CHAPITRE n
Cette seule première preuve est trop yasto pour ôtre saisie d'un coup d'œil : il faut nous la partager en trois aspects.
San antiquité, — son caractère et celui de ses écrits;
— îe peuple juif .
Il y a eu un temps où ce monde visible n'existait pas, et où tous les êtres que nous connaissons n'étaient que dans le possible. Sur ce théâtre de la création ime fois dressé^ l'espèce humaine qui le remplit aujourd'hui a été introduite la dernière , et à une époque peu reculée. Elle y a été réduite originairement à une peuplade , à une tribu , à une famille, à un seul couple , à un seul homme, d'où nous sommes tous issus, et en qui, par conséquent, ont dû s'agiter nos destinées. Ces faits, et bien d'autres, sont sortis du domaine de la foi religieuse pour entrer dans celui des sciences modernes , qui les démontrent et qui les font voir écrits partout. On peut se donner encore aujourd'hui pour incrédule sur bien des points , mais non sur ceux-ci ; car ceux-ci sont devenus des conquêtes de la raison sur la foi, qui a replié ses voiles devant le flambeau des sciences, ou plutôt qui a reçu l'hommage de leur assentiment, et n'a fait que leur remettre le dépôt de la vérité , qu'elle avait gardé depuis l'origine du monde.
Quel trésor précieux serait pour l'esprit humain l'histoire
3ik LIVJIE 11» GttAPlTBE H.
de cette création du inonde , de cette origine de rhumanite! quelle étude féconde que celle des premiers éléments de notre nature , des principes constitutifs de notre espèce, des accidents qui ont pu influer sur notre tempérament moral y et par lesquels s'expliqueraient la grande énigme de notre nature et la fm de nos destinés ! Assurément , si la raison de notre existence et le dessein dont nous sommes l'objet doivent se trouver révélés quelque part , c'est dans le fait de notre création et dans ceux qui l'ont immédiatement suivi : tout le reste n'a été que suite et conséquence , ot, pour pouvoir sortir du labyrinthe, il faudrait pouvoir repasser par l'issue qui nous y a plongés.
Mais où trouver cette histoire? qui peut l'avoir écrite? qui peut l'avoir gardée? Dans lo vaslc dépôt des historiens, qui font revivre pour nous tout lo passé , nous remontons aisément le cours des ans et des siècles pendant deux mille ùinq cents ans au plus; nous assistons à la formation des États modernes et à toutes les transformations qu'Us ont subies ; nous voyons tomber et se démembrer le vaste empire romain; nous l'avons vu auparavant vieillir, nous l'avons vu combattre et s'emparer du monde, nous l'avons vu ndtre enfin, et nous avons pu découvrir, avec l'œil de Bossuet, les germes de sa grandeur et de sa décadence; dans le même temps, ou peu avant, c'est la Grèce et ses merveilles qui brillent dans l'histoire , et qui s'agitenl sur la scène du monde ; c'est TÉgypte et sa nuageuse grandeur qui commencent à se perdre dans la nuit ; ce sont les Perses , les Mèdes , les Babyloniens , qui font comme les derniers plans de ce tableau; et de tous les historiens q%n nous en ont réfléchi les diverses parties , les plus anci^is sont Hérodote ot le grand Homère. Après cela notre Tue expire.
Jusque-là^ cependant , nous avons vu l'histoire des individus et des nations y mais non de Tespèce humaine ; nous avons saisi les branches , mais non pas le tronc. D'où vient que nous ne pouvons aller plus loin , et atteindre jusqu'à cette société primitive d'où sont sorties toutes les autres? C'est sans doute que déjà nous approchons d'elle. Les nuages qui la couvrent attestent qu'elle n'est pas indéfiniment reculée. Si le monde , en effet j était indéfiniment plus ancien y la loi du progrès l'aurait conduit à se faire connaître lui-même par les fruits de sa civilisation beaucoup plus tôt ; et de même qu'Homère et tous les historiens qui l'ont suivi ont cédé au besoin naturel à notre espèce de laisser à la postérité des monuments de son passage , de même les générations précédentes nous auraient ellesmêmes initiés à leur existence y si le peu de développement de cette existence ne leur en avait pas ôté le besoin et refusé les moyens. Sans doute les mœurs peintes par Homère ^ et surtout Homère lui-même, supposent déjà im grand progrès ' ; mais en accordant tout le temps nécessaire pour ce progrès y toujours est-il que c'en est là le premier fruit historique , et que , dès lors , la tige qui l'a porté n'est pas fort loin. Jusque-là le monde avait vécu, sans doute, de traditions orales ou symboliques ; et la simplicité des sociétés primitives ne leur avait pas fait sentir le besoin de conserver autrement les souvenirs des faits anciens. La mémoire humaine pouvait encore les porter : leur proximité , et peut-être aussi leur grandeur, permettaient de les atteindre '. Cette opinion se confirme par un fait universel,
' n ftut foire toutefois dans Homère la part de son génie personnel , qui «st immense.
* Nous nous sommes rencontré , dans l'emploi de cet argument et dans la conclusion que nous en ayons tirée, avec un homme sous la plume du- <iuel , soit par sa doctrine , soit par le temps où il a écrit , il prend une
316 LIVEE il. CHAPITRE II.
je veux dire par les traditions qui se trouvent encore aujourd'hui au fond des histoires de tous les peuples y et qui toutes se rencontrent au travers de leurs métamorphoses , pour composer une tradition uniforme sur cert^dns fidts primitifs qui attestent une communauté d*origine.
Mais y enfin\ ces traditions universelles ; ces souvenirs fossiles y n*ont pas encore trouvé leur Guvier ; par eux-mâmes ils n*ont pas une loi organique assez précise pour pouvoir se prêter à une recomposition exacte de rhistoire des temps primitife : ils seraient précieux seulement pour contrôler la vérité de cette histoire y si elle se trouvait exister déjà.
Mais U est temps de le dire : cette histoire existe , et les titres de la fiamille humaine sont dans nos mains. Au delà des histoires les plus anciennes, au delà d^Hérodote et d'Homère , bien au delà des annales égyptiennes , phémciennes et babyloniennes , au delà enfin des temps fabuleux , au sein de la nuit et du silence qui enveloppent les premières générations y — comme un grand phare sur Tablme des temps , — s'élève y solitaire dans sa majestueuse antiquité 9 MO!SE, historien » non d'un peuple, mais des pères de tous les peuples y biographe de l'homme y annaliste de la nature , chroniqueur des gestes de Dieu.
gnnde force. (Teit l'athée Lucrto : -< « Si le ciel et k teneBnbeigtont de « toute éternité, dit-il, pourquoi ne s'est-il trouvé aucun pote pour « chanter les éyénements antérieurs à la guerre de Thèbes et à la ruine de « TroieT Pourquoi tant de faits héroïques ensevelis dans l'oubli , el exdos « pour jamais des fastes éternels de la renommée? Je n'en doute pas : « notre monde est nouTeau ; est encore dans l'enftnce, et son origine ne « date pas de fort loin... Voilà pourquoi il y a des arts qu'on ne perfectionne « et d'autres qu'on n'inTente que d'aujourd'hui, etc. » ( De Nat. rer., VEb. V, ▼. S86, trad. de Lagrange, qui fortifie cette opinion dans les notes de sa traduction par des réflexions sur la Térité du déluge , qui ne laissent pas aiisâ que d'aroir sous sa plume une certaine râleur. )
MOisB. 817
Je sois heureux que mon si^jet en appelle à ce grand témoin , et que la vérité que je défends vienne s'adosser au monument le plus antique et le plus vénérable qui soit parmi les hommes.
Quand on réunit , quand on pèse sérieusement tous les motife de confiance et d'adhésion qui environnent le livre de la Bible y et en particulier le Pentateuque » auquel viennent se rattacher toutes les autres parties , on est frappé d'un saint respect en l'ouvrant; on sent que l'homme n'a pas inventé ces grands et mystérieux récits, et qu'il n'a fait que prêter sa main pour les tracer. Si parfois la légèreté de notre esprit se choque de quelques invraisemblances, nous nous en repentons bientôt, parce que nous sentons que l'on ne peut que perdre dans cette lutte avec l'esprit de Dieu. Aussi, je comprends que l'homme le plus sceptique de notre âge, lord Byron, ait fini par écrire sur sa Bible ces lignes qui y ont été trouvées après sa mort : — a Dans « ce livre auguste est le mystère des mystères. Ahl heureux a entre tous les mortels ceux à qui Dieu a fait la grâce a d'entendre , de lire , de prononcer en prières , et de resa pecter les paroles de ce livre 1 heureux ceux qui savent d forcer la porte , et entrer violemment dans les sentiers 1 a MaU il vaudrait mieux qu'ils ne fussent jamais nés, que a de lire pour douter ou pour mépriser. . . '. »
Arrêtons-nous pour analyser les garanties de ce livre incomparable, et pour éprouver sa solidité au poids de notre faible raison ; car il va devenir le fondement de Tune des preuves les plus importantes de la vérité que nous étudions.
I. L'antiquité de Moïse, avons-nous dit, est une première qualité qui le met hors de pair avec tous les autres histo-
• Œuvres de lord Byron ;Mé}zn(ie», t. Il, p. 48fi.
318 UVRK II. CHAPITRE H.
riens. Elle est essentielle dans nn historien de la création; ear par elle il se trouve plus rapproché des origines que qui que ce soit, et se trouve par là dans une des premières conditions d'exactitude et de fidélité par rapport aux événements qu^U décrit.
Or, cette qualité ne peut lui être sérieusement contestée.
L'illustre Cuvier; dont le nom sera invoqué plusieurs fois dans ces études sur Hoise , comme celui de Tun des plus dignes représentants de la science humaine , a eu occasion de constater cette première vérité ; il Ta fait ainsi :
a La chronologie d'aucun de nos peuples d'Occident ne c remonte, par un fil continu, àplus de trois mille ans. Auc cun d'eux ne peut offrir avant cette époque , ni même c deux ou trois siècles depuis, une suite de &its liés enc semble avec quelque vraisemblance. Les Grecs avouent a ne posséder l'art d'écrire que depuis que les Phéniciend c le leur ont enseigné, il y a trente ou trente-quatre siècles; c longtemps encore depuis , leur histoire est pleine de fac blés , et ils ne font pas remonter à trois cents ans plus c haut les premiers vestiges de leur réunion en corps de ff peuples. Nous n'avons de l'histoire d'Asie occidentale c que quelques extraits contradictoires qui ne vont, avec a un peu de suite, qu'à wngt Hècles. Le premier historien a profane dont il nous reste des ouvrages , Hérodote , n'a c pas deuxmille trais cents ans d'ancienneti. Les historiens « antérieurs qu'il a pu consulter ne datent pas d'un siècle c avant lui. On peut même juger de ce qu'ils étaient y par c les extravagances qui nous restent, extraites d'Aristée de a Proconèse et de quelques autres. — Avant eux on n'aa vait que des poètes ; et Homère , le maître et le modèle «t étemel de l'Occident, n'a précédé notre Age que de deux <r mille sept cents au deux mille huit cents ans... Un seul
« peuple nous a conservé des annales écrites en prose a avant Tépoque de Gyrus : c'est le peuple juif. — La parff tie de l'Ancien Testament que l'on nomme le PentcUeuque a existe sous sa forme actuelle au moins depuis le schisme a de Jéroboam, puisque les Samaritains la reçoivent comme a les Juifs, c'est-à-dire qu'eUe a maintenant, à coup sûr, a plus de deux mille huit cents ans... H n'y a nulle raison <r pour ne pas attribuer la rédaction de la Genèse à Moïse a lui-même, ce qui la ferait remonter à cinq cents ans plus a haut, à trente-trois siècles ; et il suffit de la lire pour s'aa percevoir qu'elle a été composée en partie avec des mora ceaux d'ouvrages antérieurs : on ne peut donc aucunca ment douter que ce ne soit le plus ancien dont notre a Occident soit en possession '. »
Quel historien que celui qui domine tous les autres de dix siècles! — Hérodote remonte à deux nulle trois cents ans, et Moïse à trois mille trois cents ans ! — Gombien on peut dire à tous les historiographes , en les lui comparant, ce que les Égyptiens disaient aux philosophes grecs ; a Vous n'êtes que des enfants, vous autres : il n'y a point a de vieillards parmi vous , vous n'avez pas de science a blanchie par le temps! » Et combien ces philosophes se seraient eux-mêmes inclinés devant la majesté de Moïse, comme étant le plus proche de Dieu et de l'origine des choses, et ayant dû savoir mieux que personne ce qui était vrai, ce qu'il y a de premier : le dogme paternel, le dogme divin * 1
Cette conclusion prend une grande force, lorsqu'on vient à remarquer que les fables mythologiques et l'origine attribuée à leur invention sont de date postérieure; que le
* Discours sur les révolutions du globe, 6* édit., p. 171. > Aristote , Socrate , Platon , Cicéron , déjà cités.
cours de la tradition n'avait pas encore été troublé , et que c'est à plein canal de cette tradition que Moïse a dû puiser ses récits. Si Tespace qui sépare encore Moïse du déluge et de la création nous parait considérable pour la conservation des souvenirs , il se raccourcit visiblement par la longévité des hommes à cette époque^ par les vives impressions qu'avaient dû laisser dans les esprits les événements primitifs, et par la simplicité des mœurs et des connaissances; plus propre à les conserver. En prenant les dates de Moïse (et; comme nous le verrons , leur exactitude est certifiée), la vie de trois ou quatre honunes remontait jusqu'à Noé , qui avait vu les enfhnts d'Adam , et touchait , pour ainsi parler, à l'origine des choses '. De si longues ' vies et un si petit nombre de générations rapprochaient presque autant l'origme du monde du temps de Moïse , que si la chose s'était passée depuis deux ou trois âècles entre des personnes d'ime vie ordinaire.
Du reste , une réflexion importante vient déposer ici en faveur de la sincérité de Moïse. Mo'ise , le plus ancien des
' Du temps de Moïse , un homme pouvait avoir vu Joseph, dont le père avait vu Sem , qui avait vu Mafhusalem , qui devait avoir vu Adam. — Abraham, qui avait vu les enfimts de Noé, et dont la postérité faisait la nation juive du temps de Moïse , qui , par conséquent, a été oomine le réservoir des traditions de POrient à ces premières époques, avait laissé dans les nations païennes elles-mêmes un souvenir qui témoigne de son Importance, et qoi confirme ce qne la Bible nous en dit. Nioolas de Damas s'exprime , en elTet , ainsi sur ce grand personnage : « Abraham sortit avec une « grande troupe du pays des Chaldéens qui est au-dessus de Babylone, régm « en Damas, en partit quelque temps après avec tout ion peuple » et s'tUr m but dans la terre de Chanaan, qui se nomme maintenant Judée, oo sa » postérité se multiplia éPune manière incroyable 9 ainsi qae je le dirai « plus particulièrement dans un autre lieu. Le nom d'Abraham est encoR <i anjourdlmi fort célébré et en grande vénération dans le pays de Di- « mas. » ( ffist., liv. IV.) — Hécatée a écrit un livre entier à non snjet: Bérose en parle également : il place son existence en Page dixième i^rès k déluge.
MoiiSB. 321
ImîOTleùBf est oelui qui donne à l'origine du inonde la date la plus réemte, et qui, en diminuant le nombre des générations , B'expose à un démenti inéiitable i s'il n'est pas dans le vrai. En supposant qu'il ait été un historien ordinaire y et qu'il ait pu avoir d'autres vues que eelld de fixer, dans une histoire écrite , ce qui était connu de presque tous les peuples et ce qui faisait l'une des plus essen* tieUes parties des monuments et de la religion de la famille d'Abraham; il se serait bien gardé deikdre vivre si longtemps des témoins qui auraient déposé contre lui, qui auraient rendu sensibles toutes les erreurs de ses dates , et fait douter, par conséquent, de tous les événements qu'il y avait attachés. Il se serait mis en sûreté en éloignant l'origine du monde , en multipliant les générations , s'il n'avait dit ce qu'on savait déjà en remontant d'Age en Age ; et il est visible que ses annales étaient les annales publiques avant qu'il écrivit, puisqu'il ne prend aucune précaution pour être cru, et qu'il multiplie tout ce qui peut servir de preuve contre lui, s'il n'est pas fidèle.
Ainsi l'antiquité de Moise d'une part , et d'autre part le peu d'antiquité qu'il assigne à l'origine du monde , deux traits qui lui sont propres , concourent pour élever, en faveur de la vérité de son histoire , une première et importante garantie.
n. Ce qui distmgue, en second lieu, l'auteur du Pentateuque , c'est son caractère personnel et celui de ses écrits- Aucun historien n'a écrit dans des conditions aussi graves, aussi solennelles , que Moïse ; ce n'est pas un podle comme Homère ou Hésiode , écrivant sous l'inspiration de sa fantaisie , se proposant de charmer les imaginations et de s'assurer une immortalité terrestre; ce n'est pas un historien comme Hérodote et Thucydide , composant un
322 LlVafi 11. CUAPITRK II.
thème oratoire pour concourir aux prix qui se décernaient dans des jeux publics ; ce n'est pas enfin un annaliste adulateur ou censeur de ses contemporains y distribuant la gloire ou l'infamie au gré des partis , et se renfermant dans le cercle d'une idée ou d'une nationalité , comme la foule des historiens : c'est un pontife , c'est un patriarche , écriyant sous les yeux de tout un peuple et pour ainsi dire du genre humain^ relatant des événements publics dont l'univers avait été le théâtre, et fixant par l'écriture ce que toute la terre racontait. Chez M, pas de préface, d'exorde, ni de précaution; pas d'arrangement, pas de dessein concertés; nul souci de plaire ou de ne pas être cru : le récit, rien que le récit; probable ou improbable, naturel ou miraculeux, profond ou naïf, tout sort de sa plume avec une austère SHnplicité , comme s'il n'eût fait qu'écrire , et que ce Axe un autre, ayant l'intelligence des choses qu'il écrivait , qui. les lui eût dictées, n est bien évident qu'il écrit au sein de la persuasion publique ; que les choses qu'il raconte se soutiennent de leur propre crédit, et que les impressions d'étonnement, de doute ou d'incrédulité, que nous sommes tentés d'^rouver en le lisant , ne se rencontraient nullement chez ses contemporains ; autrement il s'en serait préoccupé lui-même. On voit, on sent qu'il est porté sur l'opinion publique de son temps , et pour ainsi dire sur la voix d'un peuple, sur la voix de Dieu. Cette impression va jusqu'à déconcerter l'incrédulité la plus hardie, et à lui faire tomber les armes. Ce n'est pas à Mo'ise seul qu'on s'attaquerait en rejetant son récit, ce serait à tout im peuple , à tout un monde qui le lui a dicté et qui l'a reçu, en présence des monuments et des traditions toutes vives qui le garantissaient, et dans les circonstances les plus propres à le confondre, s'il eût été fabuleux.
MOiSE. 323
D'ailleurs^ comme on Ta très-bien fait observer, un cachet tout particulier distingue la cosmogonie de Moïse : chez presque tous les peuples, la mythologie s'est exercée dans la nuit des temps , lorsque rimagLaation ne redoutait pas les faits, et elle s'est éteinte dès que l'histoire a commencé. Les anciens monuments des Hébreux, au contraire, sont moins remplis de choses prodigieuses dans les temps antiques que dans les temps les plus modernes. Rien de plus imposant à signaler, dans la Bible, que le peu de prodiges très-antiques et l'abondance des prodiges plus modernes. C'est le contraire qui arrive, chez les autres peuples ; mais dans la Bible cet ordre est renversé.
Les plus antiques légendes des autres peuples débutent par le polythéisme; non-seulement elles parlent d'alliances entre les dieux et les mortels, mais elles nous racontent les dépravations et les adultères célestes , elles décrivent les guerres entre les dieux, elles divinisent le soleil, la lune et les étoiles, et admettent une foule dedemi-dieux, de génies et de démons. Selon elles, tout inventeur d'un art utile obtient une apothéose. Si eUes nous montrent une chronologie , elle est ou presque nulle ou gigantesque; leur géographie s'étend comme un vaste champ peuplé de chimères ; toutes choses , selon elles , ont subi les plus étranges transformations , et elles s'abandonnent sans frein à tous les élans de l'imagination la plus variée et la plus fantastique. Un amour continuel du merveilleux, une répugnance invincible à rapporter la circonstance la plus simple sans y mêler quelque exagération , enfin , cette vanité nationale . toujours jalouse de faire honneur à un pays seul des faits quiconcement le genre humain tout entier : voilà les traits les plus frappants des cosmogonies païennes.
en est bien autrement dans les récits de la Bible : là .
32b LIVRE II. CHAPITRE U.
nous ne voyons qud Taotton immédiate d'un Dieu créaleur, sans déguisement^ sans aucune involution chimérique, rien que par sa volonté toute nue : teUe enfin que le comporte la nature d'un ôtre tout-puissant. La lune , le soleil, les étoiles y loin d'être des dieux, servent au contraire à Tusage de l'homme > lui prodiguent la clarté , et lui servent à mesurer le temps. Toutes les grandes inventions sont faites par des hommes y qui restent tels. La chrimologie procède par séries naturelles ; et la géographie ne s'élance pas au delà des bornes de la terre. On ne voit ni transmigrations ni métamorphoses ; rien enfin de ce qui nous montre , dans les livres des plus anciens peuples profanes , la trace de Timagination et du mythe. Si la science toute seule avait à décrire la création , et qu'elle le pût, elle ne le ferait pas autrement que Moïse. Une sublime vulgarité se fait remarquer dans sa parole \ une laconique simplicité renferme sa description dans les termes rigoureusement nécessaires pour dire que la chose a été fUte, et rien de plus. Tout dans ses expressions est idée, rien n'est image; et un style sans modèle , parce que le sqjet en eet sans exemple, simple comme la volonté et fort conmie la puissance ; im style qui lui-même est une création , nous offre en quelque sorte ime traduction littérale de la création matérielle : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Dieu dit : Que la lumiire soit, et la lumUre fui. EX eu même temps quelle exactitude ! quel ordre 1 quelle profondeur! quelle majesté 1 Quoi de plus naturellement soiTi et enchaîné que cette histoire , la seule qui forme un tout complet , qui coordonne et éclaircit les traditions éparses et décousues des peuples , et nous marque disfinctemttit h création de l'irnivers, celle de l'homme en particulier, V bonheur de son premier état, les causes de ses misères €'«
de ses faiblesses , la corruption du monde et le déluge , Torigine des arts et ceUe des nations , la distribution des terres , enfin la propagation du genre humain , et d'autres faits de même importance dont les histoires humaines ne parlent qu'avec confusion ^ et nous obligent de chercher ailleurs les sources certaines. Il y a dans les premières pages seulement de la Genèse plus de vérités fondamentales^ plus de saine philosophie, plus de connaissance des choses divines et humaines y que dans tous les ouvrages de Tantiquité. Quelle grandeur, quelle magnifique introduction à rhistoire des premiers temps du monde , que ces six actes , que ces six coups de la volonté du Créateur, faisant jaillir l'univers du néant sans précipitation et sans effort ; exprimant , par rintermittence et l'approbation par lesquelles il cldt chacune de ses merveilles, la sagesse et la force, la Uberté et la puissance les plus infinies ; tenant chaque par-tle de l'univers incertaine devant lui, pouvant aussi faci^» lement en anéantir ou changer la destinée , qu'il lui a plu de la faire nattre et de la conserver* 1 Où Hoise a-t-U pris des notions si pures de la Divinité , des idées si sublimes de sa puissance, de son indépendance, et de ses autres
< Cette approbation de Dieu , Bi vidil Deus gmd essei bonvm , qui scandalise tant les esprits forts » est Texpression la plus haute qui pût être donnée aux hommes de la liberté , de la sagesse et de la puissance du Créateur, nien ne pondait manquer son œuTre assurément comme un artiste mortel; mais la perfection qu'il lui imprimait n'était pas non plus un résultat de la fatalité , c'était le fhiit de la sagesse et de la libre puissance de Celui qui a tout lait avec nombre, poids et mesure, et qui peut yarier à rinfini la periection, parce que sa perfection est infinie. Dien pouvait créer J -autres terres et d'autres ctem ; il pourait ne pas créer ; après même avoir vréé, il était autant maître de son ouvrage qu'avant : ce sont toutes ces choses que Moïse a escprimées par ces simples mots : Et vidit Deusjguod essei boman, comme s'il eût voulu réfuter à l'avance le système d'une moderne pliilosophie sur la nécessité de la création.
326 UVEE II. CHAVITHU II.
paffeotions? Gommant se &it-il qu'étant venu tant de Bîàclas avant les autres éerivains , il les surpasse tous par sa haute sagesse , et soit le seul dont la doctrine n*ait pas vieilli et n*ait pas eu besoin de réforme , dont les c<mnaissanoes et les réoits ne se soient pas trouvés en défkut sur quelque point; le seul enfin dont les écrits serviront à jamais de base à Thistoire et à la philosophie y comme à la Religion?
Il y a sans doute des choses incompréhensibles et surnaturelles dans ces récits ; mais il est aisé de voir qu'elles tiennent cela de leur nature , et non de l'imagination de leur Ufitorifiû. n serait choquant qu'il n'y eût rien de surnaturel dans la création de la naturOi parce qu'elle ne pouvait se servir de règle à elle-même avant qu'elle fût. Nous ne pouvons comprendre et juger naturellement las choses que d'après les lois qui ont été mises entre elles et nous y et non d'après celles qui peuvent exister entre elles et Dieu, qui est seul à lui-même sa propre loi; et notre incrédulité vient souvent de la ftiusse application que nous ftisons au Souverain Être, des lois qu'il a imposées à ses créatores. Ici l'incrédulité serait d'autant plus déraisonnable que les faits surnaturels de la Genèse se rapportent à une époque où la nature et ses lois n'étaient pas encore arrêtées , et où rien n*était, à proprement dire, naturel que le bon plaisir de Dieu, a Où étiez-vous , dit Dieu à Job , quand je jetais ff les fondements de la terre ? Dites-le-moi , si vous avez de c l'intelligence. Ne voyez-vous pas que je suis infiniment « élevé dans ma puissance, et que nid de ceux qui ont ima posé des lois ne m'est semblable? Qui pourra approfônc dir mes voies, ou qui peut me dire : Tous avez tait une c iquitioe ' ? » Toute la nature est restée semée de mys-
> Job, cingi^. 1XITIII.
MO]iSE. 337
tèreSi malgré la constance de ses lois depuis six mille ans; et nous ne voudrions pas en trouYer, alors que Dieu la tenait encore dans ses mains créatrices 1 Loin de nous scandaliser de ce que ce livre auguste est le mystère des mystères , admirons comment, en nous révélant plus qu'au* cun autre la Majesté divine , il est en même temps celui qui ménage et qui satisfait le plus la faiblesse de notre raison; et, pour achever de le comprendre, demandons à Dieu, avec lord Byron, qu'il nous fasse la grâce d'entendre, de lire, de prononcer en prières, et de respecter cette parole. Alors notre docilité forcera la porte, notre humilité entrera violemment dans les sentiers, et nous verrons s'illuminer d'une sagesse toute divine ces mêmes pages qui ne présentaient à l'orgueil de notre esprit que ténèbres et contradictions.
