‹ Études philosophiques sur le christianisme (volume 2)Chapitre 26 sur 37 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

NÉCESSITÉ d'une RÉVÉLATION PRIMITIVE.

Ce titre seul va soulever, je le crains, chez certains de mes lecteurs , des défiances et des préventions inconsidérées , contre lesquelles j'aurai d'abord à lutter, et qui embarrasseront la simple marche de la vérité.

Le dix-huitième siècle a tant déclamé, tant intrigué contre le grand dogme de la Révélation, que la génération qui l'a suivi en a gardé un éloignement de cœur, une obscurité de vue, une disposition enracinée à l'irréflexion, àl'injustice et même à l'irritabilité , contre tout ce qui touche à la doctrine de l'intervention surnaturelle de la Divinité dans les destinées de l'espèce humame.

Depuis quelque temps toutefois on revient de cet éloignement; mais cette réaction, comme toutes les autres, se signale par des méprises et des abus. Les révélateurs sont partout , et le vrai Révélateur presque nulle part. Son divin esprit n'est qu'un manteau dont se revêtent toiu* à tour les plus désordonnés systèmes. Si sa doctrine est accueillie, ce n'est pas au foyer domestique qu'on la fait encore asseoir, ni les actions de la vie civile qu'on lui donne à diriger. Là, elle est encore absente. Elle n'est reçue qu'à titre de merveilleux , propre seulement à dorer les caprices des arts et de la mode , à relever, par la sévère pureté de ses contrastes , le jeu des passions , et à leur donner plus d'intensité et plus d'élan, en sensualisant les mys-

tiques relations de l'âme avec le ciel, destinées à les réprimer. En cela n'est pas la raison , la vérité : et peu s'en faut, j'ose le dire, que je ne préfère ime hostilité franche contre le Christianisme , à ces apothéoses de boudoir et d'opéra qu'on lui décerne de nos jours'.'

Quant à nous, c'est sérieusement que nous voulons aborder ces grands sujets, philosophiquement, sans préjugé comme sans caprice. Il y a bien longtemps que le Christianisme ne connaît plus ce genre d'examen , le seul qu'il ne redoute pas, qu'il sollicite même. Que ceux qui sont disposés à le lui accorder nous suivent. Que ceux qui refusent de se soumettre à ces conditions s'arrêtent à la vérité d'une Religion naturelle que nous venons d'établir; ou plutôt qu'ils s'en retournent au doute ténébreux d'où nous sommes partis sur la Religion, sur l'immortalité, sur Dieu, sur l'âme, surtout; car il n'y a pas de station possible pour l'intelligence sur aucun de ces points , s'ils n'aboutissent au Christianisme ; et il faut avancer, ou retomber au fond\ Nous gravissons une montagne : partis de la plaine, nous abordons des vérités de plus en plus escarpées , mais qui cependant s'appuient les unes sur les autres , de manière à se garantir mutuellement par des transitions qui n'ont rien de brusque , et qui ne laissent aucun prétexte raisonnable à ceux qui veulent s'arrêter en chemin. Je ne propose pas plus de sacrifice , mais plus d'exercice à votre raison sur le point de la nécessité d'une révélation , que sur ceux de Vexistence de Dieu et de la spiritualité de Vâme, comme je lui promets aussi plus de satisfaction ; car si les

' Ceci a été écrit en 1841 ; depuis lors, le déchaînement du mal a fait prendre un peu plus au sérieux le remède.

^ « Quand on ne peut pas croire qu'il y a eu révélation , on ne croit rien « fixement, fermement, invariablement. » ( Joubert, Pensées, 1. 1, p. 111.)

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premières vérités soutieiment celles qui les suivent, celles-ci à leur tour réagissent puissamment sur elles , les complètent et les consolident, en les objectivant, jusqu'à ce que, parvenu au sommet, on tienne toute la chaîne, et on jouisse à la fois, d'un seul regard, de l'harmonieux ensemble de tous les points laborieusement parcourus.

C'est là, du reste, la condition de toutes les sciences pour l'homme déchu ^ ; ce sont des abîmes d'ignorance qu'il lui faut remonter graduellement, en allant du simple au composé , du général au particulier, du connu à l'inconnu , de la synthèse du doute à l'analyse de l'observation , pour atteindre à la synthèse du savoir. Acceptons ces conditions pour l'étude de la Religion, comme nous sommes forcés de le faire tous les jours pour les autres connaissances; n'ayons pas, comme dit Portails, une philosophie pour les sciences, et une autre philosophie pour la Religion.

