‹ Études philosophiques sur le Christianisme (volume 3)Chapitre 41 sur 49 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

» que je n'ose appeler créatrice, quoiqu'elle doive » l'être. »

Il y a, en effet, entre ces deux actes un lien nécessaire. La puissance propre et immédiate de coordonner présuppose invinciblement la puissance de créer. — Si la matière est étemelle, si elle n'a reçu son commencement de personne , elle est dès lors indépendante dans sa raison d'être. Mais cependant l'action propre et immédiate de coordonner présuppose la dépendance de la chose coordonnée par rapport au coordonnateur. — Donc, si Dieu a coordonné la matière, elle n'était pas indépendante, donc elle n'était pas étemelle, donc elle a dû être créée.

Ce raisonnement, qu'on peut appeler une démonstration mathématique de la création, n'est cependant pas venu à l'idée des hommes avant que le mot eût été dit par l'historien sacré.

Sur ce premier point donc , Moïse a hautement raison sur l'esprit humain , et se présente à nous, dès l'abord, comme l'oracle même de l'esprit de Dieu, — l'idée d'une puissance qui fait quelque chose de rien, quelque conséquente qu'elle nous paraisse après coup , n'ayant pu venir autrement dans une tête humaine , parce qu'elle n'a aucune analogie sur la terre.

II. Terra autem erat inanis et vacua, et tenebrœ erant super faciem abyssi : et spiritus Dei ferebaiur super aquas. — « La terre était informe et toute nue , » les ténèbres couvraient la face de l'abîme ; l'es- » prit de Dieu était porté sur les eaux . »

Il résulte de ce verset que la terre était d'abord abîmée sans vie dans les eaux, ce qui ressort encore du verset 9, où il est dit : Qvs les eaux se rassemblent en un seul lieu et que V aride paraisse. Après cela, la vie végétale et animale est introduite.

Voilà le texte sacré. — Ouvrons maintenant le livre de la nature et de la science :

« Ce qui est certain , dit Cuvier, c'est que la vie » na pas toujours existé sur le globe , et il est facile » à l'observateur de reconnaître le point où elle a » commencé à déposer ses produits. Au milieu du » désordre qu'il présente, de grands naturalistes » sont parvenus à démontrer qu'il existe certain or- » dre , et que ces bancs immenses , tout brisés et » renversés qu'ils sont, observent entre eux une » succession qui est à peu près la même. Le granit » est la pierre qui s'enfonce sous toutes les autres, » soit qu elle doive son origine à un liquide général » qui auparavant aurait tout tenu en dissolution, » soit qu'elle ait été fixée par le refroidissement » d'une masse en fusion. Des roches feuilletées » s'appuient sur ses flancs , des schistes , des por- » phyres , des grès , des roches talqueuses se mè- » lent à leurs couches , enfin des marbres à grains » salins et des calcaires sans coquilles sont le der- » nier ouvrage par lequel ce liquide inconnu , cette » mer sans habitants, semblait préparer des ma- » tériaux aux mollusques et aux zoophytes qui » bientôt devaient déposer sur ce fonds d'immenses » amas de leurs coquilles ou de leurs coraux... La

» VIE , QUI VOULAIT s'eMPARER DE CE GLOBE , SEMBLE

» DANS CES PREMIERS TEMPS AVOIR LUTTÉ AVEC LA NA- 9 TURE INERTE QUI DOMINAIT AUPARAVANT. Ainsi»

» ON NE PEUT LE NIER : les masses qui forment au- )» jourtf hui nos plus hautes montagnes ont été pri- » mitivement dans un état liquide ; longtemps après » leur consolidation elles ont été recouvertes par » des eaux qui n alimentaient point de corps vi- » vants^. »

Quelle concordance ! et qui se serait attendu à la possibilité d*une telle justification?