Car enfin il faut bien nous mettre au point de vue de la vérité sur les récits de Moïse , ne serait-ce que pour les juger avec justice. Ces récits doivent se composer autant de faits révélés par Dieu que de faits dont les hommes ont pu être les témoins. Nous avons déjà établi, dans le chapitre sur la Nécestité d'une rMUuion primitive , que Dieu avait dû nécessairement instruire lui-même le premier homme ou les premiers hommes de ce qu'il leur importait de savoir, et que c'était sur cette persuasion universelle que toute l'antiquité avait vécu. C'est donc Dieu même qui , en se iiûsant connattre à l'bonune sorti de ses mains (et quoi de plus naturel?), a dû lui dévoiler et faire passer devant lui le tableau de la création, à laquelle il n'avait pas assisté, être pour ainsi dire son premier historien , et entrer avec lui dans ces communications d'un père à soq fils , que Platon considérait comme le fondement de la vérité et lo premier anneau de sa tradition sur la terre. D*où ii
suit que le livre de Moïse ne peut être qu'un livre inspiré , s'il est le livre des véritables traditions sur Dieu , car les véritables traditions sur Dieu ont dû couler d'une source inspirée. Tout notre travail donc , pour établir cette vérité que Moïse est le seul historien exact des traditions primitives y aboutit également à établir qu'il est Vbistorien de la révélation , historien inspiré y sinon immédiatement , ce que je crois y tout au moins médiatement, et par le canal de la tradition. Sous ce point de vue , qui est le seul vrai , ou rien n'est vrai , Mo'ise s'efface ; et c'est la Mcjesté divine toute seule qui respire dans ses récits et qui se £ût entendre à chacun de nous , comme elle le fit au premier homme , et comme le premier homme le fit ensuite à ses descendants. L'histoire sainte revêt alors un caracfôre d'autorité devant lequel toute intelligence doit s^incliner et s'absorber dans la foi, qui est en définitive \a seule condition de l'esprit humain devant Dieu.
Cette considération importante , et prise dans les entrailles mêmes du siget que nous étudions , doit le dominer. Sans interdire l'examen^ elle doit le guider et le ramener à elle, si la droite raison n'y résiste entièrement; parce que toute chose doit être étudiée selon les conditions de «sa nature, et qu'il serait injuste et déraisonnable, pour juger si une œuvre est diviae, de l'examiner comme si elle ne l'était pas.
Sainement étudié , donc , le caractère de Moïse et celui de ses divins récits impriment à son témoignage un cachet de vérité et d'autorité qui le distingue de tous les historiens, ot commande notre confiance.
III. Une troisième considération va terminer notre premier aperçu sur Moïse : elle est tirée du peuple juif.
Les récits de Moïse ont eu, à l'époque où ils ont été écrite,
MOÏSK. 3*20
tout un peuple de narrateurs et de garants. Ce peuple u continué d'exister, il existe encore à Theure qu'il est; au milieu de nous, porteur et gardien de ces mêmes récits ; et ce peuple a toujours présenté , dans l'antiquité comme dans les temps modernes, un tel phénomène religieux et social, qu'il ne peut s'expliquer que par l'intervention de l'autorité divine.
Considérant d'abord le peuple juif dans l'antiquité, il est impossible de ne pas être frappé de ce fait colossal de tout un peuple, de toute une nation, devançant toutes les autres par son antiquité, et traversant tous les siècles au sein de Tidolàtrie et de la dépravation universelle, en portant intact le dépôt de la loi naturelle, de la Religion primitive, de la croyance et du culte à un Dieu unique, spirituel, saint, tout-puissant, père et juge de tous les hommes, tel enfin que toute la terre l'adore aujourd'hui, et que toute la terre l'ignorait alors. — Judm mmU «oto, dit Tacite, inruM^ numm inielliguni...; mmmum illud et œternum, neque mulabile neque interiturwn*. — Toutes les nations primitivement éclairées de la lumière de la Religion naturelle n'avaient pas tardé à la voir s'éteindre, èi à s'égarer dans les voies de la superstition et de l'idolâtrie. Elles s'y enfonçaient de plus en plus ; rien ne pouvait les en retirer. Les philosophes pullulaient dans leur sein, et passaient toute leur vie à la recherche de la vérité ; et cependant la vérité était tellement étouffée , que le premier de ces philosophes, Platon, en était réduit à dire : a n ff est très-difficile de savoir à quoi s'en tenir sur Dibu ; et le « saurait-on, il serait très-dangereux de le dire; » et que le même philosophe n'osait, en effet, hasarder le saint nom de Dieu qu'à l'oreille de ses amis intimes. Et voici
' TacHe, mêtw,, lib. Y, 5.
que tout un peuple, toute une nation, unique au monde, composait toute sa Religion, toutes ses mcBuni, toutes ses 16tes , du culte public à un seul Dieu spiritud, purificateur et vengeur de toutes les turpitudes humaines dont tous les autres peuples composaient précisément leurs divinités ; n'avait qu'un seul temple, et dans ce temple, la merveille du monde, rien que la présence invisible de ce Dieu, et les caractères de sa loi sainte, effacés de tout le reste du monde. Lorsque Pompée, usant ou abusant du droit de conquête , entra dans le saint des saints, on observa avec étennement, dit Tocite, milto intiu deum effigie vacmmsedmn, et inania arcana * ; étennement qui avait été ressenti plusieurs siècles auparavant par les peuples de TOrient, et les avait fait s'écrier : c On ne voit point d'idole en Jacob ; onn'j voit point 9 de présages superstitieux ; on n'y voit point de divinatiaiis c ni de sortilèges ; c'est un peuple qui se fie au Seigneur a son Dieu , dont la puissance est invincible \ » Et de là ce dicton populaire qui avait cours dans le paganisme, que les Jui& n'adoraient rien que l'air et le ciel : Nil prmUr ttubei el cœU numm adorant , tant l'esprit humain avait perdu de vue la vérité que, seuls, les Jui& avaient couervéel — N'est-ce pas là un vrai prodige dans l'ordre moral? -* Gomment, seuls, les luift avaient-ils échappé aunaufirage universel de la raison? Gomment , seuls , s'étaient-ils retenus sur le sommet de la vérité primitive, et avaient-ils résisté à la pente , à la tendance de la nature humaine vers l'erreur, eux qui étaient plus anciens que tous les autres peuples , et qui , par conséquent, auraient dû vieillir et se corrompre beaucoup plus tôt , eux qui, du reste , n'étaieiit naturellement pas moins grossiers, pas moins charnels ^
* Nom.y ZXni, 21 9 22 y 23.
pas moins attoinis de cette plaie morale qui ronge intérieurement tous les mortels'? Et remarquez que chec eux ce culte, si éleyé et si pur, était pratiqué sans prétention et sans distinction; que c'était le culte vulgaire, le culte journalier : remarquez encore qu'il s'y est maintenu au travers de toutes les vicissitudes politiques et sociales, sous la loi de famiUe, sous la théocratie, sous la république, sous la monarchie, sous la dictature, dans la paix et dans la guerre, dans la liberté comme dans l'esclavage , dans la patrie comme dans l'exil , et qu'il s'est ainsi conservé jusqu'à la fin , c'est*à-dire jusqu'à ce que le Christianisme , sorti de leur sein, soit venu répandre sur le monde une lumière plus vive , et qui les a absorbés dans la généralité de sa diffusion*
GoDunent expliquer un tel phénomàne?
Quant à moi| je le proclame , parce que c'est une profonde conviction de raison autant que de foi qui m'y porte, je ne m'explique ce phénomène de la conservation de la vérité religieuse dans ce peuple, que par le même moyen qui l'avait donnée une première fois à la terre, la révélation , l'intervention de la Divinité. La source des communications divines, d'où sortit la vérité qui brilla dans l'intelligence du premiw homme , était restée ouverte au milieu de ce peuple , et jaillissait par intermittence de la bouche des patriarches et des prophètes , se manifestant par des faits et des événements qui rappelaient continuellement les esprits à la vérité, combattaient la tendanoe des cœurs vers l'idolâtrie , les contenaient dans les voies de
' Od peut dire m6ine que les Julft étaient plugcbaneli et plut indocOt» quel» autres peuples y et que nieo semble les sToir choisis aHiil tout êtprès pour lUre ressortir le prodige de la eoMerratlon de la térlM dttiM dsBS leur sein.
Tantique tradition , et rendaient pour eux visible la pré* sence de la Divinité , jusqu'à ce qu'elle eût éclaté par toute la terre dans la personne du Christ et de son Église. Ce ne peut être que par des impressions surnaturelles qu'un résultat aussi surnaturel a été produit. Chez tous les peuples, Ja raison et la tradition avaient été impuissantes à conserver la vérité : comment chez les Juifs seuls auraient-elles eu im résultat si différent? La tradition aurait pu prolonger tout au plus le règne de la vérité ; mais la tendance eût été vers l'affaiblissement; et ime fois altérée ou perdue, elle l'aurait été sans retour. C'est le contraire qui avaitlieu. La tendance était vers l'accroissement de la vérité , vers l'attente d'ime lumière plus pure et plus grande ; et lorsque, accidentellement, elle venait à vaciller et à s'obscurcir, on la voyait peu après reparaître et se reconstituer plus fortement. C'est là toute l'histoire du peuple juif.
Hais n'allons pas, si l'on veut, jusqu'à conclure déjà l'inspiration dans le peuple hébreu; faisons la part du scepticisme aussi large que possible : tout au moins est-il certain que le phénomène dont nous cherchons la cause ne pourrait s'expliquer que parce que le peuple juif aurait été doué d'une constitution traditionnelle des plus fortes , des mieux enchaînées , constitution qu'il avait conservée naturellement jusqu'à Moïse , et que ce grand homme avait saisie et oi^anisée avec une admirable puissance; que, pour ce peuple, il y avait comme un canal de tradition hermétiquement clos , qui lui transmettait incorruptiblement la vérité primitive, et lui rendait exactement les sons de la voix des ancêtres et de la parole du Créateur; que si le vrai Dieu était resté dans leur esprit et dans leur cœur, c'est qu'il était le Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob , le Dieu sauveur de la famille patriarcale de Noé, le Dieu créa-
MOÏSK. 3o;i
leur d*Adaiu , créateur du ciel et de la terre. Moïse , en fixant chez ce peuple cette doctrine traditionnelle, Vj avait déjà trouvée, et n'avait luirmèmepris tant d'ascendant qu'en s'appuyant sur elle. Voilà au moins ce qu'on doit accorder. Eh bien! cela suffit pour donner aux livres hébreux un incomparable caractère de certitude -, car c'est sous l'influence de cette doctrine traditionnelle, si sûre et si préservatrice, qu'ils ont été composés et conservés. Le peuple juif est resté inviolable dépositaire des vérités les plus spirituelles; il ne s'est jamais laissé surprendre par les séductions des nouveautés qui le sollicitaient de toute part : donc il a acquis le droit d'être cru, préférablement à tous, dans les récits qu'il nous fait des grands événements des temps primitif, beaucoup plus faciles à conserver. — Ha gardé les idées, donc il a gardé les faits; — et, à ce titre, le livre de Moïse , dans lequel se trouve consignée la mémoire de ces idées et de ces faits, revêt un caractère unique de certitude. Les idées et les faits , l'histoire et la doctrine, s'enchatnent et s'entrelacent, du reste, étroitement dans les livres hébreux; c'est même par l'impression des faits qu'ont été gravées les doctrines, d'où il suit que la conservation des vérités spirituelles suppose nécessairement la conservation des souvenirs touchant les faits matériels, et qu'elles en répondent comme l'effet répond de sa cause, comme la fin r^nd des moyens.
Et comment ne pas être frappé de cette considération , lorsque nous avons encore sous les yeux ce même peuple qui, après avoir été pendant dix-huit siècles passé au crible de l'adversité et jeté aux quatre vents du ciel , est encore cependant resté intact dans ses traditions et dans ses croyances; ce peuple, dit Rousseau, que cinq mille ans n'ont pu détruire ni altérer ^ et quieetà l'épreuve du temps , de la
tih
fortune et des canqiUranU; le même ;Cpi'au moyen âge , le môme que «ous Adrien et sous Titus, le môme quesoiiB ses pontifes, ses prophètes et ses rois, le môme que sons Moïse, mais seulement dipapularisi , si je peux ainsi dire, el comme exilé dans les temps modernes? Tous le» autres peuples anciens , ses vainqueurs, s'en sont allés : lui seul est resté, comme un fantôme qui traîne ses lambeaux parmi les vivants. Et si vous cherchez ce qui peut lui swvir de lien dans sa dissolution môme, vous ne trouviez qu'une seule chose , en laquelle se concentre tout le prodige : c'est un livre qu'il porte en ses mains depuis plus de trois nulle ans, qui est pour lui comme un talisman auquel sa vie est attachée, et qui lui tient lieu de tout, de foyer, d'autel, de nationalité. — Quel lirre! — Comment douter de sa propre conservation, lui qui fait la conserration unique d'un peuple? Comment douter de sa fidélité, lui qui a su se concilier une fidélité si prodigieuse? Malgré tant de causes qui auraient dû l'altérer et l'assortir aux vicissitudes de ses dépositaires , pas un mot n'y a été changé depuis dix-huit siècles, comme pour nous prouver que pas un mot n'y avait été changé dans les quin2e siècles qui avaient précédé , et nous faire juger de la force de la vérité primitive qui avait pu imprimer tm tel respect pour sa conservation. Au reste , Thistorien Josèphe s'en explique formeUement : < n ne peut y avoh* rien de plus ccra tain que les écrits autorisés par nous , écrivait-il sous « l'empereur Titus, puisqu'ils ne sauraient être sujets h au- < eune contrariété, parce que l'on n'approuve que ce que c les prophètes ont écrit il y a plusieurs siècles. On n'a donc € garde de voir parmi nous un grand nombre de livres qui € se contrarient; nous n'en avons que vingt-deux, qui com- « prennent tout ce qui s'est passé qui nous regarde depms
U0ÏS8. 336
« le eammêneêmint du numdêjuifu'à c$Uê hiurê, et auxa quota on egt obligé d'ajouter fbi. On eonienre pour ces « livreB un tel reepect , que personne n'a Jamais élé assez a hardi pour entreprendre d'en ôter^ d'y ijouter ou d'y a changer la moindre chose. Nous las considérons comme « diTîns f nous les mmunons ainsi, nous faisons profession a de les obswrer innolàblement, et de mourir arec joici a s'il en est besoin, pour les maintenir', b Ce que les Juifki disaient ainsi, sans crainte d'être démentis, h leurs bAversaires, il y a dix-huit cents ans, m remontant jusqu'au cammmeemmi du mande, ils peutent le dire depuis lors en descendant jusqu'à nos jours '« "^Et admirez encore certaines garanties partiouliàres par lesqudles la Protidenee a tonlu marquer visiblement aux yeux des hommes l'authentlcilé de ces diriss écrits, et les mettre hors de toute atteinte.
Sous le règne de Jéroboam, mille ans avant Jésus* Christ, dix tribus juites se séparèrent de la nation et formèrent le royaume d'Israël, dont la capitale ftat Samarie, et qui a toiqours, depuis lors, Técu dans une hostilité irréconciliable atec celui de Juda, dont le siège ftxt toiqours &' Jérusalem; elles emportèrent atec eUes un exemplaire du Pentateuque; elles l'ont laissé aux Samaritains, qui le retiennent encore^ et cet exemplaire est d'une conformité parfaite atec celui qu'ont gardé les Juifs. Ceux-ci, menés
^*Joi^^C9tUr$Jiphnp Ut. I, cbap. jl ^* Pour prterrer leur litre detoote oomption qd aanit po iV (^iiser,
Ift JfoiMrv, qoU ont appeMe il itoto ito Itt M, el qàûmâàèf ftnirqaer pir des pofnte-tiojdles tous !«■ noto éonl l'OMS» supw r Ma SmII lale(ftare;2*àeonpCerloat«lii i flg H fl M ,leian pH i M »liiiai1»<>lw lettres des moli;ks Ai lii»,6le., dtdMiMlHrettitlPMlnilfiiadÉ- Miiilile d« la loi. e«t dMn Bcmpole prodigieiii.
en captivité dans TAssyrie, dont ils apprirent la langue, finirent par écrire Thébreu avec les lettres des Chaldéens ; et depuis ce temps on ne trouve TÉcriture sainte , parnoi les Juifs proprement dits , (ju'en lettres chaldaïques , tandis quB les Samaritains retinrent Tancienne manière d'écrire rhébreu : de telle sorte que nous avons deux originaux complets du Pentateuque y en deux caractères difEérentS; conservés par des mains ennemies , et cependant tellement semblables au fond y qu'on ne se douterait pas, en les comparant , qu'un schisme ardent et invétéré en a constamment divisé les dépositaires ' .
Lors de Tapparition du Christianisme y un schisme plus fatal et plus profond vint diviser le peuple juif : une partie reconnut, avec toute la terre , dans Jésus-Christ, le continuateur et le consommateur des destinées de la vérité divine ; une autre partie le méconnut, et s'obstina à le chercher et à l'attendre encore. Ce schisme n'a pas porté plus d'atteinte à la concordance de tous les livres hébreux, que le schisme de Jéroboam ne l'avait fait pour le Pentateuque; et, bien que de part ou d'autre le plus grand intérêt dût pousser les esprits à modifier le texte d'un livre qui contenait leur justification ou leur condamnation , pas la plus légère altération n'y a été introduite. Une partie du peuple juif, en ne s'arrêtent pas à Jésus-Christ, en dépassant ce but suprême de ses destinées et en le faussant , a par là même atteint le grand but providentiel , et invisible à lui seul, auquel Dieu fait servir son erreur, d'assurer, à la foi civilisatrice qui
« La Proyideiioe semble n'eroir laissé vivre cette sede des Samaritains jusqu'à nos jours que pour faire ressortir, par son hostilité constante aTec le reste des Juift , Tauthenticité du texte sacré qu'ils consenrent de part al d'autre : réduite ai^rd'hui à une trentaine de brailles , elle habite iVa- Mota. rancienne Sichem.
conserve le monde j sa base la plus imposante , dans le fait d'un peuple, le plus vieux de tous les peuples, qui, par sa dispersion, porte les archives de la vérité chrétienne par toute la terre , et par son hostilité les garantit, devenant ainsi , malgré lui-môme et sans qu'il le sache, le boulevard universel de la foi qu'il maudit '.
Le scepticisme se trouve vaincu devant de telles sauvegardes , et il est obligé de convenir que le livre de Moïse , le plus ancien de tous les Uvres sans comparaison , le seul qui nous fasse connaître notre origine sur la terre , et qui se recommande éminemment par lui-même et par son auteur, jouit en outre d'un caractère de conservation et de certitude que pas un livre , n'eût-ii été composé que d'hier, ne peut lui disputer *.
* Qu'on ne nous accuse pas de longueur, car nous sommes loin d'aroir épuisé Tétude des considératiotts auxquelles ce peuple-pbénomène donne lien. Noos le retrouTerons plusieurs fois dans les diverses parties de notre ouvrage , et surtout dans la troisième , quand nous en serons aux propliéties. — CTest là son vrai point de vue.
* Indépendamment des deux textes, samaritain et juif, qui se contrôlent, il faut encore tenir compte de certaines traductions anciennes qui constatent la similitude des textes à des époques différentes. — Ainsi : i° la version des Septante, traduction grecque du texte hébreu , foite par septantedeux Hébreux , sous le règne de Ptolémée Phlladelplie, roi d'Egypte , deux cent soixante-dix-sept ans avant Jésus-Christ, d'après la proposition faite à ce prince par le garde de sa bibliothèque , Oemetrius Phalereus ; — 2® la Yuigate, traduction latine faite sur le texte grec dans le premier siècle de l'Église , du vivant même des apétres ou de leurs disciples; — 8° la traduction latine de saint Jérôme , faite sur le texte liébreu. Tous ces textes ou traductions concordent tellement entre eux , que juifs , catholiques , ou protestants , les invoquent indilTéremment les uns ou les autres. Seulement la Yulgale a été plus particulièrement désignée à la confiance des fidèles parle concile de Trente, coomie étant plus littérale et plus claire. — Enfin , ■n fait récent est venu jeter encore une vive lumière sur cette fidélité de conservation des Livres sacrés , et en particuliei du Pentateuque. « Dans^ « ces dernières années, le docteur Buchanan se procura et apporta en £n- « rope un manuscrit dont f^e servaient les iiiifs de race noire établie de
Mais Moïse attend un hommage plus décisif et plus solennel encore. Cène sont pas les juifs seulement et les chrétiens qui vont le lui rendre y c'est la race humaine dans sa plus grande généralité , c^est la nature radme dans ses abîmes les plus profonds, qui Tont se lerer pour déposer eu sa faveuri et prendre fait et cause pour leur historien.
Mdise en regard des sciences.
L'historien sacré se trouve y en présence de la critique humaine , dans une position toute particulière. Si par son antiquité il semble pouvoir lui échapper, par son siqet il lui reste éternellement accessible. L'histoire de Moise n'a pas pour sujet, comme chez tous les autres historiens , des événements écoulés, disparus, et sur l'exactitude desquels fl est plus ou moins difficile de faire une enquête : c'est Dieu, c'est la nature , c'est Tespôce humaine , dans leurs plans étemels et dans leurs constitutions immuables. Le sujet de Moïse est toujours et partout; il a laissé des traces ineffaçables et
a temps immémorial dans Vlnde , ob ils avaient été , depuis des siècles , « séparés de foute communication arec leurs frères des autres paitieB du t monde. Cest un fragment d'un immense rouleau qui derait aroir, lots* « qu'il était dans son entier, enriron quatre-Tingt-dIx pieds de long: même • tel qu'il est maintenant , U se compose de pièces écrites par dlrerses per- « sonnes à des époques différentes, et U contient nne partie eonaidéralile « du Pentatenque ; les lettres sont tracées sur des peaux teintes en Rmge. I M. Veates , après avoir collationné ce manuscrit sur l'édition de Yan der « Hooght, considérée toujours comme Téditlon-modèle pour de pareilles « collations , l'a publié ; et le résultat de ce trarail intéiessant est quil < n*eiiste pas entre les deux textes plus de quarante dill^renoes , dont ao- « cune n'a la moindre valeur. » ( Wisemann, io« Discours sur les rapports entre fa selenee et la Religion rMlée, )
MObB. 339
eoinine des l^endes impriméeB dans les entrailles du globe et au sein de tous les peuples y qui peuvent faire remonter aisément à son existence. En décrivant la création de la nature et les premières révolutions du globe y Ho'ise s*est exposé à recevoir un démenti constant des éléments constitutif de la nature et du globe y s'il a dit faux; en racontant les grands événements arrivés au premier homme et à sa race immédiate avant qu'elle se dispersât , il s'est donné autant de surveillants et de témoins qu'il devait j avoir d'hommes surlaterre, soit par l'empreinte que ces premiers événements ont dû Isôsser dans la constitution de l'homme, soit par les traditions que chaque peuple a charriées avec lui dans ses migrations : de même que l'eau troublée d'une source ou d'un bassin se trahit dans toutes ses dérivations, partout où elle va se distribuer et se répandre. Sous ce rapport , il est vrai de dire que Holse serait plus caché par son ancienneté s'il ne remontait pas sihaut, et qu'U est toujours présent et exposé à nos regards comme la nature des choses, précisément parce qu'Q en a raconté l'origine.
Cette position , en admettant l'exactitude des récits de Moïse 9 n'a pas dû lui être toujours favorable. Avant d'en venir, en effet , à cette connaissance exacte des choses naturelles, qui distingue si éminemment notre âge , et qui tient à mille causes accidentelles ou progressives, l'esprit humain a talonné à la porte do chaque science, il a embrassé bien des chimères avant de saisir la vérité ; d'où il suit que cette vérité, qui devait être plus tard le résultat du développement et du redressement des sciences, présentée par anticipation et sans explication, et comme jetée rudement dans la cos« mogonie de Moise, a dû paraître d'abord une chimère et une énigme, de même que le récit des prodiges de notre industrie moderne aurait paru fabuleux et absurde aux esprits
3i0 LIVRE II. CHAPITEB 11.
du moyen Age. Sans doule la foi, qui tenait lieu des sciei^* ces à cette époque , tout en favorisant leur essor, prot^^t la vérité du récit de Hoise j et le faisait accepter sur parole ; mais lorsque plus tard cette foi eut péri , sans que les scieaces eussent assez marché pour en occuper la place , il dut se faire y contre l'autorité du livre sacré , une réaction terrible, parce que Fintérét du cœur en révolte contre la Religion se trouvait ligué avec Tintérôt apparent de Tesprit contre le fondement de ses dogmes. C'est ce qui eut lieu dans le dix-huitième siècle : époque funeste pour la vérité , siècle de barbarie jeté entre deux civilisations. La science alors perdit non moins que la fei , parce que Fignorance et Terreur scientifiques se nourrissaient de toutes les préventions de l'incrédulité. De là tant de systèmes absurdes, tant de puérilités honteuses, échafaudées contre la Religion au nom des sciences, qui les renversent aujourd'hui; de \h cet acharnement monotone de Voltaire contre leMosaïsme, comme étant la racine de l'arbre chrétien ; de là ce ridicule incessamment décoché par lui contre la majesté muette et comme endormie du patriarche. Hais le rire de Voltaire fut un rire parricide; ce fut le rire de Cham : il retombera, il restera comme une étemelle malédiction sur sa mémoire.
