.
NÉCiiSSlTË d'une 5£G0ia>E BÉVBLATION. 271
^ ac y guasi parum fiaculi sssei , si malo illo malorum « tantum inqmnarefUur oMctares , psa publigah scelkms
« PBOFESSIONEM FIEBAT ETIAH 8CSLUS INTEfiBiE QVITA-
« Tis : videbat quipfe hœc unwersa urbs^ et patiebatur ; a vi(Ubant jtuiices , et acguiescd>ant; populus tidebat et « APPLAUDEBAT : OC st dîffuso fer totam urhem dedecoris a scelerisque consortio , et si hoc commune omnibus non « faciihat actus, comimu$ie omnibus facukoÈ assmsus\ n La mesure du mal est-elle comble?
Que dire après cela de tous les autres déréglements des mosurs païemies, du luxe des édifices, durafifmement et de la monstruosité des repas? H faut désespérer de peindre un tel sensualisme y il fout désespérer d'être cru. Quand on entre dans ces temps du paganisme yieilli^ qu'on s*y enferme , qu'on en évoque et qu'on en respire les mœurs , l'Ame éprouve comme une sorte de suffocation , tant elle s'y trouve ensevelie dans les sensl tant les ténèbres morales sont épaisses ! tant la nature est outragée ! tant l'homme est tonEibé! tant Dieu est absent !... Les ztotions traditionnelles sur Dieu et sur l'âme f^aat fini par être totalement étouffées sous le pbilosophisme et le polythéisme, avec l'unité de Dieu avait disparu la fraternité humaine ^ avec les dogmes de la spiritualité 6t de l'immortafité de l'Ame avait disparu la vocation de l'humanité au règne de rint^igence ; et la dégradation de l'intelligence avait entraîné ellenoiôme le désordre de la chair, et la dissolution de la société matérielle des hommes. Imprégnés que nous sommes à notre insu, et malgré nous , des limûères et des vertus du Christianisme y nous pouvons difficilement nous faire l'idée de ce qu'était le monde quand il en était privé, et lorsque quarante siècles de superstitions et de déréglements de
» Salr.,1ib. VIT, De Qxtbernat. Dei.
toutes sortes étaient accumulés sur l'espèce humaine : c'était le chaoS; privé du soufQe de Dieu\
Et comme si tout devait concourir pour consonuner la mort du genre humain , d'une part il se trouvait , pour la première fois depuis sa dispersion ^ ramassé en im seul corps sous la domination romaine, dont la corruption, comme un ulcère infect , se répandait dans tous ses membres avec une effrayante contagion; d'autre part, les flots des barbares , qui se pressaient autour comme des bétes féroces attendant qu'on leur ouvre l'arène, allaient se jeter sur le monde et se déchirer ense le disputant, sans qu'aucun élément civilisateur, sans qu'aucune main suprême pût venir s'interposer dans la destruction , on arrachant les vaincus à la victoire, et les vainqueurs eux-mêmes à leur propre férocité.
Et maintenant prononcez! — Qui pouvait sauver le monde en cet état?...
D est un problème que tout esprit méditatif, en s'enfonçant dans l'histoire de ces temps , et en assistant à cette vaste décomposition du monde païen , ne peut s'empêcher de se poser à lui-même : — Si le Christianisme n'avait pas paru à point, dans ce fatal moment, pour faire rentier le monde dans ses primitives lois, pour saisir et apprivoiser les hordes féroces qui l'inondèrent; si la barbarie de ces peuples envahisseur était venue simplement s«^
' Le tableau de la diaaolution du monde païen que uous Tenons de tracer, ai fort qu'il paraisse , est encore au-dessous de la réalité. Si l'on en doute , on n'a qu'à lire M. de Chateaubriand , Études historiques ; M. Troploiig , dans son beau IfTre : De Vinjluencc du Christianisme sur le droit pnvé da iVomniM; et les Césars, de M. Franz de Chanipagny , ouvrage dont le Kuccès n'a pas encore aUeiiit font le inérilc , un des mieux faits et des y\\i^ inliVfssaiils de uolre leui|L<, rt (|tii<viii)iiiriiK'iit iiiiHiniwa.
