EN NOUS
Quel enchaînement admirable ! et quel est l'esprit assez
mal fait pour ne pas en être ravi ! l ! Déjà le siège principal
de l'unité , qu'on a justement défini Vunion dans h nom-
hre, se trouve, par nature, dans le mystère de la Trinité,
en rerta daqael le Père et le Fils ne font qu'un par le Sainl"
l'église. 181
Esprit ou ramouj'. Ce principe derunité va se dilater avec cet amour qui en est le lien, et dont le propre est de descendre Yers son objet et de Télever à lui pour se l'identifier; et Jésus-Christ , se faisant homme par cet amour, va unir à lui la nature humaine et la faire entrer avec lui dans l'unité divine , en la réconciliant à son Père sur la croix. Mais ce n'est pas encore assez : cette unité ne s'arrêtera pas à Jésus-Christ comme représentant la nature humaine ^ elle se dilatera de nouveau , de manière à embrasser tous les hommes de bonne volonté dans le même lien , et les rendre participants de Jésus-Christ comme Jésus-Christ est participant de Dieu; et cette extension, cette participation de l'unité divine en Jésus-Christ , se fera par l'entremise de l'Église, laquelle ne fait qu'Un en la personne de Pierre, qui lui-même ne fait qu'Un avec Jésus-Christ ^ qui ne fait qu'Un avec Dieu. C'est ce que signifient ces trois questions adressées à Pierre par Jésus-Christ : Pierre , m'aimexr^ous plus que ceux-ci? c'est-à-dire vous, sous la houlette de qui je vais réunir mon Église, êtes-vous, vous-même, bien uni à moi? car c'est vous qui devez être la pierre angulaire de cet édifice. STaimez-vouê? Il ne lui dit pas : Avez-vous du génie pour dominer le monde? Avez-vous des armées pour le conq[uérir? Avez-vous des ressources pour le gagner? Mais , jrattiie2-DOtts?pour exprimer encore une fois que l'union avec Dieu était la condition essentielle de son choix. Et remarquez combien les réponses de Pierre sont belles de simplicité! Après avoir répondu par deux fois, a Oui , Seigneur, vous savez que je vous aime , » il aime si véritablement qu'il ne peut porter la troisième question , et que son cœur, contriêii de cette longue épreuve , déborde en ces mots : a Seigneur, vous savez toutes choses , vous
a connaissez que je vous aime ; » paro\e& xvoûr%»à««^^s^ m. ^^
182 CHAPITRB XII.
pleines d'amour, mais aussi pleines de foi , car elles signifient : a Vous êtes Dieu , et vous me demandez ce que votre « puissance toute seule suffît pour vous faire découvrir! » -*- Jésus-Christ, en effet, n'avait pas besoin de questionner les Apôtres sur leur amour et sur leur foi, pour savoir lequel d'entre eux devait être le fondement de l'Église ; mais s'il l'a fait, c'est pour frapper leurs esprits d'hommes, et pour instruire par eux tous les hommes sur les eonditions de l'unité qui doit les unir tous à la même Église ; l'Église à la personne de Pierre ; et Pierre à Jésus-Christ , qui l'est à Dieu : cette condition , c'est l'esprit d'amour et de foi.
Voilà donc VJJniti^ caractère essentiel du grand corps de l'Église , comme il l'est de la vérité ' ; mais ce caractère en appelle tout de suite xm autre comme son garant, c'est V Autorité. Aussi Jésus-Christ ajoute immédiatement dans la première scène : « Et je vous donnerai les clefs du « royaume descieux, etc. » Et dans la seconde : a Paissez a mes brebis *. d
I « Le caractère essentiel de la vérité, a très-bien dit M. Goiiot » et pré- « cisément ce qui en fait le lien social par excellence , c'est rimité. La <t vérité est une : c'est pourquoi les hommes qui Font reconnue et acceptée « sont unis; union qui n'a rien d'accidentel ni d'arbitraire, car la vérité « ne dépend ni des accidents des choses ni de l'incertitude des hommes; « rien de passager, car la vérité est étemelle ; rien de borné, car la vérité • est complète etmfinie. Comme de la vérité, l'unité sera donc le caractère « essentiel de la société qui n'aura que la vérité pour objet, c'est-à-dire « de la société purement spirituelle. Il n'y a pas , il ne peut y avoir deux « sociétés sphritqelles; elle est de sa nature unique et universelle. Aîiaiest «I née relise; de U cette unité qu'elle a proclamée comme son principe, « cette universalité qui a toujours été son ambition. » ( Histoire de la civilisation en France, t. I, p. 316. V
* Apièa a¥oir ti bien reconnu le eartclère distu»ctif de la vérité et de
ll^ise : X Unité, M. Gu^ot essaye d'en éviter la condition réalisatrice :
{Autorité, préoccupé qu'il est de sauvegarder un autre principe qui peut
cependant trèe-hieià , comme bous le verrons, se concilier «rec elle : la ii-
LÉOLISE. 183
Poiiit de véritë, en effet , sans unité; car la vérité est une, ou elle n'est pas : mais point d'unité sans autorité, sans un centre de ralliement qui appelle à lui les divergences; et enûn point d'autorité véritable et légitime que celle de Dieu ou qui vient de Dieu, — C'est donc une parfaite sagesse que celle qui, dans l'institution de l'Église, a fondé pour nous la possession de la vérité sur l'unité , l'unité sur l'autorité, et l'autorité sur la parole de Dieu.
