‹ Etudes philosophiques sur le Christian ismeChapitre 8 sur 12 · VI. Cette Gr&ce restauratrice n'a manqué à personne · texte numérisé non relu

VI. Cette Gr&ce restauratrice n'a manqué à personne

' Cortnundum créa in mCf Deus, et tpirituvi rectum innwa in viecerilnu meis. — Ps. Miserere, * Rom., chap. m.

mais ell6 a été dispensée aiix enfants d'Adam à divers degrés. EUe a été octroyée à rbmnanité dès sa chute , par anticipation de runique source de grâces que devait ouvrir la f^tSùàe expiation du Médiateur dans la plénitude des temps. Sans elle y ainsi que nous Tavons dit déjà^ Thumanité déchue n^aurait pu produire aucune bonne action. Toutes les bonnes actions , toutes les vertus qui ont fleuri dans l'humanité avant même la venue de Jésus-Christ , sont donc imputables à ce divin secours que les théologiens appellent Cfràce suffisante , en tant qu'elle est répartie sxu* tous les hommes , à un degré suffisant pour leur salut ; et Grâce efficace f en tant qu'elle opère le salut même chez quelques-uns. Les impulsions de la conscience et ses remords ne sont pas autre chose. Cette voix intérieure ^ qui nous avertit, nous console ou nous accuse, d'autant plus forte que nous voulons la contrarier, témoigne bien , par cela même, qu'elle ne dépend pas de nous, qu'elle est autre chose que nous... , qu'elle est Dieu. Les anciens, plus naturellement pieux, ne s'y trompaient pas. Aussi voyonsnous leurs poètes, Homère surtout, déterminer toujours leurs héros par l'impulsion divine , et Platon en appeler sans cesse à cet homme intérieur, à cette étincelle divine , à cette voix de Dieu qui parle en nous \

Depuis la venue de Jésus-Christ, et par l'effet immédiat du Christianisme , cette Grâce a été versée avec plus d'abondance, et elle agit plus visiblement, plus efficacement sur le monde *. Elle crée en ceux qui la reçoivent une nouvelle nature qui ne résiste pas seulement au mal , mais

■ Plat., République, liv. X.

' « Les grâces qui devaient entraîner plus efficacement les peuples gentils

« élacoiiJiajSMncedeDieuetàsonculte«étaientréserTéesaatemptdela

« noar^JeaUiêOoe. » (Bossaet, LcitresdedirecUon»^V^vKiKcA»QLV^.\vv\

qui porte au bien ; dont Tattrait ne suit pas seulement la vertu, mais la prévient et la détermine; et qui répand sur les devoirs les plus pénibles et les sacrifices les plus rudes une paix si douce, qu'elle fait prendre en pitié le bonheur des rois '. C'est elle qui semble s'être dépeinte ainsi par la plume de l'auteur sacré : a J'ai poussé des fleurs d'une a agréable odeur comme la vigne; et mes fleurs sont des a fruits de gloire et d'abondance. Je suis la mère du pur a amour , de la crainte , de la science ; et de l'espérance a sainte. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité ; a en moi est toute l'espérance de la vie et de la vertu. Venez c( à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur, et remplisa sez-vous des fruits que je porte , car mon esprit est plus a doux que le miel. Ceux qui me mangent auront encore <c faim , et ceux qui me boivent auront encore soif. Celui a qui m'écoute ne sera point confondu, et ceux qui agissent a par moi ne pécheront point ; ceux qui m'éclaircissent a auront la vie étemelle *. »

L'accroissement qu'elle a reçu par l'avènement du Christianisme a été prophétisé par le môme auteur en ces mots : (c Je suis sortie du paradis comme un faible ruisseau de a l'eau immense d'un fleuve , et j'ai dit : J'arroserai les a plants de mon jardin, et je rassasierai d'eau le fruit de (I mon pré . Et voici que mon filet d^eau est devenu gomme un

(( GRAND FLEUVE, ET D'UN FLEUVE UNE MER*. 3) Prophétie

qui répond à l'attente universelle, où était le genre humain, du Saint jpar excellencey connue dit Confucius, qui devait être envoyé du Ciel y et qui prodmrait naturellement m Océan d'actions méritoires.

■ Pax Dei , qux exsuperat omnem sensum. ( Philip., nr» 7.) ' Eccléiioitigve, duqp. xxir.

VII. Hais si telle est la puissance de la Gr&ce, diront ceux qui ne la connaissent pas , nos mérites individuels y sont engloutis; nous sommes nécessairement vertueux , et notre volonté n'a plus de part à notre salut.

Sans ouvrir le champ à la fameuse controverse sur l'accord de la grâce et de la volonté^ controverse oiseuse parce que l'expérience suffit pour la résoudre , en faisant sentir tout à la fois la grâce dans la volonté et la volonté dans la grâce y disons avec Leibniz : a Comme notre corruption ce n'est point absolument invincible ^ et comme nous ne a péchons point nécessairement, lors même que nous soma mes sous l'esclavage du péché , il faut dire de même que a nous ne sommes pas aidés invinciblement ; et y quelque a efficace que soit la grâce divine , il y a lieu de dire qu'on « y peut résister , alors même qu'il est certain à l'avance a qu'on n'y résistera pas. Il faut ainsi toujours distinguer a l'infaillible et le nécessaire '. »

L'expérience , à laquelle il faut d'ailleurs se hâter de revenir comme au vrai guide en cette matière, nous fait voir dans les opérations de la Grâce un caractère particulier, qui la concilie avec le jeu de noire mérite et de notre liberté : ce caractère, G'e^iVintermiUence.

L'action de la Grâce, en ce qu'elle a de prévenant, est essentiellement intermittente. Chez les âmes les plus pieuses , et à proportion qu'elles le sont davantage , il y a des temps quelquefois fort longs, où ce secours paraît manquer entièrement, comme le vent à un vaisseau sur ime mer immobile. Plus ces âmes font d'efforts pour rappeler la Grâce, pour la mériter, plus elle disparaît, plus elle s'efface, plus elle les livre à l'aridité, au découragement, à la sèche spontanéité de leurs efforts Voilà la part du mérite et de

' TA^adicée, part, m, n" 11^.

U liberté dans les ftmes chrétiennes; part immense ^ part précieuse, dans laquelle se consomme leur vertu, et où elles font d'autant plus de chemin qu'elles ne s'en aperçoivent pas. Ce n'est pas que la Grâce les ait réellement abandonnées ; jamais peut-être elle n'a été plus près d'elles : seulement elle ne les prévient pas pour les laisser s'exercer, elle est latente. Cachée en quelque sorte, elle les surveille comme une mère son enfant, prête à les secourir au premier péril. Aussi, qu'une surprise soit faite à leur vertu, qu'une défaillance la fasse chanceler ; persuadées qu'elles sont de leur abandon, ces âmes éprouvées vont se croire perdues : mais voilà que la Grâce reparaît soudain, et les enlève et les porte comme dans ses bras.

« 11 semble , dit un saint docteur, que Dieu se joue avec ce les hommes , comme un père avec ses enfants : tantôt ils if se figurent qu'ils le tiennent; puis tout à coup il leur i< échappe : tantôt il se montre comme un soleil avec beauce coup de lumière ; et puis en un moment il se cache dans a les nuages. Il s'en va, il revient, il ftiit, il s'arrête; il les c< surprend, il se laisse surprendre, et tout aussitôt il se cf dérobe. Et puis, après avoir tiré quelques larmes de leurs « yeux et quelques soupirs de leurs cœurs , il retourne ; a enfin , il les réjouit de la douceur de ses visites '. » — (]e tableau charmant est la vive image de l'économie de la Grâce , dans ses rapports avec la liberté.

Môme pour les âmes les plus favorisées des douceurs prévenantes de la Grâce, il y a un mérite : c'est celui de la correspondance à ces faveurs. La Grâce ne détruit pas la concupiscence ; elle aide seulement à la surmonter. Celle-ci subsiste donc toujours au fond des âmes les plus pures , et leur fait sentir des atteintes qui provoquent leur infidélité

« Rich. s. Victur., é€ Gra4. Charit, c«p. u.