BIÉCESSITI^ J>'UNE SECONDE AKVKLATION. 27;i
heurter, s'accoupler à la barbarie des sociétés caduques du inonde païen, qu'en serait-il résulté?... L'imagination recule épouvantée devant cette perspective. Et quand , l'histoire à la main, on considère tout ce que l'esprit chrétien a opéré de fécondation sur ces débris, et que les sociétés actuelles, dans tout ce qui les constitue, ont été engendrées, façonnées, et portées au point où elles sont et où nous les voyons progresser encore, par le souffle seul de ce divin esprit, on est entraîné à conclure que sans lui nous n'existerions pas, et qu'à la place de ces vingt siècles de civilisalion et de progrès, il y aurait eu vingt siècles de dissolution, d'agonie : la dévastation et le néant.
Que fallait-il donc alors pour sauver la société du genre hiunain?
Ce qui l'a réellement sauvée.
Il fallait que les éléments moraux qui constituent sa nature, et qu'elle avait perdus, lui fussent redonnés; que ces vérités fondamentales qui rattachent l'homme à Dieu, la raison individuelle à la raison suprême, pour soumettre et coordonner ensuite les instincts et les appétits brutaux à la raison, fussent renouvelées dans le cœur de l'homme ; qu'une nouvelle sève de vérité et de vie fût injectée enfin dans le vieux tronc du genre humain. C'était la perte de tous ces principes qui avait décomposé le monde ; c'était leur retour qui pouvait le restaurer.
Et comment ces principes pouvaient-ils faire retour dans le cœur de l'homme?
Nous avons déjà vu que la vérité religieuse, d'où découlent tous les principes sociaux, avait régné originairement dans toute sa pureté sur la terre. Nous avons vu également que les hommes n'avaient pu se donner à eux-mêmes cette vie de leur ftme , pas plus qu'Us n'avaient pu se donner
'llk LIVBE I. CUAPiTRE VI.
l'âme même qui fait la vie de leur corpa^ et que Tacquisition primitive de la vérité ne pouvait venir que d'une révélation. Nous avons vu encore que le genre humain tout entier avait longtemps vécu sur la foi dans cette révélatbn, et qu'il avait eu recours y pour en conserver le précieux dépôt y à ime doctrine qui la suppose nécessairement, la doctrine de la tradition. Nous avons vu enfin que, malgré ce moyen de conservation, il avait perdu la vérité, et que plus il s'était avancé, plus il s'était ébigné d'elle, plus il s'était enfoncé dans les ombres de la mort -, et qu'enfin il en était venu à un état de dissolution pestilentielle. — Comment, dans cet état, la vérité toute pure, toute sainte, toute rayonnante , a-t-elle pu reparaître tout à coup dans l'âme humaine, renverser toutes les erreurs grossières qui avaient pris sa place , remonter au trône de l'intelligence , et ramener la nature humaine, échappée à toutes ses lois , soui des lois plus austères et plus étroites encore?... Commeot a-t-ello pu se maintenir en cet état contre les assauts de toute la société païenne , furieuse de se voir arracher le mal que dans son délire elle chérissait, et, après vingt siècles de tounnenie et de rébellion incessante, s'y maintenir encore? Comment, si ce n'est par une fbrce à elle propre, par la môme force qui l'avait introduite ime première fois dans l'esprit humain et plus manifeste encore , en un mot, par une eéyélation?
Cette conclusion me parait inébranlable. Toutefois , je conçois que son importance fasse hésiter quelques esprits à l'embrasser sur la foi d'un premier examen. Quelque décisives et puissantes donc que soient les raisons qui viennent de nous y porter, remettons-les dans le creuset; usons de tous nos droits envf^rs une vérité dont le résultat
NÉCESSITE d'VUE SECONDE RÉVÉLATION. ^75
doit ôtre de soumettre notre inteUigeBce à la foi ; et pour que celle-ci soit raisonnable, ne nous rendons que sur une entière éTidence à la divinité de son fondement.