Enfin, les sciences ont repris leur marche ascendante, et chaque pas nouveau les a reconduites au point aHciennement occupé par la foi. Tout paraissait ridicule dans la oosmogonie de Hoise, tout paraissait confondu : tout maintenant est redevenu grave, radieux et serein ; et de même que l'historien de la création avait été victime avec la science des folles attaques de l'esprit humain, de môme aiqourd'hui il partage avec elle , ou plutôt il reçoit tous les honneurs de son triomphe, comme l'ayant possédée dès le
commencement 9 et n'ayant pu la tenir que de Dieu '. Cest sur la partie chronologique que Hoise fut d'abord le plus vivement attaqué. On avait faussé toiis les monuments historiques pour le confondre ; et les supputations les plus ridicules de quelques anciennes annales indiennes et chinoises avaient été acceptées aveuglément , et objectées contre la date assignée par lui à Torigine du monde. On ne voulait pas voir qu'en ne portant pas si loin cette origine, Moïse faisait au moins preuve de désintéressement, et que rincalculablé antiquité derrière laquelle les auteurs de ces annales retranchaient leurs fabuleux récits, les rendait suspects d'un sentiment contraire. L'infortuné Bailly fût le premier qui, dans son Histoire de l'Astronomie ancienne, s'appuya sur les tables astronomiques des Indiens pour faire remonter et presque perdre dans un éloignement
« Je crois qu'oo me saura gré de citer ici cette belle comparaifion de Wi« semann , dont nous allons bientM apprécier la justesse : « Si , en voyage , « nous parcourons avec quelque rapidité une route unie et agréable, les « objets qui nous entourent de plus près sembleront aller dans une direction « contraire à landtre ,et se mouvoir du côté opposé à celui où nous allons : « et ces objets sont la plupart des ouTrages de la main de Thomme , peut- « être les liaies vives qu'il a plantées , ou les clianmières et les maisons n qa'il a bftties. Mais si nous portons la vue plus loin , et que nous fixions <i nos regards sur les œuvres de la nature, sur les montagnes énonnes qui « ceignent l'horizon > ou sur les nuages majestueux qui nagent dans Tocéan *i du ciel, nous verrons qu'ils voyagent avec nous, dans notre direction , et « que leur course tend en avant , de même que la nôtre. El il en est ainsi , « il me semble, dans notre pèlerinage à la recherche de la vérité. Les n liommes nous ont circonvenus avec les plantations de leurs propres mains, « avec les conceptions de leur intelligence ; et si nous les examinons à me- » sure que nous avançons , nous semblerons en quelque sorte en opposition « et en contradiction avec les réalités des choses. Mais élevons nos regards « au-dessus et au delà de ces créations nouvelles et mortelles, contemplons M et interrogeons la nature elle-même dans ses ouvrages primitift et perma- « nents , nous trouverons , par leur moyen , qu'elle suit la même route que « !ïoii<; , rt «e dirige vers Vobjet de nm d^»ir». » ( Début du «• Discours. )
Si% LIVRE II. CHÂPITEB II.
incalctdable Torigine des sociétés humaines. D se lina, à cet égard, à des suppositions tellement chimériques, que le bon sens de Voltaire lui-même ne put y tenir, et qa^il le réflita à sa ftiçon : a Rien ne nous est junais Tenu d» la <r Scythie , » écrit-il en rejetant une des suppositions les plus hardies de Baillj, a si ce n'est des tigres qui ont défit Toré nos agneaux ; mais deyons-nous supposer que ces a tigres sont sortis de leurs repaires avec des cadrans et des « astrolabes ? Qui a jamais entendu dire qu*aucun phUo- « sophe grec ait été chercher la science dans le pays de d Gog et de Hagog '? b Dans sa réponse à Voltairo, Bailly, qui depuis fût si grand devant la mort, descendit à des petitesses qui témoignent à quel point la science était alors esclave craintive de Fimpiété. a Les brahmes, di(-il^ se- « raient vraiment fiers , s'ils savaient qu'ils possèdent un < tel apologiste. Plus éclairé qu'ils ne peuvent jamais l'a- « voir été , vous possédez la réputation dont ils jouissûent a dans l'antiquité. Les hommes vont maintenant à Femey, a comme autrefois à Bénarès; mais Pythagore aurait été a mieux instruit par vous, car Je Tacite, l'Euripide etl'Ho- <K mère du siècle vaut à lui seul toute cette ancieime Acadca mie, etc., etc. *. » Un adversaire plus redoutable que Voltaire, et qui ne se payait pas comme celui-ci de compliments, le célèbre Delambre ', confondit Bailly par des observations qui portèrent le jour de la vraie science dans la question. Elle n'en fut plus une dès lors ; et Laplace, malgré son amitié pour Bailly , ne tarda pas à joindre le poids de son nom à celui de Delambre , contre la chimérique antiquité des tables astronomiques des Indous : « Les
• letire stir rorigine des sciences.
* n^ponse de Sailltf , p. 18.
^ Histoire de V Astronomie y p. 80.
MOiSB. 848
« tables des Indiens, dit-il , supposent des connaissances a très-ataRCées en astronomie ; mais il j a lieu de croire « que ces tables ne peuvent réclamer une très^haute an* a tiquité. En ceci je m'éloigne à regret de Topinion d'un a illustre et malheureux ami*, b Depuis lors, cette vérité n'a fait que grandir sous les investigations des plus savants astronomes de la France et de TAngleterre, et notamment de Haskeline * et de Klaproth ; et il a été recotmu, comme le dit ce dernier , a que les tables astronomiques des In^ a dous, auxquelles on avait attribué une antiquité prodia gieuse, ont été construites dans le septième siècle de Tère a vulgaire, et ont été postérieurement reportées, par des a calculs, à une époque antérieure '. d
Les calculs fondés sur la prétendue antiquité des tables astronomiques des Indiens ainsi renversés, l'incrédulité ( ou plutôt la crédulité) s'attacha à l'antiquité extravagante que ces peuples donnent à leurs gouvernements. Hais bientôt un savant très-versé dans la connaissance de l'Inde, et en même temps très-désintéressé dans la question religieuse qui faisait le fond de toutes ces luttes, sir W. Jones, entreprit la tâche de débrouiller ce chaos. Il exprime ainsi luimême les sentiments qui l'animaient en j entrant : a Ne a m'attachant à aucun système , étant aussi disposé à rea jeter Tliistoire de Ho'ise si l'on prouve qu'elle est erronée, a qu'à la croire si elle est confirmée par im raisonnement droit et par une incontestable évidence , je vais mettre a sous vos yeux un précis de la chronologie indienne *. » Cependant sir Jones découvrit bientôt qu'il avait affaire
' £xpoHUon du système du monde, 6* édition , p. 427.
' Pré/àee, p. 15. — Goricry DUeowrs préliminaire ^ p. 288.
^ Mémoires relatifs à VAsie, p. S97.
^ Delà Chronologie des Indous. — Recherches sur VAsie, t. If, p. 2,
Skk LIVRE II. CHAPITRE II.
aux races divines par lesqpielles les Indiens couronnent leur histoire yéritable, et qui sont exemptes des lois qui limitent la durée des dynasties mortelles. Dissipant toutes ces absurdités, il traça des tables des rois véritables, et arriva à cette conclusion : que Ttùstoire des hidiens, dans toute la langue durée qu'on peut justement lui assigner , remonte jusqu'à trois mille huit eents ans environ au delà de notre époque '. Ce résultat fut de plus en plus confirmé parles travaux de MM. Wilfort, Hamilton, Heeren et Guigniaut. Mais pendant que (pour me servir de la comparaison de Wisemaim) les grandes autorités de la science se mouvaient à rhorizon dans le sens de la vérité religieuse, sur le bord de la route, des savants du second ordre, qui ne prenaient conseil que de leur haine contre le Christianisme, et àla Céte desquels il faut nommer Dupuis et Volney, s'efforçaient , par des systèmes aussi fragiles qu'audacieux, de la circonvenir et de la contrarier. Le hasard sembla se rendre complice de Terreiu* qu'on cherchait, et que tant de préventions ne pouvaient manquer de faire rencontrer. Lors de l'expédition d'Egypte , on découvrit dans les temples de Denderah et d'Esné, dans la haute Egypte, des zodiaques peints ou sculptés, offrant les mêmes figures des constellations zodiacales que nous employons aujourd'hui , mais distribuées d'une façon particulière : ils furent soumis aux calculs des savants , et il parut en résulter, au travers de plusieurs combinaisons en apparence exactes, que ces temples étaient bâtis au moins depuis sept miUe ans , ce qui confondait la chronologie de Moïse. On fit grand bruit de cette découverte. Dupuis, aux yeux de qui ces zodiaques avaient plus db VINGT-CINQ MILLE ANS , so hâta d'ou tirer parti dans son ouvrage De l'origine des cultes. Cependant le planisphère
' Loeo eitatOf p. MS.
MOÏSE. 3'fi>
circulaire ayant été apporté à Paris, M. Biot , dans un ouvrage fondé sur des mesures précises et des calculs pleins de sagacité, dit M. Cuvier, osa prétendre qu'il n'était permis de voir dans ce planisphère que l'état du ciel tel qu'il avait lieu sept cents ans avant Jésus-Christ. Cela donna l'éveil sur l'époque de la construction des temples, et, comme pour la dent d'or, on imagina de finir par où l'on aurait naturellenienf commencé, si la prévention, observe H. Cuvier, n'avait pas aveuglé les premiers observateurs. On copia les inscriptions grecques gravées sur ces monuments, et on déchiffra celles qui étaient exprimées en hiéroglyphes '. Alors tout le monde vit clairement que ces temples avaient été construits sous les Romains; que le portique de l'un d'eux était consacré au salfU de Tibère; qaele planisphère lui-même portait le titre d'Àutocrator, qui se rapporte à Néron; que l'autre temple présentait, sur ime colonne peinte et sculptée dans le même style que le zodiaque, une inscription remontant seulement à la dixième année d'Àntonin. Enfin, la déconvenue fut complète lorsque, quelque temps après , dans im cercueil de momie rapporté de Thèbes par H. Caillaud, contenant, d'après l'inscription grecque très-lisible, le corps d'un jeune homme mort la dix-neuvième année de Trajan, on trouva un zodiaque divisé au même point que ceux de Denderah ot d'Esné*.
J'ai cité cet exemple, et je me suis attaché à esquisser en première ligne la lutte engagée contre Moïse sur la partie
' C'est à M. ChampoUioa que doit ranoater prindpaleiiicmt le mérite (le cette importante rectification , ainsi que le proclama le ministre de Vintérieor, M. le vicomte de la Rochefoucauld, dans sa lettre au roi, du 15 mai 182e.
* Voir Cuvier, DUcowrs mut les révolut. du globes 8*édit.; — Vilser mann, b* Discours; — Marcel de Serres , De la Cosmogonie de Hotse, t. Il, p. 74.
Zkù LIVRE U. CHAPITRE U.
chroiiologiqu6y pour faire voir à quel point la prévttitîon de rincrédulité peut aveugler et égarer les esprits. Qu*on juge quelles devaient être son audace et la facilité de son triomphe sur toutes les autres parties de la Genèse ; sur les six ordres de la création ; sur la création de la lumière avant le soleil ; sur Funité de la race humaine ; sur la longévité des premiers hommes; sur le déluge et la délivrance de Noé; sur la tour de Babel, la confusion des langues, et la dispersion des peuples, etc. Tout cela était balayé par le philosophisme, qui opposait révidence de Fétat actuel des chines aux absurdités de la Genèse , et se vengeait par un rire inextinguible de la naïve foi des siècles écoulés.
Le point le plus important de cette foi, comme on le sent biQn, n*était aucun de ceux que nous venons d*énumérer, mais il était parmi eux. C'était celui de la chute béréditairo du premier homme , et de la promesse , héréditairement transmise comme elle, d*un réparateur, — de Jéshs-Goust. — Voilà quel était le point irritant. En attaquant tous les autres , on visait à détruire celui-là. On aurait assurément laissé Ho'ise dans son repos , on aurait même divinisé son génie, comme celui des Socrate et des Harc-Aurèle, s'il n'avait eu le grand tort d'être réellement inspiré de Dieu, et de porter, comme dans ses flancs, les germes sacrés du Christianisme. C'est ce Christianisme qu'on voulait étouffer en lui, qu'on voulait isoler, en brisant la chaîne antique qui le rattache au berceau du genre humain. Mais par là on faisait à la vérité la concession la plus précieuse et la plus fondamentale. S'iln*y avait pas déjà, en effet, mille preuves de cette importante vérité, que le Mosaïsme contientle Christianisme, et que celui-ci présente, dès lors, une succession non interrompue depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, la tactique de l'impiété toute seule suffirait pour la
MOÏSE. an
trahir et la confondre : elle frappait sur Moïse, comme sur rUstorien de Jé8u&-Ghrist'. Elle faisait aussi ime autre concession non moins précieuse c'est que les diverses parties du récit de Moïse sont solidaires , et que la fausseté ou la vérité des unes emporte la fttusseté ou la vérité des au* très. Voici, en effet , quel était son raisonnement :
Moïse a menti en donnant au monde un commencement, et en ne le faisant remonter qu'à six mille années ; il a heurté le sens commun en disant que la lumière avait été créée avant le solefl , que nous descendions tous d'un seul homme , et que le nègre et Talbinos venaient du même sang ; il a voulu amuser les enfants avec la longue vie de ses patriarches, son déluge et son arche de Noé, sa tour de Babel et sa confusion des langues : — donc il faut rayer également ce qu'il dit de la chute de l'homme et de la promesse d*im rédempteur ; donc le Christianisme n'a pas de base.
La question que suppose ce raisonnement y est très^-bien posée. Nous sommes d'accord sur ce point important avec les ennemis de la Religion , et dès lors nous sommes en droit de leur dire :
S'il est démontré que Mo'ise, contre toute apparence noÊurelh dê$ ehoies, a dit yrai sur tous les points où vous vous flattiez de l'avoir confondu , il a dit vrai aussi sur le point capital de la chute de l'homme et de la promesse d'tin rédempteur; et nous devrons le croire d'autant plus , qu'il se présentera comme un homme au-dessus des autres hommes, puisqu'il aura connu des secrets tellement cachés à la sdenee humaine, que celle-ci, dans son ignorance, les aura traités d'absurdités. Donc alors VineamprihenmbiUU du
■ Tout le secret des ournges de Voltaire contre les Hébreux, dit le Juif Salvador, est dans ces moto : Le chrUHanisme e$t fondé iur hJndaUme. ( M de âMse, !'• édit.,p. 434. )
3i8 LIVRE II. CHAPITRE 11.
mystère de la chute de Tbomme et de sa réparadon ne sera plus ime raison de ne pas le croire, et la véracité de Mo'ise^ en des choses qui paraissent également incompréhensibles^ sera au contraire une raison décisive d'y attacher notre foi. Donc , enfin, le Christianisme reposera sur le judaïsme, et ce rapport sera divin.
Cela posé , arrivons , avec le flambeau de la science, à cette grande confrontation. Ouvrons, d'un côté, le livre de la nature , de l'autre le livre sacré, et comparons ces deux textes, pour voir s'ils viennent ou non du même auteur'.
I. Inprineipio Deus creavit cœlum et terram. — « Au « commencement Dieu créa le ciel et la terre, d
Par ce premier verset, Mo'ise se place à une distance infranchissable de tous les systèmes humains.
Tous les systèmes humains sur l'origine des choses , si multiples et si divers que Montaigne , en les rapportant ,
' Indépendamment da dévdioppement et de la précision où ont été portées, de nos jours, toutes les sciences qui étaient déjà en marche, des sciences toutes nouvelles ont surgi , comme pour venir déposer en fiiTear de la parole de Dieu , à l'époque précisément où la foi se niounitdans tiNis les cœurs. Dans ce nombre il làut compter, avant tout, la géologie , à laqneDe nous allons emprunter des témoignages dignes du plus vif intérêt. Chose admirable que cette variété et que cette proportion des preuves dont te revêt tour à tour la Religion, selon la diversité des phases de Vesprit ho* main ! Si le moyen âge et les premiers siècles de l'Église avaient des preuves que nous n'avons pas; si le temps des miracles et des prodiges , de la sëotteté des apôtres, de la conversion de Funivers et du courage des martjrrs , est passé , voici des preuves toutes nouvelles et non moins firappantes qaî étonnent nos regards et qui doivent satisfaire notre esprit , prédaément par le côté qui lui convient le plus de nos jours , le côté de la science et de l'examen. — Telle, du haut d'un phare élevé et fixe au-dessus de la mobOité lies merâ, la lumière secourable tourne, et frappe de ses couleurs changeantes Viril inquiet du mafpiot.
HOISK. 3M
finit par s'écrier :'« Vantez-vous donc d'avoir trouvé la fève a au gasteau, à voir ce tintamarre de tant de cervelles phia losophiqaes s » s'accordent cependant tous sur un point, celui de Vilemiti de la matière. U semble qu'il n'ait pas été donné à la pensée humaine, même dans ses plus aventureuses conceptions, de rencontrer l'idée de la création , qui est proprement , pour rappeler la familière expression de Montaigne, la fève au gasteau. Platon, dont le génie sublime a touché pour ainsi dire aux limites de l'intelligence humaine^ n'a pu embrasser la création ni dans son essence ni dans ses résultats : on peut facilement s'en convaincre eu i>ortant son attention sur le Timie et sur le traité des Lois. Dieu , selon lui , a imprimé à la matière la forme , l'arrangement, la beauté ; mais enfin cette matière informe, avant qu'il j mit la main , était tory ours un je ne sais quoi qui avait un fond d'existence, et dont il s'était servi conune de substratum pour produire l'univers.
Selon l'écrivain sacré, il n'y avait rien, et au commencement Dieu fit de rien, autrement dit, cr^, le ciel et la terre. — Ce fut là son premier acte. — Après cela, la terre, sortie ainsi du néant à l'état de chaos, étant informe et toute nue, Dieu dit : Que la lumière soit, etc. ; suit la formation de l'univers.
On ne saurait assez remarquer, dans ce tableau raccourci de l'origine de l'univers, tracé de la main de Moïse, ces deux plans distincts : l'un qui nous représente Dieu créa* leur, opérant sur le néant ; et l'autre. Dieu formateur, opérant sur le chaos : a Créé dès le commencement et avant a tous les temps, dit Bossuet parlant de l'univers, mais seu- « lement orné dans le temps*. » Au commencement Dieu
' liiy. II , chap. xii.
* VUi* ÉliwaUm sur les mifUèrts.
cria U eiêlêi la terre.— Et la terre iiait toute nue, eiDUu dit : Fiat, etc.
Sur quoi Bacon fait cette belle et profonde obsenration : or Dans les œuvres de la création nous voyons une double a émanation de la vertu ou force divine^ dont Tune se rapa porte à la puissance et Tautre à la sagesse. La première <K se fait particulièrement remarquer dans la créatioB de la a matière 7 et la seconde dans la beauté de la forme, dont a la matière fût ensuite revêtue. Lorsque TÉcriture parie (f de la matière , elle ne nous apprend pas que Dieu ait dit a que le ciel et la terre se fassent, fiât eœlum et terra: maa nière de parler qu'il emploie pour les œuvres suivantes. a Ainsi , pendant que la création de la matière se présente a comme Tœuvre pure de la main , Tintroduction de la a forme dans la matière porte le caractère d'une loi ou d'un a décret *. b
' Lb CkrUtianiime de Fr* Bacon, 1. 1, p. 106 et 137. — Le» ipt onwm employées par rbistorien sacré sont des plus remarquables dans le sens de cette double opération diyine. Le verbe bébreu bara , dont il se sert an eoiiimencement, a été rendu par tous les traducteuis et commentateur» iafistiactement ^ faire de rien, créer ( et U est bon de U&n obsenrcr que ectt» manière d'entendre ce mot était notoirement reçue dans la tradition juive, comme on le voit par ce passage du livre des Macbabée» : Je vous conjure , mon flU, de regarder le ciel et la terre et toutes les choses gmt f joui renfermées » el de àien comprendre que Dieu les a faite» ob un , et intelligas quia ex nidilo fecit illa Deus )« à la diflérence du verbe owA, dont Moise se sert ensuite pour faidiquer la formation , la plastique de Punivers. ~ Moïse lui-même bit nettement ressortir celte diffi6ieiifie,lofaqDe, récapitulant an chapitre n les opérationa divines , il dit : l^eae^ûEtt dki septimo, et sanctificavit illum : quia in ipso cessaverat ab omnî opère suo quod caBAvrr Deiu ur paceret, creavit ut ordinaret ( Btara, ÉUâm tabusoth). Aussi le veibe bara , dont il se sert au commencement , ne reparaît plus ensuite son» sa plume, mais toujours le verbe asah, oonuBe nous avons dit , excepté dans deux circonstances particulières qui font admîrablement ressortir cette interprétation , savoir, lorsque Dieu donne la vie à la matière en créant les animaux , et forsqu'O crée rhomnw à n
HOiisB. 351
Et maintenant but ce principe de la création, qui a raison de Moïse ou des pliilosophes ?
La pénétration de Tun de ceux-ci , dans un dernier moment donné enfin à la yérité , a trouvé le mot décisif à cet égard : « Je reste, dit Broussais , ayec le sentiment d*une « intelligence eoordinatriee, que je n*08e appeler criatriee,. « quoiqu'elle doive l'être, d
D 7 a , en effet , entre ces deux actes un lien nécessaire. La puissance propre et immédiate de coordonner présuppose invinciblement la puissance de crier. Si la matière est étemelle, si elle n'a reçu son commencement de personne, elle est dès lors indépendante dans sa raison d'être. Mais cependant l'action propre et immédiate de coordoimer présuppose Isl dépendance de la chose coordonnée par rapport au coordonnateur. Donc si Dieu a coordonné la matière , elle n'était pas indépendante ; donc elle n'était pas étemelle, donc elle a dâ être créée.
Ce raisonnement, qu'on peut appeler une démonstration mathématique de la création^ n'est cependant pas venu à l'idée des hommes avant que le mot eût été dit par l'historien sacré '.
image et à sa ressemblance. C'est ici surtout que la forme du décret , Fiat, disparaît , et que fceuvrê pure de la main , comme dit Bacon, lefadamus, la création immédiate , revient. Cette puissance créatrice reparaît ici , parce qu'il s'agit d'un principe à part, tout à fait distinct de la physique générale qui régit l^œuvre des premiers jours. Ces trois ordres de création , indiqués par Moïse , de la matière , de la vie animale , et de l'Ame humaine , révèlent me profonde sagesse» que la légèreté de notre esprit a'élmme de trouver jous des tenues si simples et si laconiques que ceux dont il s'est servi, n est court, parce qu*il est exact. Cestla vérité parlant sa propre langue et ne s'étonnant pas des merveilles qu'elle raconte, parce que c'est elle-mèroe qui lésa laites.
* n 7 a même ceci de très-remarquable, que les philosophes grecs n'avaieit pa saisir exactement œtle vérité, bien qu'ils eussent été la recoeiJlir à sm source, dans leurs Toyagesen Orient. Voyex là-dessus M. Maret, TA^
Sur ce premierpoint donc. Moïse a hautement raison sur l'esprit humain , et se présente à nous, dès l'abord, comme Toracle même de l'esprit de Dieu ; l'idée d'une puissance qui fait quelque chose de rien, quelque conséquente qu'elle nous paraisse après coup, n'ayant pu venir autrement dans une tète humaine, parce qu'elle n'a aucune analogifi sur la terre.
II. Terra aulem erat inanis et vacua, et ten^œ eranl êuiper faciem àbyssi ; et Spiritus J)ei ferébatur super aquas. — a La terre était informe et toute nue y les ténèbres coua Traient la face de l'abîme ; et l'Esprit de Dieu était porté a sur les eaux. »
Il résulte de ce verset que la terre était d*abord abtmée sans vie dans les eaux y ce qui ressort encore du verset 9 , où il est dit : Que les eaux se rassemblefU en un seul lieu, et que l'aride paraisse. Après cela, la vie végétale et animale est introduite.
Voilà le texte sacré. — Ouvrons maintenant le livre de la nature et de la science :
a Ce qui est certain , dit Cuvier, c'est que la vie n'a pas a toujours existé sur le glohe , et il est facile à Tobservaa teur de reconnaître le point où eUe a commencé à déposer a ses produits. Au milieu du désordre qu'il présente , de « grandsnaturalistes sont parvenus à démontrer qu'il existe « certain ordre , et que ces bancs immenses , tout brisés et a renversés qu'ils sont , observent entre eux une successioii c( qui est à peu près la même. Le granit est la pierre qui a s'enfonce sous toutes les autres , soit qu'eUe dobre son
dieée chrétienne, p. 127 à 152, et nue dissertation de d'AguesseAu soo^ Tonne de ï***^ * *VI de ses ouvrages , p. 17.
t origine à un liquide général jfuî auparavant aurait tout cr imu en dissolution , soit qu'elle ait été fixée par le re- « firoidissement d'une masse en fiision. Des roches feuillec tées s'appuient sur ses flancs ; des schistes, des porphyres, a des grès, des roches talqueuses se mèlentà leurs couches ; a enfin des marbres à grains salins et des calcaires sans coa qailUs sont le dernier ouvrage par lequel ce liquide tna connu, cette mer sans habitants, semblait préparer des a matériaux aux mollusques et aux zoophytes , qui bientôt a devaient déposer sur ce fonds d'immenses amas de leurs cr coquilles ou de leurs coraux... La vie qui voulait s'émet PARER DE CE 6L0BE SEUBLE, DANS CES PREMIERS TEMPS, X AVOIR LUTTÉ AVEC LA NATURE INERTE QUI DOBflNAIT AU-
'X PARAVANT. — Ainsi, ON NE PEUT LE NIER : les masses 4 qui forment aujourd'hui nos plus hautes montagnes ont a été primitivement dans un état liquide ; longtemps après c( leiv consolidation , elles ont été recouvertes par des eaux a qui n'alimentaient point de corps vivants '. d
Quelle concordance I et qui se serait attendu à la possibilité d'une telle justification ?
ni. Dixitque Deus : Fiat lux. Et facta est lux. — a Or^ a Dieu dit : Que la lumière soit faite. Et la lumière fut a faite. » Postérieurement à cette apparition de la lumière, postérieurement môme à la production des végétaux, Dieu dit aussi : Que des corps de lumière soient faits dans le firmament du ciel.
Yoilà un texte qui a dû bien exercer la foi de nos pères : La lumière avant le soleil l quel renversement! Tout le génie de Bossuet ne lui a servi de rien devant cette difflculté -,
> CofUr^ Discours mut les répotuHonâ du globe, 8* édition, p. 24 , 27, 2«.
SbA UVRE II. CHAPITRE II.
sa foi seule Ta lenti Boumis à la parole sainte, et lui afait 6crire ces simples mots ^ qui M seront plus comptés devant Dieu que toutes les belles découyertes de nos physi* ciens : -* « Il a PLt à ce grand ouvrier de créer la lumière V ayant mdme que de la réduire à la forme qu*il lui a don- «r née dans le soleil et dans les astres ^ parce qu'il youlait « nous apprendre que ces grands et magnifiques luini- « naires, dont on nous a voulu faire des divinités, n'avaient cr par eux-mêmes ni la matière précieuse et éclatante dont « ils ont été composés y ni la forme admirable à laquée a nous les voyons réduits '. o
Cette explication était loin de satisfaire , on le conçoit , les esprits forts; aussi n'ont-îls pas épargné là-dessus le ridicule à Moïse , ne se doutant pas qu'ils se Fapprétaient à eux-mêmes.
Qui ne sait , en efTet , aujourd'hui , que chaque molécule de la matière possède une certaine quantité de lumière , de chaleur et d'électricité , qui lui est propre y qui est tout à fait indépendante des rayons solaires ; et que y dès lors , Moïse a eu raison de distinguer la lumière primitive de celle qui y plus tard émanée du soleil , est maintenant la principale source de celle que reçoit la terre ?
n résulte des travaux et des recherches d'Young, de Fresnel et de M. Arago y que la lumière est mise en jeu par la vibration d'un fluide répandu dans l'univers, fluide extrêmement subtil , qui remplit l'espace , qui passe et pénètre dans l'intérieur de tous les corps , et auquel on a donné le nom d'éther. Tant qu'il est en repos, il y a obscurité complète ; mais lorsqu'il est mis en vibration, la lumière est produite, et nous en avons la sensation. Cette vibration peut être occasionnée par différentes causes , comme le 80«
* Bonnet, Bistoire univenetle, 2* partie.
leil ou les étoiles y rélectricité , la combustion , ou mfime des actions chimiques quelconques. Aussi ^ en ra]}S6nce du soleil et & des profondeurs telles qu'il est impossible d'jr supposer l'action de ses rayons , la lumière se réyèle et éclate de mille manières diverses. Plus on descend yers le centre de la terre même y plus l'impression de la chaleur dénonce Texistence de ce fluide , et fait supposer que la température et la lumière primitives y dont la terre a joui aux premiers âges de saformation, étaient assez considérables pour qu'elle pût se passer de celle que le soleil lui envoie maintenant. Ce n'est que lorsque, par l'efTet du rayonnement, cet excès s'est dissipé à travers les espaces célestes y que le soleil a reçu une atmosphère lumineuse, propre à compenser, pour la terre, la lumière et la chaleur que sa surface avait perdues par suite de sa consolidation. De sorte que, d'après les résultats les plus positifs des sciences physiques , non-seulement la lumière proprement dite a pu, mais elle a dû précéder le soleil, qui n'en est qu'un des principaux moteurs*.