376 CUAPITKE XV.

jusqu'au faite de la perfection. De là le mérite de la corro^ pondance à la Grâce , mérite d'autant plus grand que cett# correspondance n'étant pas toujours exacte y et Dieu étant plus exigeant à proportion qu'il a été plus libéral , il faut quelquefois un grand redoublement d'assiduités pour regagner ses faveurs y bannies par nos négligences. Si ces négligences sont réitérées , si elles s'aggravent , la Grèce de Dieu diminue dans la même proportion : ses visites, autrefois familières , deviennent de plus en plus rares ; comnaa une épouse contristée et noblement jalouse , elle se retire, se renferme en elle-même , et se tait. La concupiscence prévaut alors y comme la concubine et l'esclave : elle obscurcit l'entendement 9 elle déprave le cœur; avec la ruine du sens religieux, elle entraîne la perte du sens moral; avec l'extinction de la foi, l'aveuglement de la raison; jusqu'à ce qu'après avoir parcouru tous les degrés de l'infidélité , on arrive au fond , qui est la moquerie et le mépris.

Vm. Hais que faisons-nous nous-méme, en divulguant ces vérités saintes , que de les exposer peut-être à ce mépris?... Eh! que nous importe? Certes, la Grâce divine a d'assez bons répondants > puisque, sans évoquer ici toutes les grandes âmes qu'elle a formées , il suffit de rappeler que la conversion rapide de tout le genre humain à l'Évangile est son ouvrage. Mais n'en eût-elle pas , fùt-elle réduite à une seule âme, elle y serait assez forte pour répondre d'elle-même , pour rassurer cette âme contre le scepticisme de tout l'univers , et la consoler de son mépris ; et c'est ce qu'elle fit dans les premiers Apôtres.

Le phénomène de la Grâce pour tous ceux qui le ressentent est trop positif, trop constant, trop répété , trop intioie et trop sensible, pour qu'Us puissent se croire un seul instant dupes d'une illusion. H^migotVj^ «:s^\xà.iKj^^^^^sâai^is^

dence. Qxie ceux qui ne l'ont pas expérimentée l'ignorent, cela doit être , et ne saurait nous étonner ; mais qu'ils la nient, qu'ils s'en moquent, c'est une témérité impardonnable, et qui ne saurait nous inspirer d'autre sentiment que la pitié. Qu'ils ne se rassurent pas à cet égard sur la force de leur raison, sur la sagacité de leur esprit, sur leur expérience même des mystères de notre cœur. La Grâce est d'un tout autre ordre. Elle ne hante pas les spéculations, elle ne dérive d'aucime des sources de nos connaissances naturelles. Surnaturelle et agissante , elle marche avec les simples de cœur, et se donne aux hommes de bonne volonté , quels qu'ils soient. Tout le génie himiain ne peut en approcher; mais elle s'approche des plus faibles esprits, et devient en eux comme un génie. Elle achève la raison et la vertu chez ceux qui en sont le plus heureusement doués , et leur donne quelque chose d'arrêté et de ferme que la nature ne comporte pas; et pour ceux qui en seraient dépourvus, elle crée un instinct qui vaut mieux que la raison, une sagesse qui est plus sûre que la vertu. On n'aura jamais la vraie foi tant qu'on n'aura pas la Grâce, et dès qu'on a la Grâce on a la foi ; on a l'intuition de la vérité divine. Ceux qui croient le plus comprendre le Christianisme, qui ont la foi de l'esprit, ne se doutent pas de ce qu'il est, tant qu'ils n'ont pas reçu la Grâce et qu'ils n'ont pas obtenu la foi du cœur ; comme aussi ceux dont l'mcrédulité est le plus sûre d'ellemême ne soupçonnent pas cette puissance qui, dans im rien de temps , peut les abattre à ses pieds comme des enfants.

En im mot, je le répète , figurez- vous un aveugle-né à qui on donnerait tout à coup la vue du jour : telle est , je l'affirme, la révolution qu'opère l'entrée de la Grâce dans une âme. Cette comparaison, du reste , vient d'une intelU-

gence qui Ta éprouvée, et qui en raconte elle-même ainsi les effets : — « C'eût été pour moi, dit-elle, le plus grand (1 de tous les miracles, que de me faire croire fermement le « Christianisme... Et voici que, par une soudaine iUumia nation, je me sentis si éclairée et tellement transportée « d'avoir trouvé ce que je cherchais depuis longtemps, il a se répandit dans mon cœur une joie si douce et une foi « si sensible, qu'il n'y a point de paroles capables de Vexer primer; et je fis l'application de la belle comparaison.de « J'aveugle aux vérités de la Religion et de l'autre vie... <c Le mystère qui me paraissait le plus incroyable, la pré- « sence réelle de Notre-Seigneur, je la sentis comme l'on ce sent les choses visibles et dont l'on ne peut douter. . . Mon ce exemple, ajoute-t-elle, vous doit apprendre qu'il y a des ce choses très-excellentes et très-admirables qui échappent « à notre vue, et qui n'en sont ni moins vraies ni moins «t désirables , quoiqu'on ne les puisse comprendre ni imaa giner. » C'est en effet , ajoute Bossuet, dont le candide génie était si bien fait pour exposer le miracle de cette conversion, ec c'est en effet qu'il manque un sens aux ce incrédules, comme à l'aveugle; et ce sens, c'est Dieu qui ce le donne, selon ce que dit saint Jean : // nous a donné ce un sens pour connaître le vrai Dieu , et pour être en son « vrai Fils ' . »

Que pouvons-nous dire, après cela, à ceux qui ont le malheur d'en être privés, si ce n'est ce mot de Jésus-Christ à la Samaritaine : a Si vous saviez quel est ce don de « Dieu!!! »

Portons notre étude maintenant sur les moyens de l'acquérir.

■ Bossuet, Oraiion funèbre d'Anne de. Gonzague,

DE LA GRACE ET DES SAOiEMENTS. 379

La Grâce, considérée dans son principe (car jusqu'ici nous ne Tavons définie que d'après ses effets ) , est la Vie divine en nous ' .

Pour nous la communiquery Dieu pouvait agir immédiatement sur notre âme; et ce mode d'opération de la Grâce a lieu quelquefois. La simple élévation de nos cœurs vers lui par la prière pouvait encore en attirer sur nous les finiits ; et tous les jours la prière produit cet effets qui lui a valu le nom de canal général des grâces. La prière, d'aiDeurs, est indispensable pour le succès des autres moyens particuliers dont nous allons parler, et dont elle est comme la culture.

Outre cette action immédiate de Dieu sur Tâme , outre le moyen de la prière , Dieu a institué , en effet, des moyens particuliers de nous communiquer ses grâces; moyens obligés dès qu'ils sont à notre portée, auxquels la prière peut nous disposer, mais sans lesquels elle-même tarit bientôt.

Ces moyens sont les Sacrements.

h Qu'est-ce que le Sacrement?

Le Sacrement est un signe visible de la Grâce invisible , institué pour notre sanctification ' .

Deux caractères dominent dans cette définition ; il faut bien les remarquer :

Les Sacrements sont des signes, c'est-à-dire, des images sensibles de ce que la Grâce de Dieu opère invisiblement dans nos âmes , et qui ont pour objet de nous le rappeler.

' Semen DH^partieipaiio qumdam nature diviruB, (S. Thomas. ) * DéfinHioii de S. Augustin , qai a passé dans ik» caMcUiiuAtft^

Est-ce là tout? et les Sacrements ne sont-ils autre chose que des signes , des symboles?

Non : ils ont de plus la vertu d'opérer ce qu'ils signifi€ni.

Dieu 9 qui pouvait généraliser ses grâces , les a resse^ rées, en ce qu'elles ont de plus efficace ^ dans les Sacrements , qui en sont comme les canaux. Sans doute ces moyens ne sont pas exclusifs pour lui; ei, en dehors des Sacrements , il a mille voies pour arriver immédiatement ou médiatement à nos âmes , et leur faire sentir les touches de sa grâce ; mais il lui a plu de choisir la voie des Sacrements et de nous y assujettir d'une façon toute particuliàre, de manière à rendre cette voie exclusive pour nous , lorsqu'il ne dépend que de nous d'y avoir recours.

Nous rechercherons dans un instant la sagesse de cette divine institution des Sacrements. Remarquons bien, quant à présent, les deux caractères qui les distinguent : ils sont h la fois signes et agents de la Grftce ; ils ont la double vertu de représenter et de produire la justice et la sainteté.

