‹ Études philosophiques sur le Christianisme (volume 3)Chapitre 45 sur 49 · TOME I. 2f · texte numérisé non relu

TOME I. 2f

x> duire ensemble , tous les hommes viemient de la » même souche et sont de la même famille \ »

Cette judicieuse réflexion, mûrie par Fexpérience, est devenue la base distinctive de ce qu'on doit entendre par espèce en zoologie, et c'est un axiome de cette branche des sciences naturelles que tous les individus qui peuvent se reproduire et se perpétua indéfiniment les uns avec les autres sont d'une seule et même espèce*. — Les accouplements entre les animaux d'espèces diflTérentes n'ont jamais lieu lorsque ces animaux sont livrés à eux-mêmes. L'homme seul a le pouvoir de les forcer à se soumettre à de pareilles réunions, et alors les produits qui en résultent sont si peu dans leur état normal, qu'ils sont presque généralement stériles et inféconds, et que, dans tous les cas, leur fécondité s'arrête à la troisième ou, au plus, à la quatrième génération. Voilà la loi constante de la nature et comme la barrière infranchissable qu'elle a opposée à la conftision des espèces. — Appliquée à l'homme , cette loi démontre l'unité de son espèce , puisque l'expérience nous apprend que les races humaines les plus abâtardies, réunies avec les races les plus parfaites, donnent des individus indéfiniment féconds.

Ce fondement posé , les naturalistes ont cherché à s'expliquer les variétés que présente l'espèce hu-

I BuffoD , Histoire de l'âne.

^ Marcel de Serres, tome ii, p. 20.

maine. Les uns, œmme BufiFon *, Blumenbach % Camper ', Wismann \ en ont trouvé les causes dans l'influence du climat, la diflTérence de la nourriture, et surtout la réaction de l'intelligence et de la sensibilité sur les systèmes nerveux , pileux , et même osseux; — les autres, comme Lacépède* et Cuvier % en font remonter la source à une époque voisine de la dernière catastrophe qui a bouleversé la surface du globe , et où tous les éléments , dont la réunion compose ce que nous appelons l'influence du climat, devaient présenter une puissance bien supérieure à celle qu'ils peuvent manifester, maintenant qu'un calme d'un grand nombre de siècles a émoussé les forces de la nature , les unes par les autres, et enchaîné l'activité d'un grand nombre de substances par leur rapprochement, leur mélange, et leurs combinaisons. — Quoi qu'il en soit, tous ces savants naturalistes concluent, comme M. Cuvier, « que les grandes différences qui se trouvent » parmi les hommes ne sont que des effets de cau- » ses accidentelles, en un mot des variétés ^ »

' Discours sur les variétés de V espèce humaine.

■ Manuel d'histoire naturelle,

•^ Dissertation physique sur les différences réelles que présentent les traits du visage chez les hommes des diffé^ rents pays.

4 3me Discours,

^ Histoire du genre humain,

** Tableau élémentaire de l'histoire des animaux.

7 Jd. id. — Voyez aussi Portalis , De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique , tome i«»f, p. 6o.

Ce qui a fait faire un grand progrès à l'anthropologie et ce qui est venu la rattacher au récit de Moïse , qui fait renouveler la terre après le déluge par trois races d'hommes sortis des trois enfants de Noé, Sem, Cham, et Japhet, c'est qu'on a fini'par rapporter toutes les variétés de l'espèce humaine à trois divisions principales, savoir: la caucasienne, l'éthiopienne, et la mongole '; et ce qui prouve la justesse de cet aperçu , c'est que l'on y est arrivé par les voies les plus différentes : les naturalistes, à la tête desquels nous devons citer Cuvier, par leurs études comparatives sur le règne animal ; les géographes, tels que M. Valckenaer, par leurs recherches géographiques; et les navigateurs, tels que MM. Dumont d'Urville et Francynet, par l'observation directe de l'ensemble des traits et des habitudes des peuples divers. — Tout en constatant l'existence de ces trois grandes familles, ces savants ont proclamé également qu'elles fraternisent dans les traces d'une primitive unité •.

Mais nous allons voir cette importante vérité prendre plus de développement et de consistance en venant se rattacher à une vérité nouvelle.

' Entre les deux premières familles se trouvent les Malais , et entre ta race caucasienne et la mongole viennent se ranger les Américains.

2 Voyez Forsler, Lacepede, Cuvier, Hollart, de Hum^ boldty etc. 9 etc. — Rapport à l'Académie des sciences sur le voyage de la frégate VUranie , par M. Francynet, 8 juin i84o. « Toutes mes observations tendent à démontrer la grande unité » de Tespèce humaine. »

XI. Erat autem terra labii unius, et sermonum eorumdem.... et diœerunt : Faciamus iurrim cujus

culmen pertingat ad cœlum diœit autem Domi-

nus : Confundamusibi linguam eorum, ut non audiat unusquisque vocemproximi sut , atque ita dvoisit eos Dominus eœ illo locoin universas terras, et idcirco vocatum est nomen ejus Babel , quia ibi confusum est labium universœ terrœ. — « La terre n'avait alors » qu'une langue et qu'une même manière de par- » 1er. . . , et ils dirent : Faisons une tour dont le feîte » touche le ciel...; mais le Seigneur dit : Cônfôn- » dons ici leur langage pour qu'ils ne s'entendent » pas les uns les autres. C'est en cette manière que » Dieu les dispersa de ce lieu dans tout l'univers, » et de là est venu à ce lieu le nom de Babel, parce » que c'est là que fut confondu le langage de toute » la terre. »

Une branche des connaissances de l'esprit humain vient de surgir tout à coup au milieu de nous ; il a Mlu créer un mot nouveau pour la désigner; et quel a été son résultat immédiat et désormais incontestable?— La con6rmati(Hi de l'unité de l'espèce humaine, — la fixation de son réservoir primitif dans l'Orient, au point indiqué par Moïse, — que le langage fut d'abord unique , — enfin , que la séparation s'est faite par une cause violente et soudaine.

Cest à ces solutions qu'est arrivée la linguistique ou étude comparative des langues, appelée aussi ethnographie.

Elle y est arrivée, non par le système d'un phi

losophe ou d'un savant, mais par les observations et les travaux comparatifs de tout le monde savant, sans idée préconçue et en dehors de toute prévention, sous la seule influence de la vérité.