Qu'était la vérité sur la terre avant la venue de Jésus*- Christ , la vérité sur Dieu , sur l'homme , sur nos devoirs et nos destinées? C'était quelque chose d'insaisissable à forée d'ôtrc multiple et flottant , qui ne pouvait se préciser ni se fixer non-seulement entre deux hommes, mais dans le mémo homme ; qui s'évanouissait sans cesse pour se reformer sous mille hypothèses, sous mille systèmes, et ne lîiisser rien de certain que Vincertitudo même*. Il y avait
bcrfe, Mais il ne peut cependant pas se dissimuler entièrement la lacune qiii ^ ide sa conception , et voici comment il cbercht è la couTrir, plutôt qu*à la combler : « Si elle est libre, la rolonté n'est point arbitraire. S*il H 7 a droit d'examen pour la raison indiTÎdaelle , elle est cependant subor- « donnée.... à cette raison générale qui sert de meture , de pierre de " ioi'ciic à Icus Us esprits, » ( P. 919. ) Franchement , j'en appelle du pliil')so[h«« ail puMiciste, du professeur à l'homme d'État : que serait cette raison générale sans YÈf^iae qui Va formée, et qui la maintient comme |)ar une force centrale de graTitatiooJf Qu'était-elle chez les andeos? que devient-elle chez les hérétiques et les philosophes? U fout évidemment une autorité plus consistante , plus distincte , plus visible , plus haute que to raison générale, et que celles suppose nécessairement comme son prin^ cipe : c'est l4 Raison divine révélée en monde en Jésus*Clhrist , et fiiée per hii au sein de l'Église : voilà la véritable PicaaB ne Toucne des esprits.
I « La diversité des opinions , les dissentiments des honunes, nous décon- « certent, écrivait CIcéron ; les notions qui varient selon les personnes , et « qui , pour la méine personne , ne restait pas teojours les mêmes, nous « les traitons de fictions. » ( De Legïbus , lib. I , $ H. ) -* C'est à propos de la distinction du bien et du mal , de Vhonnite et du honteux^ c'est-à-dire, de ce qu'il devrait y avoir de plus clahr et de plus eeilain , que CIcéron s'exprime ainsi.
184 CHAPITRE Xll.
cependant des vérités naturelles qu'on entrevoyait, mais qu'on ne pouvait fixer : et d'où cela venait-il , sinon de ce qu'il n'y avait pas d'unité , chacim donnant son avis , bâtissant son école , élevant sa chaire pour enseigner à sa guise , en ne prenant soi-même le plus souvent pour règle que la fureur de se distinguer, c'est-à-dire , de s'isoler et de se désunir? Et cette absence d'unité, d'où venait-elle, si ce n'est de l'absence d'autorité, qui faisait que nul homme n'avait le droit de dire à un autre , Tu penseras comme moi , et de se dire à lui-même : Je penserai demain comme aujourd'hui ? Et enfin , pressant davantage les choses , d'où venait l'absence d'autorité , si ce n'est de ce que l'homme , ayant rompu le lien de soumission qui l'attachait originairement à l'autorité suprême de Dieu, avait vu se rompre, du même coup , tous les liens par lesquels il se tenfldt soumis à lui-même , et imi à ses frères dans une commune soumission à Dieu?
La soumission est le premier devoir de l'homme ; elle est aussi le principe et la base de tous ses droits et de tous ses vrais intérêts. La liberté , qu'on oppose toujours à la soumission , n'en est que l'instrument et non pas l'antagoniste : elle ne nous a pas été donnée, en effet, pour vaguer sans maître dans le néant de nous-mêmes , et la voir bientôt se perdre dans l'esclavage inévitable des passions ; mais pour que nous la fissions servir à reconnaître l'autorité , objet de notre soumission , et à rendre cette soumission honorable, en la rendant ainsi volontaire. Par ce bon usage de notre liberté , nous ne l'abdiquons pas , tant s'en faut ! nous l'exerçons , au contraire , dans notre soumission même , et nous acquérons par celle-ci le droit et la force de commander nous-mêmes à notre tour.
