‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 100 sur 168 · Lettres de la Montaane^ t. Xni, p · texte numérisé non relu

Lettres de la Montaane^ t. Xni, p

miracles réels, des miracles apparents, comme un cha^ latan fait des tours devant le vulgaire hors d'état de fmre la distinction de cette fausseté^ tandis que les gens instruits et qui savent raisonner sont par derrière, ne é'en laissant pas aussi aisément accroire,et jugeant tout au moins que ces prétendus miracles sont îori équivoques.

0 raison incrédule, à quoi en es- tu réduite ^ fet qui pourrait te châtier comme tu le fais toi-même 1

Revenons :

Qui dit Dieu, pour nous, dit créateur el maître de la nature. Naturellement ce n'est que par ce caractère qu'il se nolilie à nous. Dans l'état de corruption et d'aveuglement moral surtout où était tombée Thumanité, lorsque la seconde Révélation fut par cela môme rendue nécessaire, les preuves intellectuelles ou morales ne pouvaient directement rien. D'ailleurs, et en tout temps^ ces preuves né peuvent jamais que tk'ès-imparfaitemént convaincre de la vérité divine, parce que le propre de cette vérité est d'être mystérieuse et insaisissable à l'homnae, si ce n'est par la foi, dont le motif doit être l'autorité. Il fallait donc surtout des preuves d'autoHté, et d'autorfté divine. Or^le Créateur ne pouvait témoigner de son autorité que par des actes de Créateur^ que par des miracles.

Aussi Jésus-Christ en appelle-t-il fréquebàfaient à cette preuve conime à la plus convaincante. Ls^ œuvres ^e mon Père rna donné le pouvoir de faire ^ dit-il, rendent ds témoignage de moi, quefaiétéenvogé par mon Père.». Si je n'avais fait devant eux des (mvres que nul autre n*a faites^ ils n auraient pas le péché qu'ils ont.,. Si vous ne croyez pût à mes paroles^ croyez au moins aux êsuvreï que je fais.. ^ Tyr et Sidon s élèveront au jour du jugement contre cette nation; car si les miracles qui wit été faits devant elle avmeUtéU

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fait$ devant lyr et Sidon, elles se seraient converties, etc}. Ainsi la coayenaace et ropportunité des miracles sont justifiées, comme leur possibilité.

j III . Si les miracles étaient nécessaires, pourquoi ne le sunt-ils pas toujours? pourquoi ce privilège accordé aux contemporains et aux témoins de Jésus-Christ d'avoir vu les éclairs de sa divinité? et pourquoi en sommes-nous réduits, nous autres, au pâle et douteux reflet du témoignage des hommes? pourquoi tant d'hommes entre Dieu et nous? etc., etc.

Rien de plus aisé à concevoir et à justifier qu/e ta sagesse de cette économie, qui a tant défrayé Thumeur arrogante de Rousseau.

(( Les miracles ne peuvent pas se faire coatintteUe<- « ment; ils ne nous touchent que s'ils sont étonnants, et « ils cesseraient de Tétre s'ils étaient ordinaires. Car la <( saccession des jours et des nuits, le retour périodique « des quatre saisons, le dépouillement des arbres et la c( renaissance des feuilles, la force prodigieuse des se«- « menées, la beauté de la lumière, la variété des Couleurs, « des sons, des parfums, des saveurs, celui qui les verrait « pour la première fois serait étourdi, écrasé dé tant de « merveilles; et nous n'y faisons pas attefttioil : non qu'il « nous soit facile d'en connaître les causes, qu'y a**t-ii (k de plus obscur? mais parce que nous sommes habithés « à en éprouver les sensations. C'est donc trës-utilemént « que Dieu a fait des miracles^ afin que, la multitude des

i . Croirait-on qu'après cela Housseaii ait eu la hardiesse d'écrire : « Ils me Ibnt un erïme de ne pas admettre titie t)reuvè (|ue NOK-sÈii>

« LCMENT JÉSOS N'A PAS DOMINE, MAIS QU'iL A R£FUtô£ l^KH^ISâ^MlfT*»* •

N'oubliez pa4 qii'il avait dit auparavant que i.a bontiî divine devait C£TTB PftEUvk AU TULtiAlM.