Je vais en exposer les principaux témoignages :

« Si jamais quelque conception philosophique ve- » nait multiplier encore les berceaux du genre hu- » main ( disait un savant russe , le comte GoulianofiF, » dans un travail qui, après une année d'examen, » fut adopté et consacré par la décision conforme » de l'Académie de Saint-Pétersbourg), V identité » des langues serait toujours là pour détruire le pres- » tige; et cette autorité ramènerait, je pense, l'es- » prit le plus prévenu*. » — « Toutes les langues » peuvent être considérées comme les dialectes » d'un langage maintenant perdu '. »

Telles ont été aussi les conclusions du conseiller d'état allemand Mérian, dans son grand ouvrage sur l'Analogie des langues , pubhé sous le nom de Tripartitum*.

Le savant Jules Klaproth, profondément versé dans la connaissance des langues et de la littératiu^e asiatique, bien qu'il eût le malheur de nourrir encore dans son esprit d'arrière-préventions contre la vérité révélée, écrivait aussi : — « L'affinité uni-

» Discours sur l'étude fondamentale des langues, Paris, i8a2, p. 3i.

^ Conclusion de V Académie de Saint- Péter shovr g , Bulletin universel, vol, i^', p. 38o.

3 Vienne, 1822, p. 585.

^ verselle des langues est placée dans lin jour si » vif , que tout le monde doit la considérer comme » complètement démontrée. Ceci, ajoute-t-il, n'est » explicable dans aucune autre hypothèse qu'en ad- » mettant que des fragments d'un langage primitif » existent encore dans toutes les langues de l'ancien » et du nouveau monde '. »

Ce nouveau monde , cependant , a paru d'abord un obstacle à la démonstration de l'identité des langues, tant la diversité des dialectes américains est nombreuse et profonde. Il y avait là de quoi désespérer une foi naissante et de quoi prolonger les résistances de l'incrédulité. Mais il y avait aussi de quoi tenter cette soif de découverte de la vérité que Dieu semble avoir mise plus particulièrement dans les entrailles de notre siècle. Un savant anglais, Smith Barton, entreprit le premier de débrouiller ce chaos ; il fut suivi de près par Vater, et le résultat de leurs travaux faits avec la plus grande exactitude, dit M. Alexandre de Humboldt, et en suivant une méthode qui n'avait pas encore été employée , prouva l'existence de quelques mots communs aux vocabulaires des deux continents. Ces mots furent trouvés en comparant la totalité des langues américaines avec la totalité de celles de l'ancien monde *. — Malte-Brun essaya d'avancer un pas plus loin et d'établir une connexion géographique entre les langues américaines et asiatiques , et

* Asia polyglatta y Préface, S. ix.

=* Alexandre de Humboldt , Fue des Cordillères.

réussit par là à augmenter le nombre des données , qui se complétèrent bientôt par T étude des traditions importées et des traœs laissées par les peuples de r Amérique dans leur migration du nord -ouest vers le sud. — En même temps Y ethnographie , grâce aux travaux soutenus et opiniâtres de Guillaume et d'Alexandre de Humboldt, saisissait, dans la forme des conjugaisons , le lien unique qui rattache entre elles toutes les langues de F Amérique , et y trouvait une famille dispersée que Guillaume de Humboldt caractérisait du nom de langue par agglutination.

— « Cette merveilleuse uniformité , dit Malte-Brun , » dans la manière particulière de former les con- » jugaisons des verbes, d'une extrémité de l'Amé- » rique à l'autre, favorise singulièrement la sup- » position d'un peuple primitif, qui a formé la souche » coDoimune de toutes les nations de l'Amérique *. •>

— Conclusion que M. Alexandre de Humboldt généralisait encore davantage en disant : — « Quelque » isolés que certains langages puissent d'abord pa- » raître , quelque singuliers que soient leurs capri- » ces et leurs idiomes , tous ont une analogie entre » eux; et leurs nombreux rapports s'apercevront » plus facilement à proportion que l'histoire philo- » sophique des nations et l'étude des langues ap- » prêcheront de la perfecticm *. »

Pendant que le nœud de cette difficulté, relative aux langues de l'Amérique , se dénouait , des tra-

' Malte>BruD, p. 217J Camp., p. 21^.

^ Ap. Klaproth, Asia polyglatta, p. 6.

vaux entrepris sur une plus grande échelle amenèrent M. Guillaume de Humboldt à pouvoir réduire les huit cent soixante langues et les cinq mille dialectes des langues éteintes ou vivantes sur le globe , à trois classes principales : les langues simples , les langues par flexion , et les langues par agglutinorlion; ces trois classes correspondant aux trois plus grandes divisions géographiques du globe, savoir, à l'ancien monde les langues par flexion , au nouveau monde les langues par agglutination, et au monde maritime les langues simples, avec cette particularité que l'ancien monde, qui seul possède les véritables langues par flexion , possède aussi les deux autres, et les réunit ainsi toutes dans leurs racines originaires. — M. Balbi, l'actif et savant auteur de \AtUis ethnographique du globe, qui a recueilli les renseignements les plus précieux dans le champ -de cette science, en précise ainsi les derniers résultats : — « La conclusion , à laquelle nous » ont conduit nos recherches sur la classification » ethnographique des peuples, amène cette ré- » flexion remarquable : que nous trouvons juste- » ment dans l'ancien monde, où Moïse nous re- » présente l'origine des sociétés et le berceau de » tous les peuples de la terre , les trois classes es- » sentiellement différentes auxquelles le célèbre ba- » ron de Humboldt pense que l'on peut réduire les » formes grammaticales de l'étonnante variété des » peuples connus * . »

' Allas ethnographique du globe, pi. i. — II résulta

Ce résultat important, qui avait été retardé, comme nous l'avons vu , par la difficulté que préseniaient d'abord les dialectes américains, avait rencontré un autre obstacle non moins difficile à vaincre dans la diversité profonde qui paraissait séparer les langues parlées au delà du Gange de toutes celles parlées en deçà. Mais M. Abel Rémusat et M. le chevalier de Paravey firent, pour cette difficulté , ce que MM. Barton et de Humboldt avaient fait pour celle des langues américaines ; à force de recherches et de rapprochements , ils découvrirent

aussi des savantes recherches de M. Baibi , que presque toutes les langues ont une connexîté plus ou moins grande avec Thébreu ; que plus les peuples sont isolés et>sauvages , plus cette coonexîté est frappante; et que plus les peuples se civilisent, plus cette connexité s'affaiblit et se perd. — Le savant , saint et à jamais regrettable archevêque de Bordeaux, Mgr le cardinal de Cheverus, me disait un jour, dans une conversation sur les peuplades indiennes qu'il avait si longtemps évangélisées, qu'une des choses qui l'avaient frappé le plus étaient les rapports grammaticaux de la langue de ces sauvages avec Phébreu. — Cette observation , du reste, a été faîte par plusieurs savants , par le capitaine Wedel, par M. Frédéric Schlegel, et par le professeur Barton.