Ces grands principes , vrais fondements du devoir et de
l'église. 185
la liberté, les anciens ne les connaissaient pas, parce qu'ils n'avaient aucune autorité visible qui les leur représentât et les leur garantît'. Le Christianisme les a donnés au monde en les lui présentant en action, en modèle parfait dans la grande institution de TÉglise , qui a été pendant tout le moyen âge le seul asile de la vérité , de l'unité, de la vraie liberté , au sein de la barbarie universelle qui couvrait le monde, et qui, depuis, a communiqué peu à peu à toutes les institutions humaines ces principes de civilisation et de vie, qui disparaîtraient bientôt si elle n'en gardait à jamais le dépôt dans son sein'.
' Dans le Traité des lois, de Cicéron , $ 20 , nous lisons le dialogae suivant , dont le sifjet est iajln de la vertu, et l'objet auquel se rapportent et vers lequel doivent tendre toutes nos actions. — « Mabc. Question « fort débattue y et féconde en contestations panni les plus doctes, mais H qaHl faudra bien juger quelque jour. — Ait. £M comment PL. Gel- « lius est mort. — Qciirr. Qu'importe U mort de GelUus à la question? — « Att. (Test que je me souviens d'avoir entendu dire que lorsque votre ami « Gellius vint en Grèce , au sortir de sa préture, en qualité de proconsul , « il convoqua tous les philosophes qui se trouvaient alors à Athènes, et leur « donna gravement le conseil de prendre jour pour mettre un terme à leurs « controverses , disant que s'ils n'étaient pas d'humeur à disputer jusqu'à la « nM>rt, la chose pourrait s'arranger; et il ijo^ita qull leur promettait son « entremise, au cas qu'ils voulussent faire la paix. — Marc. Le fait est plai- •« sant , et Ton s'en est souvent amusé. »
Plaisant en eflet qu'un honmie , voire même un proconsul , espérât d'accorder les opinions des philosophes , et de décider, par compromis , de la vérité. Les anciens avaient raison de se moquer de cet éclectisme et de cette intervention proconsulaire dans le domaine de la pensée, n n'y a que la Vérité même qui puisse avoir ce droit , et le communiquer en se communiquant à ceux qu'elle prend pour org^e ; et c'est là l'Église.
* n Je dois appeler votre attention, dit encore M. Guizot, sur un fait « qui domine tous les autres , qui caractérise l'Église chrétienne en général, « et a décidé, pour ainsi dire, de sa destinée. Ce fait , c'est l'unité de VÈn glise , Funité de la société chrétienne, indépendanunent de toutes les din versités de temps, de lieu, de domination, de langue, d'origine. Fait « glorieux et puissant. Messieurs , qui a rendu , du cinquième an treizième « laècle, dnmmeoseaaamoes à ^mmanité. lAimi^t Aa Vtji¥>M^«^««<^^«B>^'
186 CHAPITRE Xll.
Jésus-Christ^ en effet, qui, selon la belle expression de saint Augustin, tenait la place de la Vérité $ur la terre, et qui avait par conséquent en lui l'unité et Tautorité qui en sont inséparables, étant venu rapporter cette vérité et voulant nous la laisser, a dû nous la donner dans sa forme essentielle et dans sa condition conservatrice. S'il s'en fClt allé après l'avoir jetée désarmée par le monde, elle n'aurait pu s'y faire jour, ou du moins n'aurait pas tardé à redevenir ce qu'elle avait été chez les philosophes de l'antiquité, ce qu'elle est devenue par le fait, en dehors de l'Église , dans les sectes qui s'en sont détachées : im aliment de division, un chaos de contradictions, qui n'aurait accumulé sur l'esprit humain que plus de ténèbres et d'erreurs.
Le Sauveur par excellence devait donc élever au milieu de nous comme une forteresse spirituelle , où la vérité se retranchât , et du haut de laquelle elle pût s'élancer à la conquête du monde , domhier les fluctuations éternelles de l'esprit humain, et lui imprimer sa sainte unité. C'est ce qu'il a fait dans l'Église, dont les clefs ont été données par lui à Pierre , qui a pareillement reçu la houlette comme vicaire visible de l'invisible Pasteur des esprits.
La houlette et les clefs! admirables symboles! C'est cette houlette qui depuis dix-huit cents ans passe de main en main sur le siège de Rome , et , de ce centre de l'unité s'étendant jusqu'aux extrémités du monde , abaisse toutes
« tenu quelque lien entre des pays et des peuples que tout d'ailleon tendiit « à séparer; sous son influence, quelques notions générales, quelques sen- « timents d'une vaste sympathie, ont conUnué de se développer; et, du « sein de la plus épouvantable conrusion que le monde ait jamais connue, « s'est élevée Fidée la plus étendue et la plus pure qui ait jamais rallié les « honomes , l'idée de la société spirituelle; car c^est là le nom phllosopblqoe « de rÊglise, le type qu'elle a voulu réaliser. » ( Hist. de la citHlis. en FrantêJ. r,p. 5/4.)
