NÉCESSITÉ D'DNE SECONDE RÉVÉLATION
a de la lettre, même pour les plus incrédules) une des- « cente de V Esprit d'en haut \.. »
» De r Influence du Christianisme sur le droit romain, p. 56. — Un écrivain moderne israélite , M. Salvador, a fait un livre contre Jésus-Christ et sa doctrine , qui a eu du retentissement comme tout livre qui attaquera Jésus-Christ et sa doctrine. Pour se mettre plus à l'aise dans cette entreprise , il a commencé par renier la foi de ses pères dans un ouvrage précédent contre Moïse ; et , de même qu'il avait prétendu que le Mosaïsme n'était qu'un fait humain , prenant son principe dans des doctrines de l'Europe occidentale , de même il a essayé d'établir que le Christianisme n'était qu'une fusion de tous les dogmes orientaux , et qu'un progrès de tous les travaux accomplis , de toutes les tendances générales de l'époque où il a pris naissance. — Je ne lui répondrai pas , j'en suis dispensé : un trait mortel , car c'est un trait de bon sens , a été décoché contre son système ; et, ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ce trait est parti de la main d'un de ses coreligionnaires, et que c'est un autre de ses coreligionnaires qui s'en est fait l'éditeur. M. Cahen , dans le tome IX , p. 7, de sa traduction de la Bible , a donné place à ce jugement d'un autre Israélite sur l'ouvrage de M. Salvador : — « Un ouvrage récent , sur Jésus-Christ et sa doctrine, débute ainsi : — « L'espèce humaine a été soumise par la loi de son accroissement à deux « nécessités, deux tendances , qu'on croirait inconciliables au premier « aspect , et qui ne manquent pas d'analogies avec la propre loi de Vor- « ganisation la plus avancée du Christianisme. — Comment deux ten- « dances peuvent-elles avoir des analogies avec une loi , avec une propre « loi d'organisation, et d'une organisation la plus avancée? Quel langage! « Pourtant M. Salvador est un excellent écrivain , colorant fortement sa « pensée , et la rendant habituellement avec clarté , justesse et concision ; * mais quelquefois aussi il est dominé par la prose poétique des Allemands , « le jargon historico-métaphysique de l'école de Vico , par la phraséologie « monstrueusement torturée des romanciers , fléaux littéraires de l'époque. « Du reste , dans cette nouvelle production , notre coreligionnaire suit le « même système , ou , pour parler plus exactement, soutient la même ga- « genre que dans son ouvrage sur Moïse. Sa première thèse est celle-ci : Le « judaïsme , par son principe , appartient à l'Europe occidentale { il l'a n prouvé en deux gros volumes, 1828 ) ; la seconde thèse est celle-ci ; Le Chris- « tianisme, par son principe, appartient à l'Asie orientale ; et il l'a prouvé en « deux gros volumes, 1838. On dit qu'un secrétaire d'Abd-el-Kader va publier « cette troisième thèse : Le mahométisme , par son principe , appartient à « l'Amérique centrale. Il le prouve , dit-on, en deux gros volumes. Je ne « doute pas que le Musulman n'obtienne le môme succès que l'Israélite , « pourvu qu'il suive la même méthode. Elle est très-facile; elle consiste uni-
J'ai cm devoir m'étendre un peu sur ce sujet , pour déraciner ce préjugé dont s'est prévalu trop longtemps le déisme , et qui préoccupe encore certains esprits , que la philosophie humaine était déjà en marche vers les vérités chrétiennes , et que l'Évangile n'a pas été une révélation , mais un progrès : erreur qui n'a rien même de spécieux , qui ne repose absolument que sur l'analogie de quelques pensées de Sénèque , d'Épictète et de Marc-Aurèle , avec la morale évangélique, et qui disparait entièrement, dès qu'une saine observation des faits vient démontrer que ce n'est là qu'un reflet des premiers rayons du Christianisme sur le monde.