J'avais fini cette note lorsque mon attention a été appelée sur ce passage de la vie de Mgr le cardinal de Cheverus, qui confirme ce que j'avais eu le bonheur d'entendre de sa propre bouche : — « Pour instruire les habitants des bois , il se » mit à Técole d'une sauvagesse qui savait un peu l'anglais, » et, en la faisant conjuguer, il remarqua l'usage des prononis » qffixes , comme en hébreu, signalé depuis dans toutes les » langues d'Amérique, qui ont dû avoir une commune origine.» ( Fie de Mgr le cardinal de Cheveriis. )

que récriture chinoise hiéroglyphique , ^rtout Fancien caractère, a des traits frappants de ressemblance avec les hiéroglyphes d'Egypte et même avec récriture cunéiforme babylonienne ; ils trouvèrent aussi que la langue chinoise contient un grand nombre de mots de langues sémitiques , et par ces savantes remarques ils purent réunir enfin les deux familles indo-européenne et transgangétique , qui seules étaient restées indépendantes Tune de l'autre.

M. le chevalier de Paravey, en s'aidant de tous les travaux de la science ethnographique, en déduisit alors cette conclusion importante : — « Qu'il » n'a existé qu'un seul et unique centre de civili- » sation par toute la terre, et que tous les peuples » ont puisé leur civilisation à la même source et » dans le même pays où la Genèse place la famille » de Noé après le déluge *. » — Résultat proclamé en termes non moins explicites par MM. Vankennedi*, de Bretonne % Ajasson*, et autres savants.

* Essai sur l'origine unique et hiéroglyphique des chiffres et des lettres de tous les peuples,

a Mémorial encyclopédique , i83a, p. jô et suiv.

3 Histoire de la filiation et de la migration des peuples,

4 Notions générales, — « Il est prouvé aujourd'hui, dit ce » dernier, par les résultats de ces études laborieuses , que toutes » les langues dérivent d*une souche commune, dont le siège » a été rOrient. On distinguait jadis plusieurs langues mères : » aujourd'hui l'on ne connaît plus que des sœurs, les unes aî- » nées , les autres cadettes , mais toutes également dérivées de la » langue primitive qui est éteinte. »

et qui est un des plus positifs auquel il puisse être donné à la science humaine d'arriver.

Restait la question de savoir comment cette langue unique, expression d'une civilisation primitive, avait pu se briser en tant de dialectes si étrangers les uns aux autres.

Sur ce point délicat je vais laisser parler trois savants philologues qui n'ont pu avoir d'autre point de contact que la vérité.

M. Abel Rémusat, dans le discours préliminaire de son ouvrage sur les langues tartares, s' exprimant avec la réserve que comporte la vraie science, laisse cependant entrevoir clairement ses sentiments touchant la concordance de l'ethnographie avec la narration sacrée. Après s'être étendu sur la manière dont les études linguistiques pourraient être dirigées vers l'histoire, il conclut : — « C'est » alors que nous pourrions prononcer avec préci- » sion ce qui, d'après le langage d'un peuple, au- » rait été son origine , avec quelles nations il aurait » été allié, quel était le caractère de cette alliance, » et à quelle souche elle se rattache, au moins » jusqu'à l'époque où cesse l'histoire profane et où » nous pourrions trouver dans les langages cette con- » fusion qui leur a donné naissance à tous, et que » tant de vains efforts nont pu expliquer *.»

Herder, qu'on ne peut soupçonner d'être un témoin partial , puisque , dans la page que nous allons citer, il prend soin de nous informer qu'il consi-

* Recherches sur les langues tartares , vol. i®"^, p. 9.

dère T histoire de Babel « comme un fragment poé- » tique dans le style oriental » , dit pareillement : — « qu'il y a une grande probabilité que la race » humaine , et aussi son langage , remontent à une » souche commune, à un premier homme, et point » à plusieurs , dispersés dans différentes parties du » monde. » Après avoir développé et appuyé cette opinion par des recherches grammaticales sur la structure des langues , il poursuit et il affirme avec assurance que, — « d'après l'examen des langues, » il est clair que la séparation de l'espèce humaine » doit avoir été violente : non pas en vérité que les » hommes aient changé volontairement leur lan- » gage, mais ils ont été violemment et soudainement » séparés les uns des autres \ »

Niebuhr, revenant dans la troisième édition de son ouvrage sur l'opinion opposée qu'il avait émise dans la première édition , s'exprime ainsi : — « Cette » erreur a échappé à l'attention des anciens, pro- » bablement parce qu'ils admettaient plusieurs ra- » ces primitives de l'espèce humaine. Ceux qui les » nient et remontent à un couple unique doivent » supposer un miracle cour expliquer l'existence » d'idiomes de structures différentes; et pour ces » langues qui diffèrent par leurs racines et d'autres » qualités essentielles, il faut admettre le prodige » de la confusion des langues. L'admission d'un sem- » blable miracle n offense point la raison; car, puis- » que les restes de l'ancien monde nous démontrent

' Mémoires de l'Académie de Berlin , 1 781, p. 41 1-4 1 3.

» évidemment qu'avant celui-ci un autre ordre de « choses existait, il est très-croyable qu'il a duré » dans son entier depuis son commencement , et qu'à » quelque période il a subi un changement essen- » iiel \ »

Ainsi s'aplanissent, sous les pas de la science, ces difficultés qui s'élevaient comme des montagnes aux yeux de l'incrédulité. — Ainsi le récit de Moïse sur la confusion des langues, comme sur l'unité primitive de l'espèce humaine, comme sur le déluge, comme sur la création , se vérifie à la lettre et mot à mot. — Ainsi cette véracité infaillible , d'autant plus extraordinaire et surhumaine qu'il a fallu plus de temps et plus d'efforts humains pour la découvrir, reste comme le seul fait inexplicable et insoluble autrement que par son inspiration.