La saine philosophie a déjà proclamé, par la bouche de ses sages , Fimpuissance de la raison humaine à se faire , toute seule, des idées fixes et convaincantes sur Dieu , sur l'âme, sur son immortalité, et sur leurs rapports; rapports qui sont cependant les fondements nécessaires des sociétés humaines, qui par conséquent doivent exister dans le fond des choses , et que Thomme doit connaître et pratiquer. Les Platon , les Socrate , les Cicéron , les Confucius , et , dans nos temps modernes , les Montaigne , les Pascal , les Ifciyle, etc., ont confessé qu'il n'y avait qu'un enseignement divin , qu'une révélation , qui put soutenir et diriger rhomme dans ce sentier. Le dernier mot de Cicéron , ce grand rapporteur de la philosophe antique , son dernier mot, dis-je, sur la grande vérité d*un Dieu, et par lequel il termine son traité, est vraiseublance. a La vraisem- <K blance, dit à ce sujet M. Victor Le Qerc, voilà tout ce qui <t est permis aux lumières purement humaines. Platon lui- « même, dont le génie religieia s*esl le pins approché d«s « vérités chrétiennes, appelait une révélation divine au se- « cours de son ignorance'. » La vérité si importante de l'immortalité de Tâme n'était pas moins problématique aux yeux des plus grands philosophes de l'antiquité*. Gibbon,
> Œuvres de Cicéron, publiées par J.-Yict. Le Clerc. Notes da traité de la Nature des dieux, in fine.
' Après l'exposition de rimmortalité de l'âme, Socrate, dans le Gcrgias, dit à son interlocuteur : • Sans doute tu regardes ces récits comme les rÔTCi " d*ane Ticillc en délire , et tu les méprises. Je les mépriserais moi-même , •< !si y dans nos recherches, nous avions trooré quelque chose, de plus salu- « taire et de plii«; certain. >• En terminant son trait*' de la Vieillesse par un
-^* /.IVKK I. CHAPITRE VI.
dont Tesprit n'est pas sympathique, on le sait, à la révélation chrétieiine, après avoir établi ce Eut, en tire cette conséquence : « Puisque la philosophie, malgré les efforts « les plus sublimes, ne peut parvenir qu'à indiquer feible- <r ment le désir, l'espérance , et tout au plus la probabilité « d'une vie à venir, il n'appartient donc qu'à la révélation « divine d'affirmer l'existence et de représenter l'état de ce « pays invisible, destiné à recevoir les âmes des hommes «après leur séparation d'avec le corps', n Enfin, une grande expérience de l'impuissance natm-elle de la raison en ces matières a été faite sur le genre humain tout entier, parle chaos d'exti^vagances et d'erreurs que le rationalisme a répandu sur le monde, dès qu'il a voulu se substituer à la tradition. Déjà Socrate et Platon, voyant se briser le fil de cette tradition, s'efforçaient constamment de le renouer; et la difficulté de le ressaisir devenant de plus en plus grande, ils imploraient une nouveUe révélation comme le seul moyen de rendre la vérité au monde, et faisaient entendre ces remarquables paroles, auxqueUes fait allusion
morcea» entraînant gur rimmorialité de l'âme , Qoéran «joute .«ssitM « S je me trompe en croyant k llmmortalité de l'âme, je me tiomM aw! - plaisir, et je M ven pat qu'm m'amche une erreur qui fait le Aamé .de m. "e.. Partout, cl« les plùlosophe» de lanti-^ité qui ae «oTte Iriuaapproché. de 1. vérité, on trouve un fond de «cepuSlme^^,^^, H«o«njen«poidsqui.dnhantdeleur.plus ^mZ^'lT^Zl'. ceteret.âcherpriae.-Void,du rerte. m, tableau «*evé de e^ ïl^ et du 8entmH«t qu'il» en avaient, tracé par la main de Cicéro^; S^^ aur«t pu rétre par «lie de Pa«=al : Oa^oam. ,er« , dit-U ^^T^t
n«H««. ,C«0«*T.0»W ADD0,«AWSOCEAtE-, ET X«.Vn A«AM«SOC«A^„
ciwaci, nniL mmt, mmi. sciai POMBDasaDOT; asocstos smi^. nnraixo,.A«i.o, , «arviA ccawarLA vit* , « ,, p«orcNno VEan-AtE- fJ« v^.- ««.SA. : onmo».»» et mmvru okha tb«„ ; «.«^ chutai, h«mnoo, - Mni«»o»rfA TEma.» cmcwr,* bm b«eh™t (Acad. II, Hb I ^'T ' . Gibbon, msf. de lad^d. * remp. ran,.,i. xni, p. 2, «it V^fei.
