‹ Etudes philosophiques sur le Christian ismeChapitre 3 sur 12 · L*A}LISE · texte numérisé non relu

L*A}LISE

un Dieu, c'était do leur prédire en même tempo le succès et le triomphe, et surtout do l'accomplir : et combien cet accomplissement, déjà si prodigieux en lui-même, devait-il le paraître encore davantage aux Apôtres, par son rapport avec la prédiction ! a On est surpris d'abord , dit d' Aguesseau , « que Jésus-Christ ait trouvé des disciples en ne leurannon- « çant que des tribulations et des croix; on cesse de l'être «t quand on envisage ce qu'il promet et ce qu'il tient dans « le moment même qu'il le promet. Pour le promettre, il « fallait être prophète; pour le tenir, il fallait être Dieu*. »

Une dernière considération veut être présentée.

Ce qui fait le succès des choses humaines , c'est l'habileté et la force. Mais le succès des choses humaines est toujours caduc, et porte dans ses flancs la cause même de sa ruine : cette cause, c'est ce qu'il y a d'éphémère dans l'habileté et la force humaines , touiours courtes par quelque endroit, comme dit Bossuet, et trouvant des pièges et des précipices dans leurs précautions mêmes et leur grandeur. Si donc Jésus-Christ , pour fonder et perpétuer son entreprise , eût pris des conquérants et des philosophes , cette entreprise eût été emportée comme les conquêtes et les systèmes le sont toujours , à moins que , par une dérogation éclatante aux lois de la nature , il n'eût perpétué ostensiblement la force et l'habileté dans une suite d'hommes, miracle qui aurait commandé notre foi, c'est-à-dire, l'aurait détruite. En prenant, au contraire, la faiblesse et l'ignorance, et en soufirant même l'imperfection dans ses ministres , le divin fondateur de l'Église éprouvait notre foi, et puis il prenait ce qu'il y a de plus constant, de plus naturel, et, si on peut le dire , de plus fondamental dans la nature humaine, qui, en effet, en revient toujours là. Il écartait

« D'Aguesaean, Rifiezhns (UverM tur /éncs-ChrUt , \./*N ,^- '^*!^'^*

tous les obstacles humains , en se passant de tous les secours humains. H mettait son édifice hors de prise, ou plutôt il lui faisait trouver son assiette dans les attaques mêmes dont il serait Tobjet, parce que ces attaques, tendant à l'affaiblir humainement, le replaçaient dans la condition première de sa vitalité , qu'on peut formuler ainsi : Le secours divin en raison directe de la faiblesse humaine , selon cette parole de FÂpôtre ; Quuminfirtnior, tuncpoten$sum. Par là rÉglise , semblable au géant de la Fable , devait retrouver la force de Dieu , alors qu'on lui faisait perdre les forces de l'homme. On la sauvait en la terrassant , parce qu'on la remettait en contact avec le principe même de son existence : l'humiliation, le martyre, la Croix de Jésus- Christ. Ce qui faisait dire à saint Léon que la Religion foth dée sur la Croix de Jésus-Christ ne peut être détruite par aucun genre de cruauté. L'Église pouvait être passagèrement escortée de force et de génie , et voir marcher hiunblement sur ses traces les savants et les rois , dont elle se servirait moins alors qu'elle ne les consacrerait pour le bonheur de l'espèce humeiine; mais elle devait aussi, le plus souvent , être insultée et proscrite , comme la Vérité l'a toujours été ; et alors , rien qu'en secouant la poussière de ses pieds , elle reportait la terreur dans l'âme de ses ennemis, et, leur abandonnant sa croix d'or, elle s'appuyait sur sa croix de bois, cette croix de bois qui a vaincu le monde'.

Sans doute il devait bien résulter de là mi miracle , celui d'une institution toujours attaquée, ne se défendant jamais et se relevant toujours : mais ce miracle est moins

* On connaît ces belles paroles de M. de Montlosier à l'AsMiiiblée constituante : « Vous voulez leur enlever leur croix d'or : eh bien, ils poito- « roat utto croix de bois; et c'est une croix de bois qui a sauvé le rnoôdel •