Mais avant de nous arrêter à cette conclusion définitive , augmentons encore la force et le nombre des raisons qui nous y entraînent, en recueillant, dans une section dernière, quelques témoignages et quelques preuves qui , par leur isolement , n'ont

» Niehurh*s Rœmische Gehchichte , 3® édition, part, i", p. 60.

Je dois, en terminant cette partie de mon travail, restituer au savant et vénérable évéque de Metipotamos, monseigneur Nicolas Wismann , Thonneur et le mérite de presque toutes ces recherches et souvent de leur expression , que je n'ai pu qu'affaiblir en me les appropriant. — Ce n*est pas la seule dette que j'ai contractée envers lui, mais la yéRiji, dont le triomphe est le seul but que nous nous sommes proposé tous deux , quoique avec des moyens bien inégaux , sera ma caution.

pu se ranger dans les classifications précédentes , et que, par ce motif, nous allons présenter sans autre ordre que celui de cette réunion.

Xn. Ces preuves et témoignages sont presque tous tirés de F étude des traditions, usages, ou monuments historiques des différents peuples.

En première ligne vient se ranger le résultat d'une science toute nouvelle , comme la géologie , comme l'ethnographie , et qui a ouvert un nouvel horizon à la connaissance du passé. Je veux dire Fart de déchiffrer les hiéroglyphes et de faire parler ces grands témoins, muets depuis tant de siècles, sur la même terre qui avait été le théâtre des événements décrits par Moïse ; — quelle épreuve 1 — Quelques chrétiens défiants s'en alarmèrent; d'autres , plus éclairés , se jetèrent avec ardeur dans cette nouvelle voie ouverte au triomphe de la vérité. Un savant français, animé du pur amour de la science, M. ChampoUion le jeune, a cueilli le premier la palme de cette nouvelle conquête de Fesprit humain , — palme qui devait sitôt ombrager sa tombe! — Et voici dans quels termes il résume ses belles recherches et ses étonnantes découvertes ( conmie dit Cuvier * ) dans leur rapport avec la Bible : — « Je démontre qu'aucun mcniu- » ment égyptien n'est réellement antérieur à Fan

Discours sur les révolutions du globe , 8« édit., p. 2o3.

» 2200 avant notre ère. C'est certainement une très- » haute antiquité , mais elle n'offre rien de contraire » aux traditions sacrées, et j'ose même dire quelle » les confirme sur tous les points. C'est, en effet, » en adoptant la chronologie et la succession des » rois , données par les monuments égyptiens , que » l'histoire égyptienne concorde admirablement avec » les livres saints. Ainsi, par exemple, Abraham » arriva en Egypte vers 1900, c'est-à-dire sous » les rois pasteurs \ Des rois de race égyptienne » n'auraient point permis à un étranger d'entrer dans » leur pays; c'est également sous un roi pasteur » que Joseph est ministre en Egypte et y établit » ses frères , ce qui n'eût pu avoir lieu sous des rois » de race égyptienne •. — Le chef de la dynastie

I Race étrangère , probablement d'origine scythe , qui s'était emparée du pays.

^ De là l'explication de ces passages de la Genèse : (c Joseph dit à ses frères et à toute la maison de son père : » Je vais dire à Pharaon que mes frères sont venus me trouver, » que ce sont des pasteurs de brebis qui s'occupent à nourrir » des troupeaux et qu'ils les ont amenés avec eux. — Et lorsque » Pharaon vous fera venir et vous demandera : Quelle est votre » occupation? vous lui répondrez : Vos serviteurs sont pasteurs j» depuis leur enfance , et nos pères Font toujours été comme » nous. Vous direz ceci pour pouvoir demeurer dans la terre » de Gessen , parce que tous les Égyptiens ont en abomination » tous les pasteurs de brebis. » — Et que cette haine du peuple conquis contre les pasteurs était précisément un titre de recommandation auprès de ses conquérants, qui étaient pasteurs eux-mêmes , — conduite analogue à celle des Normands envers les Saxons dans la conquête de l'Angleterre.

» des Diospolitains, dite la dix-huitième, est le rex » nofûus qui ignorabat Joseph de l'Écriture sainte , » lequel , étant de race égyptienne , ne devait point » connaître Joseph , ministre des rois usurpateurs ; » c'est celui qui réduisit les Hébreux en esclavage. » La captivité dura autant que la dix-huitième dy- » nastie ; et ce fut sous Rhamsès Y, dit Aménophis , » au commencement du quinzième siècle, que Moïse » délivra les Hébreux. Ceci se passait dans l'ado- » lescence de Sésostris, qui succéda immédiate- » ment à son père et fit ses conquêtes en Asie, » pendant que Moïse et Israël erraient pendant qua- » rante ans dans le désert. Cest pour cela que les » livres saints ne doivent point parler de ce grand » conquérant. Tous les autres rois d'Egypte, nommés » dans la Bible , se retrouvent sur les monuments » égyptiens, dans le même ordre de succession et » aux époques précises où les livres saints les pla- » cent, rajouterai même que la Bible en écrit mieux » les véritables noms que ne l'ont fait les historiens » grecs. Je serais curieux de savoir ce qu'auront à » répondre ceux qui ont malicieusement avancé que » les études égyptiennes tendent à altérer la croyan- » ce dans les documents historiques fournis par les » livres de Moïse. — L'application de ma décou- » verte vient, au contraire, invinciblement à leur » appui *. » — Cette concordance ne doit plus nous

■ Lettre de M. Charopollion à monseigneur Wîsmann , lue par ce dernier dans son 8* discours prononcé à Rome , et publiée depuis avec ce même discours.

étonner, habitués que nous sommes à trouver la vérité dans Moïse; — il serait surprenant qu'elle n'y fia pas.

2. Voici tîependant une autre preuve que je dois signaler parce qu'elle avait frappé un grand incrédule du dix-huitième siècle , Diderot.