Les deux chapitres de la Nécessité d'une révélation pri^ mitive et de la Nécessité d'une seconde révélation demandent à être présentés coup sur coup. Dans ma pensée, ils ne devaient faire qu'un seul chapitre : l'étendue et l'importance de la matière les ont fait se partager en deux ; mais ils 50 ressentent de leur primitive union, et demandent qu'on ,1a leur conserve.

Entrons en matière :

I. La vérité, disait Zoroastre, n'est point une plante de la terre. Si nous voulons , en effet, nous rendre compte de la généalogie de la vérité sur la terre, en allant de branche en branche jusqu'à sa tige, jusqu'à ses racines, nous la verrons se détacher de plus en plus de l'élément humain et

' Ce mot est tombé de ma plume trop tôt; je le laisse cependant.

individuel , ne s'appuyer ensuite que sur un consentement universel , remonter les sentiers de la tradition , et ne tenir plus enfin à rien qu'à cette première main du souverain Être , qui , après s'être épanchée sur le néant et avoir fait l'homme capable d'intelligence, a dû mettre elle-même, dans cette intelligence du premier homme, les semences et pour ainsi dire les provisions de la vérité, qui devaient alimenter traditionnellement toute sa race.

En effet :

Nous n'apportons en venant au monde aucune notion de vérité dans notre esprit , mais seulement des facultés poiu» recevoir et cultiver toutes les vérités qui nous seront offertes.

La société du genre humain, à laquelle nous nous mêlons bientôt , nous offre de toute part le trésor des vérités , des idées , des connaissances qu'elle recèle. Nous les aspirons avec une merveilleuse facilité , nous les assimilons à noire intelligence, toute prédisposée à les recevoir ; et, par le travail que nous leur faisons subir à notre tour, nous les fécondons , et nous en versons les nouveaux fruits autour de nous avec plus ou moins d'abondance.

Mais ce travail de fécondation n'aurait pas lieu, si préalablement la société ne nous avait fourni l'élément premier de la vérité , que nous n'aurions jamais pu trouver en nousmêmes. Nous n'avons pas la puissance de produire de notre propre fonds la vérité , mais seulement, si j'ose ainsi dire, de la faire provigner dans notre esprit. Les plus grands génies , ceux qui ont enrichi le domaine de la vérité sur la terre, — Newton, — Bossuet, — Pascal, — n'avaient pas une seule idée dans leur vaste esprit qui, de près ou de lom, ne provînt de leur association au genre humain ^ je dis plus : leur vigoureuse fécondité tenait beaucoup, peut-être, à mille circonstances du temps et de la position où ils ont

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vécu; si bien qu'isolés de ces circonstances, ils n'auraient pas produit des œuvres aussi marquantes, comme, privés de tout contact avec le genre humain, ils n'auraient rien produit, et fussent restés avec le vide naturel de leurs grandes facultés vierges.

Concluons donc qu'il se fait déjà , de la société à nous , une RÉVÉLATION de la vérité , au fur et à mesure que nous pénétrons dans son sein.

Maintenant, cette société des hommes , à son tour, comment se trouve-t-elle avoir la vérité? — Ici il ne faut pas se payer d'équivoques , et perdre le fil du raisonnement où nous sommes entrés : — Si, comme nous l'avons constaté, chaque homme en particulier n'apporte aucune notion de vérité en venant au monde , et ne fait que féconder le fonds qu'il y trouve déjà, il est radicalement impossible de comprendre comment la société , qui n'est qu'une agrégation de ces mêmes individus qui n'apportent aucune mise sociale , se trouve cependant avoir un fonds ; et on est forcé de conclure que quelque intelligence supérieure lui en a fait l'avance, comme elle-même en fait l'avance à chacun de nous.

Que le génie d'un seul ou de plusieurs hommes , d'un peuple ou d'un siècle , fasse faire des pas de géant à la vérité ) que son domaine s'étende ou se resserre au gré du mouvement de l'esprit hiunain, du hasard de ses découvertes ou des révolutions de ses destinées, tout cela n'explique que le développement , que le cours de la vérité , mais nullement son origine et sa source ; et , raisonnant sur im peuple comme sur mi homme , nous pouvons dire hardiment que ce peuple ne s'est pas donné en principe la vérité, qu'il l'a reçue de ses devanciers ou de ses voisins par quelque canal , par quelque infiltration , comme ceux-ci l'ont reçue à leur tour ; tellement qu.e si on pouvait supposer une

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solution de continuité complète et infranchissable entre une génération d'hommes et celles qui l'ont précédée, cette génération, quelque travail qu'elle fit sur elle-même, resterait éternellement assise à l'ombre de la mort intellectuelle, à jamais dépourvue de tout élément de civilisation, ne vivant que par l'instinct et par les sens , et s'éteignant bientôt d'inanition morale dans les désordres de sa brutahté '.