L'ÉaUSE. tH7
les hauteurs , élève toutes les inférioritéSi éeorte tous le» obstacles y apaise toutes les hostilités } qui*; nivelant cette pauvre terre toute hérissée de nos distinctions et de nos discordes^ nous y réunit tous dans un royaume qui embrasse tous les royaumes de ce monde, parce que lui seul n'en est pas , et nous y fait reposer conune un seul troupeau sous im seul pasteur. — Ce sont ces ole& gardiennes et dispen-*satrices de la vérité et des secours spirituels que le Rédemp^ teur nous a conquis par les mérites de son sang y ces clefii de la vérité , que tout le monde se disputerait, que chacun prétendrait avoir, et qui, par le dépôt qui en a été fait dans Jes mains de l'Église, sont demeurées pour les vrais amis de la vérité les fondements de la certitude, les sceaux de la foi, les clefs de la vie et de la mort; ce sont elles qui ont fait entrer le monde dans les voies de la civilisation, et qui| en lui en ouvrant successivement toutes les portes, ont frappé d'exclusion Terreur et le mal, sous quelque forme qu'ili aient essayé de s'y introduire ; ces clefs enfin qui sont en« core aujourd'hui les seules clefs de l'avenir, de Tavaûlr mystérieux que renferme le temps, et de cet avenir plus mystérieux encore que renferme l'étemitéé
Voilà les caractères pleins de sagesse et de grandeur qui se font remarquer dans la formation de l'Église.
Mais Us ne sufQsent pas encore pour nous garantir l'inté^ grité et la certitude de la transmission de la vérité jusqu'à nous. C'est une conception admirable sans doute > mais elle repose sur des bases humaines'; car, enfin , Pierre est homme , quels que soient son amour et sa foi, et ses successeurs le seront encore plus que lui. En formant l'Église, Dieu est resté en dehors de cette institution, et 11 l'a laissée avec ses cléments humains, faillibles et périssables. Il nous est impossible, dès lors, de prendre à la l^Wx^ ^^^^R> ^w^V^^
188 CUAPITEB XII.
(^ jamais l'enfer ne prévaudra contre l'Église; ou bien cette parole appelle un complément de secours divin plus immédiat. Il faut que Tesprit de Dieu, Dieu lui-même, entre et s'incarne dans ce grand corps pour lui communiquer toute sa force et son infaillibilité, pour Tempécher de tomber lui-même dans la dissolution dont il doit préserver le monde , et pour obtenir de tous les hommes ime somnission raisonnable et solide aux vérités par lesquelles il veut les régénérer.
Nous avons vu la matière, — nous avons vu la forme ; — il nous reste à voir Tinspiration et la vie.
m. Rien de plus explicite dans tous les actes et dans toutes les paroles du Sauveur, que ce qui se rapporte à la communication de TEsprit de Dieu et à la promesse de sa permanence dans rÉglise. Là, rien de métaphorique; c'est, daûs toute la rigueur des termes , l'inspiration divine qui vient fixer son séjour dans cette institution.
C'est à plusieurs reprises , dans tout le cours de sa mission, que le Sauveur y revient comme à im grand projet de son amour pour les hommes, ne devant se réaliser qu'après sa mort, et par succession à sa personne. Aussi y oyonsnous qu'aux approches de sa passion sa promesse devient de plus en plus précise , que c'est après sa mort qu'elle se complète, et que c'est enfin après son ascension que son action éclate par toute la terre. Ce n'est en effet que par sa mort qu'il recueillait pour nous les grâces du salut, et ce n'est dès lors qu'après sa mort que l'institution, destinée à nous les conserver et à nous les transmettre, devenait nécessaire. Cette économie de la conduite de Jésus-Christ est visible , et il ne faut aucim effort pour la saisir. Ainsiy c'est dans ce discours mémorable qu'il adresse à
l'églisb. 189
ses disciples au moment de les quitter pour souffrir sa passion, qu'il leur dit :
a Je suis la voie, la vérité, et la vie : personne ne vient « au Père que par moi... Je m'en vais à celui qui m'a Cl envoyé, mais je ne vous laisserai pas orphelins; je t?ien- « drai à vom.,, et je prierai mon Père, et il vous don- « nera un autre consolateur, afin qu'il demeure étemelle- « ment avec vous , V Esprit de Vérité que le monde ne peut « recevoir; mais pour vous, vous le connaîtrez, parce qu't/ « demeurera avec vous, et qu't7 sera en vous. 0
Après leur avoir adressé plusieurs instructions, il dit encore : — a Je vous ai dit ceci , demeurant encore avec <f VOUS; mais le consolateur, qui est le Saint-Esprit quemon « Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes cho- « «es, et vous fera ressouvenir de totU ce que je vous ai dit. »
Puis , parlant plus loin de ceux qui l'avaient méconnu, il dit : or Ils m'ont haï sans aucun sujet; mais lorsque le a consolateur, V Esprit de vérité qui procède du Père, et a que je vous enverrai de la part de mon Père^ sera venu^ a il rendra témoignage de moi, et vous en rendrez aussi a témoignage. »
Enfin : — a Je suis sorti de mon Père, et je suis venu « dans le monde ; maintenant je laisse le monde, et je m'en a retourne à mon Père.,. J'ai encore beaucoup de choses a à vous dire , mais vous ne pouvez les porter présentea ment ; qyuind V Esprit de Vérité sera venu, il vous enseia gnera toute vérités d
La promesse d'un secours surnaturel découle de tous ces passages. Ce ne seront pas les Apôtres, ces faibles kommes , qui rendront témoignage de Jésus-Christ et annonceront sa doctrine , ce sera V Esprit de Vérité qui pro-
* Jean, diap. xx.