De tout temps et en tous lieux , chez les peuples anciens comme chez les peuples modernes, dans les pays civilisés comme chez les barbares, partout en un mot a régné l'usage de la semaine et de la consécration de son septième jour au repos de l'homme et au culte de la Divinité. — Le fait est incontestable; il est attesté chez les anciens par Josèphe *, Philon, Tibulle, et Lucien, et nous entendons un savant astronome moderne, non suspect, Laplace, le proclamer dans ces termes: — « La » semaine, depuis la plus haute antiquité, dans la- » quelle se perd son origine , circule sans interrup- » tion à travers les siècles , en se mêlant aux calen- » driers successifs des différents peuples. — Il est » très-remarquable qu'elle se trouve la même par » toute la terre. C'est peut-être le monument le plus » ancien et le plus incontestable des connaissances » humaines. Il paraît indiquer une source com- » mune d'où elles se sont répandues •. »

' » On ne voit point de villes grecques ni presque de barba- » res , disait Josèphe, où l'on ne cesse de travailler le septième » jour, où Ton n*alluine des lampes, et où Ton ne célèbre des » jeûnes. )> ( Cont, ^pp* , Hv. ii , chap. ix. )

^ Système du monde , p. i8 et 19.

Quelle peut être cette source? — à des yeux non prévenus il est évident qu'elle n'est autre que la commémoration de la création du- monde en six jours ( ou époques ) et du repos du créateur au septième jour. — Voilà l'origine assignée à cet usage par le plus ancien de tous les livres et le plus ancien de tous les peuples. Et on sent alors quelle force confirmative du récit de ce livre rejaillit de .l'universalité d'un tel usage , puisqu'il atteste à la fois et l'histoire de la création dans un de ses caractères principaux, et l'unité primitive de l'espèce humaine qui en a conservé le souvenir dans sa dispersion.

L'illustre auteur du Système du monde cependant , qui avait le malheur d'être irréligieux *, paraît ne voir dans cet usage très-remarquable, comme il le dit, qu'un système astronomique. Après les mots que nous avons cités , il dit en effet : — « Mais le » système astronomique qui lui sert de base est » une preuve de l'imperfection des connaissances » humaines à cette origine. )»

Il faut être bien prévenu pour vouloir trouver un système d'astronomie dans une classification aussi bizarre , et pour admettre qu'une base si imparfaite ait pu jouir d'une telle universalité. — Au reste, le savant astronome ne s'occupe que de la division de la semaine en sept jours , et il élude la circonstance

' Une teUre publiée récemment dans L'Univers a fait connaître cependant que M. Laplace , comme tant d*autres grands esprits, était revenu de son incrédulité avant de mourir.

dominante et caractéristique du repos religieux au septième jour qu'aucun système astronomique , quelque imparfait qu'il soit, ne peut venir expliquer*.

Revenons-en au sentiment de Diderot, et voyons , comme lui, dans cet usagé, une empreinte saillante de la grande vérité dont le type est dans la Genèse.

3. La Genèse reçoit d'ailleurs une confirmation plus explicite de toutes les traditions humaines sur la création et le déluge. Nous avons, dans les Métamorphoses d'Ovide , une exposition des traditions païennes sur ce point, qui ressemble à la Genèse, comme une mauvaise épreuve retouchée ressemble à un exemplaire original et avant la lettre. Chez les Phéniciens et les Phrygiens* , chez les Perses *, chez les Indous*, en Chine", ot jusque dans l'Amérique*, mêmes traditions, mêmes analogies frappantes. Ce qui est remarquable dans toutes ces traditions, c'est que chacune d'elles, en reproduisant grossièrement l'ensemble du tableau de la Genèse , a conservé plus vivement l'empreinte de tel ou tel trait particulier différent chez Tune ou chez l'autre.

t Chez tous les peuples de FAmérîque on 9 trouvé J'usage du repos au septième jour de la semaine et celui de la Circon* cision. ( Marcel de Serres, 2 , 4^5.)

* Sanchoniaton.

' Annales de philosophie.

4 Les Védas,

* Mémoire de M, Pauthier sur la doctrine de Tao. ^ Uumholdt , p^ue des Cordillères.

mais dont la réunion recompose , comme des fragments rassemblés , le tout primitif qui ne se trouve que dans Moïse *.

< On sait quMl y avait deux versions parmi les Grecs sur le déluge, l*une adaptée à la mythologie , dont s'étaient emparés les poètes, Tautre plus philosophique et plus fidèle aux tradir lions de l'Orient. Celle-ci nous a été conservée par Lucien f^e Ded Syriâ) , et par Plutarque (lUrùm animalia terreslria mU aquatica magis sint solertia). Deucalion y est représenté comme faisant une arche ou un ccffre dans lequel il se retira , prenant avec'lui un couple de chaque espèce d'animaux, ainsi que sa femme et ses enfants : tel est , dit Lucien , le récit historique* — Plutarque ajoute que 1» retour d'une colombe annonça d'abord à Deucalion que les eaux s'étaient retirées. — Lucien lui-même raconte un peu plus loin que, en commémoration du déluge, une cérémonie avait lieu deux fois par an, dans une ville de Syrie, sur les bords de la mer, à laquelle accouraient toute la Syrie, l'Arabie, et les peuples d'au delà de l'Eupbrate, et que, dans le sanctuaire du temple, étaient trois statues, l'une de Jupiter, l'autre de Junon;et « la statue du » milieu^ ajoute»t*il, n'a d'autre nom que la Statue , et d'autre a> symbole qu'une colombe d'or sur la tête; c'est celle qu'on pco'te » deux fois l'an vers la mer; quelques-uns disent qu'elle repré- » sente Deucalion. n — Bérose et Nicolas de Damase, racontant la même tradition, disent que l'arche s'arrêta sur la montagne . des Gordiens , en Arménie , que les débris s'y sont conservés pendant longues années, et que les peuples allaient même, de leur temps , recueillir de prétendus morceaux de bitume dont elle avait été enduite et qui s'y trouvaient encore. — L'archéologie moderne est venue aussi payer son tribut à Moïse. Des médailles de bronze ont été trouvées dans la ville d'Apamée , en Pbrygie», portant sur un côté la tête de différents empereurs, tels que Sévère ,,Macrin, et Philippe l'Ancien» Sur toutes le revers est semblable. Eckhel le décrit ainsi : « Un coffre