L'observation des faits vient à l'appui de ce raisonnement j car, bien que l'hypothèse que nous venons de faire ne se soit jamais complètement réalisée, cependant les hordes sauvages qui ont été découvertes dans l'intérieur de l'Afrique et de l'Amérique, et l'état stationnaire d'abrutissement où elles ont vécu pendant des siècles par suite de leur isolement , suffisent pour démontrer que la société ,* pas plus que l'individu , ne peut se donner la vérité ; et, d'un autre côté , la marche des lumières dans le monde civilisé nous fait voir comment, de génération en génération, de peuple à peuple, de siècle à siècle, le flambeau de la civilisation, des arts et des sciences , s'est communiqué de proche en proche de la haute Asie, qui semble avoir été son premier foyer, dans l'Egypte, dans l'Asie Mineure, dans la Grèce et ses colonies , dans Rome et les États actuels de l'Europe occidentale , d'où les lumières se sont projetées sur le monde ; de telle sorte que , par cette succession et cette régularité de marche , la vérité nous apparaît comme ime céleste voyageuse qui se communique à la terre , qui se RÉVÈLE aux peuples comme aux individus , mais qui ne

' C'est ce que, dans le dix-huitième siècle, on appelait Vétat naturel; comme si l'état naturel , pour tout être , n'était pas l'état fini , accompli , et dès lors pour l'homme Vétat social. Autant vaudrait dire que le gland est Vétat naturel du chêne.

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prend pas naissance dans leur sein ; autrement nous l'aurions vue paraître à la fois sur divers points isolés , et sans communication les ims avec les autres '.

Pressant maintenant le dernier résultat de notre investigation , et faisant l'application immédiate de nos raisonnements et de nos observations à la première génération d'hommes qui parut sur la terre , nous nous demandons comment cette première société qui a transmis , révélé la lumière delà vérité à toutes celles qui l'ont suivie, a pu la recevoir elle-même? Ici la difficulté est reculée jusqu'à ses dernières limites : il faut conclure. Or, il ne peut j avoir deux sentiments sur ce point ainsi précisé ; car il est évident que ces premiers hommes n'ayant pu recevoir la vérité d'autres hommes ainsi qu'eux-mêmes l'ont transmise , et d'un autre côté étant comme nous incapables de se la donner à eux-mêmes , ont dû la recevoir du seul Être de qui ils tenaient déjà la vie et l'intelligence ; qu'il a du y avoir originairement une société entre les premiers hommes et Dieu , comme il y en a eu depuis entre les hommes , en un mot ,

une PREMIÈRE RÉVÉLATION.

Le raisonnement qui nous a conduit à ce résultat peut , du reste , se ramener à des termes bien simples.

Toute la question est de savoir si les vérités nécessaires, les idées universelles , sont innées dans chacun de nous ;

' Tout démontre historiquement que l'Orient fut le berceau du genre humain. Des colonies , plus ou moins brusquement détachées de la première famille ou nation, se répandirent sur la terre, n'emportant avec elles que de faibles provisions de civilisation et de vérité, qui s'épuisèrent bientôt dans l'isolement ; tandis que le grand réservoir des lumières se maintint et s'épancha régulièrement du haut de l'Asie, d'où la civilisation vint, après plusieurs siècles, éclairer les descendants des premiers émigrés. — Du reste, l'origine récente de la race humaine sur le globe, son unité primitive de famille et de langage, sont des faits conquis et défendus aujourd'hui par la science non moins que par la foi. Nous y reviendrons;

car si elles ne sont pas innées , elles sont importées , socialement d'abord aux individus, et divinement en principe à la société.

Or, le système des idées innées, généralement abandonné, n'a consisté, d'après ses premiers partisans, dont les plus éminents sont Descartes et Leibniz, que dans quelques prénotions si confuses qu'elles se confondent presque avec nos facultés , sans avoir assez de virtualité pour s'en détacher, en s'élevant à la hauteur et à la spécialité d'une idée \

Cette doctrine , même ainsi entendue , n'inspirait tant de zèle à ses partisans que par leur répulsion bien fondée pour la doctrine opposée , savoir : a qu'aucune idée n'est dans a l'esprit avant d'avoir été dans la sensation, » Nihil est in intellectu quod nonfuerit in sensu; doctrine professée, comme on le sait, par Locke et Condillac , et qui nous a valu le matérialisme de Cabanis et de Broussais.