L'ÉfiLISB. 167

sensible et moins à découvert, et demande plus d'attention pour être aperçu. La faiblesse apparente de TÉglise trompera toijyours les impies j et exercera toujours la foi des croyants. Ceux-là, confiants dans le succès et le bruit passager de leurs persécutions, se flatteront toujours de remporter ; ceux-ci, se voyant réduits aux dernières extrémités, seront toujours tentés de désespoir. Jésus-Christ dort souvent dans la barque de Pierre, et alors les tourbillons fondent sur elle, et les apôtres s'écrient : <c Maître, nous péris- « sons ! » Mais Jésus, se levant, parle bientôt aux tempêtes, et il se fait un grand calme. L'illusion produite par ces vicissitudes de l'Église n'a pas cessé , et ne cessera jamais. A l'origine, on se fondait sur sa jeunesse, et Julien l'apostat disait : Elle n'a que trois cents ans^l De nos jours, on se fonde sur sa vieillesse , et un autre philosophe nous dit : Elle n'en a pliis que pour trois cents ans\ Cependant elle poursuit sa carrière sans s'inquiéter de ces obscures prédictions, funestes seulement à leurs auteurs, confiante dans cette seule prédiction qui lui a promis les siècles pour durée , et qui lui tient si bien parole depuis dix-huit cents ans.

a C'est par une dispensation toute volontaire , dit le ju- € dicieux Nicole , que Dieu a voulu qu'il en fût ainsi. D a pouvait se fcdre suivre de toute la terre dès le commena cément de sa prédication. Mais c'aurait été un miracle a trop visible et trop éclatant, qui l'aurait trop découvert « aux hommes. Il a donc mieux aimé établir sa Religion par « un progrès qui frappât moins les esprits, et dans lequel a la vertu divine qui l'opérait fût plus cachée. Mais quoi- « qu'elle soit cachée à la plupart du monde , ceux néan- « moins qui considéreront ce progrès avec l'attention qu'il

■ Cbatetubriand, deuxième Élude Mstor.

108 CUAPITRK 3L1I.

a mérite ne pourront s'empêcherd'y reconnaître cette vertu a qui le produit^ et qui le distin^e infiniment des progrès a que les opinions des hommes peuvent faire. Il n'en est a pas moins miraculeux, pour être caché et obscurci. Hais a il arrive seulement de là qu'il n'y a que les esprits at- « tentifs et non préoccupés qui le découvrent, et c'est là a proprement le dessein de Dieu. Il ne veut pas cacher ses a œuvres à ceux qui aiment la vérité sincèrement : mais il a ne les veut pas découvrir aux superbes , qui ne jugent <i des choses que par caprice et par passion; et c'est ce a qu'il fait en les couvrant de la ressemblance des œuvres a des honmies , et en les distinguant néanmoins par des a différences réelles et effectives qui paraissent clairement a aux amateurs sincères de la vérité, et ne paraissent point a aux autres '. »

Telle est la sagesse qui éclate dans le choix de la matière dont Jésus-Christ a composé son Église. — Étudions-la maintenant dans la forme ^'il lui a donnée.

II. a En ce temps-là, dit l'Évangile, Jésus, suivi de la « troupe de ses disciples , monta sur une montagne , et 3 (c appela à lui ceux qu'il voulut, vocavit ad se quo$ voluit (K ipse: et ils allèrent à lui. — n en appela ainsi de manière <x à ce qu'ils formassent le nombre de douze , et fedt ut « essent duodecim , pour être avec lui et les envoyer prête cher. — Et il imposa à Simon le nom de Piéire, — Les « autres étaient, etc. *. »

Dans ces premières paroles nous apparaît la première forme et comme l'ébauche de la constitution de l'Église. — Environné d'une troupe de disciples , Jésus-Christ S6 met à

' Essais de morale, t. IX, p. 445.

'Marc,m,iZeismT.

L'iOLUE. 169

iisianco , et il en appelle à lui douze qu'il choisit : voilà Tine première agrégation. — Vient ensuite un second choix dans ce premier choix , celui de Pierre , en qui se consomme l'unité qui est la forme essentielle de l'Église , comme elle Test de la Vérité.

Nous allons voir bientôt l'opération divine se compléter, et cette pensée, de la concentration de l'ÉgUse dans le choix et la primauté de Pierre , encore enveloppée , se dégager, et nous apparaître avec la plus grande énergie.

Quant à présent , remarquons que le choix des douze ne laisse rien à désirer, qu'U est formel et nettement exprimé : Vocavit ad se quos voluit ipse... et fecit ut essent duodecim.