Il faut donc soigneusement distinguer les autres signes usités dans la Religion y comme les images , les cérémo* nies, même celles qui accompagnent ordinairement l'admlnistration des Sacrements , et qui n'en font pas rigou' reusement partie , du corps des Sacrements eux-mêmes : ici y avec le signe, concourt l'effet; avec l'image, U réalité.

Saint Paul , dans son épttre aux Romains , dit , en par-* tant de l'univers , que les invisibles perfections de Dieu y sont rendues visibles , par la connaissance que les criahires nous en donnent. Si les créatures, outre cette propriété de nous signifier les perfections divines , avaient de plus la varta de nous communiquer ces perfections , on pourrait dire qu'elles sont autant de s^t^TXi^si\&.

Au rapport do la Gonèse, Dieu^ avant la chute de rhomme, avait attaché cette vertu à une de ses créatures. Au milieu du paradis terrestre, il avait placé un arbre mystérieux appelé VÀrbre de vie , dont le fruit devait être pour rhomme un aliment d'immortalité ; et, à juger de ses effets diaprés ceux de VArbre du bien et du mal, il est permis de croire qu'ils étaient aussi bien moraux que physiques y et qu'ils engendraient la sainteté pour Tâme aussi bien que la santé pour le corps.

Cela étant , on peut dire que le Sacrement est d'institution naturelle.

Par suite de son iofidélité , l'homme encourut la perte du bénéfice de cette institution : « Empêchons , dit Dieu dans tf la Genèse , qu'Adam ne porte sa main à l'Arbre de vie , a qu'il ne prenne aussi de son fruit, et que, mangeant de a ce fruit, il ne vive éternellement... Et le Seigneur Dieu , <c ayant chassé Adam du jardin des délices , mit des Chéa rubins devant l'entrée , pour garder le chemin qui conu duisait à l'Arbre de vie '. »

L'homme , ainsi exclu de la participation du Sacrement de VArbre de vie, devait mourir éternellement. Mais Dieu, qui avait résolu de le sauver, lui promit dès lors de lui redonner ce Sacrement sous une autre forme plus noble , plus immédiate, plus glorieuse pour lui, c'est-à-dire, comme le dit saint Jean , que la Vie mime , qui était au commencement, devait venir revêtir notre nature humaine, se montrer à nous de nouveau , mais sous la forme qui convenait à rhomme pécheur, sous la forme d'esclave et de victime ; et devenir, par son expiation , le principe , Taliment et la source de notre nouvelle justification *.

> ■■■iJt c1m|i. ni, T. 21, 34.

Tel est Jésus-Chrisl. Il est comme un nouvel Arbre de tie planté au sein de l'humanité , pour piu'ger en elle les effets de l'Arbre du bien et du mal. U est cet Arbre divin dont les fruits ^ incessamment reproduits ^ sont promis aux vainqueurs dans Vautre vie y et dont les feuilles guérissent les

nations '.

Devenus y par notre participation originelle à TArbre de la science , comme des rameaux eauvages qui ne portent que des fruits empoisonnés, nous ne pouvons redevenir des rameaux francs qu'autant que nous aiu*ons été entés SUR Jésus-Christ, et que y participants de sa mort expiatoire, nous soyons aussi devenus participants de sa résurrection '.

Aussi Jésus-Christ disait-il lui-môme : <c Je suis le véricc table cep qui donne à ses branches la nourriture et la « vie; la branche ne peut d'elle-même porter du fruit, si « elle n'est incorporée au tronc : ainsi , vous ne pouvez a faire aucime œuvre salutaire , si vous n'êtes incorporés à

« moi ^. »

La mort de Jésus-Christ est le principe et la source de cette sanctification. C'est comme Vincision par laquelle la sève de la Grâce divine nous est offerte ; et c'est on nous mettant dans un état semblable et correspondant de œorti-

quod pei'speximtiSy et manus nostrx conlrectaventnt de verbo vitx , et viTA mai«ipe<;tà est.

' Vincenii dabo edere de ligno vitas quod est in Paradito Dei mei. ( Apocal.y II, V. 7. ) 7w medio platex lignum vitXy afferens fntctui dnodecim, per menses singulos reddens fructum suum, et folia liçtU ad sanitatem gcntium. ( Apocal., xxn, v. 1 et 2. )

' Si enim complaktati /acti sumus similitudini mortis ejus : simnl et resurrectionis erimus. {P&và, , Rom., 6, 5. )

^ Ego sum vitis , vos palmites... Sicut palmes non potest ferre Jhtc* tum a semetipso , nisi manserit in vite : sic nec vas , nisi in ri fis. ( Joan., XV, 4, 5. )

fication que nous sommes iméris en lui , que nous y adhérons , et que nous recevons cotte Grâce précieuse qui nous rend participants de la vertu môme de Dieu, et nous met en voie de retour à cette immortalité d'où nous fûmes exclus.

Jésus-Christ y dans sa passion et dans sa mort, est donc ainsi la source des Sacrements ; il est lui-même le Sacrement des sacrements; ceux-ci n'en sont que les rameaux, par lesquels il s'étend et se communique au sein de l'humanité.

n faut bien saisir l'ensemble de ce plan divin :

D'Adam, pécheiu», la concupiscence a coulé dans l'humanité ; de Jésus-Christ, médiateur, la grâce a fait retour dans cette même humanité.

La concupiscence a été transmise d'Adam à nous par le canal de la génération ; la grâce est transmise de Jésus- Christ à nous par le canal des Sacrements.

Par la génération chamelle d'Adam, nous naissons corrompus, esclaves du mal, enfants de malice et de perdition; par la régénération sacramentelle de Jésus-Christ, nous renaissons purifiés, nous redevenons libres, enfants de justice et d'immortalité.

Jésus-Christ , par la voie des Sacrements, est ainsi poui* le bien ce qu'Adam, par la voie de la génération, a été pour le mal. R est im nouvel Adam, en qui nous pouvons renaître de nouveau. Le péché originel , qui a inondé de ses suites tout le genre humain, en lui seul a trouvé une opposition et ime digue, et non-seulement une opposition, mais une réaction puissante dans la Grâce originelle , dont il est la source, et par laquelle tous les hommes, jusqu'à Adam lui-môme, auront pu être justifiés.

Où peut-on voir une doctrine plus simple , plus lumi-> neuse , plus consolante?

384 CHAPITBE XV.

n. Sans doute, au premier abord, cette doctrine parait étrange : mais qu'est-ce qui n'est pas étrange dans ce qui touche aux fins de Thomme, si ce n'est pour ceux qui oe réfléchissent pas?

; Hésiter à embrasser la Religion , par la raison qu'elle renferme des choses étranges, est une vraie contradiction; car le propre de la Religion étant de nous arracher à notre état naturel d'ignorance, elle doit nécessairement comporter des choses que naturellement nous ignorons ; des choses nouvelles , surnaturelles , étranges : d'où il suit qa*à moins d'ignorer que nous ignorons tout, ce qui serait la pire de toutes les ignorances *, à moins d'être insensibles à cet état, ce qui serait la pire de toutes les insensibilités, il faut admettre l'étrangeté en matière de Religion comme une condition virtuelle de vérité.

Cette pensée, bien qu'élémentaire, échappe toujours; et nous ne saurions assez la rappeler à notre esprit, et Yj tenir présente comme un correctif de notre incrédulité.

Elle trouve surtout son emploi dans l'Étude actuelle, qui porte sur le point le plus mystérieux, parce qu'il est le plus intrinsèque , de tout le Christiîinisme.

H est ime autre réflexion également solide et exacte, qui doit nous frapper en général, et surtout ici.

C'est que les points les plus mystérieux de la doctrino^ chrétienne répondent à des points plus mystérieux encore de notre nature, et ont pour objet de les expliquer et de les faire disparaître; avec cet immense avantage que les mystères de notre nature par eux-mêmes sont absolus^ inconciliables , désespérants , et que les mystères de la ReU^n présentent un enchaînement lumineux qui les explique les ims par les autres , et surtout une vertu vivifiante gui $u démontre les principes par les résultats.

Par exemple , à côté du mystère religieux de la Grâce se trouve, comme nous Tavons tu, le mystère naturel de la concupiscence; mystère bien plus absolu, bien plus inconciliable par lui-même avec Tidée d*ordre à laquelle toutes nos autres idées doivent venir se rapporter.