190 CHAPITRJB XII.
cide du Pire^ c'est-à-dire. Dieu lui-môme, qui «ternira en eux y qui demeurera avec eux , qui leur enseignera toutes choses; et alors qu'importent leur faiblesse, leur ignorance, leur bassesse naturelle? Ils seront bientôt instruits à l'école de la Vérité , et , vides de la fausse sagesse du siècle, ils n'en seront que plus propres à répéter les leçons de la sagesse de Dieu.
Dans tout ce discours de Jésus-Christ, la Trinité des personnes divines nous apparaît travaillant de concert à l'œuvre de notre salut. C'est le Père, créateur du genre humain, qui envoie son Fils pour racheter le monde , et le Fils , sa mission terminée , s'en retourne à son Père ; puis la mission du Saint-Esprit commence , et avec elle l'Église , qui en Étera l'organe jusqu'à la fin des temps. Dans ces diverses phases de l'action divine , c'est toujours le môme Dieu qui agit en chacune de ses trois personnes ; et cette distribution des personnes , sans porter atteinte à cette unité de Dieu, nous rend plus sensible le développement du plan de la Religion, et nous en fait mieux distinguer et saisir toutes les parties. De là vient que Jésus-Christ dans l'Évangile parle de lui, tantôt comme personne, et alors il se distingue du Père et du Saint-Esprit ; tantôt comme Dieu, et alors il se confond avec eux. C'est ainsi que , dans le discours précédemment cité, il dit ; a Je ne vous laisserai pas a orphelins, je viendrai à vom; b puis ensuite : a Jeprie- « rai mon Père, et il vous enverra un autre consolateur y a VEsprit de Vérité. »
Mais sa parole va devenir plus explicite et plus solennelle; sa mort a consommé notre rédemption et ouvert le trésor des grâces ; nous touchons au moment suprôme où se rapportent toutes ses promesses ; il va quitter la terre ; rÉgUse, qui est appelée à la remplir après lui de ses mer-
l'église. 191
veilles^ esta ses pieds dans la persotme des ApAtres réunis en un seul corps, obscure encore , ignorée, s'ignorant ellemême, et n'existant que dans la pensée divine de son foîi*dateur , mais là existant avec cette plénitude de force et de vie qui doit changer la face de la terre. Ce n'est quô lorsqu'il sera retourné vers son Pire , qu'il a promis à son Église de lui envoyer V Esprit de Vérité; cependant il veut lui-môme , et comme ne faisant qu'un avec le Père et le Saint-Esprit , lui donner les prémices de la Divinité , et lui imprimer en s'en allant le mouvement qu'elle doit communiquer au monde. — Quelle situation!!! et combien les paroles du Christ sont à sa hauteur!!!
c< Or, disent les div^j:: lêcits, les onze » (il n'y en avait plus que onze depuis la défection de Judas) a s'en allèrent « en Galilée , sur la montagne où Jésus leur avait coro- « mandé de se trouver. El le voyant là, ils l*adôrèrènt; <c quelques-uns néanmoins furent en doute 5 mais Jésus , a s'approchant, leur parla ainsi :
a Toute puissance m'a été donnée au ciel et sufi La 0 TERRE. Comme mon Père m'a envoyé, je rots ENVOiit a AUSSI DE MÊME. — Ayant dit ces mots, il souffla sur eux, a et il leur dit : — Recevez le Saint-Esprit. — Les péa cnÉs seront remis a ceux a qui tous les remettrez,
a ET ils seront retenus A CEUX A QUI VOUS LES RE-
a TIENDREZ. — ALLEZ DONC, et instruisez toutes LES € NATIONS, LES baptisant au nom du Père et Dt Fils a ET DU Saint-Esprit, et leur apprenant a obsèHvëIi
a toutes les choses que je tous ai MANDÉES; ET COUP"
a TEZ QUE JE SUIS AVEC VOUS TOUS LES JOURS , JUSa QU'A LA FIN DU MONDE, d {Et ecce ego vohiscutn ium omnibus diébu$, usque ad consummationem seeuli*.)