« L'Écriture, dit ici un savant géologue, a donc deviné « le résultat des découvertes les plus récentes , en disant
• DepoUles grands trayaux <PHerscliél jusqu'à M. Arago , les observations de tons les physiciens et de tous les astronomes concourent Ters ce Ait , de plot en plus démontré , que le soleU est un globe solide et opaque , entironé d*une donUe atmosphère : Tune immédiate» qui est sombre et épaisse; Tautre supérieure, qui présente tous les phénomènes lumineux attribués fiuissement à son foyer. Le soleil alors est considéré comme un globe électrique, comme une immense machine Tdtaique qui, selon les lois de réiectridté , dégage ses courants à sa cirooniérence la plus extrême , et peut fort bien être lui-même à Tabri des feux quUI lance sur nous, et, dès lors, habitable et habité , comme le pensait Herschel. Les taches qui paraissent dans le soleil, et qoiTarient si souvent, Doseraient alors que des déchinnea el des déplacements soit de sa couche lumineuse, soit de son atmwpbèninlérit
a que la lumière a été mise en action ou en mouyement à « la première époque. Elle prête son appui et son autorilo a à la science y loin d'être en opposition avec le progrès a des connaissances physiques'. »
Et ilfautici observer avec quelle justesse de termesMoise exprime l'apparition de la lumière. C'est par redondance que les traducteurs lui font dire : Que la lumière soii faite. El la lumière fui faite -, le texte hébraïque dit : lehi or, vaihei or, lumière soit^ — lumière fut ; vivacité d'expression qui non-seulement ajoute au sublime , mais qui encore est d'im accord admirable avecla nature de la lumière. La lumière, en efiét, n'a pas dû être créée ou faite comme un corps particulier, puisqu'elle n'est par elle-même qu'un résultat de vibration du fluide lumineux, comme le son est un résultat de vibration de l'air atmosphérique. L'écrirain sacré ne pouvait donc en désigner l'apparition d'une manière plus nette, et plus conforme aux causes de sa propagation. Son expression semble lancer la lumière et la faire éclater du sein des ténèbres , comme le dit saint Paul avec une justesse d'expression non moins remarquable : Deu$ qui dixit de ten^ris ItAcem splendescere \
Une autre particularité qui a frappé aussi l'attention des savants, c'est que le mot lumière, en hébreu, emporte avec lui l'idée de calorique, et, chose extraordinaire, indique également un fluide sortant par effluvion et ondulation des corps qui ont le pouvoir de le répandre. « C'est un fait biffli c( digne de remarque, dit M. Chaubard, que le sens de calo- « rique et celui de lumière se trouvent exprimés dans la
* De la Cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiqueÊ , pir M. Marcel de Serres, prof esseur de minéralogie et de géologie à iafa' culte des sciences de Montpellier, t l, p. 41 , î'édlt
' 2. Cor. 4 , C.
a Bible par un seul et même mot, comme étant une seule cr et même chose. On doit donc comprendre dans le sens de ff rhébreUy non-seulement lalumière, mais encore le caloff rique. Il faut donc traduire le mot avar par hmUre-calo^ «t rîqae , ce qui correspond à notre agent chmiethéUctro^ (( magnétique, pour ainsi dire né d'hier : la Bible était donc a encore ici en avant de la science de plus de trois nulle ans. ce On doit remarquer^ parce que cela peut aider à concevoir a ce que c'est que le phénomène auquel nous donnons le tt nom de lumiire, que le mot aoor, pris dans son sens race dical; porte avec lui l'idée d'un fluide sortant par ef/lu' a veê *. » — a La similitude dans la manière dont se propaa gent la chaleur et la lumière 9 dit aussi M. Marcel de Serres a (après avoir fait les mêmes remarques que M. Chaubard), « telle qu'elle est indiquée dans le récit de Moïse , est par là a tout à fait d'accord avec le dernier état de la science, a M. AragOy par les procédés les plus ingénieux, travaille à a résoudre expérimentalement la question relative à la naa ture de la lumière ; mais bien avant lui, et même bien cr avant Newton, Moïse semble avoir tranché la question en a faveur des physiciens modernes, et s'être rangé en quela que sorte du côté de la théorie des vibrations *. » C'est que certainement Moïse a été guidé dans son récit par Celui qui posait à Job ces insondables questions, dont la solution semblait être réservée à notre siècle : IH$'^moi où habite la lumiire, et quel est $on mode de propagation ? Indiga mihi
IN QVA VIA LUXHABITBT, PER QUAM YIAM SPARGITUIt LUX^.
' Éléments de géologie.
* Tome I, p. 42 et 99.
^ Job, chap. xxxYiiiyT. 18, 19, 24.
M. Arago, abordant œtte question. Quelle est la nature de la lumière? <l<'Tlare que le système des vibrations ou ondulations réunit aujourd'hui
358 UYRB II. GHAFITEE U.
Enfin, une découYdrte géologiqae-, toute récente , Tient encore se lier à la vérité de la cosmogonie de Moïse sur Tappaiition de la huniàre et même des végétaux ayant le soleil, n est constant que les végétaux foêsiles de nos climats présentent les mêmes espèces que ceUes qui ont été trouvées en Amérique ; qu'ainsi Tinégalité de chaleur iolaire entre les deux hémisphères, cause des différences entre les productions végétales actuelles, n'existait pas à cette époque, et qu'une irradiation centrale de lumière et de chaleur, ou une atmosphère lumineuse, ou tout autre mode de distribution égale de la lumière calorique, est nécessaire pour expliquer cette conformité.
a Ces rapports que nous venons de signaler entre le réa cit de la Genèse et les découvertes récentes des sciences « physiques , conclut à ce siqot M. Marcel de Serres , sont a des plus remarquables. Le génie du législateur hébreu « en reçoit un nouvel éclat, et on ne peut s'empêcher de re- «c coimattre en lui ou une révélation venue d'en haut , ou « du moins ce coup d*œil du génie qui devine les mystè- « rds de la nature, perce les ténèbres dont Us sont envlron- «t nés, et constitue la véritable inspiration qui apporte aax « hommes un rayon de l'étemelle vérité • . »
lovtei Im opinions^ surtout depuis <tne te déeonrertss réoeutes ont fril apercevoir les rapports les pins intimes entre la cause qui produit les phé> nomènes électriques et celle qui donne naissance à la lumière. ( Leçons éTastronomie profénéetA F Observatoire royal» p. 93-94. ) ^ Déjà l'abbé Nollet emeignalt que TélectricUé était le feu élémentaire , auquel on attribue la double propriété d'éclairer et d'enflammer. « La ressemblance dans les effets y disait ce judicieux physicien , annonce sûrement VidenUté des causes; et tout nous porte à croire de plus en plus que le feu , la lumière et Pélectricité ne sont que trois modifications du même être. » ( Leçons de physique, t. VI, p. 252-253.) Cette idée de Fabbé Nollet a été pleinement oonAnnée |)ar les découvertes te physiciens modernes.
•Tome T, p.M^-45. — raroue franchement que ma raison se refktse à
IV '. Et mi : Gûrminei terra herbam tirmtem et faeien^ Um semen, et Ugmmpomiferum fadenê fruetwn juxta ge^ nus «fium , cujui semen in semetipso eit iuper terram. Et factum e$t ita. — a Et il dit : Que la terre produise derherbe a verte qui porte de la graine , et des arbres fruitiers qui a portent du fruit chacun selon son espèce , et qui renfera ment leur semence en eux-mâmes pour se reproduire sur a la terre. Et cela se fit ainsi. »
Ici nous entrons dans la géologie fossilaire, c'est-à-dire, dans la science des formations et des révolutions du globe par Fobservation de ses couches intérieures , et des débris des êtres organisés quis'y trouvent interposés. Avant d'aller plus loin , il faut nous donner la clef de cette science , en traçant l'ordre dans lequel se présentent à l'observation les diverses couches du terrain , depuis ce prooiier granit qui
Toirduis iMféeHs d« Hobe 00 C019 tf'all du ^^ia dont paris tonrant professeur, et qn'eOe n'admet pas daTantage qoe ce coup ^ftO do gàiio constitue la véritable inspiration» Le génie devine des combinaisons , mais ne devine pas des (hits ; le génie se trompe parfois, et ne se signais presque jamais sans qoelqne écart; le génie 9 enfin 9 laisse voir, -«> surtout dans les sciences exadeSy — la trace de ses pas; tandis que dans Moiseï comme nous le Terrons de plus en plus, il 7 a nne Térité , une simplicité , une justesse et une sftreté qui excluent toutes ces choses, et qui nous le montrent plutôt comme on réâtateur fidèle que comme on inve^igatear.
* Je m'abstiens de relerer certains reports de la <vwmftg>nift de Moi^ aToc les sciences, touchant la formation du firmament et l'apparition de la terre , parce qu'ils ne me paraissent pasasseï faicontestables. Je me sols fUt une loi de ne m'attacher qu'aux preuTcs Téritablea , etde ne pas les aflUblir en 7 mêlant des aperçns s7stémaUqnes. C^endant, comme Je ne veux pas prendre sur mol la responsabilité d'une exigence qui tient peut^tre à llm* »erfection de mes connaissances spéciales, je reuToie le lecteur au saTanl MirragedeM. Godeftoy, la Cosmogonie de la réoéÊotkm , pu Ue guaire premiers jours de la Genèse en présence de la science moderne f ote ces feux pdnts, snitout le oremier, 7 sont traités atec une grande s u pWo ri té. viQlie napanlrieopiidre à cet examen.
360 LIVRE U. CHAPiTEE II.
fait comme le noyau du globe , jusqu'à sa superficie. Les noms des Cu^er et des Humboldt, auxquels je vais emprunter ces renseignements, en garantissent l'exactitude. Je supprime plusieurs nuances inutiles à connaître pour notre élude , et je ne m'attache qu'aux principales régions :
1* Alluvium, ou terre superficielle;
â"" Diluvium, ou terrain labouré et déposé par le déluge ;
3* Plàtriéres, ou terrains d'eau douce ;
k"" Calcaire msTin grossier ;
&" Craie , formation immense par son épaisseur et sou étendue ;
&" Soibles verts et femugineux ;
T Calcaire du Jura, dit co([aillier:
8* Sehiêtes cuivreux, légère couche ;
9"* Gris rouges;
10* Terrains de transitian ;
11* Terrains primitifs.
Toutes ces divisions se classihent en quatre principales, en remontant, savoir :
1* Terrains primitif, sous le n"" 11 ;
3* Terrains de transition, sous le n"* 10;
3* Terrains secondaires , sous les n*** 9 , 8, 7, 6 et 5 ;
4* Terrains tertiaires, sous les n"" (►, 3, 2, 1 '.
Après avoir ainsi reçu de la science le fil conducteur . nous pouvons la suivre dans ces catacombes de la création, et y soumettre Moise à la plus inattendue et à la plus décisive de toutes les épreuves.
Et d'abord, pour ce qui est de la formation des végétaux, Moïse nous apprend , ainsi que nous l'avons vu , qu'elle a eu lieu la première , immédiatement après l'apparition de l'aride.
' Voyez Cuvier, DUœurs sur le$ réoùtutUms du gMe^ 8« édition, p. tM.
MOiSB. 381
La nature , interrogée par la science , répond qiie Moïsa a dit yrai.
Cuvier, en efTet y après avoir décrit les couches fossilaires, à partir de la superficie du globe , et en s'enfonçant vers les terrains intermédiaires et de transition, arrive au calcaire coquillier, et, continuant sa marche, il dit :
a C'est dans ce calcaire, dit coquillier, que sont dépoa ses de grands amas de gypse et de riches couches de sel ; < et c'est au-dessous de lui que se voient les couches mina ces de schistes cuivretuc, si riches en poissons, parmi a lesquels il y a aussi des reptiles d'eau douce. Le schiste ir cuivreux est porté sur un grès rouge, à l'âge duçpÂcl ap^ c fartimnent ces fameux amas de charbons de terre ou de et houille, ressource de l'âge prisent , et reste des premières a richesses végétales gui aient orné la face du globe. Les a troncs de fougères» dont ils ont conservé Us empreintes, a nous disent assez conUbien cef antiques forêts différaient a des nôtres... On jomB alors prouptement dans ces a terrains da trapalUo^ pu la première nature , la nature a MORTE ET PUREMENT MiNÉR^tB, Semblait disputer encore « Tempire à la nature organisante... ; et nous arrivons à a ces formations les plus anciennes qu'il nous ait été a donné de connaître , à ces antiques fondements de l'en- « veloppe actuelle du globe * . i>
n suffit de lire M. Cuvier pour se convaincre que le désir de concilier les résultats de la science avec la cosmogonie de Moïse ne le préoccupe nullement, qu'il ne cherche même à favoriser aucun rapprochement à cet égard ; tellement que , pour ce passage et pour bien d'autres , il m'a follu analyser avec soin le travail de Tiliustrô géologue pour les y trouver. Et eependant combien l'accord de la nature et
' Ctirter, Wscwnrê sur les réral^dmii du 0l«te, ft* édit.,p. 292-193. I. ai
de Moïse est frappant^ ici , sur cet ordre de production des végétaux y le premier qui parut sur Varide , dit Moise ; sur la nature morte , dit Cuvier !
H. Cuvier, du reste, n'a traité que très-accessoirement des végétaux fossiles 5 et il renvoie lui-même, dans son ouvrage , aux travaux de son collaborateur et de son ami M. Brongniart , qui a attaché son nom à cette étude. Si nous 7 recourons, nous verrons que non-seulement les productions végétales ont précédé, comme dit Moïse, toute création animale; mais que l'état de la nature à cette époque , révélé par ses productions , exigeait qu'il en fût ainsi.
a II semble résulter des ingénieuses recherches de « M. Adolphe Brongniart, dit M. Ampère, qu'à ces époques a reculées l'atmosphère contenait beaucoup plus d'acide a carbonique qu'elle n'en contient a\\jourd'hui. Elle était a impropre à la respiration des animaux , mais très-làvoa rable à la végétation ; d'où résultait un développement a beaucoup plus considérable , que favorisait en outre un « plus haut degré de température. C'est aiosi que s'expli- « quent l'antériorité de la création des végétaux relative- < ment aux animaux , et la taUle gigantesque des premiers, a Nous trouvons en efiTet , à l'état fossile , des végétaux « analogues à nos lycopodes et à nos mousses rampantes , a mais qui atteignent deux cents et jusqu'à trois cents a pieds de longueur. L'absorption et la destruction conti- « nuelle de l'acide carbonique par les végétaux rendaient a l'air de plus en plus semblable en composition à ce a qu'il est maintenant. L'eau devenait de moins en moins a chargée d'acide. Cependant l'atmosphère n'était pas ena core propre à entretenir la vie des animaux qui res« « purent l'air directement, et ce lût dans l'eau qu^ap*
« parurent d*abord les premiers êtres appartenant à ce « règne *. b
. Lorsque des faits sont vrais dans leur généralité y toutes les observations exactes viennent successivement leur prêter appui : c'est ainsi que Tun des premiers chimistes et physiciens de TEurope^ M. Dumas y dans son travail récent sur la Statique des corps organisés , arrive y de son côté , à reconnaître l'antériorité de la production des végétaux, par un raisonnement des plus concluants : c'est que le règne animal prend au règne végétal ses éléments oi^aniques tout faits y tandis qu'à son tour le premier restitue aux végétaux y par l'intermédiaire de Tair et du sol, les principes de leur développement*.
M. Dumas, pas plus que M. Brongniart, pas plus que IIM. Ampère et Cuvier, n'a assurément eu l'idée de pUer la science à la justification de Moise. D'où vient cependant une telle concordance sur des points , par exemple , comme celui-ci, qui a été l'objet de reproches sérieux faits à la cosmogonie sacrée, et qui ne pouvait être éclairci que par les travaux les plus avancés des sciences géologiques , physiques et chimiques ?
Cette question , déjà embarrassante pour ceux qui ne voient dans la Genèse qu'un livre ordinaire , le devient davantage lorsqu'on remarque, avec M. Marcel de Serres, qu'il n'y a pas jusqu'à l'ordre dans lequel Moise présente les trois gemmes de végétation , germen, herha, arbor, qui ne soit dans une relation parfaite avec ce que nous a appris l'observation des couches terrestres sur la succession des végétaux, où l'on trouve, en effet, d'abord les plantes
' Bertrand, Lettres sur les révolutions du globe , p. 316; el Revus des Deux Mondes ^ fJuiUet 1833, p. 104-105.
* Marcel de Serres, t. I , p. 421, et t. II , p. 403.
3^k LIVRE II. CHAPITRE II.
cellulaires, puis les herbes , et enfin les arbres'. Et qu'on ne voie dans cette similitude de détail rien de recherché ou de fortuit; car elle tient à une véritable loi dont nous al- Ipns voir la marche de plus en plus évidente , et qui parait ^voir présidé à tout Tensemble de la création, savoir, que le développement des êtres a eu lieu en raison directe de la complication de leur organisation. Ck)mment, encore une fois, toutes ces choses que nous venons de découvrir sonteOes écrites dans le plus ancien de tous les livres? comment l'auteur de ce livre a-t-il pu deviner si juste et si vrai, et, ne se servant que de trois mots pour peindre l'apparition du règne végétal, les placer dans le seul ordre que la rigoiu^use vérité leur assignait ?. . . La réponse à cette question est facile à ceux qui regardent ce livre comme inspiré^ elle l'est beaucoup moins lorsqu'on ne considère la Genèse que sous des rapports purement scientifiques ; car alors on ne peut répondre que par un muet étonnement.
y. Dûmt eUam Dms : Produeani aquœ reptile animœ vivmtis, et volatile super terram sub firmamento cœli. CviEAYnque Deus cete grandia , et omnem animam rf-
' Le texte latin n'a pas reprodnit exactement lliébrea sur la disliactkm de ces trois ordres de Tégétaux. Premièrement, descheh Igermen), qae nous «rons rendu , avec M. Cahen , par tontes sortes de Yégétan , foute de mieux , semble signifier plutôt les plantes cellulaires les plus simples do règne yégétal. En second lieu, l'expression hescheb(herba) a été généralement entendue comme désignant les herbes; ce qui comprend tous les T^étaux non ligneux. Enfin , par hets ( arbor ), Moïse a indiqué les attires proprement dits, graduation qui est paifaitement d*aoeord aTec ce que nous a appris la succession des couches terrestres sur la snccesaion des végétaux. Lttdi0éients traducteurs, qui ignoraient ces faits, n*ont pas saisi l'importaiioe de ces expressions, deschech, hescheb et heti. Elles désignent cependanl Crois dallés dans Toigviisation végétale , les plantes cellulaires , les hertes , et enfin les arbres. ( Marcel de Serres , 1. 1 , p. 880 ; Toyei anssi , fouie, p. 54 et 12S.)
venlem atque motàbilem, quam prodtucerant a^pAœ in ^eciei suas , et omm tolatiub secundum genus suum. — a Dieu dit encore : Que les eaux produisent des animaux a BEPTiLES qui nagent dans Teau, et que des volatiles a volent sur la terre , sous le firmament du ciel. Dieu créa il donc les G&AifDS cétacés et tous les animaux rampants « que les eaux produisirent , chacun selon son espèce; il a créa aussi tous les volatiles selon leur espèce. »
Ainsi y selon Moise , après les végétaux vûirent les animaux f et pour ceux-ci comme pour ceux-là la succession a eu lieu du simple au composé : d*abord les habitants des eaux et notamment les rqpliles , les grands citacis, et tous les animaux nageants et rampants ; puis les habitants des airs f les oiseaux , — aucun animal terrestre encore ; — avant l'apparition de ceux-ci il y a un temps d'arrêt , un jour, comme dit Moïse'.
Interrogeons maiatenant la nature et la science.
a Ce qu'il y a de plus important , dit M. Guvier, ce qui a fait même l'objet le plus essentiel de tout mon travail et a établit sa véritable relation avec la théorie de la terre , « c'est de savoir dans qpielle couche on trouve chaque esa pèce j et s'il y a quelques lois générales relatives à ces a divisions. — Les lois reconnues à cet égard sont trie- « belles et tris^kdres*. »
M. Guvier signale d'abord , comme nous l'avons vu , l'existence exclusive des végétaux fossiles dans la couche de grès rouge au^essus de la nature morte; maintenant il reprend , et remontant les terrains il dit ;
* Nous Terrons plus loûi eeiia'Uert pends d*Mleiidr« p« le mot /oMr employédiiislaoosmogoiiîe deMoise.
» Diêcowrs iur les révoltaiOHS du globe, 8« édH., p. 116.
366 UVHË il. CUAPITEE II.
€ RenuAlant au traverB des grès fuî n'offrent que de$ a empreintes végétales de grandes anindinacées, de bama bous y de palmiers y on arrive aux différentes couches de 6 cecalcairequiaéténommécalcaireduJura...G*estIà fue <K la classe des reptiles prend tout son développement^. >
a Un peu au-dessus des schistes , dit-il encore ( si riches 6 en poissons , parmi lesquels il y a aussi des beptilbs a d'eau douce) y est le calcaire du Jura; il contient aussi (( des os , mais toujours de reptiles. C'est parmi ces ina nombrables quadrupèdes ovipares, de toutes les tailles et a de toutes les formes , au milieu de ces crocodiles , de ces a tortues , de ces reptiles volants , de ces immenses m^a losaurus, de ces monstrueux plésiosaurus, que se seraient a montres pour la première fois quelques petits mammi- (( fères (imarins). — Quoi qu'il en soit, pendant longtemps « encore on trouve que la classe des reptiles dominait a excltAsivement* . d
Est-ce Moïse? est-ce Cuvier? la confusion est complète.
M. Cuvier toutefois ne parle pas des oiseaux , que Moïse fait apparaître en même temps que les animaux marins. 11 ne parait pas , en effets que le savant géologue ait trouré des traces d'oiseaux dans les couches qu'il a explorées à cette profondeur. Conclure de là à l'erreur de Moise serait téméraire après tant de mécomptes j et il vaudrait mieux croire à l'imperfection des observations humaines. Voilà ce que disait déjà la raison y du temps de Cuvier; et voilà ce qu'est venue depuis lors confirmer la science , fidèle qu'elle ^t, sans le savoir, à la mission, qu'elle semble avoir reçue du ciel, de refaire pierre par pierre l'édifice de la vérité, que son nom à servi à démolir.
' DUeowTi svr let révolutions du giobe, 8* ëdit. » p. 297. ' Ibid., p. 10&-306.
c Jusqu'à ces derniers temps , dit un géologue \ on ne a connaissait aucun fait irrécusable qui pût constater Texistf tance d'oiseaux proprement dits pendant la seconde épo- « que géologique. Mais tout récemment, dans les premiers a mois de 1836, de nombreuses espèces d'oiseaux viennent a d'être reconnues et caractérisées dans le gris rouge des a États-Unis. »
— « Tous les jours, dit un autre savant, de nouvelles dé- (f couvertes viennent apprendre que les oiseaux sont les « plus anciens habitants du globe. Ces animaux se mon- « trent fossiles jusque dans les terrains secondaires infi- (( rieurs ; ils sont représentés dans le grès bigarré par de « simples empreintes de leurs pieds , dans des terrains jua rassiques par quelques échassiers, dans le gypse de Mont- « martre par neuf espèces, tant rapaces que gallinacées ou « palmipèdes, etc. , etc. ■. »
Ainsi le récit de Moïse se trouve complètement confirmé par la science , sur ce point de la création simultanée des animaux marins et des oiseaux. Combien une telle raactitude est surprenante! et qui n'aurait fait venir plutôt les oiseaux avec les animaux terrestres ?
VI. Dixit quoque Deus : Producat terra animam viventem in génère suo , jumenta et rq^tilia ' , et bestias terrœ secundum spedes suas. Factumque est ita. — « Dieu dit a aussi : Que la terre produise des animaux vivants chacun
' M. Nérée Boubée. — Manuel éUmentakre de géologie, 3* édit , p. 61.
* Voyo le Dtciionnaire géologique, au mot Oiseaux, et le Mémoire de M. de Blain^iUe lu à l'Académie des sciences le 11 décembre 1837.
^ 11 ne faut pas confondre les reptiles dont il est ici parlé, avec ceux qui ont été déjà créés au cinquième jour. Ces derniers étaient des reptiles marins : produeant aqvm repaie; et ceux dont il est ici parlé sont des repCilef ti*r rentres : producat TannA rrptilia.
3(>8 LIVRE a. CUAPITKE II.
« selon son espèce y les animaux domestiques^ les reptiles, « et les bétes sauvages de la terre , selon leurs diflérenles a espèces ; et cela se fit ainsi, d
M. Cuvier , continuant à constater Tapparition fossilaire des ftnifTiTO x marins en remontant les couches géolof^qoes, rencontre les animaux terrestres y et il indique ainsi cette succession :
a n est certain que les quadi^upàdes ovipares paraissent « beaucoup plus tôt que les vivipares. Plusieurs tortues, ff plusieurs crocodileSi sont au-dessous de la craie. Les ima menses sauriens et les grandes tortues de Haestricht sont a dans la formation crayeuse mâme ; mats ce sont des ani-a maux marins. Nous commençons à trouver des os de a mammifères marins, c*esi-à-dire de lamantins et de phoa queSy dans le calcaire coquîllier grossier; — mais t( n'y a a encore aucun os de mammifères terrestres. — Malgré a les recherches lesplus suivies, il m'a été impossible de déa couvrir aucune trace distincte de cette classe avant le « terrain déposé sur le calcaire grossier. — Au contraire, « aussitôt qu'on est arrivé aux terrains qui surmontent le ff calcaire grossier , les os d'animaux terrestres sb mokc TRENT en grand NOMBRE. — Âinsi, continuo M. Cuvier, a comme il est raisonnable de croire que les coquilles et a les poissons n'existaient pas à l'époque des terrains prid mordiaux , l'on doit croire aussi que les quadrupèdes « ovipares ont commencé avec les poissons , mais que les e quadrupèdes terrestres ne sont venus que longtemps < après. 9
Quelle concordance encore ici 1 on pourrait dire que les ôntraillôs du globo présentetit im texte hiéroglyphique de la Genèse.