Ce qui vient corroborer la vérité de ce fait , c'est que depuis ce moment les saints Évangiles parlent constamment des douze comme formant l'escorte du Sauveur, et comme étant, dans une foule de circonstances, les confidents de ses desseins et les mandataires de ses volontés. Entre autres passages se distiague celui où il leur donne ses instructions pour la grande mission de la prédication de l'Évangile : a Jésus , ayant appelé ses douze apôtres , leur donna puisa sance et autorité sur tous les démons, avec le pouvoir de a guérir les maladies ; puis il les envoya prêcher le royaume ta de Dieu, et il leur dit, etc. ^ » — Il est vrai que le même é vangéliste parle , dans le chapitre suivant , d'un choix de soixante-douze disciples pour travailler avec les Apôtres à la même mission ; mais il distingue ce second choix du premier. « Ensuite, dit-il, le Seigneur choisit encore soixante a et douze autres disciples qu'il envoya... et il leur disait : ce La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers, etc. » Post hœc autem designavit Dominus et auos septuaginta

' Luc.chap. i\. Y. 1.

170 CUAPIT&B XU.

duos^. Ces soixante et douze disciples ne sont jamais confondus dans les autres parties du récit avec les douze ApAtres : ceux-ci reviennent toujours en première ligne. Quand on veut parler de Tun d'eux , on dit habituellement tun des douze ; et , après la défection de Judas , l'un des onze. Par cette dernière raison, c'est aux onze qu'au moment de monter au ciel Jésus-Christ remet y comme nous le verrons , ses pouvoirs *. Et enfin , nous lisons dans les Actes des apôtres que Jésus étant monté au ciel, a après avoir instruit par le a Saint-Esprit les Apôtres quHl avait choisis , » le premier acte de ceux-ci fut de se réunir à la vota; de Pierre pour compléter le nombre de douze , en nommant un remplaçant à Judas j qui a avait été compris dans notre nombre , dit- (c il , et était entré en partage du même ministère , » qui connumeratus erat in nobis y et sortitus est sortem ministerii hujus; mais qui, par sa déchéance et par sa mort, (( avait donné lieu à ce qu'un autre prit sa place dans Té- 0 piscopat, » et episcopatum ejus accipiat alter. Alors, disent les Actes , ils tirèrent au sort , et le sort tomba sur Hathias , a et il fut associé aux onze » et annumeraius est cum undecim '.

La vérité de ce fait (du choix des Apôtres par Jésus- Christ) ne laisse dona rien à désirer; et lui-même s'en est expliqué formellement par ces paroles : a Ce n'est a pas vous qui m'avez choisi ; mais c'est moi qui vous ai (c choisis et qui vous ai établis, afin que vous alliez et que a vous portiez du fruit , et que votre fruit soit perma- « nent. » Non vos me elegistis; sed ego elegi vos, etpoiui

' Luc, chap. X, Y. 1.

» Matthieu , ch. xxvii , v. 16. — Marc, ch. xvi, t. 14. — Luc, cb. xhv,

^ Actes dêi Apôtres 9 chap. i.

l'église. 171

vos u( eatis, et fructum afferatis, et fruetus vester fnaneat\ Mais ce premier choix , aTons-nous dit, n*est qu'une préparation et qu'un acheminement à un second choix plus resserré, plus circonscrit, plus Un ; et ce second choix est celui de Pierre.

C'est ici que nous allons yoir Jésus-Christ mettre la dernière main à son ouvrage . Les douze sont comme des pierres disposées qui attendent la pierre fondamentale , pour ne &ire avec elle et par elle qu'un seul édifice.

Déjà, dès le commencement, nous avons vu que, lors de la vocation des douze, l'un d'eux, Simon, fut l'objet d'irne consécration particulière et distinctive, a et il imposa à

< Simon le nom de Pierre , » et imposuit Simoni nomen Petrus*. — Un autre évangéliste, saint Jean, reproduit le même fait d'une manière plus explicite : a Jésus l'ayant

< regardé, lui dit : Yousètes Simon, fils de Jean ; vous serez c appelé Céphas, ce qui veut dire Pierre, b Intuitus autem eum JesuSj dixit : Tu es Simon, filius Jona: tu vocaberis Cephas (quod interpretatur Petrus').

Avant de passer à d'autres textes plus explicites encore, remarquons déjà combien la pensée du Sauveur commence à se dessiner dans celui-ci.