.NÉCESSITÉ hVSE SECONDE RÉVÉLATION. 277
M. Victor Le Clerc : — a II faut cependant sur ces débris a de vérité qui nous restent, comme sur une nacelle , pascr ser la mer oragetise de cette vie , à moins qu*on ne nous c donne une voie plus sûre , comme quelque promesse dt- « vine y quelque révélation qui sera pour nous un vais- « seau qui ne craint point les tempe tes\ » — Et ailleurs : — a 11 faut attendre que quelqu'un vienne nous instruire « de la manière dont nous devons agir relativement aux a dieux et aux hommes. Il n'y a qu'itn Dieu qui puisse « NOUS éclairer'. » — Paroles qui^ dans de telles boucheSy sont la plus haute expression du désespoir de l'intelligence humaine^ en présence de sa faiblesse et de son impuissance à reconstituer la Religion.
Et maintenant ce qui, du temps de Socrate et de Platon, n'était pas possible à l'homme sans une nouvelle émission de l'esprit de vérité , l'est-il devenu depuis? En devenant plus dépravé , en s' enfonçant plus avant dans le labyrinthe de ses erreurs , l'homme est-il devenu plus apte à ressaisir la vérité primitive? s'est-il donné ime nature plus intuitive que celle dont U était doué dans l'état d'innocence? et le genre humain a-t-il pu remonter tout à coup la pente des dérèglements où il était lancé? Il faut renoncer au bon sens pour l'imaginer ; et , par le fait , nous entendons plus tard Cicéron déplorer l'accablement de plus en plus insurmontable du genre humain sous le poids de la superstition qui nous poursuit et nous presse, dit-il , de qtielque côté que nous nous tournions , et qui , répandue chez tous les peuples, tyrannise la faiblesse humaine; et nous voyons le dernier des philosophes païens, Sénèque, faire ainsi l'oral-
* put, in Plued.
* Et ^TinyàOXw 0i&tv4aràciinictfH«»>«n^l'^*^^1'^^* (Plat» Âpotog, Soerat. ) — Voir autsi Aldtkiade, Dtal, 2 , — iTtptoomta, et 1m IéOtm.
27ë LIYEE 1. CHAPITRE VI.
son ftmèbre de la jfbit&mfïàB et proelasuip sa déishépaoBece : ff Qui se Ih^re à ta sageese? qui la eroit digne dé mieux ff qu'une tisîle en passant? qui jette l'œil sur tapUlosopfaie, « à moins qu'a n'y ait relâche en fait de jeux, ou qpie te (f temps nesoit h 1» pluie? car alors <» peut perdre sa jource née. Aussi , que de seetes philosophiques s'étoigoent sans c( laisser de successeurs ! Les deux académies , l'aneieiuie et a la moderne^ n'ont point laissé de prêtres. Loin de déeoua vrir d!es vérités inconnues aux anciens , tras le» jours les (( anciennes vérités périssent. Ah! lors même (pie nous y a consacrerions tous nos efibrts , que la jeunesse austère y a contribuerait d^B son ardeur^ et la vieillesse de se& eoor a seils avidement recueillis par les générations noitvdies , « nous n'arriverions qu'à peine au» jfond de l'aMo» où se a cache la vérité. AujomrdThuinous ne la rectero h eag qvL'ea a remuant à peine-, du bouf ckr doigt, la surftioe éa sol'.