Digiti

Un point de ces traditions , que je tiens à constater, est relatif au nombre des générations écouléeé entre la création et le déluge , et à la longévité des hommes à cette époque. Moïse, comme on le sait, compte dio) générations, et donne à chacun des patriarches antédiluviens une vie de neuf cents ans environ. Que n'a-t-on pas dit contre cette généalogie ! Voici cependant des témoignages recueillis par un célèbre incrédule, Volney , qui viennent confirmer la parole de Moïse sur le nombre des

n voguant sur les eaux, et dans lequel sont un homme et une » femme qu'on aperçoit jusqu'à la ceinture; en dehors et tour^ » nant te dos au coffre semblent marcher une femme habillée » d'une longue robe, et un homme court-vétu; ils tiennent » leur main droite élevée ; «ur le couvercle du coffre est un » oiseau ; un autre oiseau , qui se balance dans l'air, tient entre » ses pattes une branche d'olivier. » ( Doctrina numorum veterum. Vienne, 179^, 1" partie, tome m , p. i3o. ) — D'un autre côté, M. Alexandre de Humboldt a trouvé, chez les nations américaines, des peintures sans nombre qui retracent l'histoire primitive de l'homme conforme à l'Ancien Testament. Dans ces peintures hiéroglyphiques le déluge est ainsi représenté : a Tezpi ou Coxcox , comme on appelle le Noé aroé- » ricain, est représenté dans une arche flottante sur les eaux , » et avec lui sa femme et ses enfants, plusieurs animaux, et » difïérentes espèces de grains. Quand les eaux se retirèrent, » Tezpi envoya un vautour qui , trouvant à se nourrir sur les » corps des animaux noyés , ne revint pas. Après que l'expé- » rience répétée avec plusieurs autres oiseaux eut manqué, » Toiseau-mouche revint à la fin portant une branche verte à » son petit bec. » (Humboldt, Fue des Cordillères , tome 11, p. 65-66. )

génératioûs antédiluviennes. — « L'historien Bé- » rose , dit-il , qui vivait près de trois siècles avant » Jésus-Christ, décrit avec le plus de détail les » circonstances du déluge de Xisuthrus , qui fut le » dixième roi, comme Noé fut le dixième patriar- » che. Bérose et Abydème, d'accord avec Moïse, » placent dix générations avant le déluge. Les » Indiens remplissent les temps antérieurs au dé- » luge par dix avalas qui répondent aux dix rois et » aux dix patriarches antédiluviens. Sanchoniaton , » de Phrygie, parle de dix générations des dieux » ou demi-dieux placés entre Uranus et la race pré- » sente des mortels. Les Arabes et les Tartares ont » également conservé le souvenir de dix généra- » tiens , et de concert , quoique séparés par dHmmen- » ses distances, ils donnent à plusieurs des patriar- » ches antédiluviens , aussi bien qu'à leurs succes- » seurs immédiats , les mêmes noms qu'ils ont dans » la Genèse^, »

Quant à la longévité de ces patriarches, l'historien Josèphe écrivait : — « Tous ceux qui ont écrit » r histoire tant des Grecs que des autres nations » rendent témoignage de ce que je dis ; car Mané- » thon qui a écrit l'histoire des Égyptiens, Bérose » qui nous a laissé celle des Chaldéens , Mocus , » Hesticus, et Hierome l'Égyptien, qui ont écrit » celle des Phéniciens , disent aussi la même chose.

« Volney, Recherches sur V histoire ancienne, tome i«»*, p. 127, 146, 179*

» Et Hésiode , Hécaiée , Acusilas , Hellanique , Épho- » re , et Nicolas , rapportent tous que ces hommes » vivaient jusqu'à mille ans*. » — Aux autorités citées par Josèphe il faut joindre encore celles de Varron • , de Pline *, de Valère Maxime *; et enfin les mêmes traditions ont été trouvées aux Indes et dans le nouveau monde •. *

Finissons par quelques témoignages confirmatifs du fait qui a dft lui-même mettre un terme à toute tradition universelle en brisant l'unité du genre hu-

• Josèpbe, Histoire des juif s , !iv. i«', chap» m.

* Cité par Lactance, liv. ii.

3 Liv. Yii, chap. xlvui.

4 Val. Max. Lib. yiii, cap. de senecCute.

5 BufToD, Detuc, Wallerîus, Burnet, Ray, et Sturm, ont pensé qu'oo pouvait expliquer ta longévité des premiers patriarches par cette raison que les qualités nutritives des végétaux , ainsi que le développement des forces des animaux , dépendent de la température et de Pair, lesquels ont dû subir une profonde altération par le fait du déluge. Les grands changements opérés dans la nature par cette révolution ont dû , selon eux, non-seulement abréger la vie , mais éteindre même quelques espèces de plantes et d'animaux. — Buffon fait aussi une remarque qui vient encore bien à l'appui de la sincérité de Moïse i c'est que la durée de ta vie humaine est environ sept fois Tâge de la puberté , et que cette même proportion se trouve exister dans la vie des patriarches antédiluviens. — «Adam, ayant véeu cent trente » ans, engendra un fils... et tout le temps de la vie d'Adam ayant » été de neuf cent trente ans , il mourut. » — Cette proportion n'est pas exactement conservée pour chacun des neuf autres patriarches , mais(outre que quelques-uns ont pu se marier tard, comme Noé ) eHe se retrouve dans le terme moyen pris sur ta somme des âges de leur vie et de leur puberté.

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main, — je veux parler du miracle de la confusion des langues.

Déjà, comme nous l'avons vu, la science ethnographique est arrivée à reconnaître la nécessité d'un tel miracle , les traditions antiques viennent confirmer également en ce point la parole de Moïse.

Je me restreins à deux sources, l'une qui nous vient par le canal de l'historien Josèphe , l'autre par celui de Volney, et je termine par quelques découvertes archéologiques.

Après avoir reproduit le récit de Moïse , Josèphe dit : — « La sibylle parle ainsi de ce grand événe- » ment : — ^ Tous les hommes n'ayant alors qu'une » même langue , ils bâtirent une tour si haute qu'il » semblait qu'elle dût s'élever jusque dans le ciel; » m^iis les dieux excitèrent contre elle une si violente » tempête qu'elle en fut renversée, et firent que ceux » qui la bâtissaient parlèrent en un moment diverses » langues; ce qui fut cause qu'on donna le nom de » Babylone à la ville qui a depuis été bâtie en ce » même lieu. » — Josèphe ajoute encore : — « Hes- » tiens parle aussi de cette sorte du champ de Sen- » naar où Babylone est assise : On dit que les sacri- » ficateurs qui se sauvèrent de ce grand désordre at^ec » les choses sacrées vinrent à Babylone '. »

Une autre sibylle que celle dont parle Josèphe , qui , selon que le fait observer un savant commentateur de la Genèse , n'écrit point en vers comme les

« Josèphe, Histoire des juifs ^ ïîv. lef.

