‹ Études philosophiques sur le christianisme (volume 2)Chapitre 14 sur 37 · MOI · texte numérisé non relu

MOI

11 y a beaucoup d'autres preuves plus savantes du spiritualisme; je crois devoir me borner à celles-ci, parce qu'elles sont suffisantes pour tout esprit sérieux , et qui ne vise qu'à la vérité.

Disons donc, avec un grand philosophe :

La volonté nous détermine , Non l'objet, 7ii l'instinct. Je parle , je clieniine ;

Je sens en moi certain agent ;

Tout obéit dans ma machine

A ce principe intelligent.

Il est distinct du corps, se conçoit nettement,

Se conçoit mieux que le corps même :

De tous nos mouvements c'est l'arbitre suprême.... Un esprit vit en nous ^

' La Fontaine, fable : les deux Rats, le Renard, et l^ Œuf. Tous les laborieux systèmes des matérialistes tombent devant cette exposition d'une ^éi■ité de sens commun, si bien rendue par le bon homme. On peut y join<îre cette autre réflexion qui n'en est que plus frappante, pour avoir été

DE L'AMK. 81)

mise par Molière dans la bouche d'un valet : « Mon raisonnement est (lu'il « y a quelque chose d'admirable dans l'homme, quoi que vous puissiez dire, « que tous les savants ne sauraient expliquer. Cela n'est-il pas merveilleux « que me voilà ici , et que j'aie quelque chose dans la tôle qui pense cent « choses diflérentes en un moment, et fait de mon corps tout ce qu'elle veut? » ( Festin de Pierre y acte 111, scène i. )

Ce n'est pas précisément pour des matérialistes que nous avons écrit ce chapitre ; nous n'avons pas supposé qu'il s'en rencontrât beaucoup parmi nos lecteurs , et nous nous soimnes proposé l'exposition des vérités premières, moins comme un objet que comme un acheminement à l'objet capital de nos Éludes , qui est le Clu-istianisme. Si nous avions eu à établir la spiritualité de l'âme contre un matérialiste , nous nous serions étendu davantage; mais, après tout, nous serions venu nous renfermer dans un raisonnement bien simple, et selon nous sans réplique, qui est celui-ci : — Le JE , le MOI , en qui se résume la substance pensante , l'âme , est essentiellement UN ; il n'y a qu'uN moi en moi : c'est là un fait que le sentiment intérieur proclame. 11 n'en est pas de même de la matière; elle n'est pas une, mais deux , trois , quatre , cent , mille , etc., c'est-à-dire infiniment multiple, puisqu'elle est infnument divisible : c'est encore là un fait qu'on ne peut dénier. Pour que l'âme fût matière, il faudrait donc que ce qui est essentiellement un fût en même temps deux, trois, quatre, etc., ce qui est absurde. La spiritualité de l'âme est \lonc , on peut le dire , mathématiquement démontrée.

90 LlVKt: I. CHAPITRE 11.

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