Mais il n'est pas nécessaire d'embrasser le sensualisme de Locke et de Condillac , par cela seul qu'on ne veut pas se ranger à V idéalisme de Descartes et de Leibniz. Le vice général de ces deux systèmes et de beaucoup d'autres, c'est d'être faits à priori , et de ne pas reposer sur la terre ferme

^ « Lorsque j'ai dit que l'idée de Dieu est innée, écrivait Descartes, je n'ai « jamais entendu autre chose que ce que mon adversaire entend, savoir, que « la nature a mis en nous une faculté par laquelle nous pouvons connaître « Dieu ; mais je n'ai jamais écrit ni pensé que telles idées fussent actuelles , « ou qu'elles fussent je ne sais quelles espèces distinctes de la faculté que nous « avons de penser. » ( Lettres, tome II, p. 477. )

« Il faut avouer cependant, dit Leibniz, que le penchant que nous avons à « reconnaître l'idée de Dieu est dans la nature humaine : et quand on attri- K huerait le premier enseignement à la révélation, toujours la facilité que les « hommes ont témoignée à concevoir cette doctrine vient du naturel de leurs « âmes. » {Nouveaux Essais sur l'entendement humain, liv. I.) Ce que nous reconnaissons fort bien.

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de l'observation; leur vice particulier, c'est de transporter à r homme -individu des propriétés qui n'appartiennent qu'à l'espèce.

En FAIT , il est démenti par l'observation que les vérités nécessaires , telles que celles de la théologie naturelle et de la morale , nous viennent des expériences sensibles. — Il n'est pas moins démenti par l'observation qu'elles nous soient innées , et que la seule réflexion puisse les tirer d'une intelligence solitaire. — Enfin, il est inexact aussi de dire qu'elles viennent de l'action de l'esprit sur les impressions sensibles , comme a essayé de le prétendre , après Locke , M. Laromiguière. — Ce qui réfute ces trois systèmes , c'est qu'un individu, élevé dansun complet isolement de l'espèce, restera dans une inactivité intellectuelle totale , bien qu'il soit armé de tous les instruments à l'aide desquels s'opère le travail des idées en nous. •

Les vérités nécessaires , qui portent tout l'édifice de nos connaissances , proviennent toutes en principe de notre contact avec la société , où elles sont infuses , où elles existent par le fait, et où tout se transmet et s'apprend, même la vertu. Voilà qui est fondé en observation , et que tout ce que nous avons dit précédemment sur la marche des lumières dans le monde élève à la hauteur d'une démonstration. En un mot , la connaissance des vérités nécessaires , qui sont nos idées, est innée, non dans l'homme, mais dans la société.

Il en résulte que ce patrimoine de vérités que possède la société ne lui vient pas fondamentalement des hommes, puisque ceux-ci ne font qu'y puiser; — et que, ne venant pas des hommes , il ne peut lui venir que de Dieu. — Ainsi ce programme de principes que nous appelons la raison, ce code de morale que nous appelons la conscience , — la loi naturelle en un mot, — n'est telle que par rapport à

une révélation postérieure, et aux applications positives que nous en faisons ; mais en elle-même , et par rapport à notre nature propre et individuelle, cette loi naturelle n'est aussi qu'une loi révélée, une loi apprise, une loi transmise ; et ce n'est que par réaction que nos facultés , prédisposées à la recevoir, se la font naturelle".

IL Cette importante vérité d'une révélation primitive, quelque solidement établie qu'elle soit par les réflexions que nous venons de déduire de la génération de la vérité sur la terre , pourrait cependant laisser dans notre esprit ce léger doute qui reste sur les vérités les mieux démontrées ,