VII. Et ait : Faeiamus hominem ad imagin$in et similiiiidinem noitram : et prœsit pUeibus marié et volatilibui eœli, etbestiiê, universœque terrœ... Et crbavit Deui AamtfMfti ad imaginem suam : ad imaginem Dei greayit illtm, masculum et feminam €eeavit eoe. Benediadtque illiê Deue, était : Creecileet muUiplicamini , et replète terram, et eubjicite eam, et daminamini... universis animanttlnu. — « n dit ensuite : Faisons rhomme à notre « image et à notre ressemblance , et qu'il commande aux a poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bétes, à a toute la terre. — Dieu cria donc Thomme à son image; a — il le cria à Fimage de Dieu; — il les cria mâle et a femelle, et il les bénit, et il leur dit : Croissez et multi« «r pliez; remplissez la terre et vous l'assujettissez, et domi- (i nez sur tous les animaux, etc. »
Qui n*est frappé de la simplicité sublime de ce récit de la création de Thomme? de cette distance qui est mise entre lui et toutes les autres œuvres de la création, et de cet empire souverain qui lui est donné sur elles? Ne cherchez pas ici la pompe poétique, jamais Moise n'a été plus simple; mais une force et une vertu secrète , qui ne peuvent venir que de la vérité , semblent sortir du fond du sujet et transpirer à travers Técorce des mots. — Faciamus hominem ad imagin0m nostram. — Nous touchons au couronnement et au but de la création; toutes les créatures attendent un maître qui les représente devant Dieu et qui représente Dieu devant elles , qui soit le microcosme ou le petit monde correspondant à la fois au monde des esprits et au monde des corps, composé de Tunet de l'autre, abr^é mjsté*' rieoz du ciel et de la terre, anneau vivant de toute la créa^ lion. Quelle merveille! et qu'est tout le reste auprès de co
prodige, qui paraîtrait impossible à Dieu même s'il ne Tavait opéré! Gomme le langage de Moïse est à la hauteur de cette vérité ? Dieu a laissé pour ainsi dire sa parole faire tout le reste, et il ne s'est adressé par elle qu'au néant et à la matière : Fiat. Ici il se replie sur lui-même et il s'adresse à lui-même : Faciamus. Bien différent du dieu de Platon, qui dédaigne de former l'homme , et qui abandonne ce soin à des divinités subalternes , c'est un ouvrage pour lequel il s'est réservé tout entier, et c'est à son essence divine qu'il va demander le type de cette nouvelle et dernière création : AD iHAGiNEH NOSTRAM... Et il CRÉE Vhomme (admiroz la force de toutes ces répétitions), il le crée a son image, il le CRÉE A l'image de Dieu, il les grée mâle et femelle. Comme ce mot créer , dont Moïse a été si avare précédemment , est ici prodigué ! et quelle haute idée un tel langage ne donne-t-il pas do celui qui en est l'objet !
n serait ridicule de mesurer l'importance de l'homme au volume de son corps par rapport aux autres corps , et de la terre qu'il habite par rapport à l'univers ; puérilité dans laquelle n'a pas manqué de tomber la philosophie matérialiste du dix-huitième siècle, et qui a tant défrayé l'esprit de Voltaire en particulier. Tout l'homme est dans la pensée et la volonté ; et à moins que vous ne trouviez dans tout l'u* nivers visible un autre être qui soit doué de pensée et de volonté, convenez que seul il est par là plus grand que Vurnivers. Aussi le soumet-U à son empire et à ses connaissances ; et les prodiges toigoiu^ croissants de son industrie et de ses découvertes ne connaissent aucune limite ni aucun obstacle , se jouent de la nature et de ses éléments , et en font pour ainsi dire les coursiers de son génie. Chaque jour se justifie de plus en plus le rang que le récit de Moïse donne à l'homme lorsqu'il nous le fait voir créé à
MOÏSB. 371
rimage de Dieu y et chaque jour s'accompliBsent les destinées de ce roi de la création, contenues dans ces paroles : Benedixilque illis Deus, était : Crescite et multiplicamini , et rq^lete terram, et subjicite eam, et dominamini. . . tintversis animantibus ' . Ce n'est pas à dire que les autres parties de Tunivers inaccessibles à Thomme ne soient pas le séjour d'autres créatures intelligentes y auxquelles Dieu peut se communiquer par des rapports que nous ignorons, mais qui tous doivent tourner à sa gloire et à la félicité de ses créatures. En fait d'harmonie , de richesse et de fécondité dans les œuvres de Dieu, tout est possible, tout est probable même ; e\ Tune des joies du ciel sera sans doute de voir tirer ce rideau qui nous cache Tensemble de toute la création , et de saisir d'un coup d'œil les rapports infinis de tous ces milliers de mondes avec leur Auteur' ; mais Moïse n'avait pas à s'en occuper, ou plutôt l'esprit révélateur s'exprimant par Moise ne devait pas nous en occuper. Là sobriété pratique de la révélation ne devait parler à l'homme que de ce qui regarde l'homine, et c'est ce qui a été fait dans la Genèse avec une sagesse admirable, et qu'on ne saurait assez remarquer ^. a La création de l'univers est tellement
I L'homme y d^ailleura, a été créé dans un état infiniment supérieur à celui dans leifuel il est. Cest , comme nous le Terrons , ce que toutes les traditions humaines confirment ; et dès lors le portrait de llionune, dans Moise, doit avoir une ressemblance que les ravages de sa cliute ne nous permettent plus d'apprécier.
* Vojei Discours sur la révélation chrétienne considérée en harmonie avec V astronomie moderne, par Thomas Chalmer. L'auteur cherche à établir VunîversaUti absolue ^ pour tous les mondes, du salut en Jésus- Christ, d'après ces paroles de saint Paul : înstaurareomniain Christo^ qux in calis ,etqwBin terra sunt. — In ipso et per etm recowAUaro omnia in ipsum, paciftcans per sanguinem crucis ejus, sive qwe in terris, sive qusB in calis sunt,
3 Par eiemple , dès le début, et apiès cetle préfiKe, Au eemmeneement Pieu créa le ciel et la terre. Moïse rabat son vol sur la terre seule, tm
a décrite en la Genèse, dit Descartes, qu'il semble que a rhomme , ou ce qui a rapport à rhomme , en soit le a principal et connue Tunique sujet : c'est que Thistoire de a la création ayant été écrite pour rhomme , ce sont princia paiement les choses qui regardent Thomme ou sa demeure a que rinspiration y a voulu spécifier, et qu'il n'y est parlé a d'aucune qu'en tant qu'elle se rapporte à l'homme'. »
n &ut dire même : Qu'en tant qu'elle se rapporte à rhomme religieux, à ses rapports avec Dieu. Tout le reste n'est qu'occasionnel et accessoire aux yeux de Moïse. II n'a voulu être ni géologue, ni chimiste, ni astronome, ni physicien , dans la Genèse , mais historien de la Religion sur la terre : cela est évident, n pouvait donc , il devait donc , s'il n'eût été inspiré , se tromper en géologie , en chimie , en astroQomîa et an physique ; car, indépendamment de ce qu'il ne pouvait humainement posséder, par anticipation, toutes (m sciences dans leurs rapports avec des faits incQDiMis, ce n'était pas là son but. Et cependant nous voyons que dans le peu de mots qu'U a dû consacrer à parler de la nature des choses, il a été d'une exactitude qui confond la science humaine, et qu'il l'a devancée de trois mille ans. — Qui peut douter, après cela, qu'U ait écrit sous la dictée de Celui qui ^t le Dieu des sciences* 1
Hais achevons de relever toutes les traces de son inspiration.
n représente la création de l'homme comme le dernier ouvrage du Créateur. De plus, il rapporte qu'à la dîBé-
diiattt i Bt la Une était i^f^rmô et toute nue ; et U continue ainsi , en ne •'ooea]»«t que des phénomènes terrestres et dans leurs rapports arec rbomme y dont U reprend llûstoire particulière dans le du^itre u.
• fmuéei 4e DeeeariUf eh^. xtui. Dans quét sens est-il vrai que tout ^nÊ Hr t # éêé/ÊUpeur Vksmmsè
* D9US sdentéarum, Dominus est, Reg. I, cap. u, v. 8.
MOÏSB. 373
rence des autres animaux sortis de la terre ou des eaux en grande quantité, Tbomme fut créé seul par Dieu lui-même^ et limité à un seul couple, m&le et femelle. D*où U suit que la terre était toute peuplée d*animauz que Thomme n*existait pas encore , et que , longtemps après son existence même , sa race n*était pas assez multipliée pour avoir fait impression sur ce globe. Telle est encore la conclusion à laquelle est arrivée la science moderne : a II est certain, a dit M. Cuvier, qu*on n'a pas encore trouvé d'os hua mains parmi les fossiles. Tous les os de notre espèce, a que Ton a recueillis avec ceux dont nous venons de a parler, s'y trouvaient acddentellemenf , et leur ncmibre u est d'ailleurs infiniment petite ce qui ne serait sûrement <x pas, si les hommes eussent fait alors des établissei< ments sur les pays qu'habitaient ces animaux. Où était a donc alors le genre humain? Ce dernier et ce plus par^
a /oîlouvrajifeduCrécUeur existait-il quelque part? C'estce a que l'étude des fossiles ne nous dit pas , et , dans ce disa cours, nousne devons pasremonter à d'autres sources'. » Par ces dernières paroles , H. Cuvier fait allusion à Moïse. Après s'être trouvé d'accord avec lui depuis le chaos jusqu'à l'apparition de l'honmie , et avoir mis ses pas dans la trace de ses pas, il s'arrête naturellement avec
* Discours sur les révoluUons du globe, — « Mais jeneTeuzpascon- « dure, ijoute H. Cuvier, que rhomme n'existait pas du tout arant oetta H époque (le déluge). II pouvait habiter quelques contrées peu étendues, d'où n iia repeuplé la terre aprfesces événements terribles; peuMre aussi les « lieux où il se ten^t ont-ils été entièrement aMmés, et ses os ensevelis au a fond de3 mers actuelles, h Texoeption du petit nombre d'individus qui « ont continué son espèce. » ( P. 144. )
La découverte récente des ftinges fossiles , par M. Lartet , dans les terrains tertiaires de Sansan, près d'Aoeh (Gers ), par M. Lund, en Amérique, et par MM. Cantley et FiJconner, en Asie, est venue eomUer la seule lacune «(iii existait dans le déTcIopperoent progressif des ^tres organisés.
le sujet de son observation , et , par cet acte de réserve et d'indépendance , fait voir que si tant qu'il a pu marcher il a marché d'accord avec Moïse, ce n'est qu'à l'ascendant de la vérité qu'il a obéi. Mais dans un instant ils vont se retrouver de nouveau sur un sujet qui a soulevé bien des attaques contre la véracité de Moïse , et qui va tourner, comme tous les autres, à sa glorification '.
t Dans un mémoire la tout récemment à linsiitut , M. Ëusèbe de Salles a émis sur rétat de la science , par rapport àForiginc derhommey va jagement qui vient se lier naturellement à ce qui précède, et qui confinne nos conclusions sur Moïse et notre sentiment sur M. CuTier.
« Les naturalistes ou anthropologues , continuateurs, à leur insu ou à leur « escient, des préroitions du dix-huitième siècle , dit le savant académicien, « se sont partagés en deux classes. Mais leurs deux systèmes ( dit-il , i^rès « les avoir exposés ) se réfutent ou plutôt se corrigent mutuellement. Bien « plus, la parcelle vraiment scientifique qui se cache dans ces deux systèmes « est assez nettement formulée dans les traditions recueillies par ce Moïse , « à qui Von ne peut contester Vinspiration divine qu'en lui concédant « une merveilleuse sagacité. Selon la Genèse, l'homme est créé le dernier " jour, ou à la dernière époque : tous les autres animaux l'avaient d^ pré- « cédé sur la terre; dans la création des êtres vivants, ToiganisaUon avait « marché du simple au composé. La géologie démontre cliaque jour la réalité, 't la perpétuité de ce progrès organique. L'âge dun terrain est infailliblement K mesuré par les débris d'une plante, par les vestiges d'animal qui s'y sont « empreints, comme de vieflles et respectables médailles du monde primitif.
« Cuvier, un des plus brillants démonstrateurs de la loi du progrès oq^ « nique par la géologie , s'est montré aussi grand critique en discutant les n prétentions à une antiquité effrayante des nations primitives. Il en a tiié " Kl preuve péremptoire que rétablissement des socidiés était un événement « beaucoup plus récent que le grand cataclysme , auquel il n'accorde pas « une date antérieure à cmq ou six mille ans. La certitude de ces conclusions M et la sincérité de Thomme sont garanties et corroborées par les doutes « mêmes dont le savant a cru devoir accompagner ses conclusions. Cette f> prudenceisceptique , d^â signalée comme particulière aux physiciens et « aux naturalistes, a empêché Cuvier de se prononcer ouvertement sur roriu gine même de l'espèce humaine. »
( Linéaments de Philosophie ethnographique, par M. Eusèbede Salks, lus à llnstitut dans la séance du 15-19 novembre 1845 , et reproduits * M> n f le moniteur du 3 mars 1846. )
Vlli. Isiœ suni generaUanes eali et ierrœ, quando creaia mni, IN DiR quo fecit Dominus Dms cœlum et terram. — « Toiles ont été les origines successiyes du ciel et de la « terre quand ils furent créés , au jouk où le Seigneur Dieu a ^ll le ciel et la terre. »
Ainsi donc , après la création du ciel et de la terre , Dieu lr*s débrouilla et les coordonna comme il suit :
Au premier jour, la lumière;
Au deuxième jour, le firmament;
Au troisième jour, la production des végétaux sur la lerro sortie des eaux;
Au quatrième jour, les astres ;
Au cinquième jour, les animaux marins et les oi- Hoaux ;
Au sixième jour, les animaux terrestres et domestiques, — puis l'homme.
Le ciel et la terre furent ainsi achevés avec t(ms leurs ornements.
Dieu termina le sqptiime jour tout l'ouvrage qu'il avait fait y etc. — Nous reprendrons plus loin ce qui est relatif il ce septième jour.
Jusqu'ici admirons tout à la fois et la haute inspiration flo Moïse, qui, dès Tenfance du monde , lui a fait tracer d'une main si sûre et si rapide toute Thistoire do sa création , — et la force du génie humain qui a pu parvenir après six mille ans à retrouver la même histoire dans les entrailles du globe; — et enfin l'opportunité providentielle de cet accord entre les vérités do la Religion et les vérités do la nature, a qui ne devaient paraître qu'avec le temps, tf comme disait déjà BuiTon , et que le Souverain Être se a reservait comme le plus sûr moyen de rappeler l'homme
< à lui, lorsque sa foi, déelinaat dans la suite des Biàcles, a serait devenue chancelante'. »
Mais ici se présente une difficulté dont Timpiété a fait une pierre d'achoppement contre Ho'ise, et derrière laquelle elle essaye encore de se retrancher^ pour éviter le dernier coup que viennent de lui porter les sciences. Cette difficulté est relative à la durée des six jours de la création.
S*il faut entendre par là des jours ordinaires de vingtquatre heures j — et Ton soutient qu'il n'en peut être autrement sans forcer le texte , — tout l'avantage que Moïse paraissait avoir recueilli de son accord avec les sdences, sur la succession des êtres organisés , disparaît; car les mêmes sciences proclament en même temps que les intervalles de temps qui séparent ces diverses formations ont dû être fort considérables'.
Telle est la difficulté.
Je ne crains pas de dire qu'elle n'en est pas une y et que non-seulement on peut, mais qu'on doit donner au mot jour, employé par Moïse , le sens indéfini d' époque.
11 y a trois grandes ères principales dans la cosmogonie de Moise :
La première est l'ère de la création proprement dite y à Laquelle se rapporte le premier verset : Au gommenosiisht Dieu créa le ciel et la terre; ce qui rejette la pensée aoant low les temps, comme dit Bossuet;
La seconde est l'ère géologique, ou des six jours ;
> BufTon, Époques de la Nature, t. II, p. 429.
* « Voilà donc un ensemble de îiàts , dit en effet M. Cuviery une nitt « d'^oqnes antérieures au tempe présent, dont la succession peut se Téi- « fier sans incertitude, quoique la durée de leurs intervalles ne pvissê « se définir avec précision; ce sont autant de points qui serrent de rè^ et « de direction à cette antique chronologie. » ( m$amrs sur les répotutimu du 9lobe, 8* édit. , p. 31-32. )
MOiSB. 377
La troisième est l*ère historique^ ou des evéûements hamains y et qui, partie d^Adam^ ya jusqu'à Jésus-Christ , et de Jésus-Christ jusqu'à la Ihi du monde.
Nous disons que le mot jour, employé dans Père géologique , c'est-à-dire avant Vhamme, veut dire seulement époque.
Et d'abord que le mot jour par lui-môme , dans le langage biblique , se prête à cette interprétation , c'est ce qu'il serait oiseux de démontrer ^ tant l'emploi de ce mot^ en ce sens y est fréquent dans les saintes Écritures : et Pour peu a qu'on soit versé dans l'étude de l'Écriture , écrivait saint Augustin y on sait que c'est sa coutume de se servir du a mot jour pour celui de temps'. » A chaque instant nous y lisons en eiîet : Ba Iom , in tempore ; Ba Iom a bn , in Umfiore i$io. Dans le dernier texte que nous venons de citer même y hlœ 9uni generaliones cali et terrœ, in die quo fecit Dominus Deui cœlum et terram, nous voyons que le mot jour est employé pour époque y puisqu'il comprend les six jours ; et cette signification se réfléchit naturellement sur ceux-ci y dont Moise vient de parler peu auparavant.
Cette signification donnée au mot jour se comprend d'autant mieux dans le langage biblique y qu'elle était et qu'elle est encore familière à tous les peuples de l'Orient. C^est ce qu'avait remarqué Bailly : a Chez les Orientaux y « dit-il y le mot que nous rendons par jour a une significac tion primitive que donne exactement le terme chaldéen
C Mre, RÉVOLUTION*. i>
* Delà die de Dieu, Ut. XX, cbap. u.
* aUMre de rastroMWÊU ktdimne , p. 108. — Oha 1m autenn laUot profimes nous Iroavoiis aussi 1« moi jour employé arec la signifioation de sueceeskm de tempe, vétusté, durée : Reservare pœnas in diem (Cieérou), (liflërer le châtiment longa dies ( Virgile ) , longiar diee ( Oride ), la suite
Mais si tel est le sens qu^il est permis de donner au mot jour dans le langage biblique ordinaire , combien cela devient-il plus rationnel , alors qu*ii s*agit d'une époque antérieure à toute chronologie humaine , et qui ne peut s'entendre que d'une manière surnaturelle et divine! C'est là surtout que le mot jour doit revêtir un sens indéfini, comme étant non le jour de Thomme y mais le jour de Dieu , aux yeux duquel, comme dit saint Pierre , un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour% et doit vouloir dire temps, époque, révolution. N'est-ce pas là môme ce qu'a voulu indiquer Hoise, lorsqu'il termine son récit par ces mots : Istm sunt generationes cœli et terrœ quando creata sunt, in die quo fecit Dominus? a Telles sont les a générations y les révolutions successives du ciel et de la a terre , au jour où le Seigneur Dieu les a faits. »
Hais on dit : La preuve que Moise entendait des jours ordinaires , c'est qu'il les compose de soir et de matin et Et du soir et du matin, dit-il , se fit le premier jour, d Ainsi des autres.
Je réponds que cela ne prouve pas nécessairement que Moïse entendait parler de jours ordinaires. Par ces mots soir et malin , il a pu votiloir dire simplement le commencement eh la fin d'une période , selon le mode de supputation usité parmi les Juifs de compter leurs époques à partir du soir. L'affectation de Moïse à répéter ces mots du soir el du matin, inutiles s'il eût voulu parler d'un jour véritable qui les comprend nécessairement , iadique plutôt qu'il j attachait une idée absolue de démarcation^ une idée simple de commencement et de fin.
des siècles. Amorem Univit tUes ( Turpilius ) , le temps a calmé cet amour, etc.
' Deuxième Éptire, c. m, v. 87.
MOiâB. 379
Ainsi par le mot jour, employé dans la cosmogonie do Moïse , on peut entendre époque , révolution.
Mais j*ai dit plus : on doit entendre ainsi ce mot , et ce serait renverser le texte même et le sens de la Genèse que d*y voir un jour ordinaire. Rien de plus facile à démontrer.
On m*accordera d*abord,sans difficulté^ que le mot jour a le môme sens pour les six jours de la création, et qu*il n*est pas autre pour le premier que pour le second, que pour le troisième, etc. -, qu'en un mot, ce sont six jours semblables, puisque les termes dont se sert Ho'ise pour chacun d'eux sont identiques. Cela est clair.
Or, ce n*est qu'au quatrième jour que les astres sont formés, afin, dit le texte, qu'ils séparent le jour d'avec lanuit, et qu'ils servent de signes pour marquer les temps et les saisons, les jours et les années.
Les trois jours précédents n'étaient donc pas de ces jours ayant leur matin et leur soir, leur séparation de jour et de nuit, puisque les astres qui font ces divisions, qui séparent le jour d'avec la nuit, et marquent les jours et les années, n'existaient pas encore. Il est donc impossible, pour ces trois premiers jours, de prendre à la lettre ces mots : Et du soir et du matin se fit le premier jour. Et alors comment les entendre, sinon et du commencement et de la fin se fit la première époque, ou , comme le dit Hoise , la première génération ?
Mais si Ton est forcé d'entendre ainsi les trois premiers jours , on ne peut échapper à la conclusion qu'il doit en être ainsi pour les trois autres, et que les six joiu*s étant, comme on l'a reconnu, semblables, ce ne sont pas six jours, mais six époques d'une durée quelconque.
Tout esprit réfléchi s'attachera à cette explication , non-
380 LIVRE II. GUAPITRE U.
soulement comme permise, mais comme voulue par Féconomie du texte saint.
Au surplus, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elle est donnée, et ce n'est pas le désir de faire concorder la cosmogonie juive avec la science géologique qui l'a fait naître; car nous la trouvons déjà professée par de grands docteurs de la primitive Église. Telle est, en effet, l'opinion de saint Augustin', de saint Athanase*, d'Origène^ opinion embrassée également par Bossuet , qui, dans sa 5* ÉUoiUùm sur les mystires, s'exprime ainsi ; — « Dieu, après avoir a fait d'abord comme le fond du monde , en a youIu fiadre a l'ornement avec six différents progris qu'il lui a plu « d'appeler six jours *. »
Ainsi , la seule difficulté qui paraissait suspendre l'accord des sciences avec la cosmogonie de Moïse se résout naturellement ; et le prodige de cet accord si parfait , si étonnant, si imprévu , grandit de tous les obstacles que lui opposait jusqu'à nos jours l'incrédulité.
Ici vient se rattacher l'explication sur le septième jour, que nous avons promise , et qui est bien propre encore à nous faire revenir de la légèreté de nos jugements sur ITiistorien sacré.
> Ut non £0S ILUS SIHILES , SED HliLTUM IMPARES , HIKtXB OUBfTBaVt. i)$
OsneH ad litteram , lib. lY^n» 44.
* Orat, contra Arian., n"" 60.
3 De PrincipUs, lib. IV, n« 16; --contra Celsum, lib. VI, n"* &o, 51.
^ Telle est ausd ropinion des premiers géologues et archéologoesde notre siède. «nn^ a, je eiois, dit le célèbre Backland,auciiiie objection soUÉe « oontrerinterprétaUoadu mot^our considéré comme exprimant une longM « période de temps. » M. Champollion, si Tersé dans la conna i ssa n ce des langues et des mœurs de l'Orient, n'a pas bésiié pareillement à dédaier que (tétait la seule admissible i et risraâite If. Caben, dans sa tmdactien de la Bible sur le teite hébreu , Ta pratiquée et défendue dans de< notes.
HOis^. 381
Le repos du Créateur, au septième jour, a été un texte de railleries et de sarcasmes contre Moise.
Ppur lui rendre sa sublimité et sa profondeur, que fautil cependant? Lire le passage qui s'y rapporte, mais le lire avec cette attention méditative qui est fille du respect.
a Dieu accomplit, le septième jour, tout l'ouvrage qu'il a avait fait; et il se reposa le septième jour, après avoir a achevé tous ses ouvrages. Il bénit le septième jour, et il a le sanctifia, parce qu'il avait cessé en ce joiu* de produire a tous les ouvrages qu'il avait créés, d
Pour ce septième jour, Tbistorien a changé de langage, n ne dit plus , comme pour les six autres ; Et du soir et du matin se fit le... jour; il ne le limite pas. Cette exception remarquable doit avoir une cause dans un livre où, comme noi(â l'avons déjà vu , chaque mot a tant d'importance et de vérité. Quelle est cette cause? L^ seule qui se présente naturellement à l'esprit : c'est que ce jour n'a pas eu de fin , c'est qu'A est resté ouvert , c'est qu'il se continue , qu'il se poursuit , et qu'il brille encore sur nos tètes ; qu'il n'est autre enfin que la période naturelle et historique à laquelle nous appartenons , ce qui rentre parfaitement dans Texplication que nous venons de donner du mot jour. Dieu s'est reposé, c'est-à-dire, comme dit Moïse, qu'il a cessé en ce jour de produire tous les ouvrages qu'il avait créés , et qu'après avoir fait passer la nature peu* six enfantements successif , qui l'ont portée au point où elle s'est trouvée quand l'homme en a pris possession , il en a arrêté toute l'ordonnance , il l'a bénie et sanctifiée , et lui a imprimé cette régularité solenneUe , cette harmonie invariable dans sa variété même , ce calme , cet ordre , ce repos profond enfin dans lequel ^e roule depuis six miUe ans , et qui est
382 LIVBE n. CHAPITRB II.
rimoge de la paix et du repos inaltérables qui r^nent au sein de son Auteur.
c Source de tous nos biens , s*écrie ici saint Augustin a à qui j'emprunte cette explication, donnez-nous Totre « paix, la paix de votre repos, la paix sans déclin ! car cet a ordre admirable et cette belle harmonie de tant de créad tures excellentes passeront , le jour où leur destination a sera remplie. Ils auront leur soir comme ils ont eu leur a matin '. b
Ainsi se trouve expliquée Tabsence dé ce vespera et mane , lorsqu'il est question de la septième époque. « En a interprétant de cette manière le texte , dit M. Marcel de « Serres , on est frappé de vénération pour un livre dont <x les moindres paroles ont une si haute portée*. »
IX. Obtinueruntqtie aquœ terram cmtum quinquaginUi diehus. — a Et les eaux couvrirent la terre pendant cent « cinquante jours ^. »
Le plus grand esprit du siècle dernier écrivait , dans \o plus grave de ses ouvrages , que Thistoire du déluge n*etait qa'une fable, qui ne figure autre chose que la peint extrême qu'on a éprouvée dans tous les temps à dessécher les terres que la négligence des hommes a laissées longtemps inondées^ i et quant aux immenses dépôts coquilliers qui ont imprimé les traces de cet événement sur les plus hautes montagnes, et sur les Alpes en particulier, il les expliquait par la foule innombrable de pèlerins qui
* Confeu.p Ht. XIU, cbap. xxxy.
» Delà Cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques, 1. 1, p. i&
* Qenetis, cap. tu, t. 24.
4 Vgllaire, Studtur les mawr$^ . Du Védam.
MOisE. 383
parlaient à pied de Saint-Jacqiies en Galice ei de taules les provinces, pour aller à Rome par le mont Cénis, chargés de coquilles à leurs bonnets*.
C'est dans ce commun mépris que la science et la Religion étaient enveloppées au dix-huitième siècle.
Il n*est plus permis aujourd'hui de se moquer ainsi de Tune et de Tautre -, car elles se sont rencontrées dans le champ de l'observation y et se sont embrassées dans le sein de la vérité.