« Matt., cap. xxviii, t. 18, 19, 20. — JoaBR., cap. hx^n.'KV ^1% '>^«
19â GHAPITRK XU.
Il faut opposer à la vérité un esprit bien prévenu, pour ne pas être accablé de la force de ces paroles , de leur accord avec tout ce qui a précédé dans la mission du SauveuT; de leur rapport prophétique avec tout ce qui a suivi dans la mission de TÉglise y de leur majestueuse et énergique précision, vraiment digne de Dieu, digne de la vérité, et qui ne peut se comparer à rien qu'à ces paroles premières qui débrouillèrent le chaos et commandèrent au néant.
Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la
TERRE Quel début! C'est donc un bien grand acte de
cette puissance que va faire le Fils de Dieu , puisqu'il sent la nécessité de la rappeler, de la ramasser en quelque sorte tout entière! Et c'est bien véritablement sa puissance (cette même puissance divine qui afait le monde et qui l'aracheté) qui va se mettre de nouveau en mouvement pour quelque grand prodige !
Comme mon Père m'a envoyé , je vous envoie aussi DE MÊME. — Pour juger de la confiance des Apôtres dans cette délégation du pouvoir divin , il faut se rappeler qu'ils avaient été témoins de l'investiture que Jésus-Christ luimême en avait reçue de son Père lors de sa transfiguration sur le Thabor. Aussi saint Pierre, dans sa deuxième épttre, dit-U expressément : o Nous ne nous laissons pas éblouir 0 par de vaines illusions quand nous vous faisons connaître « la puissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ , ayant été a nous-mêmes les spectateurs de sa majesté; car il a reçu « de Dieu le Père un témoignage d'honneur et de louange, € lorsque, du haut de la céleste gloire , se fit entendre une « voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bienHÙmé, en qui €j'ai mis touU ma complaisance : icoulez-lel Et cette € voix, nous l'avons entendue venant du ciel, pendant que
l'église. 193
a nous étions retirés avec lui sur la sainte montagne '. » C'est au témoignage donné au Christ, en cette occasion , que saint Pierre en appelle pour établir l'autorité de sa prédication. Et quel était le caractère de ce témoignage? Ce caractère était évidemment double. En premier lieu. Moïse et Élie , les deux personnages les plus éminents de l'ancienne loi, avaient été vus apparaissant à côté du Christ, mettant à ses pieds leurs hommages, rendant témoignage à sa mission , et abdiquant tous les pouvoirs qu'ils avaient reçus pour fonder la Loi, dans les mains de celui qui était venu pour la perfectionner et la compléter. En second lieu , im témoignage incomparablement plus décisif et plus solennel est rendu au Christ : c'est celui du Père tout-puissant, ordonnant aux Apôtres d'ajouter une foi implicite à toute parole sortie des lèvres de Jésus-Christ : a Celui-ci a est mon Fils bien-aimé, en qui 3e me complais; écou- « tez-le ! »
Jugez , après cela , combien ferme devait être la confiance des Apôtres dans l'autorité du Christ! Et lorsque, dans la suite, ils l'entendirent leur léguer cette même autorité dans ces termes formels : « Comme mon Père m'a envoyé, « je vous envoie pareillement ; celui qui vous écoute, m'éa coûte ; celui qui vous méprise, me méprise, moi et Celui « qui m'a envoyé : » quelle foi durent-ils avoir dans leur propre mission, eux qui, témoins de la solennelle investiture du Thabor, se sentaient eux-mêmes investis de cette toute-puissante autorité donnée par le Père à son Fils , et transmise par le Christ à ses disciples dans toute la magnificence de ses attributs' !
Ainsi l'autorité de l'Église est la toute-puissante autorité
' n* Épitre de saint Pierre, chap. i, t. 16.
» Wiseman , Confér, surlejProtest,, 1. 1 , p. 11%.
de Dieu lui-mdtne. Contester la dirinilé du principe qui meut l'Église, c'est attaquer la divinité du Christ -, plus que cela, c'est attaquer la toute-puissance du Père , qui l'a en* voyé. Enchaînement fatal que l'expérience des chutes de l'incrédulité confirme plus hautement encore que les soumissions de la foi . et qui , sous nos yeux , vient de faif e tomber un génie révolté du schisme dans l'hérésie , de l'hérésie dans le déisme , et du déisme dans le panthéisme et le délire de la raison naturelle !
