TON ESPRIT ET DE TOUT TON COEUR
Vni. Le moyen à l'aide duquel s'exerce cet hommage et OÙ doit se rapporter toute la Religion, c'est la prière.
A cet effet , il faut nous faire ime retraite et comme un sanctuaire au fond de la conscience, où nous ramenions sans cesse nos pensées en présence de la Divinité, jusqu'à rendre cette présence assez sensible par l'habitude pour ne jamais la perdre entièrement de vue au milieu des soins et des embarras extérieurs de la vie, et la retrouver aisément à certains moments de recueillement intérieur, régulièrement donnés à l'examen et à la réforme de notre âme. Là nous rapporterons la fin de toutes nos actions, nous immolerons nos mauvais désirs , nous offrirons nos contrariétés et nos souffrances, nous puiserons la force et le conseil pour l'observance de plus en plus parfaite de la loi de justice et de vérité. La pensée par qui nous entretiendrons ce culte ne pouvant se concevoir sans la parole au moins intérieure, nous nous assujettirons à converser avec Dieu par la prière, qui n'est que l'expansion de l'âme avec toutes ses faiblesses, ses misères et ses besoins, en présence de l'absolue perfection de son Auteur ; non pas pour que Dieu connaisse luimême ces misères et ces besoins , mais pour que nous les sentions et les connaissions nous-mêmes en les exprimant^ et que nous nous pénétrions des perfections divines en les contemplant. A l'aide de ce moyen constamment pratiqué, il finira par s'établir une relation intime et suivie entre Dieu et nous, un céleste hymen entre notre âme et lui ; et l'expérience nous apprendra bientôt que cet hymen n'est pas stérile, et que Dieu ne sera pas le dernier à y verser ses dons '.
« « Chaque jour il faut le prier, dit rexcellent Joubert , attacher sa pensée « sur cette lumière qui épure, sur ce feu aui consume nos corruptions, sur
IX. Un moyen, du reste, bien propre à fortifier nos rapports avec Dieu, et qui forme le second article de la loi naturelle , c'est l'amour de nos semblables.
De même que nous sommes l'objet de l'amour infini de Dieu , faits à son image , appelés à le posséder, de même nous devons voir, dans chacun de nos semblables , l'objet de ce môme amour, un enfant de Dieu, un frère. Le meilleur moyen donc d'être agréable à Dieu , à qui nous ne pouvons directement faire du bien puisqu'il en est la source, c'est d'en faire à ceux à qui il veut en faire lui-même , et d'être les uns envers les autres les instruments et les aumôniers de sa providence ; c'est de reverser, par une céleste subrogation, sur les enfants , l'acquittement de nos dettes envers le père , et d'être à leur égard comme nous voulons qu'il soit à notre égard, en leur faisant tout le bien que nous voulons qu'il nous soit fait. Cette bienfaisance luiiverselle , qui doit avoir l'amour de Dieu pour principe , l'amour de nous-mêmes pour mesure, et l'amour de nos semblables pour objet , forme le complément de la Religion naturelle :
Tu AIMERAS TON PROCHAIN COMME TOI-MÊME.
De la souveraine et unique paternité de Dieu dérive ainsi la fraternité humaine ; resserrer les liens de la première , c'est resserrer en même temps les liens de la seconde. NOTRE PÈRE! toute la Religion est dans ces deux mots.