TOME I
longtemps le déisme , et qui préoccupe encore quelques esprits , que la philosophie humaine était déjà en marche vers les vérités chrétiennes et que l'Évangile n'a pas été une révélation mais un progrès • erreur qui na rien même de spécieux, qui ne repose absolument que sur l'analogie que présentent
» tient à TAsie orientale, et il l*a prouvé en deux gros volumes, » i838. On dit qu*un secrétaire d*Abd>el-Kader va publier » cette troisième . thèse : Le mahométisme , par son principe , » appartient à l'Amérique centrale. Il le prouve , dit-on , en » deux gros volumes. Je ne doute pas que le Musulman n'ob- » tienne le même succès que l'Israélite, pourvu qu'il suive la « même méthode. Elle est très-facile; elle consiste uniquement » à ne savoir pas lire les originaux , à ne vouloir pas discuter » la valeur des documents qu'on cite, ni l'époque de leur com- » position , à mêler, jeter, et remuer dans le même sac tous les » temps , tous les lieux ; à citer le Talmud quand il est favorable » à Moïse, et Moïse quand il est favorable au Talmud , et l'abbé » Guénée quand il est.favorable à tous les deux. Trouvez-vous » une prescription d'une barbarie révoltante chez le législateur » ami, dites qu'elle est de l'ordre politique; rencontrez-vous » une morale sublime chez le législateur ennemi , faites entendre » que c'est de l'hypocrisie. Éloignez tous les passages qui peu- » vent vous nuire, et ne négligez pas le moindre iota qui vous » soit utile, et, en tout cas, versez du baume sur vos propres » blessures et du venin sur celles d'antrui. Avec de tels moyens, » ayez le talent de grouper avec esprit les faits, de répandre » avec habileté les jours et les ombres, selon l'effet que vous » voulez produire , et vous ferez pour le mahométisme , le boud- » dhisme, le fétichisme , ce que notre Chrisiophobe coreligion- » naire a fait pour le judaïsme. Toutefois, après avoir admiré » l'éloquence de l'écrivain, la logique du penseur, la science de » Térudit , vient le bon sens avec sa grosse voix qui crie à tue » tête : Et pourtant cela n'est pas yrai. »
quelques pensées de Sénèque, d'Épictète, et de Maro-Aurèle, avec la morale évfimgélique, et qui, dès lors, disparaît entièrement dès qu'une saine observation des faits vient démontrer que cette analogie n'est qu'un reflet des premiers rayons du christianisme sur le monde.
Embrassant d'un seul regard l'ensemble des choses, il est aisé de voir, en dernière analyse, que le christianisme n'a pas été un développement et un progrès de l'esprit philosophique et religieux qui existait alors , mais bien un fait subit , un jet divin , en opposition directe avec cet esprit philosophique et religieux. Jamais le monde n'avait été plus rationaliste à la fois et plus superstitieux que lorsque le christianisme vint asseoir tout à coup la doctrine de la foi sur les ruines du raisonnement et l'adoration en esprit et en vérité sur les ruines de l'idolâtrie. La foi, l'humilité, la charité, V amour de Dieu, la chasteté de l'esprit, la pénitence, autant de choses , autant de mots complètement inconnus à la terre en ce temps-là, et qui s'imposèrent au monde en le heurtant de front. Le christianisme a surpris le monde dans un effroyable progrès de décomposition , qui datait de l'introduction du rationalisme dans le domaine de la tradition, et lui a redonné la vérité primitive dans tout son éclat, et avec beaucoup plus de puissance et d'efficacité , de la même main qui la lui avait donnée une première fois. C'est contre les philosophes et les docteurs que tonnaient précisément Jésus -Christ et ses apôtres,
et ce furent les philosophes et les docteurs qui les mirent à mort. — « Nous prêchons la sagesse, » disait Paul , non la sagesse du siècle ou des prin- » ces du siècle qui périssent, mais la sagesse ca- » chée dans les mystères de Dieu , qu'il a préparée » avant tous les temps, et qu'aucun des princes de » ce siècle n'a jamais connue ; car Dieu a choisi les » fous selon le monde , pour confondre les sages*. » Rien de plus exact, historiquement parlant, que cette assertion de saint Paul. Outre les premiers apôtres, dont les mains calleuses étaient encore toutes ruisselantes de l'eau de la mer, seul théâtre de leur industrie, les premiers hérauts du christianisme, ceux qui lui firent faire le plus de progrès , furent des hommes sans lettres, ignorants, rudes et grossiers, des cardeurs, des cordonniers, des foulons, comme le leur reprochait le philosophe Celse ' , et ce ne fut que lorsque les pauvres et les petits eurent fini d'entrer dans ce royaume de la vérité, que les philosophes et les empereurs purent y entrer à leur tour. Cela devait être, même humainement parlant, parce que les philosophes et les empereurs étaient les plus avancés dans le sens opposé et avaient à revenir de plus loin. Aussi eurent- ils longtemps les yeux fermés à la lumière. Ils traitaient les chrétiens comme des criminels et des insensés , et se moquaient avec un étonnement stupide des vertus qui sont devenues aujourd'hui le
* 1. Cor, 1-2.