Mo'ise a dit vrai dans le récit du déluge , et non-seulement dans l'ensemble de ce grand fait, mais dans ses détails caractéristiques : 1* sa rapidité ; ^ son universalité ; 3* sa date récente , eu égard à la fabuleuse antiquité qu'on donnait à l'établissement des sociétés humaines. — Un grand témoin qu'on n'attendait pas , un contemporain du déluge est sorti du sein de la terre , a rejoint toutes ses parties , et s'est dressé sous le souffle du génie humain, pour venir déposer en faveur du vieil historien et confondre ses détracteurs ; le monde antédiluvien a reparu à la lumière du jour, et il est venu attester les deux premiers caractères du déluge , son impétuosité et son universalité. D'un autre côté , la nature vivante , pressée par les investigations de la science y et l'histoire des différents peuples , discutée par une critique indépendante et droite , ont répondu que la date de l'origine des sociétés humaines, assignée par If o'ise, était scrupuleusement exacte ; et que de tous les annalistes c'est lui seul qui est vrai , vrai comme la voix du genre humain , vrai comme la voix de la nature , vrai comme la parole de Dieu.
a Le système de Dupuis ne repose sur aucune base so- « lide, dit M. Letronne en conunençant son cours d'ar-
» Yoilaire, Mélanges : — Dfs coqttUies,
a chéologie; et cependant il a eu la plus grande influence a sur Topinion religieuse. Aujourd'hui que nous ayons des a preuves matérielles qui montrent incontestablement la «fausseté de Thypothèse de cet homme savant sans a doute 7 mais égaré par ime aveugle prévention et par un « système auquel il plie tous les faits ^ nous pouvons .sans a peine débrouiller la vérité du mensonge'. » — a Les a atterrissements , les tourbières , les dunes y les glaciers , cr dénotent, parla considération de leur marche et diaprés a rétendue qu'ils occupent , que le commencement de la a forme actuelle des continents ne peut pas remonter à six a mille ans. C'est à cette conséquence que tendent les a observations de Dolomieu et de Girard sur les atterris- « sements de TÉgypte; d'Astruc sur ceux du delta da a Rhône 9 et enfin de Deluc, Fortis, Prony et Wiebelung , a sur les alluvions des côtes de la mer du Nord, de la a Baltique I de l'Adriatique et de la Hollande. Enfin, les c( observations dues à ces habiles physiciens méritent d'aua tant plus de confiance, qu'elles ont été faites êan$ au-a cune idée-^riconçue ; toutes cependant ont conduit au a même résultat*. j>
— a On a souvent contesté , dit un savant anglais , qu*il a y ait eu sur le globe un déluge universel , parce qufi Ton a n'en concevait pas la possibilité physique : maintenant a la géologie ne peut plus conserver aucun doute à ce so- « jet; toutes les observations tendent à prouver le passage a d'un déluge sm* la terre '. »
Le savant Pallas, à la vue des restes d'animaux entassés
Cours d'archéologie,
Marcel de Serres , De la Cosmogonie de Moise comparée aux /ails géologiques, p. 260-261 , l*^ édition.
3 Manuel géologique , de M. de la Bèdie, membro de la Société royale fie Londres et de Parts.
dans la haute Asie , s'exprime ainsi - a Ces graiids osse- « ments, tantôt épars, tantôt entassés par squelettes et a tantôt par hécatombes , considérés dans leur site naturel , « m'ont surtout convaincu de la réalité d'un déluge arrivé a sur notre terre, d'une catastrophe dont j'avoue n'avoir «|m concevoir la vraisemblance avant d'avoir parcouru a ces plages, et vu par moi-môme tout ce qui peut j servir a de preuve à cet événement mémorable. — La carcasse « d'un rhinocéros trouvée avec sa peau entière, des restes a de tendons et de cartilages , dans les terres glacées du a Viloûi , forment encore ime preuve convaincante que ce a devait ôtre un mouvement d'inondation des pli*s violents a et despltu rapides, qui entraîna jadis ces cadavres vçrs a nos climats glacés , avant que la corruption eût le temps a d'en détruire les parties molles. Ce serait donc là ce c déluge dont presque tous les anciens peuples de l'Asie ont « conservé la mémoire, et fixent, à peu d'années près, c( répoque au temps du déluge mosaïque \ i>
— < n est bien certain , dit un géologue français , qu'up a déluge a existé, et qu'il a dévasté toute la surface du a globe. Ce qui le prouve, ce sont ces immenses dépôts do « cailloux roulés que Ton trouve dans toutes les parties du « monde , gisant loin des montagnes , loin des eaux actuelce les , et qui n'ont pu être transportés que par des eaux a très-puissantes. En outre , les blocs énormes appelés erd ratiques (blocs errants) que Ton voit dispersés tantôt o dans les plaines, à de très-grandes distances des monts et qui les ont fournis, tantôt sur les collines et sur les mona tagnes , à de grandes hauteurs, seront toujours une preuve a irrécusable d'une action énorme qu'il serait impossible « d'expliquer par des accidents locaux , et que tout au plus
' Vc^agedanslQk^iUedMie. ^.
386 LIVEE H. CHAPITRE II.
a on peut concevoir en invoquant TefTort de toutes les mers
« réunies '. »
Le savant Dolomieu, qui a été un des premiers à se ranger du côté de la vérité combattue par tant de préventions, s'écriait 9 avec Taccent de la conviction qu'elle inspire : — a Je défendrai une vérité qui me parait incontestable , et a dont il me semble voir la preuve dans toutes les pages « de rhistoire et dans celles où sont consignés les faits de a la nature j que Tétat de nos continents n'est pas ancien, a et qu'il n'y a pas longtemps qu'ils ont été donnés à Tema pire de l'homme *. b
Boulanger lui-môme , dans son Antiquité dévoilée , cédant cette fois-ci à la force de la vérité , disait : — « J1 faut « prendre un fait, dans la tradition des hommes , dont la a vérité soit universellement reconnue. Quel est-il? je n'en « vois point dont les monuments soient plus généralement a attestés que ceux qui nous ont transmis cette fameuse réa voliition physique qui a, dit^on, changé autrefois la face a de notre globe , et qui a donné lieu à un renouvellemant a total de la société humaine; en un mot, le déluge me <x paraît la véritable époque de l'histoire des nations. Ge a fait f eut se justifier et se confirmer par VuniversaUii des a suffrages , puisque la tradition de ce fait se trouve dam a toutes les langues et dans toutes les contrées dumonde '.>
' Nérée Boubée, Manuel de géologie, p. 39-40. — Cette obeervitMB des blocs erratiques , et la conséquence qu*en tire H. Nérée Boobée , goat le fruit des trayaux les plus soutenus et les plus consciencieux de la géokgie imiferseUe. (Voyei Wisemann, 6* Discours.)
* Journal de physique, 1792.
3 Anliquilé dévoilée. — Nous aTons souligné dans cette dtatk» denx passages, dont nous prenons acte contre Boulanger pour les lui rappeler en temps et lieu. — Au surplus, Toid une autre citation du même auteur sur le déluge, qui est encore plus explicite : — « Ce fait inoorapréheosiUe « (le déluge), que le peuple nt croit que par haliitiide, et que les
Enfin Cuvier, ce grand évocateur du inonde antédiluyien , ce calme rapporteur dans le procès entre rincrédulité moderne et Thistorien sacré, après avoir feuilleté, pour ainsi parler, tout le livre de la nature , — compulsé toutes les archives humaines , — exhumé , fait revivre et entendu les êtres contemporains du déluge , contemporains même de la création, et être remonté jusqu'au chaos, — se résume et conclut ainsi : a Je pense, avec MM. Deluc et a Dolomieu, que s'il y a quelque chose de constaté en géoa logie , c'est que la surface de notre globe a été victime o d^une grande et sMte révolution, dont la date nepetU rein iiwnterbeaw(mpaudelàdecinqousixmilleans;qaeiieXte a révolution a enfoncé et fait disparaître les pays qu'AoM- « taient auparaoant les hommes , et les espèces d'animaux « aujourd'hui les plus connus ; qu'elle a, au contraire, mis c< à sec le fond de la dernière mer, et en a formé les pays c( aujourd'hui habités; que c'est depuis cette révolution a que le petit nombre des individus épargnés par elle se o sont répandus et propagés sur les terrains nouvellement a mis à sec; et par conséquent que c'est depuis cette épo- Q que seulement que nos sociétés ont repris une marche <c progressive. — C'est un des résultats à la fois les mieux Q prouvés et les moins attendus de la saine géologie ; « résultat d'autant plus précieux , qu'il lie d'une chaîne
« d'esprit nient aussi par liabitode, est ce que Ton peut imaginer de^plus « notoire et de plus inoonteetable. Oui, le physicien le croirait, quand les <« tnditlons des hommes n*en auraient jamais parlé; et un homme de bon « sens, qui n'aurait étudié que les traditions, le croirait encore. U &udrait « être le plus borné , le plus opiniâtre des humains , pour en douter, dès que « l*on considère tes témoignages rapprochés de la physique et de l'histoire , «etlecriuniTerseidugeDrehamaia. > — (Yoy. TitnliirtciM/iuli/Ms, ou Réfutation d*un lirre intitulé VAntiqnité dévoilée par ses tuaçes, diap. i, p. 3 et 4.)
388 UVBB II. GUAPiTRE il.
« non interrompue rhistolre naturelle et rhiâtoire eitilé '. i L'illustre savant arrive à la découverte de ee résultât non-seulement par la géologie , mais aussi par la critique historique 5 et là il fait justice y avec cette lucidité et cette sagacité de raison calme qui le distinguent , de tous les faux calculs astronomiques et historiques dont incrédulité moderne avait hérissé le sentier de la vérité ; il nettoie le champ de Fhistoire , il 7 groupe les chronologies et les tra* ditions les plus sûres et les plus universelles y et fait voir qu'eDes convergent toutes autour des données de la nature et de Hoise. a Est-il possible, s*écrie-t-il ensuite, que ee a $oU un simple hasard qui donne un résultat aussi frapa pont , et qui fasse remonter à peu près à quarante siècles a Torigine traditionneUe des monarchies assyrienne, ina dienne et chinoise? Les idées des peuples qm ont si peu a de reports ensemble y dont la langue, la religion, les a lois n'ont rien de €ommiwi$f s'' accorderaient-elles eur ee a point, si elles n'avaient la vérité pour base * î 1 Réflexion pleine de sens , et dont nous aurons lieu de faire une application plus immédiate à notre sujet.
Voici donc Moïse réhabilité par la science, et vengé par la nature sur im point où il n'avait pas été moins attaqué que sur ceux qui touchent à la création ; sur un point qui paraissait et qui parait encore invraisemblable, et qui cependant est démontré vrai, avec tous les caractères constitutifs de son invraisemblance.
Dirai-je maintenant, sur les dimensions de Tarche, qu'un savant marin, M. le vice-amiral Thévenard, s'est occupé d'appliquer ses connaissances spéciales à la vérification de ce point, et qu'il a rendu sa décision avec une réserve qui
' Discours sur les révoiutions du globe, p. 2S0 et 145. ^ rbid. p. î^O.
MOiSE. 389
eu fait ressortir la sincérité : — a On n'atteste pas ici la a vérité du déluge universel , et que l'arche ait existé j dita il; — mais si le fait a eu lieu avec une arche dont les dia mensions sont exprimées dans la Genèse , chap. vii^ le « simple calcul qu'on vient de voir atteste contre Por^ « phyre , Apelles, disciple de Harcion, et contre un $cepa lîgu€ moderne , que ce vaisseau était d'un tiers plus « vaste qu'il ne fallait pour contenir très-aisément la fa- « mille de Noé y les animaux, et les vivres '. d
Dirai-je encore avec M. Marcel de Serres , sur l'apparition de l'arc-en-ciel; que ce phénomène, devenu naturel depuis le déluge , ne devait pas l'être à cette époque , et pouvait être par conséquent donné par Dieu comme l'ex^ pression d'un changement dans l'état de la terre, et comme im gage qu'il n'y aurait plus à l'avenir de déluge (Genèse, ch. ix, v. 15)? que le déluge suppose une telle quantité d'eau antérieurement disséminée dans l'atmosphère, que ce phénomène n'était pas alors possible? qu'on peut en juger par ce qui se passe encore dans les régions équatoriales , où les pluies ne présentent jamais assez de finesse pour donner lieu à la production des arcs-en-ciel supplémentaires? et que c'est de la vérité primitive contenue dans la Genèse qu'est venue , sans doute par tradi* tion, la grande vénération que les Péruviens ont conservée pour l'arc-en-ciel, tradition dont la conservation s'explique d'autant mieux chez ces peuples , que les traces du grand cataclysme qui a ravagé la terre sont en Amérique moins effacées que partout ailleurs*?
Qui a paru plus absurde que tous ces passages de la Genèse? et quel retour de respect et de vénération ne devons-
* Mémoires relatifs à ta marine^ t. Vf, p. 25S. > Marcfl de Senw, 1. 1, p. 191-192.
390 LIVRB il. CHAPIT&B II.
nous pas ressentir pour un livre qui seul jusqu*à nos jours a eu la Térité pour lui , contre tous les jugements de Tesprit htunain?
X. Erani ergo filii Noëy qui egressi 9UfU de arca, Sem, Cham, et Jcgfhet,,. Et àb his disseminatum est omnegemu haminum super umversam tetram. — c Noé avait donc a trois fils qui sortirent de Tarche , Sem , Gham, et Japhet. a Et par eux la race humaine s'est propagée sur toute la a terre. »
« L*unité de Tespèce humaine en Adam et en Noé devait
être attaquée par le philosophisme avec d'autant plus d'ardeur , qu*elle vient se lier au fondement de la Religion, qui est la réhabilitation de l'humaine unité en Jésus-Christ. — Convenons aussi qu'il paraissait difficile de justifier en ce point Moise à des yeux prévenus, en présence de la diversité si grande qui règne entre les hommes : leurs langages , leurs séjours, leurs degrés d'intelligence, leurs mœurs, leurs formes surtout et leurs couleurs ; et de prouver que le Cafre et le Hottentot, qui semblent toucher à l'homme des bois, sont les frères consanguins de ces Européens de nos capitales si riches de tous les dons de la nature, du génie et des arts. — Aussi l'impiété se donnait-elle licence derrière cette difficulté, et débitait-elle hautement, avec Voltaire, a qu'il n'y a qu'un aveugle qui puisse douter que les « blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, a les Chinois et les Américains, ne soient des races entière- « ment distinctes ' . »
La science est cet aveugle ; car elle est arrivée de nos jours à ce résultat inattendu, de retrouver les traces de
' ffistoin de Bmsiemnu Pierre U Grande chap. i.
rhomme depuis sa dispersion et sa confusion actuelles jusqu'à son berceau , et de pouvoir affirmer que Thumanité tout entière descend d'un père unique.
Déjà BufTon avait écrit cette observation topique , en réponse au plus fort argument contre Tunité de Tespèce humaine : — a Si le nègre et le blanc ne pouvaient produire a ensemble, si même leur production demeurait inféconde, « si le mulâtre était un vrai mtilet, il j aurait alors deux « espèces bien distinctes : le nègre serait à Thomme ce (c que ràne est au cheval; ou plutôt , si le blanc était « homme j le nègre ne serait plus un homme ^ ce serait im « animal à part comme le singe, et nous serions en droit de « penser que le blanc et le nègre n'auraient pomt une oric< gine commune. Mais cette supposition même est démen* ce tie peuple fait; et puisque tous les hommes peuvent como muniquer et produire ensemble, tous les hommes viennent « de la même souche et sont de la même famille '. »
Cette judicieuse réflexion , mûrie par l'expérience , est devenue la base distmctive de ce qu'on doit entendre par espèce en zoologie ; et c'est un axiome de cette branche des sciences naturelles, que<ou5 les individus qui peuvent se reproduire et se perpétuer indéfiniment les uns avec les au-très sont d'une seule et même espèce*. Les accouplements entre les animaux d'espèces différentes n'ont jamais lieu , lorsque ces animaux sont livrés à eux-mêmes. L'homme seul a le pouvoir de les forcer à se soumettre à de pareilles réunions; et alors les produits qui en résultent sont si peu dans leiu* état normal , qu'ils sont presque généralement stériles et inféconds, et que, dans tous les cas , leur fécondité s'arrête à la troisième ou, au plus , à la quatrième gé-
I BnlbOy Bistoire de Vdne, >llaraldeSami, t. II, p. 20.
392 UVAE li. CHAPITRE II.
oératioo. Voilà la loi constante de la nature, el comme k barrière infranchissable qu'elle a opposée à la conftuMi des espèces.
Appliquée à Thosune, cette loi démontre l'unité de son espèce y puisque Texpérience nous apprend que les nées humaines les plus abâtardies, réunies avec les races les pins parfaites, donnent des individus indéfiniment féconds.
Ce fondement posé , les naturalistes ont cherché à«s'expliquer les variétés que présente l'espèce humaine. Les uns , comme Buffon ' , Blumenbach ' , Camper ' , Wisemann^, en ont trouvé les causes dans l'influence du climat, la différence de la nourriture , et surtout la réaction de l'intelligence et de la sensibilité sur les systèmes nerveux , pileux, et même osseux ; les autres , comme Lacépède * et Cuvier*, en font remonter la source à une époque voisine de la dernière catastrophe qui a bouleversé la surface du globe , et où tous les éléments dont la réunion compose ce que nous appelons Vinfluence du climat, devaient présenter une puissance bien supérieure à celle qu'ils peuvent ma* nifester, maintenant qu'un calme d'un grand nombre de siècles a émoussé les forces de la nature les unes par les autres, et enchaîné l'activité d'un grand nombre de substances par leur rapprochement , leur mélange , et leurs combinaisons. Quoi qu'il en soit, tous ces savants naturalistes concluent, comme H. Cuvier, que c les grandes dif* «( férences quise trouvent parmiles hommes ne sont que des
' JHiCours sur le* variétés de f espèce humaina * Manuel d'histoire naturelle.
' Dissertation phffSigue sur les différences réelleê pie présentêMt Im iraUs du visage chez les hommes des différents paps. 4 3* Discours.
^ Histoire du genre humain.
^ Tableau élémentaire de Vhistoire des animaux.
« eflétEi dés caxses aceiâônteUes, en un mot, des variétés * . » Ce qui a fait fiiire \m grand progrès h ranthropolôgie; et ce qui est venu la rattacher au récit dé Moîse sur le renouvellement de rhumanité après le déluge, par trois races d'hommes sortis des trois enfants de Noé y Sem , Cham et Jofhet, e'est qu'on a fini par rapporter toutes les variétés de respèce himiaine à trois divisions principales y savoir : la caucasienne, réthiopienne^ et la mongole*. Et ce qui prouve la justesse de cet aperçu, c'est que l'on y est arrivé par les voies les plus différentes : les naturalistes, à la tôte desquels nous devons citer Cuvier, par leurs études comparatives sur le règne animal; les géographes, tels que M. Walckenaer, par leiu^ recherches géographiques ; et les navigateurs, tels que MM. Dumont-d'Urville et Freycinet, par l'observation directe de l'ensemble des traits et des habitudes des peuples divers. Tout en constatant l'existence de ces trois grandes familles, ces savants ont proclamé également qu'elles fraternisent dans les traces d'une primitive unité'.
Mais nous allons voir cette importante vérité prendre plus de développement et de consistance, en venant se rattacher à une vérité nouvelle.
XI. Erat autem terra làbii unius, et sermonum eorumdem... Et dixerunt : Faciamw turrim, cujus culmenper-
■ TabUoH éUmanMrê de rhUUHre dei anHnaïuf. Voyez aussi Portais, De Puta§0 et é0 l'ohu di PêiprU philœephi^ue» 1 1, p. 80.
^ Entre tes deai premières fiunfllct te troavial les Makis» tt sntri la race cancarienne et la mongole Tiennent se ranger les Américains.
^ Voyei Farster, Laeépède, Cutier, BoUari^ de HumboUU^ etc. Le ra|)fwrt à FAcadëmie des leieni» , sor to t«i3ri«e de k Mgale r f^hEMi«^
AI. de Fr^dnet, 8 juin 1840, ooMiat ainsi s « T«rtas mes skeerratiMs « tendent à dànontrer la grande nntté de re»pèce hmnaine. «
39i^ LIVRE II. CHAPITRE 11.
lingot ad cœlum... Dixit autem Dominu$ : Canfundamus ibi linguam eorum, ut non audiat vnu$qm$que vocêm proximi sui. Àtque ita divisit eo$ Dominus ex illo loco m ukiversàs terras ; et idcirco vocatum est nomen ejus Babel, quia ibi confuswn est làbium universœ terrœ. — c La (( terre n'avait alors qu'une langue et qu'une même ma- (f nière de parler. . . , et ils dirent : Faisons une tour dont le a faîte touche le ciel... Hais le Seigneur dit : Confondons a ici leur langage , pour qu'ils ne s'entendent pas les uns <( les autres. C'est en cette manière que Dieu les dispersa a de ce lieu dans tout l'univers ; et de là est venu à ce lieu a le nom de Babel, parce que c'est là que fut confondu a le langage de toute la terre. »
Une branche des connaissances de l'esprit humain vient de surgir tout à coup au milieu de nous; il a fallu créer un mot nouveau pour la désigner ; et quel a été son résultat immédiat et désormais incontestable? — La confirmation de l'unité de l'espèce humaine , — la constatation de son réservoir primitif dans l'Orient, au point indiqué par Moïse, — l'unité primitive du langage, — enfin, sa confusion par une cause violente et soudaine.
C'est à ces solutions qu'est arrivée la linguistique , ou étude comparative des langues, dans son rapport avec Y ethnographie, ou étude des mœurs des différents peuples.
Elle y est arrivée, non par le système d'un philosophe ou d*un savant, mais par les observations et les travaux comparatifs de tout le monde savant, sans idée préconçue et en dehors de toute prévention, sous la seule influence de la vérité.
Je vais en exposer les principaux témoignages :
a Si jamais quelque conception philosophique venait
MoisË. 395
c multiplier encore les berceaux du genre humain, » disait un savant russe, le comte Goulianoff , dans un IravaQ qui, après une année d*examen , (bt adopté et consacré par la décision conforme de T Académie de Saint-Pétersbourg, « VidenHU deê langues serait toujours là pour détruire le « prestige ; et cette autorité ramènerait , je pense , Tesprit « le plus prévenu*. » — « Toutes les langues peuvent être a considérées comme les dialectes d*un langage maintenant a perdu*. »
Telles ont été aussi les conclusions du conseiller d*État allemand Hérian , dans son grand ouvrage sur l'Analogie des langues , publié sous le nom de Tripartiium*.
Le savant Jules Klaproth, profondément versé dans la connaissance des langues et des littératures asiatiques, bien qu'il eût le malheur de nourrir encore des préventions contre la vérité révélée , disait aussi : « L'affinité universelle a des langues est placée dans un jour si vif, que tout le a monde doit la considérer comme complètement démon- « trée. Ged, ^foute-tril, n'est explicable dans aucune autre a hypothèse, qu'en admettant que des fragments d*un lan- ^ gage primitif existent encore dans toutes les langues de « l'ancien et du nouveau monde ^ »
Ce nouveau monde, cependant, a paru d'abord un obstacle à la démonstration de l'identité des langues , tant la diversité des dialectes américains est nombreuse et profonde, n j avait là de quoi désespérer une foi naissante, et de quoi prolonger les résistances de l'incrédulité. Hais il y
■ iHsamrs sur Téiwde fcmiiamentale des langues ; Paris» iftl2» p. si. * OmdMiimi de l'Aeûdémle de StAnt^Féêeribourg^ Sulleiin univertel, f ol. I , p. S80.
'VieiiM,189S, p. Mft.
4 AstapêlgeioUa^ytéieê^i. UL
RTait ausBi de quoi tenter cette soif de découTertas c^Bieii semble avoir mise plqs particulièrement dans les entrailles de notre siècle. Un savant anglais, Smith Barton, entreprit le premier de débrouiller ce chaos; il fut suivi de près par Tater : et le résultat de leurs travaux, faits avec la plus grande exactitude, dit H. Alexandre de Humboldt, et suivant une méthode qui n'avait pas encore été employée. prouva Texistence de quelques mots communs aux vocabulaires des deux continents. Ces mots furent trouvés, en comparant la totalité des langues américaines avec la totalité de celles de Tancîen monde '. Halte-Brun essaya d'aller plus loin : il découvrit une connexion géographique entre les langues américaines et asiatiques, et réussit par là à augmenter le nombre des données , qui se complétèrent bientôt par Tétude des traditions importées , et des traces laissée^ par les peuples de l'Amérique dans leur migration du nord-ouest vers le sud. En même temps la linguistique, grAce aux travaux soutenus et opiniâtres de Guillaume et d'Ale]!f:andre de Humboldt, saisissait, dans la forme é^ conjugaisons, le lien unique qui rattache entre elles toutes les langues de l'Amérique, et y trouvait une famille dispersée, que Guillaume de Humboldt caractérisait du nom de langues par agglutination. <x Cette merveilleuse unifor- « mité , dit Malte-Brun , dans la manière particulière da « former les conjugaisons des verbes , d'une extrémité de a l'Amérique à l'autre, favorise singulièremoit la suppo- « sition d'un peuple primitif, qui a formé la souche eoma mune de toutes les nations de l'Amérique". » Conclusion que M. Alexandre de Humboldt généralisait encore davantage, en disant : a Qudque isolés que certains lanf^ages
> Aleiaiiâreda Humboldt, Vu0 du CordiUèrti.
* Malto>Bnm, p. 9t7i Otmp,^ p. tu.
MOiSB. |Q7
c puissent d*abord paraître , quelque singuliers que soient « leurs caprices et leurs idiomes, tous ont une analogie c entre eux; et leurs nombreux rapports s'apercevront « plus facilement, à proportion que l'histoire philosophique a des nations et Tétude des langues approcheront de la <f perfection'. »
Pendant que le nœud de cette difficulté, relative aux langues de T Amérique, se dénouait, des travaux entrepris sur une plus grande échelle amenèrent M. Guillaume de Humboldt à pouvoir réduire les huit cent soixante langues et les cinq mille dialectes des langues éteintes ou vivantes sur le globe , àtrois classes principales : les langues simples y les langues par flexion, et les langues par agglutination. Ces trois classes correspondent aux trois plus grandes divisions géographiques du globe , savoir, à Tancien monde les langues par fleman, au nouveau monde les langues par agglutination^ et au monde maritime les langues simples; avec cette particularité importante que Tancien monde , qui seul possède les véritables langues par flexion , possède aussi les deux autres , et les réunit ainsi toutes dans leurs racines originaires.
Enfin, H. Balbi, Tactif et savant auteur de V Atlas ethnographique du gkhe, qui a recueilli les renseignements les plus précieux dans le champ de cette science , en précise ainsi les derniers résultats : « La conclusion à laquelle m nous ont conduit nos recherches sur la classification a ethnographique des peuples , amène cette réflexion rea marquable : Que nous trouvons justement dans Tancien <r monde, où Hoise nous représente Torigine dos sociétés « et le berceau de tous les peuples de la terre , les trois « classes essentiellement différentes auxquelles le célèbre
t Ap. Klaproth , Asia polfgMia , p. 6.
398 uvmB u. ghapitbb u.