III . Diœitqtie Deus : Fiat lux et facta est luœ. — «Or, Dieu dit : Que la lumière soit faite. Et la lu- » mière fut faite. » — Postérieurement à cette apparition de la lumière , postérieurement même à la production des végétaux , Dieu dit aussi : 0'^^ des corps de lumière soient faits dans le firmament du del.

Voici un texte qui a dû bien exercer la foi de nos pères : La lumière avant le soleil 1 quel renversement! Tout le génie de Bossuet ne lui a servi de rien devant cette diflSculté , et sa foi seule Ta tenu soumis à la parole sainte et lui a fait écrire ces simples mots , qui lui seront plus comptés devant Dieu que toutes les belles découvertes de nos physiciens : — « Il A PLU à ce grand ouvrier de créer la » lumière avant même que de la réduire à la forme

> Cuvier^ Discours sur les révobitions du globe , 8* édît., p. a/| , 27, a8.

.^ qu'il lui a donnée dans le soleil et dans les astres , » parce qu'il voulait nous apprendre que ces grands » et magnifiques luminaires, dont on nous a voulu » faire des divinités, n'avaient pas eux-mêmes ni » la matière précieuse et éclatante dont ils ont été » composés, ni la forme admirable à laquelle nous » les voyons réduits '. »

Cette explication était loin de satisfaire, on le conçoit, les esprits forts, aussi n'ont-ils pas épargné sur ce point le ridicule à Moïse , ne se doutant pas qu'ils se l'apprêtaient à eux-mêmes.

Qui ne sait, en eflfet, aujourd'hui que chaque molécule de la matière possède une certaine quantité de lumière, de chaleur, et d'électricité, qui lui est propre et qui est tout à fait indépendante des rayons solaires, et que, dès lors, Moïse a eu raison de distinguer la lumière primitive de celle qui , plus tard émanée du soleil , est maintenant la principale source de celle que reçoit lia terre?

D résulte , en effet , des travaux et des recherches d'Young, de Fresnel, et de M. Arago, que la lumière est mise en jeu par la vibration d'un fluide répandu dans l'univers, fluide extrêmement subtil , qui remplit l'espace, qui passe et pénètre dans l'intérieur de tous les corps, et auquel on a donné le nom d'éther. Tant qu'il est en repos il y a obscurité complète; mais lorsqu'il est mis en vibration, la lumière est produite , et nous en avons la sensation. Cette vibration peut être occasionnée par différentes

• Bossue t, Histoire universelle y 2* partie.

causes, comme le soleil ou les étoiles, rélectricité, la combustion, ou même des actions chimiques quelconques.* Aussi, en Fabsence du soleil et à des profondeurs telles qu'il est impossible d'y supposer Faction de ses rayons , la lumière se révèle et éclate de mille manières diverses. Plus on descend vers le centre de la terre même , plus Fimpression de la chaleur dénonce Fexistence de ce fluide et feit supposer que la température et la lumière primitive , dont la terre a joui aux premiers âges de sa formation, étaient assez considérables pour qu'elle pût se passer de celle que le soleil lui envoie maintenant. Ce n'est que lorsque , par FeflTet du rayonnement , cet excès s'est dissipé à travers les espaces célestes , que le soleil a reçu une atmosphère lumineuse , propre à compenser, pour la terre , la lumière et la chaleur que sa surface avait perdues par suite de sa consolidation. — De sorte que, d'après les résultats les plus positifs des sciences physiques , non-seulement la lumière proprement dite a pu, mais elle a dû précéder le soleil qui n'en est qu'un des principaux moteurs *.