« croyants se groupant autour et se répandant ensuite, « ils fissent autorité et changeassent les mœurs. »

Cette réflexion, où le simple bon sens s'élève à la plus haute philosophie, est péremptoire. Elle est du grand saint Augustin.

Ainsi, demander toujours des miracles, c'est youloir ordinairement des choses extraordinaires^ c'est-à-dire rimpossible et l'absurde.

Mais outre que ce serait impossible, ce n'est pas nécessaire dans l'ordre de la stricte justice.

Dieu nous doit des raisons de croire à sa Révélation, des«6ignes déterminants de sa Divinité. En sommes-nous dépourvus? n'avons-nous pas tout ce qu'il nous enfant pour être inexcusables dans notre incrédulité ? Voilà toute la question : ces Etudes y répondent. Qu'importe après cela que Dieu ait donné plus de preuves ou des preuves plus directes aux uns qu'aux autres, puisque ceux qui en ont le moins en ont assez? » Mon ami, peut-il nous dire « comme aux ouvriers de l'Évangile, je ne vous fais au- « cun tort! est-ce que je ne suis pas convenu avec vou» « d'un denier? Prenez ce qui vous revient, etretirez- « vous : il me plaît moi de donner autant ou plus à « ceux-là : est-ce que je ne suis pas libre? faut-il que « votre œil soit mauvais, parce que je suis bon ? ou ne « puis-je être libéral sans que vous soyez jaloux? »

Et puis, nous ne voyons pas la fin des choses et les dernières dispositions du Père de famille au grand jour du jugement, alors que chaque enfant sera obligé de rapporter ce qu'il aura reçu, et de rendre compte des talents qui lui auront été confiés. Oh ! que l'àme fidèle et simple, qui adore Jésus-Christ sous les voiles eucharistiques, doit se consoler de n'avoir pas vu son humanité glorifiée ! et

qu'elle doitchërir les douces épreuves de son amour et de sa foi, 16i%qu'elle vient à se rappeler cette grande parole : ft Parce ^ue vous avez vu, Thomas, vous avez cru : « mais bien plus beureux ceux qui croiront sans avoir « vu^! »

C'est d'ailleurs une grande illusion de croire que la vue des plus grands miracles de Jésus-Christ eût converti ceux qui résistent aujourd'hui aux preuves que nous produisons. « Si j'avais vu un miracle, dit-on souvent, je me « convertirais. » Ceux qui disent ainsi savent-ils ce que c'est que «e convertir? Tous les témoins des miracles de Jésus-Christ se sont-ils convertis? Combien qui n'en sont devenus que plus coupables, et qui ont justifié cette pensée de Pascal : « Les miracles ne servent pas à convertir, a mais à condamner? » — « On dit qu'un miracle con- <i vertirait quand on ne le voit pas, ajoute ce profond « penseur. Les raisons vues de loin paraissent borner a notre vue; mais quand on y est arrivé, on commence <( à voir encore au delà. Rien n'arrête la volubilité de « l'esprit. Il n'y a point, dit-on, de règle qui n'ait quel- « que exception, etc. *. »

Rousseau s'est chargé de justifier cette pensée de Pascal , et de confondre la folle exigence avec laquelle il prétend lui-même ailleurs que Dieu aurait dû faire des miracles pour tous les hommes : « On vient de trouver, « dit-il, le secret de ressusciter des noyés ; on a déjà « cherché celui de ressusciter des pendus : qui sait si, « dans d'autres genres de mort, on ne parviendra pas à a rendre la vie & des corps qu'on en avait crus privés?... <c Au RESTE, quelque frappant que pût me paraître un pareil

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