Maintenant , si nous passons du fait de la concupiscence au phénomène de sa transmission, nous trouverons la même étrangeté plus grande que dans la transmission de la grftce.

Qu'est-ce qui nous parait si étrange dans la transmission de la grâce? C'est que ce penchant au hitn soit en nous le fruit du mérite d'autrui, de Jésus-Christ. -— Mais le penchant au mal, ou la concupiscence que nous apportons en naissant, est-elle le fruit de notre démérite? N'est-on pas forcé d'admettre qu'elle précède en nous Faction de notre liberté , et non-seulement qu'elle la précède , mais qu'elle la paralyse?

Trouvera-t-on étrange qu'un phénomène tout spirituel , comme la grâce, soit communiqué par des voies matérielles et sensibles comme les Sacrements? — Mais la concupiscence , comment nous est-elle communiquée , si ce n'est par la voie matérielle de la génération?

Expliquez-moi comment l'acte aveugle de la génération , la voie de la chair et du sang , fait couler en moi avec les maladies du corps les maladies de l'âme ; et je vous expliquerai comment la participation sensible aux Sacrements en opère la guérisoni Expliquez-moi ma solidarité charnelle en Adam , et je vous expliquerai ma solidarité sacramentelle en Jésus-Christ! Expliquez-moi, en un mot, la concupiscence par la génération , et je vous expliquerai la régénération par la grâce !

Et maintenant, fi ftoos preesom d«H%&.\»lib V^ ^c^siiM^ .

nous vorrons que la grâce et sa tpansmission sont bien moins inconcevables que la concupiscence. Si la grAce nous vient de Jésus-Christ, si elle nous vient par des voies matérielles , il faut autre chose pour qu'elle nous soit acquise : c'est notre volonté, notre mérite propre ; tandis que notre voUmté et notre démérite sont étrangers à la transmission de la concupiscence. — Le mystère du mystère , si je peux ainsi dire, c'est que la dépravation de la volonté dans la race humaine se transmette sans le concours de la volonté ; ce qui n'a pas lieu dans le mystère de la grâce y où la transmission du bien ne s'opère que par l'adhésion sacramentelle de la volonté humaine à la divinité de Jésus-Christ.

Chassons donc ces terreurs puériles que soulèvent en nous les mystères de la Religion, bien moins accablants que ceux de la nature. C'est avoir peiu* de son ombre, car le mystère nous suit, et s'attache partout à nos pas comme notre ombre. Il n'y a que les esprits faibles qui ne croient rien, ou qui croient tout. La force et la justesse de l'esprit, la vraie philosophie , consistent , en évitant la superstition, à acquiescer à une foi rsdsonnable. Et quoi de plus raisonnable que la foi chrétienne ? Quoi de plus décisif, outre toute la sagesse que nous révèle l'étude de ses mystères, que l'épreuve de l'expérience , à laquelle elle en appelle elle-même par cette belle parole de son Auteur : « L'homme a qui voudra faire la volonté de mon Père connaîtra si ma a doctrine vient de lui, ou si je parle de mon chef? »

Poursuivons donc :

III. Une étude consciencieuse perce bien des voiles : aussi nous fait-elle découvrir dans l'institution des Sacrements des raisons aussi solides que nombreuses.

La première et la plus frappante est celle-ci : Si l'homme n'avait point eu de corps , \e& nt^^ biâus lui eussent été

DB LA 6RACB KT DES SAGRBMKNTS. 387

donnés dépouiilés de toute enveloppe étrangère; mais puisque i'ème est unie à un corps , il fallait que les choses sensibles fussent pour elle im moyen de connaître les choses invisibles. C'est Vordre de la nature elle-même. Rien ne nous arrive à Tâme que par l'entremise des sens ; d'où cet adage de l'école : iYtAt7 est in inlelleclu gtwd non fuerit prius in sensu. Je ne veux pas décider que cette loi soit absolue, mais enfin eUe est ordinaire > naturelle; d'où il suit que la transmission de la grâce , par la voie sensible des Sacrements , est moins étrange que si elle avait lieu d'une manière immédiate et innée.

Cette première raison se fortifie de celle-ci : que la grâce ne nous étant pas acquise^ conmie la concupiscence , involontairement, ainsi que nous Pavons observé, il faut que nous y correspondions. Or, cette correspondance demande, de la part de Dieu , un avertissement de nous y disposer, et; de notre part, la manifestation de nous y soumettre ; ce qui a lieu par l'entremise des Sacrements, qui sont comme les rendez-vous de la grâce de Dieu et de la fidélité de l'homme ; et ce qui nécessite d'autant plus l'emploi de ces moyens sensibles, que l'homme est partie correspondante dans cette divine conmiunication.

Notre esprit, d'ailleurs, a de la peine à croire les choses qui ne lui sont que promises ; aussi voyons-nous que toute l'histoire de la Religion, depuis son commencement, présente une suite de signes et de figures par lesquels Dieu rappelait et confirmait la certitude de ses promesses. Il était donc conforme à cette exigence de notre esprit, et à cette conduite de Dieu, que Jésus-Christ, en nous promettant le pardon de nos fautes , la grâce céleste , et la conmiunication du Saint-Esprit , établit des signes sensibles qui Aissent comme des gages par lesquels il se liait envers nous,

et des garants infaillibles de sa fidélité à exécuter ses promesses.

N'oublions pas, ensuite , que Thomme est appelé par la nature à vivre en société avec ses frères, et que la Religion a pour objet de resserrer et de consacrer les liens de cette société. Or, aucune société d'hommes, à quelque Religion vraie ou fausse qu'ils appartiennent, ne saurait exister, s'ils ne sont liés par quelque signe ou marque sensible qui les unisse entre eux , et qui les distingue de ceux qui sont en dehors de cette société. Les Sacrements produisent ce double effet : Us distinguent les Chrétiens des infidèles, et ils BontLComme im lien sacré qui les relie entre eux. Par les Sacrements, nous professons extérieurement notre foi, et nous la faisons connaître devant les hommes. Par leur commune participation , nous sommes d'autant plus enflammés de cette charité qui doit nous animer les uns pour les autres , qu'ils nous imissent des liens les plus étroits et les plus sacrés , et qu'Us nous font membres d'un seul et même corps , non-seulement pour le temps , mais pour l'éternité.

n est encore ime autre raison de l'institution des Sacrements, bien importante aux yeux de la piété chrétienne : c'est qu'Us domptent et qu'Us répriment l'orgueil de l'esprit humam , et qu'ils nous forcent à la pratique de l'humilité. Nous avions abandonné Dieu d'une manière outrageante, pour nous livrer aux créatures; et, par les Sacrements , nous sommes forcés de dépendre des choses sensibles pour obéir aux volontés de Dieu.

Enfin, U est une raison plus profonde et plus immédiate. Nous l'avons traitée aiUeurs au sujet du dogme de Tlncarnation; qu'U nous soit permis de remettre sous les jeux, ce passage :

DE LA GRACE ET DES SACREMENTS. 38d

a Par le fait, — et les traditions universelles, d'accord o avec la haute philosophie, nous en ont assez dit la cause, «c — l'homme, intelligence servie par les organes, était « devenu charnel et grossier ; son âme s'était épaissie jusc( qu'à s'identifier avec la chair, où, selon l'expression d'un a ancien, citée par Cicéron, elle est ensevelie comme dans « un tombeau ; de plus en plus passée dans les sens et tout a au dehors, elle ne voyait plus rien, elle n'entendait plus a rien des choses de l'esprit, et les portes du monde invisic( ble s'étaient, pour ainsi dire, refermées sur elle. Pour se « redonner à rhomme, il fallait que la Raison divine adap- « taises communications à notre infirmité. 11 fallait qu'elle « sortît elle-même des profondeurs de l'invisible et de « l'absolu, et qu'elle se signalât à nos yeux sous une forme c et par des attributs extérieurs et sensibles, afin de rentrer a ensuite par les portes des sens au dedans de nous, et d'y c( réédiûer Y homme spirituel. Il fallait qu'elle suivit l'homme « dans la voie où il s'était égaré, et que, le prenant à cette (( extrémité , elle le ftt remonter, par le même chemin , de ce la chair à l'esprit, du visible à l'invisible, de la foi à Tinte telligence, des ténèbres à la lumière. A cet effet, il fallait « qu'elle-même se proportionnât à la faiblesse de notre vue « en se «voilant, se fît visible et chamelle, et que toutes les a vertus qu'elle voulait nous faire pratiquer , elle les fît « entendre aux oreilles, elle les représentât aux yeux, elle a les fît toucher aux mains, elle les inoculât enfin à travers c( cette même chair ^iritualisie par la grâce, comme dans « l'état de nature l'esprit avait été chamalisé par le péché. . . a Notre état de maladie exigeait qu'elle s'infusât ainsi à a rétat d'incarnation et de foi, pour éclater ensuite inté^ a rieurement à l'état de raison pure et d'intelligence \ »

> TomtU ôtWMÉtUdêi, p. 244 «ti46. ^

390 CHAPITBB XV.

C'est dans notre Étude sur rincamation du Verbe que nous dhîons ainsi; mais telle est l'unité de notre sujet et le rapport des Sacrements avec le mystère de Vlncarnation , que la même raison leur est applicable.