Le seul moyen de dégager et de reeonstitaer la vérité religieuse, d'après Cicéron, ainsi que nous l'avons vu déjà, était de revenir par la tradition ou culte des ancAtres , à renseignement divin ; c'est-à-dire, à ta révélation primitive. Mais la difficulté de ce retour étût plus gran<te encore du temps d& GIcéron que du temps de Socrate et de Plattm ; le poids de la superstition s'était accru , les voies d^ Fantique tradition s'étaient fermées et rompues; et?, p» la suite , la chute précipitée d^ Tesprit humain dans toutes sortes de dérèglements ne fil qu'ajouter l'athéisme spéctdatif dè^ classes él^ées à la superstition plus invétérée des masses , et les emportements dtt sensualisme le plus ettréoé h la faiblesse déjà si grande de la raison.
En étudiant attentivement la société païennaà cette ép^ i^tB^y 0VfT9Bàâk\xB»ifmatQinaBâxm qui est lote de se pré-
NfiGEfiSlTJB D'CMK SECOfIDiS RÉVOLATION. 279
ter A i^polbàfle y d^ ai chiméiiqfue , qiie le geiiro
ait pu M EedoDDflr à luinmème les «alifpieB vér^ qu*ii
avait perdueg.
fi est de fait que, du traq» de Cicércm , le polythéisme Groalait sous son propre poids. Miné d^à soufâeioeiit par le nÉmudisme 9 il avait perdu tout son prestige et tout soa aplomb snr las espnts. Ou se raillait de ses labiés mythologiques y on secouait ouvertement le joug de sa théogo* nie; et les plus graves philosophes comme les plus audacieux scélérats-, Gatiliaa comme dcéren, s'aocordaieDi pour mépriseriez dieux , dans Tacception mythologique de ce mot. Mais ce serait tomber dans une méprise grossière, que de voir dans oe mouvement une disposUion de retour aux antiques et souples vérités de la ReUgiom naturelle; tant s'en faut! c'était, au c(»itraire , un pas de plus et une cbute nouvdle dans Terreur. Le rationalisme , dans ses premières tentatives , avait d'abord exeroé son action dissolvante sur la Religion naturelle , et Tavait livrée aux passions bumaÉDes, qui la décomposèrent, et fat transformerait au gré de leurs caprices et de leurs intérêts. Avec un seul Dieu on fit plusieurs dieux. Mais, dans le chaos mythologique qui en résulta, quelque ridicules, quelque absurdes et samléges que fussent les ferles du polythéisme, il subsistait tovgours dans leur fond quelque chose de religîeax. Lldée de la Divinité y était diffijse , travestie, av9ie, mais le sentiment n'en était pas éteint ; il ressortait totgours un peu, et pénétrait au travers des égarements de Tesprit dans bien des cœurs. Les grands dogmes d'une justice divine, d'une vie à venir, d'une alternative de châtiment ou de récompense , surnageaient encore , quoique grossièrement défigurés , et servaient de frein et de contre-poids aux derniers excès du cœur humain. Le polythéisme , dans les
premiers temps, avait quelque chose de sérieux, de grave, et en quelque sorte de saint, qui était comme un reste de chaleur de la Religion naturelle. Mais, plus tard, il perdiv tout à fait ces caractères ; et , obéissant à la loi de son origine , ce culte corrompu se corrompit lui-même , et devint le complaisant et Fentremetteur de tous les dérèglements. Alors le rationalisme , qui continuait toujours sa marche agressive, attaqua la religion de front, parce que la religion était devenue infâme , et n'existait déjà plus : mais c^était pour ne laisser ensuite que le gouffre de l'athéisme et du néant de toute Religion. Sous ce rapport, ce fut la consommation du mal sur la terre. De la superstition, le monde tomba dans Timpiété radicale , et par là ne fit que porter les derniers coups à la vérité. Aussi avons-nous vu Cicéron se préoccuper également et de la nécessité d'extirper la superstition et du besoin de conserver la Religiou , défendre celle-ci en attaquant celle-là; mais ces louables efforts étaient vains : la superstition pouvait cesser ou du moins changer, mais la Religion ne pouvait renaître ; et, comme le disait Plutarque, fuyant la superstition, on alloit se ruer et précipiter en la rude et pierreuse impieté de l'athéisme f en sautant par-dessus la vraie Religion, qui est assise au milieu entre les deux. Cesi que cette vraie Religion était devenue imperceptible et irretrouvable , et , dans tous les cas, iujpuissante à retenir et à rallier les es- {)rits emportes hors des voies de la tradition , d'abord dans les sentiers perdus de la superstition, ensuite dans Tabime de rimpiété '.