^ Orig, cont. Ceis.y lib. m, n» 55.
premier apanage de notre nature et les plus grandes preuves de la divinité du christianisme. lis ap^ pelaient sa doctrine insania \ amentia *, dementia *, stultitia, furiosa opinio", furoris instpientia\ Lucien, dans son dialogue satirique, intitulé Philopatris, et dans sa vie de Pellegrin, dénonce les chrétiens à la risée publique , comme s' étant laissés persuader par leur législateur qu'ils étaient tous frères, et il rapporte à cette occasion , avec une ironie qu'il croit insultante, les prodiges de leur générosité, leurs voyages lointains , leurs sacrifices sans mesure pour secourir celui d'entre eux qui tombe dans l'infortune \ Celse demandait aus^ : « Qu'a donc » fait Jésus pour mériter d'être adoré comme Dieu? » a-M7 témoigné un souverain mépris pour ses en- » nemis? (quelle inintelligence de la vérité divine 1) » l'a-t-on vu rire et se jouer de tout ce qui lui est » arrivé'? » — Enfin la lutte sanglante qui se perpétua pendant trois siècles , et qui était surtout entretenue par l'esprit philosophique , dont le dernier effort et la dernière apparition , à cette époque , se résumèrent dans le règne et la personne de l'empereur Julien , témoigne bien hautement que le christianisme n'était pas un résultat naturel de Tes-
« S. Cypr., lîb. ad Démet.
a Plîn. EpisL ad Trajan. — T&cii/ jinnali,
^ Terlul. jip., cap. i.
4 Minut. Félix.
* Act. Proc. , Mart. Scill.
^ Cité par VillemaÎD , De la Philos, stoïq. et du Christ.
7 Orig. cont. Cels., lib. i, n^ 33.
prit humain , mais bien un souffle régénérateur parti de l'esprit suprême de vérité en renouvellement de toute la face de la terre.
Aussi, fidèle à son principe , la vérité chrétienne, après s'être redonnée au monde, se donna aussitôt un moyen de propagation et de perpétuité sur la terre , pris en dehors et au-dessus du rationalisme , dont le dissolvant l'avait déjà compromise une première fois, celui de la tradition sous la garde d'une autorité catholique , c'est-à-dire universelle , moyen analogue à celui que les premiers hommes et les sages de l'antiquité avaient longtemps suivi et défendu , mais qui devait être plus efficace et plus souverain, parce qu'il était l'œuvre de la vérité même , et qa il avait pour objet le salut définitif du genre hmnain.
Ici se découvrent des rapports entre les deux traditions et les deux révélations , qui les expliquent et les fortifient l'une par l'autre, et, en se concentrant dans la personne de Jésus-Christ, nous font apparaître le christianisme comme un fait conséquent, nécessaire, et naturel, relativement à l'état primitif du genre humain , et le reportent à l'origine même du monde.