> Depuis les grands travaux d*Herschel jusqu'à M. Arago, les observations de tous les physiciens et de tous lés astronomes concourent vers ce fait, de plus en plus démontré, que le soleil est un globe solide et opaque, environné d*une double atmosphère, l*une immédiate, qui est sombre et épaisse, l'autre supérieure, qui présente tous les phénomènes lumineux attribués faussement à son foyer. Le soleil alors est considéré comme un globe électrique , comme une immense machine voltaîque qui, selon tes lois de l'électricité, dégage ses courants à sa circonfé-

« L'Écriture , dit ici un savant géologue , a donc » deviné le résultat des découvertes les plus récen- » tes , en disant que la lumière a été mise en action » ou en mouvement à la première époque. Elle » prête donc son appui et son autorité à la science , » loin d'être en opposition avec le progrès des con- » naissances physiques *. »

Et il faut ici observer avec quelle exactitude et quelle propriété de termes Moïse exprime l'apparition de la lumière. C'est par redondance que les traducteurs lui font dire : Que la lumière soit faite et la lumière fut faite , le texte hébraïque dit iehi or vaihei or, lumière soit,— lumière fut, vivacité d'expression qui non-seulement ajoute au sublime, qui déjà avait frappé d'admiration le rhéteur Longin, mais qui encore est d'une justesse non moins admirable avec la nature de la lumière. La lumière, en efifet, n'a pas dû être créée ou faite comme un corps particulier, puisqu'elle n'est par elle-même qu'un résultat de vibration du fluide lumineux, comme le son est un résultat de vibration de l'air

rence la plus extrême et peut fort bien être lui même à l*abri des feux qu'il lance sur nous , et , dès lors , habitable et habité , comme le pensait Herschel. Les taches qui paraissent dans le soleil, et qui varient si souvent, ne seraient alors que des déchirures et des déplacements soit de sa couche lumineuse, soit de son atmosphère inférieure.

» De la Cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques , par M. Marcel de Serres , conseiller , professeur de minéralogie et de géologie à la faculté des sciences de Montpellier f tome i»^, p. 4i ? a® édit.

atmosphérique. L'écrivain sacré ne pouvait donc en désigner l'apparition d'une manière plus nette et plus conforme aux causes de sa propagation. Son expression semble lancer la lumière et la faire éclater du sein des ténèbres, comme le dit saint Paul avec une justesse d'expression non moins remarquable : — Deus qui diœit de tenebris lucem splendescere\

Une autre particularité , qui a frappé aussi l'attention de tous les savants, c'est que le mot lumière en hébreu emporte avec lui l'idée de calorique, et, chose extraordinaire, indique également un fluide sortant par effluvion et ondulation des corps qui ont le pouvoir de le répandre. — « C'est un fait » bien digne de remarque, dit M. Chaubard, que » le sens de calorique et celui de lumière se trou- » vent exprimés dans la Bible par un seul et même » mot, comme étant une seule et même chose. On » doit donc comprendre dans le sens de l'hébreu » non-seulement la lumière , mais encore le calori- » que. n faut donc traduire le mot avor par lumiè- » re- calorique, ce qui correspond à notre agent )) chimico -électro -magnétique pour ainsi dire né » d'hier : la Bible était donc encore ici en avant de » la science de plus de trois mille ans. On doit re- » marquer, parce que cela peut aider à concevoir » ce que c'est que le phénomène auquel nous don- » nous le nom de lumière, que le mot avor, pris n dans son sens radical, porte avec lui l'idée d'un

• a. Cor. 4. 6.

» fluide sortant par effluves *. » — « La similitude » dans la manière dont se propagent la chaleur et » la lumière , dit aussi M. Marcel de Serres ( après » avoir fait les mêmes remarques que M . Chaubard ) , » telle qu'elle est indiquée dans le récit de Moïse , x> est par là tout à fait d'accord avec le dernier état » de la science. M. Arago , par les procédés les plus » ingénieux, travaille à résoudre expérimentale- » ment la question relative à la nature de la lumière ; » mais bien avant lui et même bien avsmt Newton, » Moïse semble avoir tranché la question en faveur » des physiciens modernes et s'être rangé en quel- » que sorte du côté de la théorie des vibrations *. » — C'est que certainement Moïse a été guidé dans son récit par celui qui posait à Job ces insondables questions, dont la solution semblait être réservée à notre siècle : Dites-moi, où habite la lumière et quel est son mode de propagation? — Indiga mm

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