' Plutarque lui-mcine be livrait à la superstition comme un enfaut. Ainai, l'I nous raconte quMl allaît faire des sacrifices à l'Amour sur le mont Hélicon ; ♦*t dans sa vieillesse, étant encore prôtre d'Apollon, il menait les danses au- ••Hird«» Tautel du di«i.
>'GCËi»SlTÉ JD'uNK seconde RÉVÉLATION. 281
Tous les écrivains rendent témoignage de cette impiété y et la confondent avec rhorrible dépravation de mœurs où tombèrent les Romains sous le règne des premiers Césars. Déjà Lucrèce avait poétisé Tathéisme et le matérialisme, ce qui suppose que ces doctrines circulaient alors dans la société; déjà César, en plein sénat, les avait ouvertement professées, et le seul Caton s'était levé pour protester au nom des anciennes mœurs'. Bientôt les arguments de Lucrèce et de César devinrent la science du vulgaire; et Juvénal nous apprend que , de son temps, les enfants même ne croyaient plus aux enfers*. L'historien PhUon, qui vivait à Tépoque de Caligula , se plaint que le monde était alors peuplé d'athées \ Sénèque lui-même, dans la Consolation à Marcia , dit « que les morts n'éprouvent aucune « douleur, et que ces terreurs des enfers sont ime fable. « La mort, dit-ii, est le dénoûment et la fin de toutes les dou- K leurs ; nos maux ne vont pas au delà. » Et n'est-ce pas le njéme philosophe qui avait jeté sur la scène, dans une tragédie , ce mot auquel applaudissait la Rome de Claude et de Néron : — Post mortem nihil, ipsaque mors nihil*? — Que dis-je! Cicéron lui-même (tant est vaine la meilleure pliilosophie ! ) , dans une occasion solennelle, dans une cause plaidée devant les magistrats du peuple , la défense
' Sallust. In Catilina,
> Esse ttUquos mânes , et subterranea régna,... See pueri ereàtanU,.
11 éiait digne de la grande âme de JuTénal d^ajouler aussitdt :
SfiD TU ^EAA PCTA.
( Satire ii. ) ^ Philo, Altegor. tegU, lib. 111.
4 « On demandera peot-^re , dit M. Villemain , comment concilier cette « doctrine avec tant de passages de Sénèque , où l'âme vertueuse est repré- • sentée comme une portion de Dieu , comme un dieu? — Par une con- « tradiction, comme il arrire si souvent. » ( /)« iMlyff*., note. )
Itt.
28i LIVRE I. CHAPITRE VI.
du jmoie CSaenthis , n*avait-il pas sacrifié à rincrédulilé c on fempo r a me, en traitant de fable et d'in^e la croyance qoe Pon poisse fionfirir dans un autre monde , et en allé* goant à cet égard Topinion générale de son temps'? Enfin, comme nous rapprend le même Cicéron, philosophie et athéisme étaient devenus synonymes*. Voilà où tombaient les esprits en sortant de la superstition.