Ayant dit ces mots, il souffla sur isux, et leur DIT : Recevez LE Saint-Esprit. Les péchés seront remi^
A CEUX a qui vous LES REMETTREZ , ET ILS SERONT RETENUS
A CEUX A QUI VOUS LES RETIENDREZ. — Ici , la Communication du pouvoir divin se transforme en fait ; le souffle de Dieu, ce même souffle qui avait donné à Adam une àrM vivante^ , vient animer les futurs pasteurs des peuples des forces nécessaires pom* la régénération de l'humanité; il répand sur l'Église , et par l'Église sur tous les chrétiens , un esprit nouveau qui est à Tàme déchue ce que l'âme eUeméme est au corps , et dont l'Église est constituée dépositaire et dispensatrice ; il met en elle une force d'expansion iUimitée, comme il y avait mis précédemment xme force de concentration souveraine par l'investiture des douze Apôtres et de Pierre leur chef, afin que , par le jeu de ces deux forces, l'Église puisse à la fois s'emparer du monde et le garder.
Allez donc — Parole énergique ! conséquence inflexible ! impulsion divine ! qui a refoulé tous les obstacles devant la marche de l'Église , et qui, à cette heure même^ la fait encore avancer dans l'avenir, seule, pleine de force et de majesté. — Allez donc , c'est-à-dire , quelque irréa-
' Genèse, ii , 7.
L^ÉGLISE. l95
lisable que vous paraisse Tentréprise de réformer le genre humain y et de le dominer à jamais par l'ascendant de la vérité , TOUS surtout qui n'êtes rien , qui n'avez rleû , et à qui je prédis tous les genres de persécutions , allbi ! appuyés, portés sur le bras du Tout-Puissant, instruisez
TOUTES LES NATIONS , LEUR APPRENANT A OBSERVER TOUT CE QUE j'ai commandé; ET ASSUREZ-VOUS QUE SE SUIS AVEC VOUS, TOUS LES JOURS, JUSQU'A LA CONSOMMATION DES
SIÈCLES... Et l'Église, depuis cette impulsion , n'a jamais cessé d'aller, et elle va, et elle ira toujours; car la même puissance qui lui a dit Allez , et qui s'est vérifiée si miraculeusement jusqu'à nos jours, lui a dit aussi : Allez... jusqu'à la CONSOMMATION DES SIÈCLES.
Et remarquez (car tout ici est à remarquer) quelle est la mission précise de l'Église , et à laquelle se rapporte la divine assistance qui lui est promise. Ce n'est pas de vaincre par la force , d'éblouir par le génie , d'édifier même par la sainteté de la discipline et des mœurs : sur tout ceci, le Christ a laissé son Église dans l'état naturel des choses , et ne lui a rien promis de particulier ; il a dû le faire même , comme nous l'avons déjà vu , pour couvrir son œuvre de la ressemblance des œuvres des hommes , et exercer par là notre foi , qui aurait été forcée par le miracle trop éclatant de la rencontre invariable du génie et de la vertu dans la succession des ministres de l'Église. Hais la mission spéciale et unique dont l'Église a été investie , et par où nous devons voir si l'assistance divine ne lui a pas manqué, c'est
d'iNSTRUIRE LES PEUPLES, et dO LEUR APPRENDRE A OR- SERVER TOUT CE QUE JÈSUS-ChRIST A COMMANDÉ (docete
omnes génies.,, docentes eos servare omnia quœcumque numdavi vohis) : c'est à l'appui de cette mission que le Christ ajoute : E$ asswrez-^oui que je «Mis acec t>ouA ^v^»^^
les jours, jusqu'à la consommation des siècles... a Avec « vous enseignant , ajoute Bossuet par forme de commente taire, avec vous baptisant, avec vous apprenant à mes (c fidèles à garder tout ce que je vous ai commandé ; avec « vous, par conséquent, exerçant dans mon Église un mi- (( nistère extérieur ; c'est avec vous , c'est avec ceux qui a vous succéderont, c'est avec la société assemblée sous (c leur conduite, que je serai dès maintenant jusqu'à ce que (( le monde finisse , tous les jours , sans interruption ; car il a n'y aura pas un seul moment où je vous délaisse; et, « quoique absent de corps , je serai toujours présent par « mon esprit * . »
L'invariabilité de la doctrine , la pureté de sa tradition , voilà donc ce que le Christ a voulu mettre dans son Église, avec le ministère extérieur, et le pouvoir de distribuer les grâces du salut à ceux qui s'y soumettent. Il n'a pas voulu mettre dans son Église un aimant et im ascendant irrésistibles. C'est im phare dont la base , battue par les flots et souiUée souvent de leur écume , semble se confondre avec les écueils, mais au haut duquel brille ime lumière qui ne faiblira jamais.