C'était un usage répandu, chez les docteurs juifs, de donner un nouveau nom à leinrs disciples , dans les occasions où ceux-ci faisaient preuve d'une grande supériorité ou d'une rare vertu. Cet usage semblait remonter jusqu'à Dieu lui-même, qui avait souvent marqué de cette manière, dans la vie de ses serviteurs, un événement important qui servait d'introduction h un ordre de choses nouveau. C'est

' Jean, xv, v. 16.

* Marc, m, 13 et suiy.

^ieiOyChap. i, y. 42.

172 CHAPITHË XII.

ainsi qu'il changea le nom d'Abraham et de Sara lorsqu'il fit avec le premier Talliance dont la circoncision était le signe, lorsqu'il promit à l'autre qu'elle enfanterait dans ses vieux jours, et qu'il ajouta que d'eux naîtraient des rois et des nations. Ainsi encore Jacob reçut de Dieu le nom d'/5rctël (qui veut dire fort), lorsque, après sa lutte contre l'Ange, il lui fut dit qu'il lui serait toujours donné de prévaloir contre les hommes. C'est une distinction pareille que reçut Simon lorsqu'il parut devant Jésus-Christ, qui lui imposa ainsi un nom nouveau ) a Tu es Simon, fils de Jonas ; a tu seras appelé Cqphas.

Par analogie avec les exemples plus haut cités, nous devons nous attendre à ce que ce nom fasse allusion aux desseins dont il était l'objet. C'est ce qui a lieu en effet : le nom de CéphaSy nous dit l'évangéliste, signifie Pierre (Kiphoy en langue syriaque, signifie un £00). C'est donc comme si le Sauveur eût dit à cet Apôtre : « Entre tous les autres « apôtres tu seras le roc\ »

Mais laissons la pensée du Sauveur sortir d'elle-même , et se déployer dans toute sa magnificence. La scène va s'agrandir, s'élever ; nous allons assister à un drame sublime de simplicité et de profondeur, et tout à fait digne des grandes destinées de l'Église , dont la main du Christ va poser le fondement.

Écoutons les divins récits, et réservons nos réflexions.

a Jésus , étant venu aux environs de Césarée , interro- « gea ses disciples , et leur dit : — Que disent les hommes a touchant le Fils de l'homme? Que disent-ils que je suis?

a Ils lui répondirent : — Les uns disent que vous êtes « Jean-Baptiste ; les autres , Elie ; les autres , Jérémie, ou « quelqu'un des prophètes.

* Wiseman, Confér. sur le Protest,

l'église. 173

a Jésus leur dit : — Et vous autres ^ qui dites-vous que a je suis?

a Simon Pierre répondant dit : — Vous êtes le Christ, a le Fils du Dieu vivant.

<r Jésus lui répondit : — Tu es bienheureux , Simon, fils a de Jean , parce que ce n'est point la chair ni le sang qui a t'ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans les oieux.

a Et je te dis, moi, que tu es Pierre, et que sur cette a Pierre je bâtirai mon Église, et que les portes de Fena fer ne prévaudront jamais contre elle.

a Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et a tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, a et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les a cieux*. »

Cette scène se passe dans le cours de la prédicati(m du Sauveur , et avant sa passion. Elle ne renferme, à l'égard de Pierre, qu'une promesse : a Je bdtirai. . . je te donnerai.. . » Mais le mystère de la Rédemption s'est accompli, Jésus- Christ est ressuscité ; il a apparu , et donné ses dernières instructions à ses Apôtres -, il va quitter la terre , que S(m pied touche pour la dernière fois. Ici nous devons nous attendre à quelque chose de plus définitif.

a Après donc qu'ils eurent dtné , Jésus dit à Simon ce Pierre : Simon, fils de Jean , m'aimez-vous plus que ne a font ceux-ci? — Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, oc vous savez que je vous aime. — Jésus lui dit : Paissez a mes agneaux.

« 11 lui demanda de nouveau : Simon, fils de Jean, m'aia mez-vous? — Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous a savez que je vous aime. — Jésus lui dit : Paissez mes m agneaux.

* I^Tatthien , chap. xti , y. 13 et sniv.

i*Ik CHAPITRE XII.