autres, et doit être très-ancienne S est citée ainsi par Volney , d'après le témoignage de Moïse de Corène dont il nous donne la traduction : — a La si- » bylle Bérosienne, dit Moïse de Corène , donne trois n fils à Xisutkrus : — Sim ou Zerouan , — Titan , et » Yopetosthe; — ils se séparèrent et se partagèrent le » monde. La même sibylle, en parlant des hommes » illmtres nés de ces trois chefs, dit : Ils étaient ter- » ribles et brillants œs premiers dieux; d'eux vint » la race dés géants au corps robuste, aux membres » puissants, à l'immense stature, qui, pleins d'in- » solenoe, conçurent le dessein impie de bâtir une » tour. Tandis qu'ils y travaillaient, un vent horri- » bk et DIVIN, excité par la colère des dieux (Elahim) , » détruisit cette masse immense, et jeta parmi les » hommes des paroles inconnues, qui excitèrent (ou » causèrent) le tumulte et la confusion. Parmi ces » hommes était le japétique Haïk, célèbre et vail- » lant gouverneur (praefectus) , très-habile à lancer » les flèches et à manier l'arc. » — « Après le dé- » luge de Noh ou de Xisuthrus, ajoute Volney, le » partage de la terre entre trois personnages puis- » sants et brillants, dont Titan est un, ressemble » beaucoup à ce que les Grecs nous disent des » trois frères, Jupiter, Pluton , et Neptune, qui res- » semblent aussi beaucoup aux trois fils de Noé : — » Pluton même est noir comme Gham *. »

• Explic. de la Genèse , i/Sa, tome ix, p. 3oo. a Volney, Recherches sur V histoire ancienne , tome i®"", p. 1 46. — Plusieurs savants, entre autres M. de Paravey, pen-

Enfin l'archéologie nous appelle à son tour dans ce même pays de F Assyrie ou de la Chaldée , sur cette plaine célèbre de Sennaar, à Babylone, pour y retrouver sous un amas immense de briques vi^trifiées, d'un aspect correspondant aux traditions bibliques, cette tour de Babel, premier monument de l'orgueil et de la faiblesse des hommes. Les études de M. Raoul Rochette, et la comparaison qu'il

sent que cette couleur noire dont parle Volney est le signe que Dieu mit sur Caîn comme sur Cham maudit de même , et dont les nègres sont les descendants. — Au surplus , « il est aisé de » voir, dit Rotlin , sur quoi est fondée l'histoire scandaleuse Il de Saturne, traité injurieusement par l'un de ses fils. — Il est. » aisé aussi de comprendre que la licence des saturnales venait » d'une mémoire peu respectueuse de l'ivresse de Saturne ou » de Noé. — La sévère punition de celui qui avait vu la nudité » de Noé a laissé parmi les païens la mémoire de l'indignation » de Saturne qui , selon Gallimaque , fit une loi irrévocable que » quiconque aurait une pareille témérité à l'égard des dieux » perdrait aussitôt la vue. » ( Traite' des éliules ^ 4® partie. ) ' — L'identité de Saturne, de Janus, et de Noé, serait très-aisée à établir par plusieurs monuments anciens. — Ainsi la double figure de Janus faisait allusion à la double vie antédiluvienne et postdiluvienne de Noé , qui, en effet, se trouvait avoir vu seul deux mondes distincts. Aussi une médaille, frappée en souvenir du déluge et qui avait cours dans la plus haute antiquité païenne, représentait d*un côté la double face de Janus , et de Tautre une arche ou un vaisseau flottant sur les eaux ; sur quoi Ovide , dans ses Fastes, se demandant rexplication de ces emblèmes, dit :

Multa quidem didici : sed cur navaUs in œre jettera signala est, altéra forma biceps. . . .

jét bona posteriias puppùn signavit in œfe Hospiiis aduentutn teslificata Dei.

a faite des relations et des descriptions des voyageurs modernes, lui ont appris non-seulement à distinguer cette tour célèbre de la tour de Bélus élevée sur l'autre rive de TEuphrate , mais encore à reconnaître que cette dernière n'a été en quelque sorte qu'une imitation de la tour de Babel : — « Après que le feu du ciel ou de la terre , dit le » savant archéologue, eut détruit celle-ci sur la » rive droite de l'Euphrate , et l'eut réduite en un » amas de scories vitreuses, on la rebâtit de l'autre » côté du fleuve , à peu près avec la même forme » et avec une magnificence dont l'âge n'a pu effa- » cer le souvenir ni les vestiges*. »

Et c'est à la même civilisation ou à l'influence traditionnelle de la même cause qu'on doit rapporter, sans aucun doute, ces téocalli du Mexique qui forment de grandes tours composées d'assises en retraite , absolument dans le même style que le fameux temple de Bélus, cette imitation de la tour de Babel, et dont la ressemblance frappante avec les pyramides de l'Ethiopie , les bamoths de la Phénicie, les nuraghs de la Sardaigne, les talaiots des Iles Baléares, les tours d'Ecosse, et les autres monuments pyramidaux répandus sur toute la terre, a été, dans ces derniers temps, observée par M. de Humboldt et par tant d'autres savants voyageurs*.

Fermons ici notre enquête et résumons-nous.

Cours etarcheologie , 2« et 3« années.

Id. id.

Au travers de toutes les altérations et de toutes les métamorphoses qu*a subies la vérité historique des temps primitifs où se trouve caché le secret de nos destinées, qui n'éprouve une satisfaction profonde à reconnaître que l'historien , qui seul nous est sérieusement proposé comme contenant cette vérité, se trouve ainsi d'une véracité à toute épreuve, et qui se confond dans son inaltérable profondeur avec la parole de Dieu ; cette même parole qui, après avoir créé le monde , le raconta au premier homme , son dernier et son plus bel ouvrage , et lui révéla la connaissance de ses devoirs et de ses destinées?

Que manque-tr-il à Moïse , organe de cette parole , pour obtenir de la raison la plus haute une foi complète?

Nous venons de faire le tour de cet immense colosse. Nous l'avons contemplé sous toutes ses faces, autant que la faiblesse et la rapidité de notre vue ont pu l'embrasser. Tout nous a frappé d'admiration et de surprise ; tout nous l'a fait voir comme quelque chose de surhumain et d'incomparable. — 1®Son antiquité! il touche aux événements qu'il décrit. Le déluge était encore de son temps un événement en quelque sorte domestique dans la famille d'Abraham et de Noé , qui était elle-même la souche de la famille du genre humain. Les temps antérieurs et la création se racontaient eux-mêmes par les monuments d'une tradition d'autant plus sûre que la longévité des hommes permettait aux enfants de vivre longtemps avec leurs pères, de s'identifier

avec eux, et de ne faire tous ensemble pour ainsi dire qu'un seul homme à qui le créateur avait parlé.