« baron de âuniboldt pende que Ton peut réduire le» « formes grammaticales de Tétonnante variété des peuples a connus'.»
Ce résultat important, qui avait été retardé, comme nous Pavons vu, par la diflicutté que présentaient d^abord les dialectes américains , avait rencontré un autre obstaele non moins diflicite à vaincre dans la diversité profonde qui paraissait séparer les langues parlées au delà da Congé, de toutes celles parlées en deçà. Mais M. Abel Rémusal et M. le chevalier de Paravey firent, pour cette difûculté , ce que UM. Barton et de Uumboldt avaient fait pour celle des langues américaines : à force de recherches et de rapprochements, ils découvrirent que l^écriture chinobe hiéroglyphique, surtout Tancien caractère, a des traits frappants de ressemblance avec les hiéroglyphes d*égypte et même avec récriture cunéiforme babylonienne; ils trouvèrent aussi que la langue chinoise contient xm
* AiiatêiknograpkiptêdHffMet^, f. -* H rénM« Mai, ifei nelMRliei di M. B«1M » qM pitMiiM toutes les laafMt OBl iiM plus ou moins grande avec rhébreo; que plus les peuples sont isolés et sauvages» plus eelte eonneiité est frippaate ; et que plus les peuples se ci- Tllbent , |4ns celte oonnetllé s*alAiibHt et se penl. — Le smfmiI» aatal et i lamate reBrattable aiclievéque de Bordeaux» M^ te cardinal de Clwveras» médisait un Jour» dans une conversation sur les peuplades indiennes qu1i avait si longtemps évangélisées, qu*une des clioses qui favaient te plm iteppé éteit les rapporte grammatican de te langye de ces miivif avec Vkék t m. Cette observation, dn reite» a été teite par f k mlt un savante, pat le capilaine Wedel , par M. Frédérte Sddegel, et par le prolteeiu' fiarton.
Navals terminé ceUe note, lorsque mon attention a élé appcMe sur ce pssnge de la vte de Mgr te eardintl de Clieverus , qui confirme ce qne fnvais en te bonlMiir dlwteniire dosa propee tenidie : « Pour Instruire les Inliî- « tante des bote» U se mit à recule d*une sauva^esse qui mvait nn pen Fan- « glais; et, en te teitant conjuguer, il remarquait Tusage des prtmomM qf- 'tjlxesp comme en liébreo, signalé dépote dtew toutea les tangnee d^Amé- " rique,qui ont dû avoir une commune onjglne, » ( Vk 4$M$r U eanUtuU
MOisi. 399
grand nombre de mots de langues sémitiques ; et par ces sataoles remarques ils purent réunir enfln les deux familles indo-européenne et transgangétique , qui seules étaient restées indépendantes Tune de Tautre.
M. le chevalier de Paravey , en s'aidanl de tous les travaux de la scienee pornographique , parvint alors , par déduetion, à cette conclusion importante : a Qu'il n'a existé « qu'un seul et unique centre de civilisation par toute la c terre y et que tous les peuples ont puisé leur civilisation c à la même source et dans le même pays où la Genèse f place la fiimille de Noé après le déluge'* ]> — Résultat proclamé en termes non moins explicites par HH. Vankennedi* I de Bretonne % Ajasson% et autres savants , et qui est un des plus positifs auquel il puisse être donné à la science humaine d'arriver.
Restait la question de savoir comment cette langue unique I expression d'une civilisation primitive , avait pu se briser en tant de dialectes si étrangers les uns aux autres.
Sur ce point délicat je vais laisser parler trois savants philologues, qui n'ont pu avoir d'autre point de contact que la vérité.
M. Abel Rémusaty dans le discours préliminaire de son ouvrage sur les langues tartares, ^'exprimant avec la réserve que comporte la vraie scienee, laisse cependant en*
' Esua nir t&rîgîne uniqve et hiér<fglpphique des chif/ren êtdes tet* frm éi irnu U»peuplet.
* Mémorial encffciopédigue, 1832» p. 7e et soît.
' BiêMm de lafilialion et de la migration des peuples.
^ rtùfions générales. ^ « U est prouTé aniounTliui , dit ce dernier, par « ki i^titllaltda cet étwies laborieasw, que toutaa lea hngiiaa dérivait « d*iuia floucha commune , dont le siège a été TOrient. On distinguait Jadia « plmieuri langues mèree : aafonfdlNii l'on ne connaît fhiêq^dmstenn,
• les unes alnéee, les nntiiacndettca, mais ion isa <g a lameaeé»tyéaa de la
• langue fMimitiTe, qui esieieiaite. »
400 LrVRE II. CHAPITRE H.
IreYoir clairement son sentiment touchant la concordance de l'ethnographie avec la narration sacrée. Après 8*élre étendu jsur la manière dont les études linguistiques pourraient être dirigées Ters Thistoire , il conclut : — c Cest « alors que nous poiurions prononcer arec précision ee c qui y d'après le langage d'un peuple, aurait été son oria gine y avec quelles nations il aurait été allié , quel était le c caractère de cette alliance , et à quelle souche die se a rattache y au moins jusqu'à Tépoque où cesse Thistoire a profane ; et où nous pourrions trouver dans les langages a cette confusion qui leur a donné naissance à tous , et que a tant de vedns efforts n'ont pu easpliqaer\ »
Herder, qu'on ne peut soupçonner d'être un témoin partial , puisque ; dans la page que nous allons citer, il prend soin de nous informer qu'U considère l'histoire de Babel a comme un fragment poétique dans le style oriental , » dit pareillement : <x qu'U y a ime grande probabilité que « la race humaine , et aussi son langage, remontent à une a souche commune, à un premier honmie , et point à plo- « sieurs , dispersés dans les difTérentes parties du monde, s Après avoir développé et appuyé cette opinion par des recherches granunaticales sur la structure des langues, il poursuit, et il afllrme avec assurance que, « d'après 9 Texamen des langues , il est clair que la séparation de c l'espèce humaine doit avoir été violente, non pas en vé» c rite que les hommes aient changé volontairement leur « langage , nuiis ils ont été violemment et soudain em m i a séparés les uns des autres*. »
Niebuhr, revenant dans la troisième édition de son ouvrage sur l'opinion opposée qu'il avait émise dans la
' Beehsrehes sur le» langues tartares^ toI. I, p. 9. * Mémoires de (^Aeadémée de Berlin , I7fti , p. l4t-US«
1IOÏ8K. kOl
mière édition y s'exprime ainsi : a Cette erreur a échappé « à Fattention des anciens, probablement parce qu'ils ad- « mettaient plusieurs races primitives de Tespèce hu- « maine. Ceux qui les nient et remontent à im couple « unique y doivent supposer un miracle pour expliquer « Vexistence d*idiomes de structures différentes ; et pour « ces langues qui diffèrent par leurs racines et d'autres « qualités essentielles , il faut admettre le prodige de la a confusion des langues. L'admission d'un semblable mî- « racle n'offense point la raison; car, puisque les restes de a Tancien monde nous démontrent évidemment qu'avant <x celui-ci un autre ordre de choses existait, il est trèsa croyable qu'il a duré dans son entier depuis son comte mencement, et qu'à quelque période il a subi un chance gement essentiel \ »
Ainsi s'aplanissent , sous les pas de la science , ces difficultés qui s'élevaient comme des montagnes aux yeux de l'incrédulité. Ainsi le récit de Ho'ise sur la conftision des langues comme sur Tunité primitive de l'espèce humaine , comme sur le déluge, comme sur la création, se vérifie
à la lettre et mot à mot. Ainsi cette véracité infaillible , d'autant plus extraordinaire et surhumaine qu'il a fallu plus de temps et plus d'efforts humains pour la découvrir, reste comme le seul fait inexplicable , insoluble , si l'on ne veut y voir l'inspiration.
Mais , avant de nous arrêter à cette conclusion définitive , augmentons encore la force et le nombre des raisons qui
« Nlêàurh's Bœmiiche GueMehte , S* édit , part. I'*, p. 60.
Je dois, M lennioMit cette ptttie de IM» tnirail ttir ralliii^^ titiMr an lairiniéfêqoe de MéUpatamoe, Mgr Nmolas WaMuni, llMMiMiir et le nérite de presque tout» ces rechwAeact sootent de leur expremon , que je n'ai paqo*allalbHr€«iniel«appropri«»*-
k9$ UVBB U. GBAFITRB D.
DOU0 y entratoeat, en recueillant, dans une seotton derpière« quelques témoignages et quelques preuves qui, par leur isolemeot , n*ont pu se ranger dans les classifications précédentes I et que, par ce motif, nous allons présenter, sans autre ordre que celui de cette réunion.
nu. Ces preuves et ces témoignages sont presque tous tirés de rétude des traditions , usages ou monuments historiques des diflérents peuples.
— En première ligne vient se ranger le résultat d'une science toute nouvelle, comme la géologie, comme rethnograpbie et la linguistique , et qui a ouvert un nouvel horjton à la connaissance du passé : je veux dire Tart de déchiffrer les hiéroglyphes , et de faire parler ces grands témoins , muets depuis tant de siècles sur la même terre qui avait été le théâtre des événements décrits par Moïse. Quelle épreuve 1 Quelques chrétiens défiants s'en alarmèrent; d'autres, plus éclairés, se jetèrent avec ardeur dans cette nouvelle voie ouverte au triomphe de la vérité. Dn savant français, animé du pur amour de la science, H. Ghampollion le jeune , a cueilli le premier la palme de cette nouvelle conquête de Tesprit humain , palme qui devait sitAt ombrager sa tombe! Et voici dans quels termes il résume ses belUê recherches et ses ilonnanUs découvertes (comme dit Cuvier') dans leur rapport avec la Bible :
a Je démontre qu'aucun monument égyptien n'est réela lement antérieur à Tan 2200 avant notre ère. C'est cerc tainement une très-haute antiquité; mais elle n'offre c rien de contraire aux traditions sacrées* elfose mime « dire ju'ellê lesemfirmê sur imse lespoimte. C'est, en ^
» DêsemHrgëurUêrévolutkuudughbe, 8*é(iit.,p. 208.
d fel , en adoptant la cbronologia et la succesaion dea roia , a donnéea par les monuments égyptiena» que Tbistoire a ég}7>Uenneromror</aac/mira6/emeiilaveelealivr88SJÛnta* a Ainsi, par exemple, Abroi^am arriva en Égypia ver^ c 1900, c'est-à-dire sous les roi$ pa»teur$\ Dec rois de race « égyptienne n'auraient point permis h un étranger d*enr a trer dans leur pays* C'est également sous un roi paueur « que Joseph est ministre en Egypte et y établit ses frères » a ce qui n'eût pu avoir lieu sous les rois de race egyp^ c tienne*. — Le chef de la dynastie des Dioepolitains, dite a la dix-huitième , est le rex novu$ qui ignorobai JoMêph c de rÉcriture sainte» lequel, étant de race ég}i>tianne, c ne devait point connaître Joseph , ministre des rois uauiw ff pâleurs ; c'eat celui qui réduisit las ilélireux en eeciavage. a La captivité dura autant que la dU-4iuiiiàme dynastie; a et ce Alt sous Rliarosès V, dit Aménophîa , au eommeor c cément du quinaiôma aiècla , que Moiaa délivra les lié* il breux. Ceci se passait dans Tadoleaceoce de Sésostris» <K qui succéda immédiatement à son père» et fit 9^ apo c quêtes en Asie pendant que Moïse et Isiafil erraient dup
* RMe éInDgère, piobtbicmeiit d'origine scytUe , qui t*éUit emparée da paya.
> De le reiplicattan aa eca faanaiM de la GaaàN :
« Joiefib dit A tea (Inèrea a à toula la inaiMNide iOD|ièr9; Jevaia diif « è Pbaraon que mea Ibères lont venus ma trouver ; que ce sont des pasteuia
• dah w i iM <pt ^uM ifi«tà ■auf r irdaaiwii n ie am ,etqu'Hstesontanieiiés
• avaa aux* «^ Cl to iag n a Wierasa asoua tea vaidr al vaua dewMJsra, « quelle est votre oociqwlioof vous lui r^poadiaa x Vaa wrvilaMim seul « pasteuradefiula leur enfiuoe, et noa pères Tont toijours été ooniine dous« « TuuadlfaB «ed pour pouvoir demeurer daua la terra de Gesuen, parce «qvalaua lasCtaîiliaw al an afcswIaBtkm tous las pastruiado iiralils.» — > Cetlabalne du peuple oonquia contre lea pistaura était en aOM un titra
de nw BW B sand Hl on auia<ada laaaanquéiaPla^aaidialBBt jiaaiMivauvaiéaMai «r cpaéiiila awilwa è aaUa daa «amaada aa^aia las SaaaM
la eon^iMadarAnglalflfTa.
hOk UVKK II. CHAPITRE II.
« rant quarante ans dans le désert. C'est pour cela quê « les Uvreê saints ne doivent point parler de ce grand « emupêirant. Tous les autres rois d'Egypte y nommés dons « la Kble, se retrouvent sur les monuments égyptiens, a dans le même ordre de succession et aux époques préc cises où les livres saints les placent. J'ajouterai même a que la Bible en a écrit mieux les véritables noms que ne tf l'ont fait les historiens grecs. Je serais curieux de savoir <x ce qu'auront à répondre ceux qui ont malicieusement « avancé que les études égyptiennes tendent à altérer la « croyance dans les documents historiques fournis par les « livres de Moïse. — L'application de ma découverte « vient, au contraire , invinciblement à leur appui*. »
Cette lettre remonte déjà à quelques années ; depuis lors la science fondée par H. Champollion a trouvé de dignes continuateurs. D'un cAté y un procédé fidèle d'estampage, découvert et appliqué sur place par H. Lotin de LAval avec un merveilleux succès , a reproché de nos r^;ards et transporté dans nos musées et nos cabinets les inscriptions , les figures et les monuments, ju8que4à inabordables et comme perdus dans les déserts de l'Asie. De l'autre , la science de les déchiffrer, de les contrôler, et d'en déduire des dates et des faits certains, s'est étendue et précisée sous la patiente ardeur d'un nouveau Champollion, M. de Saulcy, de l'Institut, dont les découvertes , confirmées par celles qui se font presque en même temps avec une généreuse émulation en Angleterre, viennent tous les jours étonner le monde savant. Au moment de mettre cette nouvelle édition sous presse,
* iiittm de M. ChWBfinmnft ànoBMlgiieiirWitenttiiiylnepir eedtr-
Biar diMMs lutflièiM dlMOwi praMmoé à Koine» et paU^
inêf M flUteonfs.
MOISB. ^05
nous ayons été envieux , pour nous-méme et pour no6 lecteurs 9 d'apprendre de la bouche même de H. Lottn de Laval et de H. de Saulcj dans quel sens la science avait marché depuis Champollion, et à quels résultats elle était arrivée au point de vue de Tauthenticité des livres saints. H. Lotin de Laval nous a dit de vive voix ce que M. de Saulcy nous a fait l'honneur de nous écrire dans la lettre suivante , que nous sommes heureux de pouvoir publier, et qui fidt autant d'honneur au caractère qu'au savoir de son auteur :
«Paris, 1 s avril 18(0.
a Monsieur,
« Je suis heureux de pouvoir enfin tenir la promesse « que je vous ai faite ; et je viens vous communiquer les ré* a sultats auxquels je suis parvenu en procédant à l'examen tf approfondi de la chronologie biblique. Tout ce qui cona cernait les empires de Ninive, de Babylone et d'Ecbatane, « je l'ai discuté (pourquoi ne l'avouerais-je pas humble- « ment atyourd'hui?) avec la pensée préconçue que probaa blement je trouverais l'Écriture sainte en défaut. Ce que et je m'attendais à découvrir m'a complètement échappé. Je a n'ai rencontré partout dans la Bible qu'une exactitude « mathématique, et tellement rigoureuse, que je ne puis «r plus a^jourd'hui que m'incliner avec respect devant l'au- « torité d'un livre qui à bon droit doit être admiré et ré- « véré comme le premier et le plus précieia de tous les <x livres.
« Vous recevrez en môme temps un aperçu des résultats a qu'il m'a été permis déjà de déduire de l'analyse des textes tf cunéiformes exhumés du sol de Ninive -, vous verrez que « (^es textes concordent complètement avec ceux de la Khle,
k06 UVRE H. CHAPITRE U.
« et que aoii3 pouTons, dès aujourd'hui, penser qpe Umtei « les découvertes ultérieures^ comme celles que nous wtm er eu le bonheur de fah*e9 concourront à démontrer Tiniail* a Ubilité historique des saintes Écritures. Voilà le règne « d'Asarbaddon pour ainsi dire reconstruit : espérons (juei c dans un avenir prochain, Thistoire de tous ces puissants « monarques assyriens que la Bible ne mentionne qu'en passant y mais toujours avec une exactitude rigoureuse a en ce qui concerne les dates et les faits, sera reconstruite, or et mieux connue peut-être que Thisloire des rois franks a de la première race. Réjouissons-nous d'avoir été appelés a à assister à cette résurrection toute providentielle d'un <c passé qu'il avait été impossible de pénétrer jusqu'ici, et a dont les portes sont enfin ouvertes. Nul doute augoui^ « d'huique cette nouvelle conquête de la science ne tourne a au profit du respect que nous devons au livre auguste a dont vous vous êtes si heureusement posé l'éloquent a apologiste. »
Cette concordance de la science et de la Bible ne doit plus nous étonner, habitués que nous sommes à la trouver partout : c'est le contraire qui désormais aurait droit de nous surprendre.
— Voici cependant une autre preuve que je dois signaler, parce qu'elle avait fri^pé un grand incrédule du dixhuitième siècle , Diderot,
De tout temps et en tous lieux, chez les peuples anciens comme chez les peuples modernes, dans les pays civilisés comme chez les barbares, partout, en un mot, a régné l'usage de la semaine , et de la consécration de son septième jour au repos de Thomme et au culte de la Divinité. Le fait ast incontestable ; il est attesté chez tes anciens par
lofl^bd 'i PUlon» TibuH» «t Luaîeiij «t nauf mwidoiis on savaot aalrcooma modame, om aiupact, Laplacêt le déciaiw dwi ««B ternm I ^ c U fiomame » depuis la plus c haute antiquité , dans laquelle te perd son original eir** s çule sans ioterruptkm à Iravers les siècles , en se mMant « aux calendriers successifs des différents peuples, w H c e&t trèsHTemanjuable qu'elle se trouve la même par ipule a la terre. C'est peut-être le monument la plus anoim et « le plus incontestable des connaissances humaines. Il pt- « ratt indiquer une source commune d*où eUes se sont féc pendues '• s
Quelle peut être cette source? A des yeux non prévenus , U est évident qu'elle n'est autre que la commémoration de la création du monde en six jours (ou époques) « et du repos du Créateur au septième jour« Voilà rorigine assignée à cet usage par le plus ancien de tous les livres et le plus m^ cien de tous les peuples^ Et on sent alors quelle confirmation du récit de ce livre ressort de Tuniversalité d'un tel usage , puisqu'U atteste à la fois et Tbistoire de la création dans un de ses caractères principaux » et l'unité primitive de l'espèce humaine » qui en a conservé le souvenir dans sa dispersion.
L'illustre auteur du SyMme du mande cependant, qui avait le malheur d'être irréligîoux ' , paraît ne voir dons cet us^ iréf^rmarquablêf comme il le dit, qu'un
' n Os ]M foil pointée vîUesapeflVMi si f^iHHiM 4ê bvinrM, disait « JMè|ib(i, où Tos ss OMS à$ Imylllcr \» iepUèni jour, ùk IV» b^ « lume des krapisSyet où ron ne oélèbie dos Jeûiies. » ( Cosl. App^ ttv. II, diap. 11.)
* Sgstème du monde, p. 18 et 19.
' Une lettre publiée réoeinmeiit dans Y Univers a fait ooMOltm qno M. de I^filaoe , oottiuo laai 4*4idMi inaéi «piili f 4l«tt <wflM do ion ^i^ crédulité rruA de mourir.
4(M$ UVUB H. CnAFITRB II.
astronomique. Après les mots que nous avons cités, il dit en effet : « Mais le système astronomique <iui lui sert de « base est une preuve de Timperfection des connaissances « humaines à cette origine. »
n faut être bien prévenu pour vouloir trouver un système d'astronomie dans une classification aussi bizarre , et pour admettre qu'une base si imparfaite ait pu jouir d'une telle universalité. Au reste, le savant astronome ne s'oceupe que de la division de la semaine en sept jours, et il élude la circonstance dominante et caractéristique du repos religieux au eq^tiime jour, qu'aucun système astronomique , quelque imparfaii qu'il soit , ne peut expliquer '.
Revenons donc au sentiment de Diderot, et vojons comme lui; dans cet usage, une empreinte saillante de la grande vérité dont le type est dans la Genèse.
— La Genèse re(oit d'ailleurs une confirmation plus explicite de toutes les traditions humaines sur la création et le déluge. Nous avons , dans les Métamorphoses d'Ovide , nne exposition des traditions païennes sur ce point, qd ressemble à la Genèse comme une mauvaise épreuve retouchée ressemble à un exemplaire original et avant la lettre. Chez les Phéniciens et les Phrygiens % chez les Perses ', chez les Indous % en Chine*, et jusque dans l'Amérique *, mêmes traditions, mêmes analogies frappantes.
" Gbn tous le* peufiles de PAmMiiit» «a a troatéruuge da nposav septième Jour de la temainey et celai de la droondsioii. ( Maicel di SerM,II,4W.)
* Sanchoniatoii.
^ AnnaUidephUowphU.
4 Xet Védm.
^MémékreàêM.PaMmermrîadeetHméBf^», ^I^fLwÊobtm.V^életCardUièrts.
MOiSE. \09
Ce qui est remarquable dans toutes ces traditions , c'est ({ue chacune d^elles , en reproduisant grossièrement Tensemble du tableau de la Genèse j a conservé plus vivement Tempreinte de tel ou tel trait particulier différent chez Tune ou chez Tautre , mais dont la réunion recompose , comme des fragments rassemblés , le tout primitif, qui ne se trouve que dans Moïse '.
< On 8ftit qa*!] y vnit parmi les Grecs deux rersions sur le déluge : roue adaptée à la mythologie» dont s'étaient emparés les poètes; rantre pins pliiloaophique , et plus fidèle aux traditions de TOrient. Celle-ei nous a été conserfée par Lucien ( de Dea Syria ) , et par Plutarque ( Utrum ani' nMlia ierreslria an aguaiiea magis sintsoieriia ). Deucalion y est représenté comme AdsanI une arciie on vneo/fre dans lequel il se retira, prenant avec lui un couple de diaque espèce d'animaux, ainsi que sa femme et ses enAmts : tel est, dit Luden, le récit hitiorique. — Plutarque ajoute que le retour d'une colombe annonça d'abord à Deucalion que les eaux s'étalent letiiées. -* Lucien lui-même raoïmte, un peu plus loin , que, en commémoration du déluge , une cérémonie avait lleo deux fois par an dans une Tille de Syrie , sur les bords de la mer, à laquelle accouraient toute la Syrie, l'Arabie, et les peuples d'an delà de l'Euphrate; et qile dans le sanctuaire du temple étaient trois statues, l'une de Jupiter, fautre de Junon; et « la statue du milien, igoule-t-il , n'a d'autre nom que la Statué, « et d'autre symbole qu'une colombe d'or sur la tète ; c'est celle qu'on porte « deux fois l'an vers la mer : quelques-uns disent qu'elle représente Deuca- «lion. >—Bérose et Nicolas de Damas, racontant la même tradition, disent que l'arche s'arrêta sur la montagne des Cordyens, en Arménie ; que wt& débris s'y sont consenrés pendant longues années ; et que les peuples aliaient même, de leur temps, recueillir de prétendus morceaux de bitume dont elle avait été enduite , et qui s*y trouraient encore. — L'archéologie moderne est Tenue aussi payer son tribut à Moise. — Des médailles de brome ont été retrouTées dans la TiDe d'Apamée en Phrygie, portant, sur un c6té, la tète de dilllîrents empereurs, tels que SéTère, Ifacrin, et Philippe l'Ancien. Sur toutes, le rcTers est semblable. Eckhel le décrit ainsi : « Un coflfre « Tognant sur les eaux , et dans lequd sont un homme et une femme qu'on « aperçoit jusqu'à la ceinture; en dehors , et tournant le dos an coAre,
• semûent marcher une femme habillée d'une longue robe, et un homme m conrl^vètu; ils tiennent tour main droite élerée : sur te couTerde du a coflkn ert on oiseau ; on antre oiseau , qui se balanee dans Pair, tient entre
• ses pattes une hranehe d^oHrier. » (DoclHna itwmmomm vtttrwn;
WO UVBB II. CBAPITU n. ' -
Un poiBl de ces traditions, que je tiens à cmstater» est rulatif au nombre des générations écoulées entre la cré»- (ion et le déluge » et à la longénté des hommes à cette époque. Moïse , comme on le sait , compte dix générations, et donne à chacun des patriarches antédiluviens une Tie d^ nmf cents ans environ* Que n*a-Um pas dit contre cette généalogie? Voici cependant des témoignages recueillis par un célèbre incrédule , Volney y qui viennent confirmer la parole de Moïse sur le nombre des génératûHis antédilaviennee. •-<- c L*hi8torien Bérose, dilril, qui vivait près de (c trois siècles avant lésus-Christ, décrit avec le plus de tf détail les circonstances du déluge de Xisuthrus , qui fui CI le dixième rai 9 cmiime Noi fui U dixième palrw i( rose et Abjdème, d'accord avec Moïse ^ placent dix géa nérations avant le déluge. Les Indiens remplissent les a temps antérieurs au déluge par dix aoettas, qak répon* (sr dent aux dix rois et aux dix patriarches antidihtoiens. a Soncboniaton, de Pbrygie, parle de dix générations de a dieux ou demi-dieux placés entre Uranus et k race pré> tf sente des mortels. Les Arabes et les Tartares ont ^ale- « ment conservé le souvenir de dix générations, et de a concert, quoique séparés par d'immenses disUmeee, Us
Vienne, 1793, P^partie, tome HT, p. |80.) — D'un aatrec4té»M. AleiaAi\ve de lluroboldt a trouvé, chez les nations américaines, des peinture» s:tns nombre qui retracent Tbistoire primitiTe de l'bomme conTonne à Taarien Testament. Dans ces peintures biéroglypbîques, le déluge eei aÎAsi figuré : « Tezpi ou Co\co\, comme on appelle le Noé américain , est n^ » présenté dans une arclie flottante sur les eaui, et avec lui sa remme cl « ses enfants, plusieurs animaux, et dilTérenles espèces de grains. Quaad u les eaux se retirèrent, Tezpi envoya un vautour qui , trouvant à se oourrir u sur les corps des animaux nojés, ne. revint pas. Après que rexpérienoe « répétée avec plusieurs autres oiseaux eut manqué, Toiseau-moucbe revînl « à la fin, portant une brancbe verte à son petit bec, » ( Oe Humboldlp Vu» (fes CordUUre$^ yom U« p. 6^^. )
moïse. ^ti
'f doimeiit k plusieurs des patriarches antédUuviens^ aussi tf bien qa'h leurs successeurs immédiats ^ les mimes noms a gu'ils ont dans la Genèse \ »
Quant à la longévité de ces patriarches , Thlstorien Jos^ pbe s'exprimait ainsi : — a Tous ceux qui ont écrit Thisc toire , tant des Grecs que des autres nations , rendent téa moignage de ce que je dis ; car Hanéthon qui a écrit a rhistoire des Égyptiens, Bérose qui nous a laissé celle c des ChaldéenSy Moous, Hesticus^ et Hlérome TÉg^^tien, « qui ont écrit celle des Phrygiens , disent aussi la même a chose. Et Hésiode, Hécatéei Acusilas, Heilanique, Éphore, <i et NicolaSi rapportent tous que ces hommes vivaient jus- « qu*à mille ans '• » — * Aux autorités citées par Josèphe il Âut joindre encore celles de Varron*, de Pline % de Valère Maxime ' ; et enfin les mêmes traditions ont été trouvées ans Indes et dans le nouveau monde ^.