« n lui demanda pour la troisième fois : Simon y fils de ce Jean, m'aimez-TOUS? — Pierre, centriste de ce que, pour ce la troisième fois, il lui avait dit STaimez-vaus, répondit : a Seigneur, vous connaissez toutes choses; vous savez ce donc que je vous aime. — Jésus lui dit : Paissez mes €brMs\ »

Enfin, pour compléter nos citations sur ce sujet, ajoutons im passage qu'on néglige trop souvent, et qui cependant, par son rapport avec les autres , entre lesquels il doit se placer, met encore en saillie la prérogative et la fonc- ' tion du Prince des apôtres, comme Grotius lui-même, dans son commentaire du passage précédent, ne peut s'empêcher de l'appeler *.

C'était la veille de la passion du Sauveur , et pendant ce repas de la P&que, où les entrailles de sa charité se rompirent pour ainsi dire en des paroles du plus ineffable amour. Une discussion s'engage entre les Apôtres , sur le point de savoir lequel d'entre eux devait passer pour le plus grand. Jésus leur dit qu'à la différence des grands de la terre , le plus grand d'entre eux devait se considérer comme le plus petit, et le serviteur des autres ; puis, comme s'il eût voulu désigner quel devait être , à ce titre, le plus grand d'entre eux ' , il adressa à Pierre ces paroles solennellement touchantes : a Simon ! Simon 1 voici que Satan « a demandé de vous cribler tous comme l'on crible du froa ment; mais j'ai prié pour vous en particulier ^ afin que « votre foi ne défaille point : lors donc que vous aurez été « converti, ayez soin d'affermir vos frères*. »

' Jean, diap. xxi, y. 15.

* Hng. Grotiu8, Ànnot, in Nov. Testam, adJoann. xxi, 15.

' De là ce titre qu'ont pris les papes, de serviteur des serviteurs de Déeu,

* Lue, cbap. x%n , y. 24-Sl .

L'iteuSE. 175

DoûnoBS maintenant un libre cours aux réflexions qu*a fait naître en nous chaque mot de ces grands récits.

n y a entre les deux premières scènes un rapport évident ; car, dans la première, le Sauveur promet à Pierre ce qu'il lui accorde dans la seconde.

Et voyez tout l'enchaînement de cette conduite de Jésus-Christ , et combien son dessein se détache peu à peu, et apparaît enfin avec la plus incontestable évidence.

Dès la vocation des Apôtres , il distingue Simon en lui imposant le nom de Pierre; distinction qui renferme le germe de la fonction capitale qu'il doit lui inférer plus tard.

Plus tard en effet, et dans le cours de ses prédications, mais avant son sacrifice, il découvre à cet Apôtre , en présence de tous les autres , tout ce qui était contenu dans le nom emblématique qu'il lui avait donné, a Tu es Pierre, « et sur cette Pierre je bâtirai mon Église, et les portes de tf l'enfer ne prévaudront point contre elle; et je te donnerai a les clefs du royaume des cieux, etc. »

Toutefois , ceci n'est encore qu'un projet , qu'ime promesse. Le moment n'est pas encore venu, pour l'Église, de succéder à Jésus-Christ; mais ce moment approche , et la sollicitude divine se repose encore d'une manière toute spéciale sur le chef futur de l'Église , et laisse voir le fond de la même intention à son égard. <c Simon 1 Simon! voici « que Satan a demandé de vous cribler tous; mais j'ai prié « pour vous en particulier, afin que votre foi ne défaille « point : lors donc que vous aurez été converti, ayez soin « d'affermir vos frères. »

Enfin, le moment de l'accomplissement des desseins de Dieu sur son Église est arrivé. Jésus-Christ va q}3i\^^ \^ terre, et l'Église va s'en emparer. Ceal aXots ^^\feeQar

176 GHAPITHE XII.

Christ réalise sa fondation , et que Pierre , qui n*en avait été jusque-là que le pontife nommé , reçoit Tinvestitare pontificale par ces paroles trois fois répétées : Paissez mes agneauxy paissez mes hrébis.

