‹ Études philosophiques sur le Christianisme (volume 3)Chapitre 42 sur 49 · IN QUA VIA LUX HABITAT, PER QUAM VIAM SPARGITUR LUX · texte numérisé non relu

IN QUA VIA LUX HABITAT, PER QUAM VIAM SPARGITUR LUX

* Eléments de géologie.

a Tome i»*^, p. 4^ €t 99.

^ Job, chap. XXXI, v. 19, 24*

M. Arago , abordant cette question : Quelle est la nature de la lumière ? déclare que le système des vibrations ou ondulations téïïmi aujourd'hui toutes les opinions, surtout depuis que des découvertes récentes ont fait apercevoir les rapports les plus intimes entre la cause qui produit les phénomènes électriques et celle qui donne naissance à la lumière. ( Leçons d'as^ tronomieprofessees h l'Observatoire royal , p. 93-94.) — Déjà l'abbé Nollét enseignait que Télectricité était le feu élé-

Enfin , une découverte géologique , toute récente , vient encore se lier à la vérité de la cosmogonie de Moïse sur l'apparition de la lumière et même des végétaux avant le soleil. Il est constant que les végétaux fossiles de nos climats présentent les mêmes espèces que celles trouvées en Amérique , qu'ainsi l'inégalité de chaleur solaire entre les deux hémisphères , cause des différences entre les productions végétales actuelles, n'existait pas à cette époque, et qu'une irradiation centrale de lumière et de chaleur, ou une atmosphère lumineuse, ou tout autre mode de distribution égale de la lumière calorique, est nécessaire pour expliquer cette conformité.

« Ces rapports que nous venons de signaler en- » tre le récit de la Genèse et les découvertes ré- » cerites des sciences physiques , conclut à ce sujet » M. Marcel de Serres, sont des plus remarquables. » Le génie du législateur hébreu en reçoit un nou- » vel éclat, et on ne peut s'empêcher de reconnaître » en lui ou une révélation venue d'en haut, ou du » moins ce coup d'œil du génie qui devine les mys- » tères de la nature, perce les ténèbres dont ils

meotaire auquel on aUribue la double propriété cl*éclairer et d*enflaininer. La resseinblaDce dans les effets , disait ce judicieux physicien , annonce sûrement l'identité des causes, et tout nous porte à croire de plus en plus que le feu , la lumière , et Télectricité, ne sont que trois modifications du même être. ( Leçons de physique , tome vi, p. 252-253. ) — Cette idée de Tabbé Nollet a été pleinement confirmée par les découvertes des physiciens modernes.

» sont, environnés, et constitue la véritable inspira- » tion qui apporte aux hommes un rayon de Féter- » nelle vérité '. »

IV*. Et ait : Germinet terra herbam viventem et facientem semen, et lignum pomtferum faciens fructum juœta genus suum, cujus semen in semetipso sit super terram. Et factum est ita. — « Et il dit que » la terre produise de l'herbe verte qui porte de la » graine , et des arbres fruitiers qui portent du fruit

» Tome i'"', p. 42-43. — J'avoue fraDchemeDt que ma raison se refuse à voir dans les récits de Moïse ce coup d*œil du génie doot parle le savant professeur. Le génie devine des combinaisons mais ne devine pas des faits; le génie se trompe parfois et ne se signale jamais sans quelque écart ; le génie , enfin , laisse voir, — surtout dans les sciences exactes , — la trace de ses pas ; tandis que dans Moïse , comme nous le verrons de plus en plus , il y a une vérité, une simplicité, une justesse, et une sûreté, qui excluent toutes ces choses, et qui nous le montrent plutôt comme un récitateur fidèle que comme un investigateur.

' Je m'abstiens de relever certains rapports de la cosmogonie de Moïse avec les sciences , touchant la formation du firmament et l'apparition de la terre, parce qu'ils ne me paraissent pas assez incontestables, et que je me suis fait une loi de ne m'attacher qu'aux preuves véritables et de ne pas les affaiblir en y mêlant des aperçus systématiques. Cependant, comme je ne veux pas prendre sur moi la responsabilité d'une exigence qui tient peut-être à l'imperfection de mes connaissances spéciales , je renvoie le lecteur au savant ouvrage de M. Godefroy, La Cosmogonie de la révélation ou les quatre premiers jours de la Genèse en présence de la science moderne , où ces deux points, surtout le premier, y sont traités avec une grande supériorité. — Moïse ne peut rien perdre à cet examen»