L'union intime de la nature divine et de la nature humaine , le Verbe fait chair, est le fait radical du Christianisme. La Religion tout entière doit porter sur cette union, elle doit être toute pénétrée des conséquences qui en découlent : on doit trouver dans chacune de ses parties comme im rejaillissement de Tlncamation.

n y aiu*ait de l'inconséquence à prendre isolément le dogme de l'Incarnation, poiu* admettre ensuite des communications immédiates et purement spirituelles entre Dieu et l'homme; car pourquoi Dieu se serait-il incamé, si ce n'est parce que la nature humaine avait besoin d'un médiateur, et d'un médiateur visible ? Le Verbe étemel ne serait donc venu im moment sur cette terre que pour revêtir notre chair comme un manteau de théâtre, et, son rôle historique fini , nous laisser, comme devant , sans communication avec le monde invisible, et obligés en quelque sorte , selon la belle expression de saint Paul , de chercher Dieu avec les mains et comme à tâtons? Non! il est venu fonder im ordre nouveau , fondé lui-môme sur Tlncarnation , sur la médiation visible de la Vérité, qui, selon J 'expression de Bossuet, est devenue personnellement résidante parmi les hommes ; et c'est à cette fin qu'il a établi une Église dans la parole de laquelle sa doctrine est incarnée , comme sa grâce l'est dans les Sacrements.

C'est ce qui fait qu'il n'y a de vrai Christianisme que dans le Catholicisme, parce que le Catliolicismo porto tout entier dans l'enseignement de sa doctrine, dans l'administration des Sacrements , et jusque dans son culte et ses cérémo-

nies, sur des relations du même genre, et qu'il est dans son ensemble comme im magnifique rayonnement de Tincarnation; tandis que le Protestantisme, en abstrayant le Christianisme, en lui retranchant toutes ses relations sensibles , lui a ôté son motif en lui enlevant son but, et par ce défaut de conséquence a vu s'infirmer en lui jusqu'au principe, jusqu'au dogme de Tlncamation, lequel a expiré dans l'isolement et s'est évanoui dans le vide, ne laissant après lui que le socinianisme^ que le déisme, où on devait aboutir par là nécessairement.

I^s Sacrements sont donc comme les organes divins de rincarnation; c'est par eux que l'incarnation divine en Jésus-Christ se particularise en chacun de nous, et que tous les fidèles deviennent, avec leur divin Médiateur, comme un seul corps mystique , où il vît en eux et eux en lui.

C'est ainsi que l'institution des Sacrements se justifie par des raisons aussi fortes que nombreuses , et quo tout concourt à nous découvrir, dans le Christianisme bien étudié et bien compris, ime philosophie transcendante.

rv. Si de cette étude sur le principe des Sacrements nous descendons à celle des divers Sacrements eux-mêmes, nous retrouverons la même sagesse et la même providence.

Les Sacrements sont au nombre de sept; ils ont été disposés le long de la route de la vie , de manière à s'emparer de toutes ses périodes , à présider à toutes ses évolutions.

L'homme naît à la vie de la chair en entrant dans le monde , à la vie de l'intelligence et de la volonté en entrant dans l'adolescence , à la vie sociale en entrant dans l'Age mûr, et enfm à la vie étemelle en mourant.

Indépendamment de ces quatre périodes de vie , on peut dire qu'à partir de la seconde U renaît ou peut renaître chaque jour par Taction répétée de sa liberté sur ^son perfectionnement moral.

Les sept Sacrements correspondent de la manière la plus admirable à ces divers états de notre existence.

— Le Baptôme est la porte par laquelle on entre dans la société chrétienne ; il nous lave devant Dieu du péché originel^ nous revêt d'innocence comme d'ime robe hlanchey et nous fait passer de la famille d'Adam à celle de Jésus* Christ. U dépose dans notre âme un levain de grâce qui fermente en secret, se développe avec notre raison et notre volonté , et tend à neutraliser le vieux levain de la concupiscence qui est dans notre chair, et qui doit soulever plus tard tant de désordres.

— Le second âge , celui de Tadolescence, amène avec lui la fougue des passions et Texercice de notre volonté. (Test rage critique et ordinairement décisif dans la vie de l'homme. Jusque-là il n'a fait que préluder à ses destinées : elles ont été dans les mains d'autrui, et vont passer dans ses propres mains. Époque terrible et fatale à la vertu, où la barrière s'ouvre, où le combat commence, où la vie et la mort entrent dans un affreux duel I A ce moment solennel la Religion chrétienne intervient ime seconde fois, pour confirmer la grâce du Baptême, pour oindre le jeune athlète, pour le marquer au front du signe du salut qui doit le distinguer dans la mêlée , et pour lui infliger sur la joue j avec le signe de l'affront, le courage à le supporter jusqu'à la mort pour la sainte cause du devoir où il est enrôlé.

— Mais ce n'est pas assez : si la Conûrmation donne des armes et prépare à la lutte , elle ne rend pas invulnérable» elle nous laisse counr d^ chances mortelles, où plus d*aDe

1>B LA GRACE HT DES SAGRBlfENTS. 393

fois nous pourrons faillir, et recevoir des blessures qui nous mettront hors de combat. Dans cette prëyision^ la Religion chrétienne nous fait accompagner, à partir de ce moment, par deux Sacrements qui , à la différence de tous les autres, peuvent se recevoir souvent , et dont Tun est comme lé vulnéraire , et Tautre le cordial de Tàme. Je veux parler de la Confession et de l'Eucharistie , dont nous ferons dans un instant Tobjet d'im examen particulier.

— Arrive l'âge mûr, l'âge social, où la vie, jusque-là agitée et hésitante , s'assied , se fixe , et peut racheter encore bien des années de dissipation et de scandale par des années de repentir et d'édification. L'homme était conduit dans le premier âge ; il a dû se conduire dans le second ; dans ce troisième il va conduire. Deux états s'offirent à son choix , tous deux grands , tous deux saints, tous deux dignes d'intéresser la Religion aux nouveaux besoins qu'ils vont faire naître ; tous deux enfin, quoique opposés en apparence , unis par de profondes analogies.

Entrer, par le Mariage , dans la chaîne des générations , et transmettre le flambeau de la vie ; former de deux existences une seule , et de cette seule existence en tirer plusieurs 'y accomplir les augustes fins de la nature, et s'associer en quelque sorte à la grande oeuvre de la création , et non-seulement de la création physique, mais de la création morale , dont l'action autour de soi est si féconde pour le mal ou pour le bien , et dont les fins dans tous les cas sont éternelles ; être époux , être auteur de l'existence ! voilà le premier état, dans Tordre de la nature, pour lequel la Religion devait réserver un secours particulier. L'union des sexes , cette force aveugle qui , dans les règnes inférieurs, sème les générations, et se dissout avec l'Impulsion physique qui la détermine, est âlevde itai VhoTsm^ k\^<iÔB^

39k CHAPITRE XV.

de contrat sociat, et devient Tœuvre de la liberté, de la réflexion, du sentiment éclaire par la pensée. La Religion l'élève encore davantage, et la fait monter à la sublimité de sacrement. Dieu même y intervient avec ses grâces, et en fût un acte non-seulement licite, non-seulement noble, mais saint, où lui-même vient prendre part, apporter la dot invisible des vertus , et stipuler pour' nos intérêts étemels et pour sa gloire. Le Sacrement de Mariage répond ainsi admirablement aux instincts de la nature, en leur imprimant un cachet de dignité et de sanctification qui en purge tous les désordres, et fait tourner au plus grand bien de Thomme Vagent le plus terrible, et, ce semble, le plus immédiat de la concupiscence.