Mais il y a plus : ils donnaient dans Tathéisme sans quitter la superstition. Ds usaient de celle-ci pour s'exciter au crime, et de celui-là pour s'affranchir du remords. On fouettait Jupiter sur la scène, et on divinisait Claude au sénat. De nouvelles superstitions venment ensuite occupa la place laissée par les anciennes ; car il n^y a pas de vacance dans rame humaine pour la croyance au surnaturel, et , à proportion que la foi sort du cœur, la crédulité entre dans Tesprit*. Uastroloj^e et la sorcellerie faisaient fureur, et s^enrichissaient des pertes du paganisme. Ici je suis heureux de pouvoir laisser parier à ma place un écrivaia dont le nom réveille Tidée du plus heureux accord entre réioquence et le savoir : a On ne peut lire les écrivains de ce cr temps, observe H. Yillemain, et remarquer leur langage, a qui est lui-même un trait historique dans leur récit, sans
' Qux ti/alsa sunt, id guod omnes inlelligm l, etc. (Pro CltwU.. UI.) La réflenon de M. Villemaln peot s'appliquer aussi à Cicéron, à moins qu'on ne dise qoe, dans cette circonstance , Cicéron était r^omme de sa cause; mais il Tant conrenir alors que sa philosophie était bien spéculaUre pour qu'il pût la dépooiner anssi complètement an besoin , ou qu'il réalisait bien pcn dans sa personne le portrait qu'U a lui4Bênw trttcé de l'orateur : Yir probus, dicendi periftct.
' Eos gui philosophiœ dant operam non arbilrari deos esse. iDeUt vcnt,Vh. I,c^». XXIX. )
^ « Le fatalisme, dit très-bien M. Franz de Champagny, était la maladie « de ce siècle , un des principes de sa dissolution , source féconde des • pires superstitions , des superstitions atliées. » ( Us Césars, I, 3r. )
NÉCESSITÉ d'UW SefiONDE BBVJBLATION. 3^3
« voôr a?ec étonnflmemt cette reftfise de la #Bpei:stUion • homaÎM y aprèBte oa^rageB de Ckéron et de Lucrèce, ff On ne troaye partout , dans Thistoire des Césars, que «t présages, prédictioBS astrologiqaes , événements merc veilleux , i&yocaiioos magiques. Ce qui restait du culte « ancien était mcore souillé par la corruption des mœurs a publiques, et la dévotion n'était pas moins impie dans ses « TCBUx qu'absurde dans son objet. Ce n'est pas une rena ooDire liivole que l'accord de plusieiurs écrivaios de cette c époque , qui tous dénoncemt également les prières ima pures que l'on faisait dans les temples^ les offrandes que a l'on adressait aux dieux pour en obtenir des choses a honteuses. — Ainsi, le culte romain, détruit dans ce a qu'il avait eu jadis de patriotique, ne gardait plus que ce a qu*fl avait de corrupteur : religion immorale et mercea nave, knpiété malfaîsanta, crédulité sans culte <pii s'ata tachait à mille impostures bizarres étrangères à la patrie, a confusion de toutes les retigions et de tous les vices dans «t ce vaste chaos de Rome, dégradation des esprits par « l'esdavage , la bassesse ut l'oisiveté : voilà ce qu'était a devenu le polytiiéîsme romain'. »
Ainsi je crois avoir justement acquis le droit de conclure que jamais le monde ne fut plus incapable de reconstituer en lui la vérité religieuse qu'à cette époque ; que jamais il n'en fut plus complètement privé ; et que jamais, cependant, la nécessité de cette vérité mère ne fut démontrée par plus de dissolution. Le genre humain se mourait. Du polythéisme corrompu , où il allait s'enfonçant depuis trente siècles, il lui était plus que jamais impossible de se relever jusqu'à la Eeligion primitive : il ne pouvait que tomber plus bas.
28^ LIVHK i. OU APURE VI.