» chacun selon son espèce, et qui renferment leur » semence en eux-mêmes pour se reproduire sur » la terre, et cela se fil ainsi. »

Ici nous entrons dans la géologie fossilaire , c'està-dire la science des formations et des révolutions du globe par l'observation de ses coudies intérieures et des débris des êtres organisés qui s'y trouvent interposés. Avant d'aller plus loin , il faut nous donner la clef de cette science en traçant l'ordre dans lequel se présentent à l'observation les diverses couches du terrain, depuis ce premier granit qui feit comme le noyau du globe jusqu'à sa superficie. Les noms des Cuvier et des Humboldt, à qui je vais emprunter ces renseignements , en garantissent l'exactitude. Je supprime plusieurs nuances inutiles à connaître pour notre étude, et je ne m'attache qu'aux principales régions :

1® Alluvium ou terre superficielle;

2® Diluvium ou terrain labouré et déposé par le déluge;

3® Platrières ou terrains d'eau douce ;

4® Calcaire marin grossier;

5® Craie, formation immense par son épaisseur et son étendue ;

6® Sables verts et ferrugineux;

7® Calcaire du Jura , dit coquillier;

8® Schiste cuivreux , légère couche ;

9® Grès rouges; 10^ Terrains de transition; H® Terrains primitifs.

Toutes ces divisions se classifient en quatre principales, en remontant, savoir :

1 ® Terrains primitifs sous le n® H ;

2® Terrains de transition sous le n® 10^

3® Terrains secondaires sous les n®* 9 , 8 , 7 , 6 , et S;

4® Terrains tertiaires sous les n<^ 4 , 3 , 2 , 1 *.

Après avoir ainsi reçu de la science ce fil conducteur , nous pouvons la suivre dans ces catacombes de la création et y soumettre Moïse à la plus inattendue et la plus décisive de toutes les épreuves.

Et d'abord , pour ce qui est de la formation des végétaux. Moïse nous apprend, ainsi que nous l'avons vu , qu'elle a eu lieu la première , immédiatement après l'apparition de F aride.

La nature , interrogée par la science , répond que Moïse a dit vrai.

Cuvier, en effet, après avoir décrit les couches fossilaires à partir de la superficie du globe et en s' enfonçant vers les terrains intermédiaires et de transition, arrive au calcaire coquillier, et, continuant sa marche , il dit :

<c C'est dans ce calcaire, dit coquillier, que sont » déposés de grands amas de gypse et de riches » couches de sel , et c'est au-dessous de lui que se » voient les couches minces de schistes cuivreux si » riches en poissons, parmi lesquels il y a aussi » des reptiles d'eau douce. Le schiste cuivreux est

« Voyez Cuvier, Discours sur les révolutions du globe, 8« édition, p. 290.

» porté sur un grès rouge à l'âge duquel appartien- » nent ces fameux amas de charbons de terre ou de » houille, ressource de l'âge présent, et reste des » premières richesses végétales qui aient orné la » face du globe. Les troncs de fougères, dont ils ont » conservé les empreintes, nous disent a^sez com- » bien ces antiques forêts différaient des nôtres.... » On tombé alors promptement dans ces terrains » de transition où la première nature, la nature

» MORTE ET PUREMENT MINÉRALE, Semblait dispU-

» ter encore l'empire à la nature organisante i.., » et nous arrivons à ces formations les plus an- » ciennes qu'il nous ait été donné de connaître • à » ces antiques fondements de l'enveloppe actuelle » du globe*. »

Il suffit de lire M. Cuvier pour se convaincre que le désir de concilier les résultats de la science avec la cosmogonie de Moïse ne le préoccupe nullement, qu'il ne cherche pas même à favoriser aucun rapprochement à cet égard, tellement que, pour ce passage comme pour bien d'autres, il m'a fallu analyser avec soin le travail de l'illustre géologue pour les y trouver, et cependant combien l'accord de la nature et de Moïse est frappant, ici, sur cet ordre de production de végétaux, la première qui parut sur Y aride , dit Moïse , sur la nature morte , comme dit Cuvier 1

M. Cuvier, du reste , n'a traité que très-accessoi-

• Cuvier, Discours sur les révolutions du globe , 8« édit., p. 292-293.

rement des végétaux fossiles, et il renvoie luimême dans son ouvrage aux travaux de son collaborateur et de son ami M. Brongniart, qui a attaché son nom à cette étude. Si nous y recourons , nous verrons que non-seulement les productions végétales ont précédé, comme dit Moïse, toute création animale , mais que l'état de la nature à cette époque, révélé par ses productions, exigeait qu'il en fût ainsi.