L'autre état de vie, pour lequel la Religion a institué un Sacrement, est celui du célibat religieux, du Sacerdoce : état si relevé , si saint , si pur, qu'on peut dire qa'il tient plus de TAnge que de Thomme, puisqu'il ne laisse mi corps à celui-ci que pour le consacrer au service de Dieu et des hommes , et en faire im médiateur des grâces célestes, et en quelque sorte un sacrement parmi ses frères. Les raisons de cet admirable état touchent à plusieurs ordres d'idées qu'il serait trop long de développer ici. Nous dirons seulement qu'il a un but éminemment social, et facile à saisir.

Le mariage concentre les ressources et la sollicitude de l'homme dans la famille dont il devient le chef, et à laquelle il se doit d'abord tout entier. Sous ce rapport, cet état est parfait pour la famille qu'il crée, et qu'il alimente tant que la fortune sourit. Mais pom^ les autres familles en débris, comme il y en a tant sur cette terre , pour tous ces enfants sans père, ces vieillards sans enfants, ces veuves sans appui, ces familles entières môme qui , bien que pourvues de tous

bB LA GRACE K-r DES SACREMENTS. 395

U'wvs membres, sont comme orphelines de la Providence ; et enfin jusqu'au sein de Topulence, pour toutes ces angoisses d'autant plus poignantes qu'elles sont plus secrètes, et ces maux d'autant plus affreux qu'ils sont recouverts de rapp£u*ence de tous les biens ; pour tous les déshérités de la fortune et du bonheur, quels qu'ils soient enfin, le mariage a quelque chose d'exclusif, de personnel , de sourd, qui ne voit souvent, dans toutes ces misères gémissantes autour de son foyer, qu'un sujet de crainte et d'anxiété pour lui-même, et qui lui fait resserrer d'autant plus ses ressources qu'il en voit les autres dépourvus. Le Sacerdoce chrétien vient précisément faire équilibre à cet état par le célibat religieux. Il balance la force absorbante du mariage par la force expansive de l'abnégation et de la charité. Il no retire du mariage et de la famille certaines existences et certaines fortunes que pour les réserver à ceux qui sont privés des ressources et des douceurs du mariage et de la famille ; et pendant que le mariage fonde et propage , il vient après lui réparer et soutenir. Intercesseur des pauvres auprès des riches, aumônier des riches envers les pauvres , consolateur et confident de tous , et en quelque sorte messager de la Providence , n'étant enfin qu'à tom pour être tout à tous , il jette, entre les divers membres de la famille humaine isolés par leurs intérêts respectifs, les doux liens de la fraternité, de la charité, et les resserre en les rattachant au centre de toute charité , au cœur même de Jésus-Christ. — Tel est le but éminemment social du cé<> libat religieux dans le Christianisme.

On peut ajouter, en passante un autre ordre d'idées, que le prêtre chrétien, pour être le digne organe de l'auto* rite et de la sainteté divine , pour être au-dessus des hom« mes, doit se montrer en lui-même a\irde9isv>& 4.^ YVtfs^\&.^ .

Et c'est ce sentiment qui y chez presque tous lespeuples de Tunivers, a fait considérer la chasteté comme la première condition du sacerdoce. Dans le Christianisme^ cette condition devenait d'autant plus étroite que cette Religion est le spiritualisme par excellence^ et qu'elle tend par tous ses dogmes, par toute sa morale, par toutes ses pratiques , à former en nous Yhomme spirituel, c'est-à-<lire, la prééminence de l'esprit sur Ja matière, de l'ftme sur les sens.

Ces considérations, tout incomplètes qu'elles sont, suffisent en ce moment pour faire sentir l'éminence du Sacerdoce chrétien , et la nécessité d'un Sacrement spécial destiné à l'investir de toutes les grâces qui doivent le sanctifier.

Tel est l'objet du Sacrement de l'Ordre. U perpétue an sein de l'Église la mission apostolique qu'elle reçut de Jésus-Christ , il transmet et communique à travers les Agés le feu sacré dont il l'anima, et sous ce rapport remplit dans la société religieuse les mêmes fins que le mariage dans la société civile. En marquant le prêtre d'un sceau indélébile, il l'investit de secours qui, joints à ceux qui rejaillissent sur lui de l'administration des autres Sacrements, et surtout à ceux qu'il puise lui-même directement tous les jours dans celui de nos autels , l'élèvent ordinairement à un degré de sainteté qui commande nos respects ^ et, alors même qu'il se montrerait infidèle à son caractère, le constituent, malgré son indignité, le dispensateur des grâces les plus abondantes et les plus pures, parce que les grâces ne sont pas attachées aux ministres, mais aux Sacrements.

-— Enlm la vie de l'homme, quel que soit l'état qu'il ait embrassé, quel que soit le chemin dans lequel il ait marché, du crime ou de la vertu , de la prospérité ou de Finfhrtiwê, abovLÛt à la mon, o^ ^Vf^^xiïsi^m «troit et sombra

défilé par lequel tous les enfants d'Adam sont condamnés k passer pour se rendre au tribunal de Dieu et commencer leurs destinées étemelles. A ce moment suprême où Thomme va cesser d'agir, et où tout ce qu'il a fait dans la vie va lui «tre imputé, sans qu'il puisse revenir sur ses pas pour risn racheter ; où le compte de ses actions , quelles qu'elles soient, va être arrêté pour toujours, la Religion chrétienne intervient par un dernier Sacrement, et^ de même rjue par le Baptême elle nous avait introduits une première lois dans la vie de grâce, parl'Extréme-Onction elle nous y rappelle, et nous y fait feutrer une dernière fois aux approches de la mort.

L'Extrême-Onction est comme le Baptême de l'autre vie; seulement il est placé en deçà j parce qu'au delà c'est la Justice qui occupe l'entrée. Elle nous fait mourir au péché avant que nous mourions à la nature) elle ferme successivement les portes de la concupiscence , et fait rentrer la grûce du pardon par où s'était perdue celle de l'innocence : Par celle sainle onction^ dit le prêtre^ que le Seigneur vous pardonne loiil ce que vous avez fait de mal par la vue, par rouie, par le (joûl , par l'odorat, ou par le toucher; et avec ces i>aroles, avec l'onction qui les accompagne, et les prières sublimes qui les suivent, la vie de la Grâce se ranime dans rame fidèle, et elle y opère souvent une joie et une pabc si sensibles, que le corps lui-même y trouve un principe de guérison , et que dans tous les cas l'âme en bénit et en aime les souffrances, plus quelquefois que les criminels plaisirs dont elles sont l'expiation.

Les sept Sacrements sont ainsi distribués de manière à saisir toutes les parties nobles de la vie , et à introduire dans notre âme des grâces spéciales en rapport avec ses divers état*!.

398 CHAPITRB XV.

Sans douto la Grftce dans son principe est la même, c*est toujours la vertu de la passion de Jésus-Christ; mais elle nous est communiquée par les Sacrements dans une direction conforme à nos besoins ; elle se spécialise dans ses effets et se modèle en quelque sorte sur nos faiblesses, pour se mettre à la portée de notre volonté , entrer dans nos dispositions les plus diverses , et nous ramener à Dieu.

Qui réfléchira sur la faiblesse humaine, sur sa misère prof&nde y comprendra aussi combien est profojide la sagesse y combien est divine la bonté d'une Religion qui sait si bien arriver à nous y se faire noué y sans cesser d'être la perfection même de Dieu; et, ménageant à la fois son secours et notre liberté y son action divine et notre foi , sa sublimité et notre bassesse y atteindre à ses lins avec une force invincible , par des moyens dont rien n'égale la condescendance et la douceur.

Mais , pour compléter cette Étude , nous devons revenir sur deux Sacrements qui sont plus particulièrement le nerf et Fàme du Christianisme : la Confession et TEucharistie.