Et cependant c'est dans ce moment qae le genre humam se trouve tout à coup reporté au sommet de la plus haute perfection morale, comme par un bras puissant. C'est dans <;e moment que les ténèbres de toutes les superstitions se dissipent , et que Tastre de la Religion primitive , disparu depuis trois mille ans y reparait à Fhorizon , verse sur la terre, réveillée en sursaut, les idées les plus pures el les plus éclatantes sur Tunité, la sainteté, la bonté, la justice, la souveraineté infinie de Dieu; sur la spiritualité, rimmortalité , la perfectibilité indéfinie de Tàme; sur la fraternité, la charité, la liberté, la dignité humaine ; et pénètre ce monde décrépit, de toutes les vertus, de tous les devoirs , de tous les genres d'héroïsme , de dévouement et de sacrifice , jusqu'à le métamorphoser entièrement et en faire un monde nouveau , qui se dégage peu à peu des éléments les plus désorganisateurs qui furent jamais , el s'élance virilement dans le vrai chemin de la civilisation, où, après dix-huit siècles, il marche encore.
Je le demande a la raison la plus exigeante, et au nom de l'évidence même : qui pouvait opérer ce grand prodige? Comment la vérité a-t-elle pu être redonnée à la terre, si ce n'est par le même moyen qui la lui avait donnée une première fois; moyen d'autant plus nécessaire qu'il n'y avait pas seulement privation complète de la vérité religieuse, mais obstacles infinis à son retour? D'où la lumière de cette vérité , d'où sa force a-t-elle pu sortir avec tant d'éclat et de spontanéité, si ce n'est d'elle-même, de Celui qui en est la source étemelle , et qui sevd a pu dire de lui à ce sujet, qu'f7 a déployé la force de son bras'? Quoi! l'esprit humain n'avait pu se donner d'abord et conserver ensuite la vérité , et il se la serait redonnée tout à coup
' AV»r?/ pofrnfinm in brachio suo. ( CmWqiï^ Magni/lcat. J
NÉCESSITÉ d'une seconde RÉVÉLATION. 285
plus complète que jamais, après Tavoir totalement perdue? — Il n'ayait pu se préserver pendant trente siècles d'une dissolution toujours croissante y et subitement U se serait ressuscité, redressé lui-môme ? — la mort aurait engendré naturellement la vie? la corruption aurait fait germer la sainteté? les ténèbres auraient fait jaillir la lumière? — Quels contre-sens! et que de crédulité on est obligé de mettre à la place d'une foi raisonnable!...
Montaigne , après avoir cité ce mot de Sénèque , O la vile chose et objecte que l'homme, s'il ne s'esleve au-desms de l'humanité ! se récrie, avec son admirable bon sens : a Voilà un bon mot et un utile désir, mais pareillement ab- « surde ; car de faire la poignée plus grande que le poing , a la brassée plus grande que le bras , et d'espérer enjam- « ber plus que de l'estendue de nos jambes, cela est imposte sible et monstrueux; et l'est encore que l'homme se (( monte au-dessus de soy et de rhumanité ; car il ne peut a voir que de ses yeux^ ni saisir que de ses prinses. Il « s'eslevera si Dieu lui preste extraordinairement la main, (c il s'eslevera , abandonnant et renonçant à ses propres tt moyens, et se laissant haulser et soublever par les moyens « purement célestes. C'est à nostre foi chrétienne, non à « 5a vertu stotque , de prétendre à cette divine et miracu* (c leuse métamorphose'. »
Ces paroles , auxquelles applaudit le sens commun, résument parfaitement tout ce que nous avons voulu établir dans ces deux derniers chapitres ; elles s'appliquent surtout au résultat où nous sommes arrivés. Pour tout homme iiui ne voudra prendre conseil que d'une raison éclairée et consciencieuse , la métamorphose du genre humain par le Christianisme apparaîtra comme un fait divin. En cher-
* ICsnais y liv. Il » cî-ap. ii.
jt^6 UWME 1' OHMUTiUS VI.
«bar te femeif» ^ ragent dans Ibb forces natwetteB de Vb&mmié^ .caunÉBoée «nrtoiâ telle qa'eUe éHdt lorsque aaMe gnade iiénowliom s'jsA aooompUe , c'est yMlabiemÊÊif MODM dM lidiitaigne , «enloîr fiedre la brossée;^ frvNidi fine èe hfoê , c'estnà-dire que c'est mpossnifi «l