Embrassant d'un regard l'ensemble des choses , il est aisé de voir, en dernière analyse, que le Christianisme n'a pas été un développement et un progrès de l'esprit philosophique et religieux qui régnait alors , mais bien un fait subit, un jet divin, en opposition directe avec cet esprit
« quement à ne savoir pas lire les originaux , à ne vouloir pas discuter la « valeur des documents qu'on cite, ni l'époque de leur composition; à « mêler, jeter et remuer dans le même sac tous les temps, tous les lieux ; « à citer le Talmud quand il est favorable à Moïse , et Moïse quand il est fa- « vorable au Talmud , et l'abbé Guénée quand il est favorable à tous les « deux. Trouvez-vous une prescription d'une barbarie révoltante chez le « législateur ami? dites qu'elle est de l'ordre politique ; rencontrez-vous une «morale sublime chez le législateur ennemi? faites entendre que c'est de « l'hypocrisie. Éloignez tous les passages qui peuvent vous nuire , et ne « négligez pas le moindre iota qui vous soit utile ; et , en tout cas , versez « du baume sur vos propres blessures , et du venin sur celles d'autrui. Avec « de tels moyens , ayez le talent de grouper avec esprit les faits, de répandre « avec habileté les jours et les ombres , selon l'effet que vous voulez pro- « duire , et #us ferez pour le mahométisme , le bouddhisme , le fétichisme, « ce que notre Christopfiobe coreligionnaire a fait pour le judaïsme. Toute- « fois, après avoir admiré l'éloquence de l'écrivain, la logique du penseur, « la science de l'érudit , vient le bon sens avec sa grosse voix , qui crie à tue « tête : Et pourtant cela n'est pas vrai. »
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philosophique et religieux. Jamais le monde n'avait été plus rationaliste à la fois et plus superstitieux que lorsque le Christianisme vint asseoir tout à coup la doctrine de la foi sur les ruines du raisonnement, et l'adoration en esprit et en vérité sur les ruines de l'idolâtrie. La foi, Vhumiîité, la charité , l'amour de Dieu , la chasteté de l'esprit, la jpénitence , autant de choses , autant de mots complètement inconnus à la terre en ce temps-là , et qui s'imposèrent au monde en le heurtant de front. Le Christianisme a surpris le monde dans im effroyable progrès de décomposition qui datait de l'introduction du rationalisme dans le domaine de la tradition , et lui a redonné la vérité primitive plus complète , de la même main qui la lui avait donnée une première fois. C'est contre les philosophes et les docteurs que tonnaient précisément Jésus-Christ et ses Apôtres , et ce furent les philosophes et les docteurs qui les mirent à mort, a Nous prêchons la sagesse , disait Paul ; non la sagesse du a siècle ou des princes du siècle, qui périssent, mais la « sagesse cachée dans les mystères de Dieu, qu'il a préa parée avant tous les temps , et qu'aucun des princes de « ce siècle n'a jamais connue -, car Dieu a choisi les fous « selon le monde, pour confondre les sages '. » Rien de plus exact, historiquement parlant, que cette assertion de saint Paul. Outre les premiers Apôtres , dont les mains calleuses étaient encore toutes ruisselantes de l'eau de la mer, seul théâtre de leur industrie , les premiers hérauts du Christianisme , ceux qui lui firent faire le plus de progrès , furent des hommes sans lettres , ignorants , rudes et grossiers, des cardeurs, des cordonniers , des foulons, comme le leur reprochait le philosophe Celse ' ; et ce ne fut que
"Cor., 1-2.
' Orig.cont. Cels., lib. III, n° 55.
lorsque les pauvres et les petits eurent fini d'entrer dans ce royaume de la vérité , que les philosophes et les empereurs y furent reçus à leur tour. Cela devait être , même humainement parlant , parce que les philosophes et les empereurs étaient les plus perdus dans le sens opposé , et avaient à revenir de plus loin. Aussi eurent-ils longtemps les yeux fermés à la lumière. Ce fut beaucoup moins les prêtres païens que les philosophes qui repoussèrent le Christianisme et qui restèrent attachés les derniers à la vieille foi polythéiste, d'après l'interprétation qu'ils lui donnaient. C'est eux qui faisaient dresser les échafauds et qui soufflaient les bûchers contre les chrétiens. Marc-Aurèle fut un des plus violents persécuteurs de ces derniers , et il avait pour pourvoyeurs des philosophes comme le philosophe Crescens , qui provoqua le supplice de saint Justin et de beaucoup d'autres. Ils traitaient les chrétiens comme des criminels et des insensés, et se moquaient avec \m étonnement stupide des vertus qui sont devenues aujourd'hui le premier apanage de notre nature , et les plus grandes preuves de la divinité du Christianisme. Ils appelaient sa doctrine insania ', amentia % dementia ^ , stultitia , furiosa opinio * , furoris insipientia^, Lucien, dans son dialogue satirique intitulé Philopatris , et dans sa vie de Peregrin , dénonce les chrétiens à la risée publique , comme s'étant laissé persuader par leur législateur qu'ils étaient tous frères ; et il rapporte à cette occasion , avec ime ironie qu'il croit insultante , les prodiges de leur générosité , leurs voyages lointains , leurs sacrifices sans mesure pour secourir celui d'entre eux qui
' s. Cypr., lib. ad Démet.
' Plin., Epist. ad Trajan. — Tacit., Annal.
^TertuU., Ap., cap. i.
'* Minut. Félix.
5 Act, Proc,, Mart. Scill.