C'est en ce sens que Jésus-Christ a promis d'être avec son Église jusqu'à la fin des temps , et ce n'est que par la vérité de cette promesse qu'on peut expliquer non-seulement le triomphe et la durée de l'Église historiquement parlant, la succession invariable de ses pasteurs, l'union hiérarchique de tous ses membres, mais surtout l'incorruptibilité de la doctrine qui est dans son fond ; l'unité et l'invariabilité de son symbole dans tous les lieux et dans tous les temps; rinfaillibilité des décisions qu'elle a portées contre les hérésies sans nombre qui ont surgi autour d'elle, sans jamais
' Bofwiei, Confér. avec le ministre Claude ^n^ i.
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ayoir oscillé sur un seul point, et trouvant au contraire , dans les assauts qu'elle a essuyés sans relâche, d'heureuses occasions d'exercer sa puissance et de déployer sa clarté.
Ce double prodige de l'existence extérieure et de l'existence intérieure de l'Église, de son unité hiérarchique et de son imité dogmatique, que rien au monde n'a pu entamer, loin d'être affaibli par le spectacle de ses vicissitudes sur tous les autres points où la Providence l'a abandonnée à l'état naturel des choses , n'en est au contraire rendu que plus saillant; et en ce sens les imperfections de ses propres ministres, tant exagérées par ses ennemis , s'élèvent comme des témoins irrécusables du secours surnaturel qui lui fut promis pour la conservation de la vérité, et qui est tel, qu'il l'a préservée de tout, môme d'elle-même, en ce qui lui avait été laissé d'humain. C'est ainsi que ce qui scandalise l'impie tourne à l'édification du croyant.
Voilà donc l'universalité, la perpétuité , Tinfaillibilité de l'Église, prédites, assurées, garanties non-seulement par la parole, mais par la présence de la Divinité même. Dieu est avec l'Église, il est dans l'Église ; l'Église n'est qu'im mode visible de commxmication de la Divinité avec tous les hommes, et, passez-moi l'expression, qu'un porte-voix de sa parole à travers les siècles : selon l'expression du savant Mœhler, c'est V Incarnation permanente du Fils de Dieu, où il est continué selon tout ce qu'il est; c'est sa Religion rendis objective. Comme il s'était fait homme en quelque sorte, il s'est fait ÉgUse.
Jésus-Christ , pendant sa vie mortelle , n'a communiqué qu'avec un petit nombre d'hommes : cependant, venant pour régénérer tout le genre humain, il devait se perpétuer et s'universaliser, et, sans cesser d'être le même, être à la fois toujours et partout. Il devait se TeMx^ ««^^ wî^^îs^-
sible à tous les hommes, de manière qu'on pût reconnaître sa présence sans être forcé de la reconnaître. A cetefièt, sans changer en apparence la nature des choses y mais sous cette apparence présentant à TcbU attentif un prodige qui la domine 9 il s'est mis dans tme société qui, par la multitude de ses membres et par leur renouvellement successif, apu se répandre dans toutes les nations, se perpétuer dans tous les siècles, et se prêter naturellement à ce fait surnaturel d'une institution composée d'hommes les plus ordinaines qui se puissent rencontrer, et opérant dans le monde la plus extraordinaire de toutes les révolutions ; surmontant, rapidement et sans violence, les plus multipliés, les plus énormes de tous les obstacles ; imprimant à l'univers moral une marche toute nouvelle, et qui a toujours été grandissant ; et, malgré la caducité dont sont atteintes les choses humaines, malgré cette loi de la fortune qui fait succéder les défaites aux triomphes, malgré la vicissitude des événements qui , après dix-huit siècles de durée , lui réservait un assaut plus redoutable peut-être que tous ceux qui furent livrés à son berceau , se soutenant seule au monde dans une unité parfaite de hiérarchie et de doctrine, dans l'universalité de communication la plus étendue, dans une perpétuité d'existence sur laquelle le temps ne peut rien ; et tout cela, non par le résultat d'un hasard ou d'une série de hasards, qui seraient du reste inexplicables, mais par un tempérament à elle propre , et en exécution précise et littérale de cette charte fondamentale de son institution : Que les portes de V enfer ne prévaudraient jamais contre elle, que l'esprit de vie et de vérité serait en elle jusqu'à la fin des temps, et que le ciel et la terre passeraieniy plutôt que la parole qui se portait garant de son immor^ Uililé.