« Il semble, résulter des ingénieuses recherches » de M. Adolphe Brongniart, dit M. Ampère, qu'à » ces époques reculées l'atmosphère contenait beau- » coup plus d'acide carbonique qu'elle n'en contient » aujourd'hui. Elle était impropre à la respiration » des animaux, mais très-favorable à la végétation, » d'où résultait un développement beaucoup plus » considérable que favorisait en outre un plus haut » degré de température. C'est ainsi que s'expliquent » l'antériorité de la création des végétaux relative- » ment aux animaux , et la taille gigantesque des » premiers. Nous trouvons en eflTet, à l'état fossile, » des végétaux analogues à nos lycopodes et à nos » mousses rampantes, mais qui atteignent deux » cents et jusqu'à trois cents pieds de longueur. L'ab- » sorption et la destruction continuelle de l'acide » carbonique par les végétaux rendaient l'air de » plus en plus semblable en composition à ce qu'il » est maintenant. L'eau devenait de moins en moins » chargée d'acide. Cependant l'atmosphère n'était » pas encore propre à entretenir la vie des animaux » qui respirent l'air directement , et ce fut dans l'eau

» qu'apparurent d'abord les premiers êtres appar- » tenant à ce règne*.

Lorsque des faits sont vrais dans leur généralité, toutes les «observations exactes viennent successivement leur prêter appui : c'est ainsi que l'un des premiers chimistes et physiciens de l'Europe , M. Dumas, dans son travail sur la Statique des corps organisés, vient d'arriver, de. son côté, à reconnaître l'antériorité de la production des végétaux, par un raisonnement des plus concluants : c'est que le règne animal prend au règne végétal ses éléments organiques tout faits , tandis qu'à son tour le premier restitue aux végétaux , par l'intermédiaire de l'air et du sol, les principes de leur développement*.

M. Dumas, pas plus que M. Brongniart, pas plus que MM. Ampère et Cuvier, n'a assurément pas eu l'idée de plier la science à la justification de Moïse. D'où vient cependant une telle concordance sur des points , par exemple , comme celui-ci , qui a été l'objet de reproches sérieux contre la cosmogonie sacrée , et qui ne pouvait être éclairci que par les travaux les plus avancés des sciences géologiques, physiques, et chimiques?

Cette question déjà embarrassante pour ceux qui ne voient dans la Genèse qu'un livre ordinaire, le devient davantage lorsqu'on remarque avec M. Mar-

' Bertrand , Lettres sur les réi'ohttions du giobe , p. 3i6, et Revue des deux mondes ^ i*^ juillet i833, p. io4*-io5. =* Marcel de Serres, tome i*>^, p. 421, et tome 11, p. 4o3.

cel de Serres qu'il n y a pas jusqu'à Tordre dans lequel Moïse présente les trois genres de végétation, germen, herba, arbor, qui ne soit d'une exactitude rigoureuse avec ce que nous a appris l'observation des couches terrestres sur la succession des végétaux, où l'on trouve, en effet, d'abord les plantes cellulaires, puis les herbes, et enfin les arbres.— Et qu'on ne voie dans cette similitude de détail rien de recherché ou de fortuit, car elle tient à une véritable loi dont nous allons voir la marche de plus en plus évidente , et qui paraît avoir présidé à tout l'ensemble de la création, savoir que le développement des êtres a eu lieu en raison directe de la complication de leur organisation. Comment , encore une fois , toutes ces choses que nous venons de découvrir sont -elles écrites dans le plus ancien de tous les livres? comment Fauteur de ce livre a-t-il pu deviner si juste et si vrai , et ne se servant que de trois mots pour peindre Tapparition du règne végétal , les placer dans le seul ordre que la rigoureuse vérité leur assignait?.... La réponse à cette question est facile à ceux qui regardent ce livre comme inspiré ; elle l'est beaucoup moins lorsqu'on ne considère là Genèse que sous des rapports purement scientifiques ; car alors on ne peut répondre que par un muet étonnement *.

V. Diœit etiam Deus : Producant aquœ reptile animœviventis, et volatile super terram sub firma-

» Marcel de Serres, tome i«', p. 54, 128, 38o.

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