■ VolMy» Reekerehm wm FkUiain aneèmmê, 1 1, p. n?» 146» 179.
> SoÊèfU.Hèêioir^des jM\f$, Uv. I^chap. ui.
* Cîlé par Lactanoe, Ut. II.
4 LiT. Vil , cliap. zLTiii.
^ Val. Mai., lib. VIII » cay. ife SêâÊClmiê.
^ Bufiba, Delue» Wallcrius, fiuniel, Ray, et Sturm, ont pensé qu'on pouTait expliquer la longévité des premiers patriarelies par œUe raison que les qualités nutriUvesdes téKétani» ainsi qoe ledéveloppenMnt des forces dei animant , dépendent de latempénturaet defair, lesquels nnl dA subir une profonde aHéntlon par le lait du déluge. Les grands cbangements opéiés dans la nature par cette révolutioa ont dû, selon eux, non-seulement abréger la Tie, mais éteindre même quelques espèces de plantes ei d'animant. — Buffon bit aussi une remarque qui vient eneore bien à Tappuî de In sincérité de Mené sc'est quels dniée de la vie humaine est environ sept fois rige de la puberté, et que cette même proportion se trouve exister dans la vie des patriarelies antédiluviens. — « Adam, ayant véca cent « trente ans, engôidra un fils... Ct toutlelampa de la vie d'Adam ayMt élé « de nauf cent traila ans, Il «ounit >«*- Celte praportion n*est pas exactement conservée pour chacun des neuf antres patriardies, mais (outre ouc quelques-uns ont pu se marier tard, eomme Noé ) elle se retrouve dans le terme BMfsi pris sur In seoMM des âges de leur via et de leur puberté.
4^1^2 LIVRE II. CUAPlTftB II.
— Finissons par quelques témoignages confinnali& du fait qui a dû lui-même mettre un terme à toute traditÎMi universelle , en brisant Tunité du genre humain : je veux parler du miracle de la confusion des langues.
Déjà , comme nous Tayons vu , la science ethnographique est arrivée à reconnaître la nécessité d*un tel miracle ; les traditions antiques appuient également en ce point la parole de Moïse.
Je me restreins k deux sources : Tune qui nous vimt par le canal de Thistorien Josèphe , Vautre par cdm de Volney 3 et je termine par quelques découvertes archéologiques.
Après avoir reproduit le récit de Moïse , Josèphe dit : K La sibylle parie ainsi de ce grand événement : — Tùiu tf les hommes n'ayant alors qu'une même langue , ils bâtia rent une tour si haute, qu'il semblait qu'elle dût s'éieoer « jusque dans le ciel; mais les dieux excitèrent contre eUi « une si violente tempête, qu'elle en fut renversée, et firent « que ceux qui la bâtissaient parlèrent en un moment di- « verses langues; ce qui fut cause qu'on donna le nom dt a Babylone à la ville qui a dqmis iti bâtie en ee mêmt « lieu. D Josèphe lyoute encore : a — Hesticus parle aussi <x de cette sorte du champ de Sennaar , où Babylone est « assise : On dit que les sacrificateurs qui se sauviremi dt a ce grand désordre aicec les choses sacrées vinrent à Ba- « byhne '. r>
Une autre sibylle que celle dont parle Josèphe, qui, selon que le fait observer un savant commentateur de U Genèse, n'écrit point en vers comme les autres, et doit être très-ancienne ' , est citée par Volney , d'après le témoignage
' Jotèphe, BisMredeg Juifs f Mr. I.
* Bxplie, dé la Genèêe, 173) , t. Il, p. aOO.
de Moïse de Corène, dont il nous donne la traduction : — « La sibylle Bérosimne, dit Moïse de Ck>rène , donne trois « fiUàXisuthrus: — Sim ou ZerotMn , — Titan, — et To-a petosihe. — Us se séparèrent , et separtagèrent le monde, a La mime sibylle , en parlant des hommes illustres nés a de ces trois chefs , dit : Us étaient terribles et brillants, « ces premiers dieux; d'eux vint la race des géants au c< corps robuste , aux membres puissants , à Vimmense staa ture, gui, pleins d'insolence, conçurent le dessein impie a de bâtir une tour. Tandis gu'ils y travaillaient, un vent a horrible et divin, excité par la colère des dieux (Elahim ) , a détruisit cette masse immense, et jeta parmi les hommes « des paroles inconnues , gui exciûrc:%t ( ou causèrent ) le a tumulte et la confusion. Parmi ces hommes était le ja- «pétigue Haïk, célèbre et vaillant gouverneur ( prœfèc- « tus ) t très-habile à lancer les flèches et à manier l'arc. » — a Après le déluge de Noh ou de XisiUhrtu , ajoute Vol* « nejy le partage de la terre entre trois personnages puisa sants et brillants, dont Titan est un, ressemble beaucoup a à ce que les Grecs nous disent des trois frères Jupiter, « Pluton , et Neptune, qui ressemblent aussi beaucoup aux a trois fils de Noé : — Pluton môme est noir comme <i Gbam'« »
* Vdney, Recherches sur VMstoire ancienne, tî,p. lie. — Pkwiean saTants interprètes pépient que cette couleur noire dont parle Yolney «rt le signe que Dieu mit sur Gain oonune sur Cliam, maudit de mAme » et dont les nègres sont les descendants. — « Au surplus , il est aisé de voir, « dit RoUin, sur quoi est fondée l'histoire scsndaleuse de Saturne, traité « i^jurieosement par l'un de ses fils. — Il est aisé aussi de oomprendre tf que la licence des saturnales Tenait d'une mémoire peu respectueuse de « riTmse de Saturne ou de Noé. — La sévère punition de celui qui avail « TU la nndité de Noé a laissé parmi les paiens la mémoire de l'indigna- « tioB d6 8atnnM,i|Di» sèkm GaUimaqoe » fit one loi irrérocable que qui- « eoMpM anran une pveflle témérité k Véguté des dieu perdrait amsitAI
Mk UVBB U. CUAPITBB U.
Enfin y Farchéologie nous appelle à son tour dans ec mérae pays de TAssyrie ou de la Chaldée, sur cette plaine | célèbre de Sennaar^ à Babylone , pour y trouver, sous on amas immense de briques vitrifiées , d*un aspect correspondant aux traditions bibliques , cette tour de Babel, 1 premier monument de Torgueil et de la faiblesse des hommes. Les études de H. Raoul-RochettOi et la comparaison qu'il a fuite des relations et des descriptions des voyageurs modernes, lui ont appris non-seulement à distinguer cette tour célèbre de la tour de Bélus élevée sur Tautre rire de i*Euphrate , mais encore à reconnaître que cette dernière n'a été en quelque sorte qu*une imitation de la tour de Babel : a Après que le feu du ciel ou de la terre, dit le sacr vant archéologue , eut détruit celle-ci sur la rive gauche u do TEuphrate, et Peut réduite en un amas de scories via treuses , on la rebâtit de Tautre côté du fleuve , à peu a près avec la même forme , et avec une magniiicance a dont rage n*a pu effacer le souvenir ni les vestijges '• »
Et c'est à la même civilisation , ou à Tinfluenc^ Iradilionnelle de la même cause , qu'il est permis de rapporter ces téocallis du Mexique qui forment de grandes toors
H la voa. » ( TraUédeê éimdet, 4* partie. ) — ryortité ée Batama, da Janiis, et de Noé, serait trte-aiaée k établir par plimenra mmmmff^ anciens. Ainsi la double flgure de Janus folsait allusioo à la double ¥ia m- (édiluTienne et posUliluTieoDo de Noé» qui, eo effet, se trooYaU avoir w beisl deux mondes distincts. Aussi une médaille fhippée en sonrenir dn déluge , et qui aTait coure dans la plus hante antiquité païenne , r e prés ert ail (I*an côté la double flice de Janus , et de Tautre une arche ou uo nùfaeao flottant sur les eaui ; sur quoi Ovide > dans ses Fastes, se demandant Tisplication de ces emblèmes , dit :
MuUa quiOêm Miel iUdtwnmmiUim mê
Âiteru tignata est , altéra forma hiu^tt.,., At bwaa posUritag pvpptm êtgtuoHt i» mt ,
Haip9Utaé9enimm iMl^lMto Ml. ^ ^ / .'
• Cours d'archéologie, î*et t* année.
composées d'assises en retraite , absolument dans le mdme sigie que le fameux temple de Bélus y cette hnitmion de la tour de Babel, et dont la reeserablance frappante avee les pyramides de rÉlhiopie, les bamoâis de b Pbénicie, les nuraghs de la Sardaigne , les talaiots des lies Baléares, les tours d*Écoese , et les autres monuments pyramidaux ré^ pandus sur toute la terre, a été, dans ces derniers temps, observée par M. de Humboldt et d'autres savants voya^ geurs'.
Fmmons ici notre enquête , et résumons-nous.
Au travers de toutes les altérations et de toutes les métamorphoses qu*a subies la vérité historique des temps primitift , où se trouve caché le secret de nos destinées, qui n'éprouve une satis&ction profonde à reconnaître que rhistorien qui seul nous est sérieusement proposé comme contenant cette vérité se trouve ainsi d*une véracité à toute épreuve , et qui se confond dans son inaltérable profondeur avec la parole de Dieu ; cette même parole qui, après avoir créé le monde, le raconta au premier homme, son dernier et plus bel ouvrage , et lui révéla la connaissance de ses devoirs et de ses destinées?
Que manque-t-il à Moïse, organe de cette parole, pour obtenir de la raison la plus haute une foi complète?
Nous venons de faire le tour de cet immense colosse. Nous Tavons contemplé sous toutes ses faces , autant que la faiblesse et la rapidité de notre vue ont pu Tembrasser. Tout nous a frappé d^admiration et de surprise ; tout nous Ta fait voir comme quelque chose de surhumain et d*lneomparable. — 1* Son anUquitél n touche aux événementi
* CouTâ drarekéoto0i€ , 2* d s* aaaée.
11^16 UVRK II. GHAPITHE II.
qu'il décrit. Le déluge était encore de son temps un éréDfr* ment en quelqpie 8011e domestique dans la famille d'Abraham et de Noé, qui était elle-même la souche de la &mille du genre humain. Les temps antérieurs et la créatîoD se racontaient eux-mêmes par les monuments d'une tradition d'autant plus sûre que la longévité des hommes permettait aux enfants de vivre longtemps avec leurs pères, de s'identifier avec eux , et de ne faire tous ensemble^ pour ainsi dire^ qu'un seul homme k qui le Créateur avait parié.
— 3* Son caractère et celui de ses écrits! n est le pontife de la loi naturelle , et le seul dépositaire de la vérité morale dans les temps anciens. Aucune des passions humaines, qui sont le ressort des grandes fortunes» ne se laisse voir en lui; et ce n'est que par des sacrifices et un désiatéressement sans bornes qu'il se consacre à la «ùnte mission de consolider le culte du vrai Dieu, et de perpétuer les espérances du genre humain. On remarque étais ses écrits une simplicité, une sobriété, et une noble assurance, qui, comparées surtout à la grandeur et à la difficulté du sujet, ne sont pas de l'homme, et respirent je ne sais quelle mcgesté calme et divine qui émeut les plus incrédules et déconcerte les profanateurs. — 3® Son œuvre! Par lui a été enfanté le plus grand de tous les prodiges, celui de tout un peuple rteistant seul , durant tout le eouis de l'antiquité , à la déviation de tout le genre humain vers l'idol&trie , et qui, après avoir atteint sa première destination en donnant au monde la grande lumière de TÉvaih gile, survit à tous les peuples anciens et parcourt tous les peuples modernes, pour expier le crime de l'avoir méconnue lui-même , et en fiodre ressortir partout la divinité.
— 4"* Enfin l'épreuve qu'il a subie et la discussion dont il fi été Tobjet! Rien ne lui a manqué pour le confondre , s*C
MOISB. 417
n*eût été un h<HKime au-dessus des hommes. Nous sommes les témoiiis inattentî& du spectacle le {dos extraordinaire qui se soit jamais tu. Les prodiges de Tesprit humain, le déTéloppement rapide de toutes les connaissances exactes, ont fait de notre siècle un siècle géant par la science , qui saisit toutes les vérités physiques , embrasse tout , pénètre tout y se fait rendre compte de tout dans la nature , en déchire tous les Yoiles et en surprend tous les secret^. Un vaste abîme d'erreur et d'ignorance a été franchi par lui, qui le sépare de tout ce qui Fayait précédé : eh bien! il est ime seule chose qu'il ne peut dépasser , et cette chose est la plus ancienne, c'est le récit de Moise. Non-seulement toutes les critiques réunies de l'esprit humain ne peuvent trouver ce récit en début, mais on n'a pas assez de force, ce semble, pour en saisir l'immense vérité. Gomme un monument gigantesque placé au centre d'une vaste forêt , et qui se présenterait toujours au bout de toutes les avenues, la parole de Moise se trouve être le terme et le dernier mot de toutes les branches de la science moderne , à son plus baut point de dévelq>pement. Chaque abatis qui est fait dans cette forêt d'ignorance et d'erreur ne sert qu'à le découvrir davantage. De quelque côté que partent les apôtres de la science, physiciens, chimistes, astronomes, naturalistes, géologues, ethnographes, linguistes, géographes, archéologues, historiens, voyageurs , après avoir parcouru chacun leur voie indépendamment les uns des autres, et s'être partagé l'univers dans leurs explorations, c'est en fiice de la Genèse qu'ils se rencontrent tous; c'est à un mot écrit depuis plus de trois mille ans dans ce livre mystérieux que chacun d'eux vient aboutir, devenant ainsi, à leur insu, d'apôtres de la science Bpôtreë de la Religi0n, dont ils proclament la divinité en confessant l'inspiration
418 UVftE 11. GUAPITftFU.
4ê flM prMÛer historiea. Cest «ax maios cto 6€s m«vfoudi QimrUn qu'est confiée la reconslnicUoik de eei édifice qui se prépare , de rédifice de la IbL Chacua taille sa pierre sekm uae forme et un dessin particulier , sans cqqnattre sa destination ultérieure; mais le grand Ârchilecie qui a conçu le plan général bit qu'elles s'^justenl toutes à la base première et immuable que lui-mâme a posée de sa propre main^ et qui régU tout Tensemble de Tédifice. ' Et voyez la marche visible de ce dessein providenttel! Naguère Moïse était réputé un imposteur, et la Genèse un conte fiiit pour amuser TeniSuice du monde : bienl&t on découvrit peu à peu et on osa étaUir que son récit n'était contredit par aucun fait rigoureusement démontré de Thistoire naturelle; puis on se convûnquit de plus en plus que non-seulement les sciences ne le contredisaient pas, mais qu'elles le justifiaient de point en point. Enfin , le prodige de cet accord est devenu si frappant , qu'on n'a pu l'expliquer que par l'inspiration de Moise y et que c'est lui à sod tour qui est devenu le régulateur et comme le patriarcbe des sciences.
C'est à cette grande vérité que les sciences rendent de plus en plus hommage. Je vais laisser parler queUpiea-um de leurs premiers interprètes :
— « La description de Moise est une narration exacte ec « philosc^q^e de la création de l'univers entier et de IV « ngiae de toutes choses, » disait déjà Buffon '.
— a U est matériellement démontré j disait aussi le grand a îinnéy que Moise n'a écrit et n'a pu écrire quo sous la « dictée même de l'Auteur de la nature , fMuiiqwim mo «^ afcnîe^seiiaWorîdMc/u'. p
* théOfU de la fêtre^ art î.
». CuHo». vaimrm , $ n , Aman. Aead,, dis», xm.
IfObs. 419
— < Moid6 noua a lalsdë rmé cosmogonie^ écrivait Cu- « Yier, dont Texactitude se vérifle chaque jour d^une ma- « nière admirable. Les observations géologiques récentes « s^accordent parfaitement avec la Genèse sur l^ordre danS a lequel ont été successivement créés tous les êtres orgaa nisés '. »
— a L'ordre d'apparition des êtres organisés, disait le a respectable M. Ampère, est précisément Tordre de l'œua vre des six jours, tel que nous le donne la Genèse. — Ou a Moïse avait dans les sciences une instruction aussi proa fonde que celle de notre siècle, ou il était inspiré *• s
— a Nous ne pouvons trop remarquer, écrit un autre a géologue , Demerson , cet ordre admirable parfaitement a d'accord avec les plus saines notions qui forment la base a de la géologie positive. — Quel hommage ne devons-nouf^ o pas rendre à Thistorien inspiré '? »
— « Aucun monument , soit historique , soit astronomi- « que, n'a pu prouver que les livres de Hoïse fussent faux; a mais , au contraire , ils sont d*accord de la manière lA a plus remarquable avec les résultats obtenus par les plus a savants philologues et les plus profonds géomètres, s — Tel est rbommage que l'ethnographie et la géographie font entendre par la bouche de leur savant rapporteur Balbi *.
— a S'il est aujourd'hui une vérité généralement sentie, « dit le savant H. de Férussac , c'est que le progrès des < connaissances positives a tout à fait éloigné de nous cet « esprit prétendu philosophique dont on fait encore , en
' Voir Y Université catholique ^wtïk IMO.
* M. Ampère, Théorie de la terre; Eevue des Deux Mondes, l"iail-
lcftl83S.
^ lA Géologie enseignée «n 9ingt-deux leçons , oo Bistobre naturelle du ghbe terrestre; Parii, 1929, 9. 40ft, 471. ^ Atlas ethnographique du globe ; PtriB, 1B26, l'* iMppMnoado cUmogr.
420 LIVRE II. CHAPITBB U.
« oertains lieux, tant d*étai. Quel est maintenant le géolo* g;ue qui ne sourirait de pitié aux argumentations de Voltaire contre la^ienèse? Yoil-on, de nos jours, paraître une seule dissertation composée dans cet esprit par un écrivain jouissant du moindre crédit parmi les savants ' ? • ^— « Concordance extraordinaire, s'écrie un savant professeur de la faculté des sciences , M. Beudant, qui ne peut être l'effet du hasard , et qui , en nous conduisant à admettre des faits que les livres saints ont voulu nous cacher, nous entraine aussi à reconnaître, dans les détails qu'ils nous ont laissés, une profondeur de connaissances (j[ui contraste d'une manière frappante avec l'ignorance des temps où ils ont été écrits * ! »
— « Cultivez avec ardeur les sciences abstraites et les sciences naturelles, » disait un des plus habiles interprètes de celle&-ci en s'adressant à ses collègues ; « décomposez la matière; dévoilez à nos regards surpris les merveilles de la nature ; explorez , s'il se peut , toutes les parties de cet imivers ; fouillez ensuite les annales des nations , les histoires des anciens peuples ; consultez sur toute la surface du globe les vieux monuments des siècle^ passés : loin d'être alarmé de ces recherches , je les encouragerai de mes efforts et de mes vœux. Je ne craindrai pas que la vérité se trouve en contradiction ave^ elle-même , ni que les faits , les documents par vous recueillis, puissent jamais n'être pas d'accord avec nos livres sacrés '. »
— « Si l'on considère que la géologie n'existait pas k
' Bviletinuniiversel det sdeneet, sect des Seienees naiureUes , t X, n» 187.
' Voyage fiUnéraiogiquê êi çéohçî^m m Bongrie,fhtp. 16.
^M.câocliy, Q»iaquetmotMa4re$$étouxktmmmd»baH99ÊS, tmi.
MOÏSE. k%i
m répoque à laquelle a été écrit le récit de la créati0n, c et que les connaissances astronomiques étaient pour lors c peu arancées , on est porté à conclure que Moïse n'a pu m deviner si juste que par suite d'une révélation. » C'est à cette conclusion qu'arrive le savant professeur de minéralogie et de géologie de Montpellier, dans sa Connogimie de Mciêe eomparie ainx faiu géologiques.
a Telles sont les principales données, dit encore M. Mara cel de Serres, que l'on trouve dans le livre sur lequel a nous avons appelé l'attention des hommes éclairés, li- « vre réellement étonnant , fait pour tous les Ages , et qui « a grandi avec eux. Merveilleux pour nous, il le sera bien « plus encore pour nos neveux , dont les esprits , perfeca tiennes parles lumières toujours croissantes des sciences, « en concevront mieux toute la portée , et pourront aussi « en apprécier davantage la profondeur et la beauté. — c Nos recherches auront peut-être sufQ à ceux dont l'es- « prit est dégagé de toute prévention ; quant aux autres , « nous n'avons jamais eu l'espoir de les convaincre : nou$ « savons trop qu'il est des maux de V esprit , ewmM du a cœur , qu'il n'est pas donné à l'homme de guérir, ni a même de soulager*, b
— Un autre professeur interrompt l'exposition de la science par cette réflexion pleine de sens : « Ici se pré- « sente une considération dont il serait difficile de ne pas « être frappé : — * Puisqu'un livre, écrit à une époque où les « sciences naturelles étaient si peu développées , renferme « cependant, en quelques lignes, le sommaire des consém quences les plus remarquables, auxquelles il ne pouvait « être possible d'arriver qu'après les immenses progrès « amenés dans la science par le dix-huitiàme et le dix-neu^
<ToaMl,p. metSlt; tn,p. 40t, 2«édit.
422 UVRE 11. CHAPITEB II.
a Yième siècle ; puisque ces conclusions se trouvetit en a rapport avec des faits qui n'étaient ni connus ni même a soupçonnés h cette époque , qui ne TavalenC jamais été a jusqu'à nos jours , et que les philosophes de touâ les c temps ont toujours considérés contradictoirement et sous a des points de vue toiyours erronés ; puisque , enfin , ce « livre y û supérieur à son siècle sous le rapport de la « science, lui est également supérieur sous le rapport de c la morale et do la philosophie naturelle y on est obligé a d'admettre qu*il y a dans ce livre quoique chose de supé- « rieur à Thomme , quelque chose qu'il ne voit pas y qu'il a ne conçoit pas> mais qui le presse irrésistiblement '. »
Je ne finirais pas^ si je voulais recueillir tous les témoignages de la science. Aux noms déjà cités et que j'ai prL^ comme au hasard, il faudrait joindre ceux de Buckland. d'Aubusson, de Chaubard y de Bertrand , de Margerin , de Ghampollion y de Rémusat, de Nodier, d*Eusèbe de SaUes . de Bourdon, qui tous viennent s'incliner devant la majesté de Mo'ise , et reconnaître en lui le souille de Dieu. Jamais tel accord ne s'est vu dans les divers interprètes de la science , jamais hommage plus désintéressé , plus spontané, plus éclairé, plus libre, plus concluant, n'a été rendu à la vérité. -* Malheur à celui qui n'en serait pas ébranlé l...
Disons donc, avec M. le comte de Las Cases: c Oui. 9 Moïse domine au-dessus des générations et des siècle^ « comme une colonne impérissable de vérité. Hérodote. « Manéthon , les marbres de Paros, les historiens chinois. « le sanscrit, toutes ces sources les plus anciennes du « monde demeurent de cinq cents ans , de nulle An^ au- (f dessous de lui; aucun de ces témoignages antiqnias
' N«?rée Bonbée, Bimmel de géoh^ie, 3» édft, p. «2.
< peut Titt^indrei 1q contredire, ni TalbSdjjr ; «a woir a traire , la nature et les hommes ^ trouvent de i<mtias « parts en harmonie parfaite avec ce qu'il dit. Ausii, ton*
< cbée de cet accord merveilleux ^ la foi religieuse Iriom^ n phe , et, frappée d*un tel résultat , i*incrédulijlé philof&o* ( pbique chancelle : vaincue par ses propres lumières, cHe <( 66 voit contrainte d*avouer qu'il j a dans tout cala quet « que chose de surnaturel qu'elle im comprend pas , maj# «c qu'elle ne saurait nier '. »
Tel est Uq3sb*
Donc, ^ poni^aulMiept m mm 4e la traditioi»t M tiom de Tauloriiii, au nom de la iiû {1nm« ii^réis an* (pielles on sent toujours le besoin de venir se rattacbm*), mais au nom des plus solides conquêtes de Tesprii bu» main , au nom de la science et du gtoie, *^it wàxjt gboiee
EN JL0I,
§ni.
JfMM cùtmdéri dans U réeié ék U chuté d$ VbomtM en Adam» a d$ lapr(nM$ê$ 4e $a réhabililoUon en Jiiu^ Chriii.
Si vous croyez en Moïse y vous devez croike ek moi , — disait Jésus-Christ ; — car c'est be moi que Ho'îse a
ûauT. «•» Si erederiiiê Ifoyiî, credêriUs (orùm $t mihi: iê me enimille ecripeit\ Cet argument s'adresse d'une manière dinicte h notre
' ExtraUde la 1** Carte kUtariq^ de Lnagê, * Imh., «. T, ▼. M.
^âfc LIV&E II. GHAPITEK U.
siècle ; il le presse de conclure , de l'autorité de Hoise , la divinité de Jésus-Christ.
Tout le monde est d'accord sur le rapport qui unit cette conclusion à son principe ^ les chrétiens , les déistes y et même en quelque sorte les juifs.
Les chrétiens ont de tout temps ^ comme on le voit par cette parole de Jésus-Christ y fait reposer le Christianisme sur le témoignage du Mosaïsme. Les déistes ont reconnu hautement le lien qui les unit^ en dirigeant sur Hoise leurs attaques contre Jésus-Christ. Les Jui& enfin ont confessé à leur manière la vérité de ce rapport, en attendant, sur la foi de la parole de Hoise , un christianisme cAimérîjiie , mais qui, par cela môme, prouve d^autant mieux, au profit du Christianisme vénUéU^ la force d'un rapport qui a pu dépasser son terme à ce point, et survivre à tant de déceptions.
Ainsi , quelque opinion qu'on ait sur le Mosaïsme ou sur le Christianisme, le fait, qu'il y a entre eux un rapport étroit, réunit toutes les opinions.
Donc, en établissant la vérité de Moïse, les sciences ont établi en même temps la divinité de Jésus-Christ ;
Donc , ramenés à la croyance en Moise , nous sommes ramenés en même temps à la croyance en Jésus-Christ.
Ce résultat précieux demande quelques développements, qui vont ôtre l'objet du dernier paragraphe de cet important chapitre.
L Dans le cœur du récit de Moise se trouve un fait générateur de la seconde révélation et de sa nécessité, et qui est comme le premier anneau de la chatne qui rattadie le Christianisme au berceau du genre humain.
Laissons parier Moïse dans toute la grave simplicité de