U Jg.

Si entre tous les dogmes et pratiques du Christianisme on yeut savoir quels sont les plus admirables ^ on n'a besoin que de rechercher quels ont été les plus insultés : Técume honore le frein.

A ce titre nous dcTons nous attendre à trouver dans les deux Sacrements proposés un beau siget d'étude , et la confirmation de cette autre vérité générale : Que c'est le propre de tout ce qui est profondément sage et vrai, de parattre superficiellement incompréhensible et contestable, précisément parce que les raisons en sont profondes.

Occupons-nous d'abord de la Confession.

a n n'y a pas de dogme catholique qui n'ait ses racines « dans les dernières profondeurs de la nature humaine , a qui ne soit appuyé sur quelque sentiment inné comme ce notre propre existence , et par conséquent sur quelque <( tradition universelle et aussi ancienne que l'homme... ; « c'est ce qui se fait voir surtout dans le dogme de la Con- « fession et de la Pénitence. Sur ce pohat, comme sur tous « les autres , le Christianisme a révélé l'homme à l'homme ; a il s'est emparé de ses inclinations , de ses croyances éter- « nelles et imiverselles ; il a mis à découvert ces fondec( ments antiques ; il les a débarrassés de toute souillure , « de tout mélange étranger; il les a honorés de l'empreinte a divine ; et sur ces bases naturelles il a établi sa théorie « surnaturelle de la Pénitence et de la Confession sacraa mentelle. »

Ces belles réflexions sont de H. Joseph de Maistre'. S'il n'en avait jamais fait qui fussent plus difficiles à justifier, il eût échappé au reproche de paradoxe , reproche auquel il s'est plus exposé qu'il ne l'a mérité toutefois ; car, semblable à une comète, ce flamboyant génie en a l'irrégularité apparente, comme il en inspire souvent la terreur.

Apprécions ici la justesse de son aperçu :

I. La Confession, au point de vue le plus humain, est la confidence. Et quoi de plus naturel que la confidence, que ce mouvement d'un cœur qui se penche vers un autre pour y verser un secret*?... Cette vérité fut un jour d'un heureux à-propos dans la bouche du cardinal de Cheverus. Une dame protestante lui ayant dit que ce qui lui répugnait le plus dans la Religion catholique, et l'empêcherait toujours de l'embrasser, c'était le précepte de la Confession : « Non , madame , répondit l'aimable apôtre , vous n'avez a pas pour la confession autant de répugnance que vous « croyez; vous en sentez au contraire le besoin et le prix; c car voilà longtemps que vous vous confessez à moi sans c le savoir. La Confession n'est pas autre chose que la « confidence des peines de conscience , que vous voulez « bien m'exposer pour recevoir mes avis ^ »

Ce besoin de la confidence est inné au cœur de l'homme ; nous réprouvons tous, dans la douleur comme dans la joie , mais surtout dans la douleur. Tous nous ployons sous un chagrin, un embarras, un souci; nous cherchons autour de nous une âme qui veuille bien suspendre ses propres préoccupations pour s'intéresser aux nôtres , et nous ne ia

' Soirées, t. II, p. 233. — Du Pape, t. H, p. 4S9 et 44t.

' Belle expression de Bossuet.

^ Vie du cardinal de Cheverus , p. eo.

DK LA CONFESSION. &01

trouvons pas toujours : la place est prise. Les plus malheureux, c'est-à-dire, ceux qui ont le plus besoin d'un confident, sont précisément ceux qui en trouvent le moins, et qui sont obligés de boire leurs larmes en silence , faute do trouver une main discrète qui veuille bien les essuyer. Les plus heureux, je veux dire ceux qui le paraissent le plus, ne sont pas moins agités du même besoin; et s'il est vrai que les peines les plus cuisantes sont les plus intimes , il faut dire aussi qu'elles sont les plus inconsolées, précisément parce qu'elles viennent de ceux-là même auxquels seuls nous poinrrions les confier s'ils n'en étaient pas les auteurs. Et puis, que de peines indicibles, que de difficultés délicates qu'il y aurait impossibilité, danger à confier à qui que ce soit ! et combien de confidences inconsidérées ont corrompu ou brisé le cœur qu'elles auraient dû purifier et consoler 1 Ce n'est pas tout que de trouver une àme attentive , il faut la trouver pure , discrète , généreuse , expérimentée , éclairée ; et il ne faut pas la trouver une fois et pour ime chose qui l'intéresse , mais cent fois , et pour les choses qui nous sont le plus exclusivement personnelles , et qui n'intéressent que nous. Où trouver une pareille àme ? et que de cœurs malheureux tournent au crime ou au désespoir par son défaut 1

Cela est vrai surtout dans un temps de révolution comme le nôtre, où le déclassement continu des conditions et des intérêts fomente et refoule à la fois tant d'ambitions , tant d'espérances , et où la rupture des liens domestiques et sociaux vient aigrir par l'isolement les cœurs déjà blessés par la déception. De là tant de fatales explosions. La société, aujourd'hui , est comme une machine à haute pression démunie de soupape de sûreté. La Confession, ce divin déversoir des peines de l'àme j serait mevNevVV^v^s^^^^^^&s^

^02 OBAPITRB XVI.

lée à cet état; et tout homme de sens, qui Toudra bien y réfléchir, restera convaincu que son abandon concourt pour une large part à tous ces suicides, à tous ces crimes qui ensanglantent aujourd'hui nos mœurs par le poignard, comme elles le furent autrefois par Tépée, et grossit, au jour des révolutions, ces masses écumantes de mécontents . qui ne le sont de la société que parce qu'ils le sont d'eux-mêmes . La Confession , en effet , pourvoit admirablement à ce grand besoin du cœur de Thomme : la confidence. Elle offre à notre choix une foule d'hommes distmgués dont Tamitié ferait honneur aux plus grands , et ne se refuse pas aux plus petits ; qui réunissent toutes les conditions de vertu, de lumière, d'expérience, que le plus heureux hasard ou les recherches les plus assidues nous feraient rarement trouver ailleurs , et j ajoutent un esprit d'abn^tion et de charité surnaturel qui tient à la source de leur ministère. Par état, et par un état qu'ils remplissent généralement avec ardeur, ils nous attendent à toute heure du jour et de la nuit , qui que nous soyons , pauvres ou riches , savants ou ignorants, et, dès que nous le voulons, prêtent une oreille attentive , patiente , infatigable , à nos plus viles misères , entrent sans répugnance dans les plus vulgaires détails de notre situation, compatissent à nos peines, les soulagent déjà en les écoutant , et achèvent de les consoler en nous indiquant des expédients pour en tarir la source , qui est ordinairement celle de nos torts , en s'employant souvent eux-mêmes pour nous en tirer, et , dans tous les cas , en nous les £sdsant accepter par un esprit de résignation et de sacrifice qu'ils savent d'autant mieux nous inspirer que toute leur vie en offre l'exemple. Pour achever le mérite de cette admirable institution, deux conditions s'y reooontrent d^une frappante \>e«a\& xV^^^t^tûid^^ «'est que le

confident est lié par le plus redoutable engagement à la loi du secret le plus inviolable , et qu'il s'y montre tellement fidèle, que, sur tant de milliers de cas, on ne pourrait trouver un seul exemple de violation, quelque critiques qu'aient été Jes circonstances , et alors même que le confesseur avait eu quelquefois le malheur de manquer à ses autres engagements '. La seconde condition , qui garantit la première, et fait du confident non-seulement un homme discret, mais un homme désintéressé et dévoué , c'est qu'il lui est interdit à lui-même de contracter de ces liens d'affection, de famille , ou d'affaires , qui pourraient le rendre partie dans des difQcultés dont il doit être juge, qui l'exposeraient à la séduction , et feraient une diversion légitime à la sollicitude et à la charité dont il doit être animé pour tous.

Pour tous , et c'est encore ici un trait admirable sur lequel il faut insister. Au pied du confessionnal, quel que soit le rang du ministre qui y siège, toutes les conditions se mêlent et se confondent. NuUe prééminence , nulle faveur. Tout être humain , quel qu'il soit, a droit de passer à son tour, d'obtenir une attention égale, une égale compatissance ; et le grand du monde est souvent obligé d'attendre, et d'attendre longtemps , que les chagrins qu'il a donnés peut-être à ime humble domestique soient apaisés de la même bouche qui lui réserve à lui de moins douces leçons.