— 2® Son caractère et celui de ses écrits I il est le pontife de la loi naturelle et le seul dépositaire de la vérité morale dans les temps anciens. Aucune des passions humaines , qui sont le ressort des grandes fortunes, ne se laisse voir en lui, et ce n'est que par des sacrifices et un désintéressement sans bornes qu'il se consacre à la sainte mission de consolider le culte du vrai Dieu , et de perpétuer les espérances du genre humain. On remarque dans ses écrits une simplicité , une sobriété , et une noble assurance, qui, comparées surtout à la grandeur et à la difficulté du sujet, ne sont pas de l'homme, et respirent je ne sais quelle majesté calme et divine qui émeut les plus incrédules et déconcerte les profanateurs. — 3® Les fruits qu'il a produits I par lui a été enfanté le plus grand de tous les prodiges, celui de toute une nation dérogeant seule , durant tout le cours de l'antiquité , à la déviation de tout le genre humain vers l'idolâtrie , et qui , après avoir atteint sa première destination en donnant au monde la grande lumière de l'Évangile, survit à tous les peuples anciens et parcourt tous les peuples modernes , pour expier le crime de l'avoir méconnue elle-même et en feire ressortir partout la divinité.

— 4® Enfin l'épreuve qu'il a subie et la discussion dont il a été l'objet! Rien ne lui a manqué pour le confondre s'il n'eût été un homme au-dessus des hommes. Nous sommes les témoins inattentifs du spectacle le plus extraordinaire qui se soit jamais

vu. Les prodiges de l'esprit humain, le développement rapide de toutes les connaissances exactes, ont fait de notre siècle un siècle géant par la science, qui saisit toutes les vérités physiques, embrasse , pénètre , et se fait rendre compte de tout dans la nature, en déchire tous les voiles et en surprend tous les secrets. Un vaste abîme d'erreur et d'ignorance a été franchi par lui, qui le sépare de tout ce qui l'avait précédé : eh bien , il est une seule chose qu'il ne peut dépasser, et cette chose est la plus ancienne, c'est le récit de Moïse. Non-seulement toutes les critiques réunies de l'esprit humain ne peuvent le trouver en défaut, mais on n'a pas assez de forces, ce semble, pour en saisir l'immense vérité. Comme un monument gigantesque, qui se trouverait au centre d'une vaste forêt et qui se présenterait toujours au bout de toutes les avenues, la parole de Moïse se trouve être le terme et le dernier mot de toutes les branches de la science moderne à son plus haut point de développement. Chaque abatis qui est fait dans celte forêt d'ignorance et d'erreur ne fait que le découvrir davantage. De quelque côté que partent les apôtres de la science, physiciens, chimistes, astronomes, naturalistes, géologues, ethnographes, géographes, archéologues, historiens, voyageurs, après avoir parcouru chacun leur voie indépendamment les uns des autres , et s'être partagé l'univers dans leurs explorations, c'est en face de la Genèse qu'ils se rencontrent tous , c'est à un mot écrit depuis plus de trois mille ans dans ce livre mystérieux que chacun

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d'eux vient aboutir, devenant ainsi à leur inçu d'apôtres de la science apôtres de la Religion , dont ils proclament la divinité en confessant l'inspiration de son premier historien. C'est aux mains de ces nouveaux ouvriers qu'est confiée la reconstruction de cet édifice qui se prépare , de l'édifice de la foi. Chacun taille sa pierre selon une forme et un dessin particulier sans connaître sa destination ultérieure ; mais le grand architecte qui a conçu le plan général fait qu'elles s'ajustent toutes à la base première et immuable que lui-même a posée de sa propre main, et qui régit tout l'ensemble de l'édifice. — Et voyez la marche visible de ce dessem providentiel : naguère Moïse était réputé un imposteur, et la Genèse un conte fait pour amuser l'enfance du monde ; bientôt on découvrit peu à peu , et on osa établir que sa narration n'est contredite par aucun fait rigoureusement démontré de l'histoire naturelle; puis on se convainquit de plus en plus que non-seulement les sciences ne le contredisaient pas, mais qu'elles le justifiaient de point en point; enfin le prodige de cet' accord est devenu si fi-appant qu'on n'a pu l'expliquer que par l'inspiration de Moïse, et que c'est lui à son tour qui est devenu le régulateur et comme le patriarche des sciences.

C'est à cette grande vérité que les sciences rendent de plus en plus hommage. Je vais laisser parler quelques-uns de leurs premiers interprètes :

— « La description de Moïse est une narration » exacte et philosophique de la création de l'uni-

» vers entier et de Forigine de toutes choses , di- » sait déjà Buffon*. »

— « Il est matériellement démontré , disait aussi » le grand Linné, que Moïse n'a écrit et n'a » pu écrire que sous la dictée même de Fauteur » de la nature , neutiquàm suo ingénia , sed altiori » ductu *. »

— « Moïse nous a laissé une cosmogonie , écri- » vait Cuvier, dont l'exactitude se vérifie chaque » jour d'une manière admirable. Les observations » géologiques récentes s'accordent parfaitement » avec la Genèse sur l'ordre dans lequel ont été » successivement créés tous les êtres organi- » ses*. »

— « L'ordre d'apparition des êtres organisés , » disait le respectable M. Ampère, est précisément » Tordre de l'œuvre des six jours, tel que nous le » donne la Genèse : — ou Moïse avait dans les scien- » ces une instruction aussi profonde que celle de » notre siècle, ou il était inspiré *. »

— a Nous ne pouvons trop remarquer , écrit un » autre géologue, Demerson, cet ordre admirable » parfaitement d'accord avec les plus saines notions » qui forment la base de la géologie positive. —

' Théorie de la terre, art. 2.

» Curios. naturœ, § vi, Amœn. Acad,, diss. xvii.

^ Discours sur les révolutions du globe, — extrait cité en tête de l'ouvrage de Marcel de Serres.

4 M. Ampère, Théorie delà terre ; Revue des deux mondes, i«r juillet i833.

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