» Ce raisonnement a pour lui l'autorité de l'expérience. Combien d'idées qui nous sont devenues naturelles f qui le deviennent de plus en plus, et qui cependant ne l'étaient pas, tant s'en faut, il y a dix-huit cents ans ! Je parle de toutes les idées importées dans le monde par le Christianisme, et qui, repoussées d'abord comme antinaturelles et antisociales par la société païenne, sont devenues les bases mêmes de la raison publique et les règles universelles du sens moral, si bien que nous ne les distinguons plus aujourd'hui de la loi naturelle. — C'est une bien grande erreur, dans laquelle ont donné d'excellents esprits, parce qu'elle était (rès-spécieuse et, en un sens, très-morale, mais dont les déistes du dernier siècle ont fait voir tout le faux et tout le danger en retournant ses conséquences contre la Religion, savoir, que nous portons la loi naturelle gravée dans nos consciences : manière de parler toute faite et passée en habitude , mais qui ne résiste pas à l'examen philosophique. La conscience, il est vrai, est merveilleusement prédisposée à recevoir la loi naturelle ; mais c'est la main de la société et non de la seule nature qui y grave cette loi. Que si l'on veut à toute force, pour l'honneur de la métapliore et le service du discours, que nous portions la loi naturelle gravée dans nos consciences, il faut dire qu'elle y est gravée en encre sympathique, et que ses caractères ont besoin d'être rapprochés du foyer social et du flambeau de la Religion pour ressortir aux yeux. « Les maximes les « plus générales et les plus importantes de cette loi, dit Puffendorff, sont si « claires et si manifestes, que ceux à qui on les propose les approuvent aus- « sitôt, et que quand on les a une fois connues, elles ne sauraient plus être K effacées de nos esprits ; » où l'on voit deux choses, observe M. de Ronald : l'une, que nous ne connaissons ces lois qu'autant qu'on nous les propose; l'autre, que leur naturalité, pour ainsi dire, consiste dans leur correspondance avec la nature de notre raison.

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tant qu'elles ne l'ont été que par un seul genre de preuve. Mais un second aperçu des plus riches , et qui ne sera cependant pas le dernier, vient lui servir de contre-épreuve , et élargir la base de notre conviction.

Je veux parler de l'origiue du langage.

L'origine de la parole humaine est absolument inexplicable sans ime première révélation.

Fixons notre attention sur ce point mtéressant.

Qu'est-ce que la parole? C'est évidemment l'expression sensible et comme le corps de la pensée. La pensée doit donc préexister à la parole. Il faut savoir déjà penser pour pouvoir parler ; en un mot , ceux qui ont parlé les premiers , s'ils ont été lesr inventeurs de leur parole, n'ont pu l'être qu'à l'aide et à l'impulsion de la pensée. Ceci est incontestable.

Mais cette pensée , qui a dû présider à l'invention de la parole, qu' est-elle elle-même, sinon mie parole intérieure de l'esprit conversant avec lui-même? et si cela est, comment a-t-on pu penser, si on ne savait déjà parler? La parole aurait donc précédé la pensée? Mais nous venons de voir que l'invention de la parole est inexplicable ellemême , sans le secours et la préexistence de la pensée. Cercle fatal dans lequel l'humanité aurait été enfermée, d'où on ne conçoit pas qu'elle aurait pu sortir autrement que comme l'enfant en sort tous les jours , en recevant tout à la fois la parole et le mouvement de la pensée d'une autorité amie, antérieure à lui '.

^ Il est même remarquable que l'enfant apprend à parler avant que de penser. Que de mots sont dans sa mémoire avant que le sens et la pensée soient casés dans son esprit ! Il parle longtemps par la pensée de sa mère, dont sa parole n'est que le docile écho ; et ce n'est qu'à la longue que sa pen-

Cette conséquence est inévitable , s'il est vrai que la pensée , sans le secours de laquelle on ne peut concevoir l'invention de la parole, ne peut se concevoir elle-même sans le secours d'une parole préexistante ou seulement coexistante.

Tout dépend donc de ce point; et c'est ce qu'il importe de bien constater.

Or, les impressions que les objets sensibles font sur nous ne laissent dans notre esprit que des images, des sensations. Par l'opération de la pensée , nous nous donnons ensuite conscience de ces images , de ces sensations ; nous réfléchissons sur elles , nous les comparons , les anal3^sons , les qualifions; nous en déduisons des conséquences affirmatives ou négatives , nous délibérons sur le tout enfin , et nous prononçons. Voilà le mécanisme de la pensée. Mais pour réfléchir, pour analyser, pour déduire, pour délibérer, pour conclure , pour penser, en un mot , il faut bien nécessairement que l'intelligence ait à son propre service un vocabulaire qui lui serve à appeler, différencier et retenir devant elle les sujets et les éléments si divers de ses opérations. La pensée est un compte rendu de l'esprit à luimême. Dans l'action de la pensée il semble que nous dédoublons nos facultés , pour les faire fonctionner chacune dans la sphère de son attribution ; que nous les convoquons pour entrer en conseil privé avec nous-mêmes : mais pour cela il faut qu'elles se correspondent par des signes inté-

sée individuelle se dénoue , et regagne par Fintelligence le terrain occupé déjà par la parole et par la foi.

Te parle, et ne m'entends... Ehl que dis-je? insensée 1

Plas n'oyroit-il, quand fust moult esTcillé... PoTre chier enfancon ! des filz de ta pensée

L'eschevelet n'est encor dêbroillé...

(Clotilde de Suryille, Versclets à mon premier-né. )

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