Ce n'est pas même assez pour le confesseur d'avoir sa porte ouverte à tout venant, il ira lui-même s'il le faut, il volera au chevet du malade et du moribond , quels que soient sa demeure et son état, s'assiéra sur la paille où il

' n est singiiHèrement prodigieu, il est miraculeux peut-être, que, panni tous les crimes de la réToluUoii française, on n'ait jamais entendu parler d*aucune réTâatkm pénitentidle et sacramentelle de la ^{art d^auiom prêtre apostat.

est étendu, respirera sou haleine empestée, ne s^arrêtera pas même devant des dégoûts et des dangers qui font hésiter les approches d'un parent ou d'un ami, montera sur réchafaud du parricide y et , seul et dernier consolateur du misérable le plus justement abandonné des hommes, il fera rentrer dans cette âme criminelle Tamour de Dieu et de la vertu, à force de lui en présenter Timage.

Et il y a eu des hommes assez égarés pour se moquer de la Confession ! je les plains !

IL Hais la Confession n'est pas seulement une institution de confidence , elle est encore une institution de direction; et, sous ce second rapport, eUe a pourvu à uo besoin non moins grand de la natm-e humaine.

Écoutez celle-K)i , s'exprimant sur ce sujet par la plume d'un païen :

(f Quelle est donc, Lucilius, cette maligne influence qui u nous détourne de ce à quoi nous tendons, et nous pousse a vers ce que nous fuyons '? Quand et comment nous en <f affranchir? Personne n'est par lui-même assez fort pour « y réussir ; il faut que quelque autre nous tende la main, « nous tire de l'abîme. Épicure parle de plusieurs personnes et qui, sans aucun aide, sont parvenues à la sagesse. D'au- « très, selon lui, ont besoin d'aide... Quant à nous deux, a nous n'appartenons pas à la première catégorie ; que dis- « je ? on nous traiterait avec faveur en nous admettant dans a la seconde. Et qu'on se garde de mépriser celui qui peut

• (Test toigours le phénomène de la concupiscence, le Video meliora, détériora sequor. Les impies modernes sont arrivés trop tant pour nier ce désordre que le Christianisme seul est jenu expliquer et r^iarer. Les païens, plus désintéressés dans la question , Tout trop nettement posée et ont trop ▼ainement cherché à la résoudre , pour qu'on puisse retirer auûounl'hui au Cbristiênisme Ilionneur de ce dh\u «\itci^.

« être sauvé avec le secours d'autrui; car c'est déjà beaucr coup que de vouloir être sauvé '. — Mais à qui s'adres- « ser? me direz- vous; est-ce à celui-ci ou à celui-là? — « A Hachez- vous à ceux dont la vie est un enseignement; tf qui, après avoir dit ce qu'il faut faire, le prouvent par « leurs actions ; qui enseignent ce qu'il faut faire , et ne <c sont jamais surpris dans les fautes qu'ils ont recommandé « d'éviter. Prenez un guide qui gagne plus encore à être « vu qu'à être entendu '. . . »

(]es conseils, qu'on ne saurait mieux donner aujoinrd'hui, sur la nécessité elle choix d'un directeur ^ sont suivis dans Séiièque d'un tel tableau des philosophes , parmi lesquels il invite à Je chercher, qu'il inspire en même temps le désespoir de le rencontrer jamais. Le Christianisme satisfait à ce grand besoin par son sacerdoce , et par l'institution de la Confession. 11 forme de longue main des hommes spéciaux dans l'art de connaître les maladies de Tàme , dans l'expérience do leur traitement, et dans un tel soin de s'en préserver eux-mêmes, qu'ils offrent tout à la fois le précepte et l'exemple, et que de leur bouche sortent de ces lumières efficaces qui persuadent ce qu'ils conseillent, qui dissipent nos illusions , découvrent les causes secrètes de nos faiblesses , démêlent la trame embrouillée de nos passions , nous disent clairement et énergiquement ce que notre jugement et notre conscience ne disent plus que d'une voix faible et mal entendue, et les rendent en un mot pour nous de véritables Mentors qui font f Curie vice, rappellent la vertu, et ramènent nos pas égarés dans les sentiers du devoir.

* Voilà de ces passages comme il y en a tant dans Sénèque., qui prouvent que le valet de la comédie ne disait pas si mal :

C€ Smi^ue, monsieur, était un ({«» ffrtmd homme f

* Sénèque, IsUre ccccw.

ib06 CHAPITRE XVI.

Et puis^ n*7 a-t-il pas déjà un avantage bien précieux dans le seul fait du rapprochement d'une ftme dissipée avec une âme recueillie j dans ce contact, dans cette communion des consciences, dont rune engagée plus particulièrement et par état à la vertu, formée chaque jour à la perfection par la participation des redoutables mystères, préservée de toute altération par l'exemption des soins et des plaisirs qui nous corrompent, d'autant plus propre à dominer et à régler les agitations où nous sommes embarqués , qu'elle ne les voit que du rivage , et que son expérience s'enrichit chaque jour de maints naufrages dont les débris lui sont apportés parle repentir; dontl'ime, dis-je, ainsi préservée et instruite, doit nécessairement communiquer à l'autre sa force et sa clarté, et devenir pour elle comme ces pierres d'aimant qui attirent le fer et lui communiquent leurs propriétés?

Ceux qui ne voient la Religion que de Ibia et à travers leurs préventions objectent, je le sais, que le portrait que nous faisons de ses ministres est flatté ; qu'ils sont en proie aux mêmes faiblesses , et que sous ce rapport le fruit de cette fréquentation confidentielle est contestable, quelquefois même mauvais.

Nous nous réservons de répondre à cette objection dans ce qu'elle a de plus extrême; nous dirons seulement ici :

D'abord, que l'expérience la dément pleinement, et que, grâce à Dieu , il y a encore assez de gens , et (Je gens éclairés , qui usent de la Confession, pour qu'on puisse savoir de leur bouche , et surtout de leur conduite, si ce que nous venons de dire est excessif. Qu'on nous cite im seul homme qui se soit éloigné par 'certu de la Confession? nous irons même plus loin : qu'on nous en cite un seul qui ne s'en soit pas éloigné par vtce?... Sur une telle épreuve il nous

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semble que la bonne foi est en demeure de se prononcer.

La raison toute seule indique d'ailleurs qu'il 7 a des Tertus de position , et qu'à ce titre seul , sans parler encore des secours surnaturels y la grande majorité des prêtres catholiques y par les considérations déjà présentées, doiyent être les plus vertueux d*entre les hommes; et que si on joint à cette' première garantie celle d'un choix édairé etprodent, il est immanquable que chacun trouvera aisément parmi eux ce Sage dont nous avons fait le tableau.

Il y a deux règles pour juger le .mérite desîbommes : celle de la perfection souveraine , et celle de notre état ordinaire d'imperfection. C'est la première qu'on applique toujours aux ministres de la Religion, et on les condamne impitoyablement quand ils n'y répondent pas; on passe ensuite aisément de la médisance à la calomnie, et, par cela seul qu'ils ne sont pas des Anges , on ne veut plus les distinguer en rien du reste des hommes. Jugez-les cependant par comparaison avec ceux-ci , avec vous-même , c'est-àdire^ par la seconde règle, et vous verrez de quel éclat ils vont briller à vos yeux !

Le clergé catholique (la vérité et la justice obligent à le reconnaître ) se disUngue par une grande pureté de mœurs, et par un mérite d'autant plus réel que son humilité le cache à ses ennemis, et semble conspirer avec leurs préventions pour ne leur laisser voir que ses faiblesses. S'il se trouve en lui quelques membres moins dignes, ils sont paralysés pour le mal, et fonctionnent môme sympathiquement pour le bien , mus qu'ils sont par la sainte vigueur du corps auquel ils tiennent encore, quand leur corruption ne les a pas forcés à s'en retrancher eux-mêmes.

Nous en avons assez dit, quant à présent, sur cette ob* jection^ gui, du reste, par un renveocwcnsfiX ^^\^\i(^Rî^

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règle de tout jugement équitable, n'est faite au clergé que par ceux qui ne le connaissent pas, et font même profession de ne pas le connaître ' .

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