Que peut-on voir de plus formel , de plus soutenu, de plus achevé, que cette pensée, que cette volonté quise déploie progressivement pendant tout le cours de la vie mortelle de Jésus-Christ, et qui, de Tétat de projet et de promesse , passe enfin à l'état d'exécution au moment précis où les destinées de l'Église vont commencer? Quand nous n'aurions que cette dernière scène, où Jésus-Christ confère formellement à Pierre la juridiction de pasteur de l'Église, et quand môme nous ignorerions les promesses précédentes qui lui en avaient été foites , il ne serait pas permis d'élever la plus légère controverse à ce sujet. Mais combien cela devient-il plus palpable encore par son rapprochement avec ces diverses promesses! Comme ces promesses et cette exécution se fortifient et se complètent réciproquement! Et conçoit-on qu'un si grand nombre de nos iBrères séparés puissent encore douter d'une vérité aussi évidente et aussi incontestable ?

Ne craignons pas de trop nous appesantir sur un siyet si intéressant et de si grande conséquence ; et, de ce coup d'œil général , passons à im examen détaillé de certaines circonstances qui sont les accessoires de la pensée de Jésus-Christ. Là encore, nous verrons cette pensée se refléter de la manière la plus expressive.

Arrôtons-nous d'abord à la première scène , où Jésus- Christ promet à Pierre de faire de lui le fondement de l'Église.

Déjà il avait choisi ses matériaux , et fait ses discipltf (i*iwe troupe de pêcheurs. Pamv e.^vVi^ Ve^\vç^ il en a ébaii

l'église. 1T7

douze y qui doivent être comme les colonnes de Tédifice. Mais Toici le moment solennel , le choix des choix lui reste à faire; il s'agit du fondement, du chef, sur qui tout doit porter, qui doit tout recevoir d'abord , et par qui tout doit se transmettre et se distribuer ensuite. Pour cela, voyons ce qu'il va faire , et quels vont être les caractères et les épreuves de ce choix important.

n appelle tous ses disciples : les voilà devant lui; il va d^abord les sonder de loin : a Que disent les hommes tou- « chant le Fils de l'homme? que disent-ils que je suis?

(c Ds lui répondirent : Les uns disent que vous êtes ]eana Baptiste ; les autres , ÉUe ; les autres , ]érémie , ou quelcf qu'un des prophètes. »

Voilà l'incrédulité générale de tous les hommes, la varia* tion, la diversité des doctrines. — C'est tout cela qu'il s'agit précisément de réformer, et de ramener à la foi, à l'unité.

Maintenant, la question du Sauveur va devenir plus directe , et l'épreuve plus décisive.

« Jésus leur dit : Et vous autres , que dites-vous que je c suis? D

Ah! sans doute ils vont tous répondre à la fois comme à la première question; ils vont s'écrier, d'une voix unanime, Tous êtes Dieul et le choix va devenir incertain.

Non.

La foi n'est pas également vive chez tous les ÂpAtres , et l'un d'eux, celui-là même à qui Jésus-Christ avait imposé précédemment le nom de Pierre , les prévient tous , et se désigne lui-même , sans s'en douter, au choix du Sauveur. « Simon-Pierre , prenant la parole , lui dit : Vous êtes le « Christ , le Fils du Dieu vivant ! »

La promptitude et la fermeté de cette réponse ont fixé le thoix : voilà le fondement de TÉgUse qj3i àoVt fiOTfissNS^

178 GHAPITRB XII.

quer la foi en Jésus-Christ à toute la terre , et en garder h jamais le dépdt. C'est par Texcellence de la foi que doit se distinguer ce fondement; aussi^ plus tard, Jésus-Christ priera-tril en particulier pour lui , afin que sa foi ne difaille point, et qu'il ait soin d' affermir ses frères.

Ici la scène s'élève , et prend un caractère solennel. Tous jes disciples s'efTacent ; il ne reste pour ainsi dire que Pierre et Jésus-Christ. Une communication intime s'établit entre Simon y fils de Jean, et le Christ , Fils du Dieu vivant, c'est-à-dire, entre la terre et le ciel : « Tu es bienheureux, a Simon, fils de Jean, dit le Sauveur, parce que ce n'est « point la chair et le sang qui t'ont révélé ceci, mais mon a Père, qui est dans les cieux, » (c'est-à-dire, Ne te glorir fie pas de ce choix dont tu vas être l'objet ; tu n'es pas méritant, mais bienheureux; car la foi qui te distingue est un don que tu as reçu, et dont la source , qui doit se répandre par toi sur toute la terre, n'est pas en toi, mais esa Dieu). Et maintenant que tu es choisi pour ce grand dessein, tu n'es plus Simon, fils de Jean le pécheur; mais je te dis que tu es Pierre , le premier des pontifes de mon Église, avec la même vérité que tu as dit que j'étais le Christ, Fils du Dieu vivant, a Et je te dis, moi, que tu es Pierre, m et que sur cette Pierre je bâtirai mon Église ; et les portes vc de Venferne prévaudront point contre elle... »

La portée de ces dernières paroles est surhumaine : il faut en convenir. Le fondateur de l'Église prévoit à l'avance tous les maux qui vont fondre sur elle , tous les assauts qui vont être livrés à son existence , à son indépendance , à son unité , à son autorité : les persécutions , les schismes , les hérésies , les apostasies , toute cette longue traînée de mépris , d'ii^jures , de ruses , de violences et de 0dng; depuis Néron jusqu'au persécuteur de Pie YII et à

l'équse. 179

ceux de Pie IX ; depuis Ceise et Julien jusqu'à Voltaire ; depuis Arius jusqu'à Luther et Lamennais, et tout ce que les siècles futurs renferment et renfermerontd'efforts faits pour la renverser ; il voit, en un mot, toutes les portes de Tenfer déclarées contre son Église , sans que celle-ci leur oppose autre chose que la Foi , la Patience , la Vérité. . . ; et il prédit en même temps que c'est l'Église quiFemportera ; et comme il l'a prédit, il l'a tenu. Certes, la foi grandit appuyée sur ce double prodige, et elle redit, avec d'Aguesseau : Pour h prédire , il fallait être prophète; pour le tenir, il faut être Dieu.

En même temps Jésus-Christ ajoute : a Et je te donnerai a les clefs du royaume du ciel , et tout ce que tu lieras sera a lié , et tout ce que tu délieras sera délié, d Pouvoir qui devait bien être transféré plus tard à tous les Apôtres, comme nous le verrons , mais qui est promis ici d'une manière toute spéciale à la personne de Pierre , en tant que leur représentant et leur chef.

La seconde scène , qui nous représente Jésus-Christ réalisant et achevant ce qu'il avait promis et commencé dans celle-ci , n'est pas moins significative dans ses détails. Au moment de retourner à son Père , il s'adresse encore particulièrement à Pierre en présence des autres disciples, et lui fait par trois fois cette question : <r Pierre , m'aimezflc vous? » Et remarquez la première question, dont les deux autres ne sont que la répétition : a Pierre, m'aimez-rous plus que ceuoD^J » Ainsi, il ne demande pas seulement à Pierre un amour ordmaire, mais un amour $upérùwr à celui des autres disciples ; et cette supériorité dans la condition nous fait déjà pressentir la supériorité dans la fin qu'il se propose. Aussi, sur la réponse affirmative de Pierre, il l'institue, par trois fois, PoMlmr de son irovipMM*

Comme un architecte qui s'assure bien du fondement avant de lui confier l'édifice, pour Yoir s'il est capable d'en porter le faix ^ Jésus-Christ , par ces trois questions y veut éprouver si Pierre a les conditions voulues pour l'objet auquel il le destine ; et cet objet est de fonder en lui le grand principe de l'Unité , qui doit recevoir la vérité chrétienne pour la soutenir au milieu du monde. Or, cette imité doit être teUe que , en premier lieu, toute l'Église, c'est-à-dire, tous les Apôtres, tous les disciples et tous les chrétiens, ne fassent qu'un et se résument en la personne de Pierre, ce qui est exprimé par ces paroles : a Sur cette Pierre je « b&tirai mon Église., • ; d et, en second lieu, cette unité doit consister aussi en ce que Pierre lui-même , à son tour, en tant que représentant toute l'Église, ne fasse qu'un avec Jésus-Christ (un par la foi, un par l'amour), comme Jésus-Christ lui-môme ne fait qu'un avec Dieu ; et qu'ainsi Pierre soit le centre et comme l'anneau de jonction de la terre et du ciel ; ce qui nous ramène à ces mémorables paroles du Sauveur : a Père saint , conservez en votre nom « ceux que vous m'avez donnés,'afîn qu'ils soient un comme a nous! Je ne prie pas seulement poiu* eux (les Apôtres), « mais encore pour ceux qui doivent croire en moi par leur « parole » (les chrétiens de tous les lieux et de tous les temps, en ce moment présents à la pensée de Jésus-Christ), « afin que TOUS ne soient qu'UN. Comme vous, mon Père, « êtes en moi et moi en vous , qu'ils soient de mime UN

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